Inconsciemment
l'eau qui manque assèche mes humeurs. J'ai beau vouloir le soleil le
plus possible, le ciel sans voile et le vent qui assèche, je
n'imaginais pas l'eau loin d'ici tarir à ce point l'espoir et
l’insouciance des aurores. Je me lève pour aller combattre.
La
petite tiédeur du matin frissonne sous la menace des premières
lueurs plombée. Les plumes sous la pervenche rassie, le bec grand
ouvert, le calme est pesant et la poussière crépite. L'appel de
l'ombre, le goût des pénombres, se calfeutrer et laisser couler la
fraîche quiétude de "Be
Quiet".
La pochette devant les yeux, les pensées ondulent sur une étendue
de mer noctambule. L'argent plombée des surfaces à remouds se paye
une plongée surréaliste dans un frimât imaginaire. On se balade
dans des villes du nord comme pour calmer l’ardeur, tenter le
crachin. Il y a bien la douceur de Rome, la moiteur de Bangkok,
peut-être là-bas une fraîcheur Eno plane dans un stratosphère
pédestre. Clim ECM.
Tant
que ça, ça sent qu'ils sont british ? Pas besoin d'aller vérifier
l'identité de cette jouissive découverte, il y a cette petite
touche classieuse même si la substance anthracite est rêche et les
bas-fond teintés de poésie dépravée. Je me suis senti comme dans
un vieux cabaret fantomatique qui passait du Poni Hoax, Jack the
Ripper, Pogues, Cake et Space. Le cuivre en bouée, la folie
maîtrisée dans le jeu tonique et visqueux. Légèrement décadent,
ça sent la poudre multicolore. Remugles d'alcools mélangés,
saveurs de suie et de graillon avec quant même la petite fenêtre du
fond qui laisse passer l'air iodé et lourdement humide d'une nuit
épaisse et diabolique.
Tout
d'abord, il n'y a rien au dessus du sommet « Shadows
Collide with People » avec cette collection tubesque de
morceaux d'envergure (« Carvel » ;
« Omission » ; « Regret » ;
« Every person » frissons à chaque écoute ;
« Wednesday's song » « Song to sing when
i'm lonely » ; « Cut-out »). Voilà,
ça c'est dit.
Maintenant
le chemin qui m’amène à « The Empyrean ».
Le dernier
Coxon et l'extraordinaire carrière solo d'un guitariste abîmé,
accroché à un monstre. Le génie en retrait, la respiration
réparatrice. Son sublime dernier album oublié m'a envoyé
directement vers l'opulent Frusciante. J'en ai pour quelques albums à
chaque séjour chez lui, juste après m'être emmanché « Shadows
Collide.. » donc. Et quand l'effet du sang ne me suffit
pas, je vais me finir chez Ataxia (même graphisme de pochette
d'époque) jusqu'à perdre l'équilibre.J'avance et
m'enlise toujours dans cette chronologie-là... « A
Sphere.. » ; « The Will..»
après « Shadows..».
Puis le sublime « Inside of..»
et
enfin l'apaisement intime de « Curtains»
avec plus de larmes encore (« Anne »).
Alors
pourquoi « Empyrean » ? C'est comme un
aboutissement, j'ai pourtant un peu négliger ce concept fantastique,
cette sombre plongée dans un abyssale paradis mouvant. Jeu trouble
et planant posé sur une grosse intro instru Young et floydienne.
« Song the the siren » et sa voix résonne à
nouveau, toujours au fond de la pièce, troublante, douloureuse,
écorchée intime et puissante.Après
plusieurs jours émouvants dans mon avancée récurrente, je reste
amarré sur ce beau disque comme si je le découvrais. Août au
frais.C'est aussi
parce qu'il est pour moi la fin du trajet, je ne m'aventure jamais
dans sa période électro, 2012 à peine survolé.
Quelle beau
finish cet « Empyrean », j'ai la tète
ankylosée et toute chargée de belles choses chagrines. « Stuff »
dans le lointain comme une blessure, des cendres, la douleur de
« Walls » résonne encore, chanter à en abattre
des murs, puis « Unreachable » me rassure,
« Heaven » m'enchante... quant au prog « Central »
et la voix à la Bruce (Jack)...
John
Frusciante une nouvelle fois, solo, la trique dans les doigts, sa
grande liberté, ses mélodies brutes qu'il incarne dans les plus
suffocantes émotions, « Control » et le très
Stevie Wonder « Hope » bouleversant, et je me dis
qu'un jour « Curtains » va détrôner « Shadows.. »,
il ne restera alors que celui-là. Et tiens en conclusion, il faut
voir comment il a stratosphérifié les Red Hot avec les deux
derniers doubles.
Une
vieille connaissance que personne ne connait, j'ai replongé dans les
bacs du label K-RAA-K-net et une vieille chronique. En rangeant, j'ai
rangé et suis monté d'un étage sur mes étagères vers le paquet
de l'auberge qui héberge ce groupe-ci, comme si on avait perdu 13-0
au blind-test des groupes enfouis dans la grande marge des années
2000. Bref, j'ai pris des nouvelles de Kiss the Anus of a Black Cat
abandonné pour moi en 2007.
2010
c'est un peu tard, cette incantation à la poussière sort envoyant
direct manger le sable des grands déserts à cranes sans bidoche ni
nerf aucun. La pochette, une fois de plus, l'ambiance, cet appel au
ciel quand sur terre il n'y a plus que 2 couleurs, le bleu sec et
l'ocre mouvant.
Immédiatement
David Eugene est convoqué, et les 16H Power (« Argonaut
and Magneto », « Harrow »).
Je
ne souviens pas que le Kiss Cat ait proposé de tel beau disque
habité et totalement habité.
Vague
corne entoilée, le vent sec et chaud à ôter tout espoir sur l'os.
Le vent est tellement sec et chaud. Des carcasses sous les bromes
figés Pompeï. Le son de la désolation, ça doit cuire sec dehors
pour que Kiss embrasse une telle incantation au souffle moribond.
Pourtant la voix est claire, les parfums épicés de curry craquant.
L'orgue monte comme une prière, les fantômes sont à quelques
clochers d'ici.
Août
sort des bois et le désert est déjà là, à fondre le coussinet
des complotistes. Pas collants, lourdes semelles sous des citernes de
sueur sans odeur, la seule eau qui coule à flot. Le crane en
gargouille et le sourcil en gouttière. La raie du cul est un
marécage.
Plus
aucune nouvelle depuis 10 ans, j'ai repris le fil du Black Cat en
reculant vers les années où l'on prévenait urgemment du délire.
Il faut voir la gueule en sueur des trou-de-balle éberlués. Bisous.
Kiss
the Anus of a Black Cat2010
« Hewer of Wood and
Drawers of Water »
"Tiens,
écoute ça nom d'un chien ça urge".. J'y suis allé. A en
devenir zinzin je me suis précipité, en boucle, habité à ne plus
savoir où l'on crèche. Ensorceleur d'hémoglobine, bâtisseur soul,
terrassier funk avec dans les veines du vieux sang blues qui fait
battre les cordes raides.
Fantastic
Negrito, conseil live de l'ami aiguilleur Sorg a rendu quelques
trajets ferroviaires infernaux. J'ai fouillé, j'ai dévoré, j'ai
trouvé, mon sang est resté en ébullition sur son 2018 "Please
Don't be Dead"
avec la brûlure absolue "The
Duffler".
Comment dire, près à toutes les dégueulasseries tellement dedans
il y a tout. Audaces et cascades "Bad
guy necessity".
J'ai beaucoup pensé à Keziah Jones et son tectonique "African
Space Craft"
avec du Prince et du James Browm dedans, en plus.
Me
souviens aussi des suffocations Black Merda, Black Joe Lewis etc.."A
boy named Andrew",
"A
cold novembre street"...
comme un air « hier encore j'avais deux amis » (« St
James infirmary »).
Bizarre, à deux doigts d'en perdre deux cette année.
J'ai
vu les jours baisser ces derniers temps, va falloir passer l'hiver,
une nouvelle fois. Pikouze de ce mec. Merci à toi Doc Sorg.
Je retombe
sur un chef d’œuvre de Gary Clark (2015), son sommet et la bande
son de son histoire sous le sobriquet que sa mère lui donnait. Il
faut dire qu'en ce moment je fouille un peu dans le blues rock
d'obédience soul, voire funk. Il faut dire aussi que je trifouille
du côté de Fantastic Negrito, mais ça c'est une autre affaire,
j'attends quelques jours pour en causer.
Et me voici
sur les chemins de Tricatel, même si Chassol n'est plus sous ces
tuiles-là. J'ai survolé et négligé à cette époque, pochette de
« Big Sun » ? azimut de tout ?
bouderie quelconque sur un ensemble que je n'ai pas su capter ?
Météo ?
« Funny
How ? » m’expose la jubilation.
Architecte
musical, il dirige aussi, véritable chef d'orchestre,
auteur-compositeur.. J'accroche ici où tout semble calibré sur son
génie, sans lâcher le fil. Le rap-là est taillé pour moi, le jazz
plane transcendé par les autres couleurs, la soul bien calée au
fond de son originalité, le gospel s'amuse. Cosmique « A
first lady », ou « A raunchy comedian »
sous une sublime montée de pleine lune, comédie musicale de ciel
envoûté, des voix partout qui résonnent au fond du cœur, une onde
Chicago sur mes plaines brûlées. Basse-batterie à frissonner juste
ce qu'il faut pour ne pas faire fuir les loups et les renards qui se
baladent sous ma peau. Grave et scintillant. Merde, je ne touche plus
le sol. Époustouflant.
Peut-être
le plus génial des groupes de par là-bas. Il y a foule pourtant, ça
se bouscule à Liverpool et alentours. S'en étonner devient presque
une routine à chaque sortie d'opus. "Let
the music play"
comme ils disent, et dès les premières secondes ont y est. Quel son
pur, quelle spontanéité et toujours ces mélodies qui embarquent.
La protection d'une île, la parure d'un lagon comme du corail, les
années défilent et The Coral me prend sous son bras une nouvelle
fois, par l'épaule pour me raconter ses petites comptines pop
courtes, familières et amicales. Je ne m'en lasserai jamais.
Fidéles
compagnons d'un quart de siècle, un petit soleil qui chauffe juste
ce qu'il faut, "388"
beau
et réconfortant.
Hold-up.
Il y a bien ce petit vert du maïs au beau milieu de cet ocre désert.
Même le petit bois au fond est bleu lointain, comme une ombre en
berne. Plus un rumex, l’armoise est éreintée et les chénopodes
gris flétris. Toute la chlorophylle s'est volatilisée, le chalumeau
est passé et la herse déjà mord sur un vieux quignon qui sent la
poussière chaude. Mes plateaux Euréliens ressemblent à la Castilla
y Leon.
Plus
de vert alentour, plus rien qui jute, tout suffoque, le succulent
dans d'autres contrées, la chaume à perte de vue a mangé tous les
chemins. Et je rêve de collines où le tendre dégoulinerait sur les
valons verts. Un chemin moelleux qui gicle, des herbes grasses qui
caressent, l'odeur des graminées gorgées de chlorophylle sous de
jolis bois qui chantent des airs frais de pop un peu désuète. "That
goddamn sun".
J'ai
laissé mon cerveau et mon vélo au bercail avant de partir. Juste ma
soif et quelques bouquins pour mon exil. Passé les régions pour le
retour, la musique est revenue à la charge, comme un manque. J'ai
bourriné, fait le tri, surfé sur les nouveautés pour trouver, pas
des masses. Normal, on est fin août début juillet. Stones Purple
sur la crête un poil en dessous du Paulo sur le sommet (oui j'ai
remis ça en rentrant après Rubber), l'affaire est conclue. Bec au
vent, truffe dans l'humus comme un sanglier, chibre à l’affût, en
restant sur la nouveauté des anciens, je tombe sur une fidèle
connaissance : Jon Spencer sans l'explosion. Branleur time.
L'explosion,
la mienne fut l'ACME comme tant d'autres. Puis j'ai batifolé par
intermittence chez Jon. Tu m'étonnes. Ici, pochette, son, chansons,
"Songs
of Personal Loss and Protest"
vient gaver mon cartable de ma rentrée perso désorientée. Comment
dire .. les précédents... mais celui-là. Est-ce le reste de mes
cellules avides ou la faim de bouffer les chaumes calcinées sous des
herses brûlantes ? Peu importe, rose et orange fluo sont venues
sucer ma sueur houblonnée "Wet
& wild".
Demi-heure tonitruante, vite un Canadair. Ah nan, y'en a plus.
Restriction d'eau ici, pauvre jet, trois gouttes sur le cranes
suffisent, fontaine sur l'échine et les arcades, dedans on ne voit
pas ce qui coule, et ça sourcille chez les écolo-woko-bobo. Un
petit coup de Jon dans le Spencer, gros disque, gros bouillon, joint
de culasse qui suffoque, il est temps de passer au moteur électrique,
tant que l'on a Jon dans le poste, longeant les collines d'ajoncs sur
les côtes de granit ou quelque part d'autre ailleurs.
Jon
Spenser 2026
"Songs
of Personnal Loss and Protest
Pensées
acrimonieuses, je me terre dans l'humeur maussade. Je suis allé me
poser quelques semaines au creux des landes plissées du Ribatejo. La
fraîcheur des nuits battues par le grand vent Atlantique caressant
les brûlures du jour.
Le
gris des plaines beauceronnes s'abat à nouveau sur mes tempes, ciel
voilé, fumées de chaumes, horizon troublé par le plomb du mercure,
grosse fatigue de l'entre-temps, ce pivot menaçant, je suis happé.
Repères en fuite, je suis débauché.
Là-bas
la cigale, ici le bourdon. Quelle différence entre le cafard et le
scarabée ? Le moral en berne, j'écoute un Beatles.
Il
a surfé sur la Waeve, amoureux comme par deux, il revient tout seul.
J'ai eu l'impact Coxon, comme celui de Frusciante, des escapades solo
à la limite du merveilleux. "Castle
Park",
la pureté, l'élégance que d'autres n'ont pas. L'élégance
psychédélique hyper classe de "Isn't
it funny".
Résurection
ou pas, Coxon fait le tri. Des pépites dans le tamis. Beau comme du
Pete Doherty en Normandie. On sifflote sur "Alright"
en gambadant dans la campagne grillée par le lourd crachin solaire.
De l'oubli des hautes écritures, c'est une dégustation sans pour
autant que ce soit une surprise de sa part, "Happiness
in Magazines";
"The
Kiss of Morning";
"Crow
Sit on Blood Tree";
"Love
Travel at Illegal Speeds"....
autant de voyage qui ne laisse aucun doute sur la pertinence
fantastique du deuxième hémisphère céréblur.
Par
le biais d’une bouderie d’époque, il faut que je vous cause une
fois de plus d’un de mes chouchous permanents. 1984, ma tronche en
biais de bougre bougon rejète tout en bloc, même ceux qui me
tiennent à cœur et qui font de la "cague" à l’orée de
cette décennie qui me pèse l’humeur, à l’époque. Sabordage
général ?
Le
seul 33T que je ne possède pas des Tull est ce « Under
Wraps »,
même si j’y décèle quelques morceaux potentiels qui auraient eu
une autre tronche 15 ans plus tôt. Ou plus tard. Un an avant, Ian
Anderson sort son album solo, grosse chose de routine pour tous les
groupes à l’époque, Waters, Hodsgson, Buckingham, Barry et
Robin.. même si chaque album respectif m’enchantait comme enfant
de divorcé avec deux fois plus de cadeaux. Pourquoi tant de rage ?
Le son, toujours, même si une flûte ça ne se branche pas. Elle
était bien la seule petite pauvre perdue à résister dans ce
synthétisme organiqué.
Cet
album, je l’avais loué en me promettant de ne jamais l’acheter,
et là, à l’instant où je gratte ce billet, j’ai des frissons
sur « European
legagy ».
Il faut dire que le mois dernier est sorti « Under
Wraps (the Unwrapped Edition)", un
walk into the light mixé par un Bruce Soord. Le son donc est
totalement revisité, tout est plus clair et limpide, percutant avec
voix réhaussée. « Later,
that same evening »
devient une tuerie urbaine et je danse avec les yeux qui piquent,
comme si je venais de revoir une vieille copine que je trouvais bien
moche à l’époque. IA, chirurgie, travaille sur la bande, penderie
refaite à neuf ou autre tricherie, je me pencherai sur l’aspect
technique une autre fois. Là, à l’heure où je gratte ce billet
d'humeur, je redécouvre et me rabiboche.
Il
y a quelques mois, comme j’ai le Tull dans le sang, je me suis
refait « Stormwatch »,
« A »,
« The
Broadsword and the Beats »,
les 3 albums 80’s qui viennent buter sur « Under
Wraps ».
Je ne les boudais pas autant, même s’ils ne sont pas dans mes
écoutes récurentes. Et bien, quelques tics sonores écartés, je me
suis replongé avec plaisir dans des vieux morceaux sublimes.
« Claps »
par exemple, et surtout la chialade des pores sur le sommet « Flying
colours »
(malgré le synthé quand même), mais ça n’engage que moi. Pas
encore défiguré le son comme under je me suis dis… à l’époque.
Bon, il subsiste quelques morceaux douteux, avec la flûte laissée
de côté, mais l’écluse a lâché et je suis dispo à tout
réécouter (« Paparazzi »..mon
dieu..). Ça tombe bien, une nouvelle fois un coffret complet avec
tout le travail réalisé avec live (assez dégueulasse du drum comme
il se doit)…. D’époque. « Her
love is strange »,
un vrai bonus, écarté !, quelle idée. L’album original est
proposé avec le son authentique de la batterie, ainsi que l’album
solo d’Anderson remixé par le même Soord.
Je
n’aurai pas parié un copec sur la réédition de cet opus 84 dans
le catalogue. Je pense n’être pas le seul à avoir boudé, les
critiques acharnées, Terry Ellis le boss de Chrysalis le conchie,
même des musiciens sauf le fidèle Barre. Il fallait usiner pour ne
rien perdre. C’est fait. Désormais, ce groupe est total.
Liz
s’est débarrassée de toute tension sonore, elle a déposé un peu
d’énergie à ses pieds pour laisser ses chansons épouser le
ligneux. « Three
legged dog »
à nos pieds, dénudé de tout. J’ai laissé Aldous sur le côté,
mon regard s’est éloigné du bruit général. J’ai vu Liz au
loin entre les arbres et son petit refuge dans l’ombre épaisse des
grands hêtres. La gravité de « Mt.
Nephin »,
le métronome boisé de « Where
did you go »,
la sublime envolée pop de « Black
Ulysse »,
« Vespers »
comme une oraison folk. J’ai quitté la foule, je suis allé
reprendre haleine vers ces troncs lisses et grisés par des petits
airs nylons.
Si
Jurado lasse, qu'on lui trouve un léger déficit dans les
envergures, dans la hauteur de certaines couleurs sans pour autant
l'oublier dans un coin, il y a "Birds of Paradise"
qui vient de sortir.
Si
Jason Molina manque, avec son électricité fleurie sur de beaux
élans rock secs à peine crasseux, il y a Thomas Dollbaume qui vient
de sortir "Birds of Paradise". Immédiatement
cet album a confortablement clôturé mes impressions posées sur de
solides fondations. Immédiatement tout a défilé dans une évidence
brute tout en rattrapant en plein vol quelques petites maladresses
authentiques qui ajoutent au charme. J'ai oscillé comme un Tremble
en plein vent, musique argentée, soleil aveuglant. Le trait
d'horizon porte de grosses masses cotonneuses de vert profond, juste
au dessus, les nuages imitent dans des gris bleutés et la campagne
défile sous le son américain de Thomas. Je n'irai pas jusqu'au
village voisin, je vais juste faire le tour du grand bois et revenir
écouter ça dans ma hutte. Pas trop de soucis à me faire s'il me
vient l'envie de trouver un bon disque pour la soirée. C'est du tout
cuit, bouclé d'avance, tellement de soirées bredouilles à patauger
dans les opus pour dénicher une pépite. "Birds of
Paradise", immanquablement.
Découverte
inattendue, une fois de plus facilement guidée par mes algorithmes.
C’est pas faute de ne pas connaitre ce nom. Sans par ailleurs faire
une fixette et imaginer le siècle de sécrétions entremêlées
autour de ce mythique slow 1975. C’est peut-être ce cliché planétaire
qui m’a jusqu’à maintenant tenu éloigné de ce groupe made in
Manchester.
Une
fois de plus, malgré la découverte fructueuse, je ne vais pas
m’étendre technique sur le contexte et l’historique de 10cc,
c’est partout sur la toile. Sauf peut-être ce nom d’un des
membres qui résume un peu le côté léger, estival et aéré des
compositions, Lol Creme !! La pochette aussi, directement
identifiable à l’Hipgnosis qui n’a rien pour me déplaire.
Pourquoi cet album ? Fuir encore ce slow ravageur noyé dans une pop à
légère tendance prog qui fait tâche qui peut m’emmerder dans ma
démarche de découverte et mon appréciation générale ?
Peut-être. C’est surtout que pour palier à cette grosse lacune,
je viens de recevoir cette galette-ci après avoir fait le tri dans
la discographie streamée (d’autres sont en transit).
Complètement
séduit, je suis le cours de la discographie en appuyant fortement sur
cette période 70’s que je chéris.. hein ??
nan c‘est pas à toi que je parle … quoi ?? nan oublie le
slow, j’écris un truc là…
Ouaih, c’est vrai il est chiant ce morceau qui sent le coït. Tiens
d’ailleurs, en dehors de la limaille engendrée, comment 10cc porte t-il
« I’m
not in love » ?
Alors,
oui, le paysage n’est plus du tout printanier, l’été des
plaines devance toujours celui du calendrier, tout est installé,
posé, chlorophyllé à fond. Fleurs cuites, les herbes folles
occupent tout l’espace. C’est vrai que c’est super gai comme
musique. Je vois quelques comparaisons .. Macca.. euhhh, moi je dis plus Wings
avec Denny en dilution (pour la voix). J’entends aussi le joyeux de
Billy Joël, Chris De Burg. Je ne m’en lasse pas, je me promène
sur ma belle ignorance super emballé par leurs premiers albums donc.
« Lazy
ways »
tout de suite dans mon entrain - sublime épopée romantique à fleur
bleue en mode Queen vaporeux « Don’t
hang up »
- « Art for arts sake » un poil Steely Dan - « I’m
Mandy fly me »
pas mal du tout, c’est pas un slow ça ? Bref, quelques petits
délires pétillants pop avec ce son moelleux, extraordinairement
d’époque. « Rock’N’Roll
lullalby »
sur une estrade, sous les lampions colorés d’une belle nuit de
juin, le petit bal du coin avec … bon, encore un slow qui commence
comme « Let
me roll in »..
la bande son des vieux étés… ok ok..je remets « I’am
not in love »…
c’est quand même dingue cette histoire, déjà « Donna »
à l'époque. Chérie..viens-voir…J’ai
fini mon papelard, ça me saoule.
Assis
sur le toit du monde, il saupoudre les courbes bleues de sa poussière
féconde et dorée. Comme un génie de routine, mais toujours plus
beau sans cesse. Paul est posé là en posologie permanente, histoire que
maintenir le globe en rotation. Bien longtemps que les forces de
frottement ont baissé les bras. Huilé. Tellement haut, le coude
posé sur l'épaule de John, le plus naturellement du monde, Paul, we
two, Paul et tout le reste, nous envoie une salve lustrale de
quelques chansons religions. L'évidence coule de source.
La
source.
Intarissable.
C'est
une saison, le cycle, école sans cliché, cas d'empreinte fossile
empruntée, du bateau qui a vu les milles continents, Johnny Cash
gentleman avec l'élégance en plus et un brin de féminité naturelle. La patine burinée, le geste classe, manuscrit et
partition célestes. Paupières mélancoliques, le poids des regards,
neutres pochettes de disque, celui-là est apothéotique. La
pertinence des ondes s’octroie la quintessence. "As
you lie there".
Pendant
qu'ici, en bas, nous sommes tous à nous courber, que l'on tend à
s'étendre, croulons, glissons à succomber, luttons comme des
aliborons à lunettes, Paul élabore et arbore sur les âmes et les
houppiers, dépose tout à nos pieds en montrant la certitude dès
potron-minet.
J'ai
commencé l'album avec " As
you lie there"
en boucle, fébrile, suffoquant, emberlué
dans l'éberluance.
Je me suis dis, je vais faire pareil pour chacune des chansons. La
voix embraillée
hurle encore, c'est dans les aigus et les cris qu'il est encore le
plus facile. Tout a défilé, j'ai commencé à sangloter à la 7ème
révolution des pistes, perdu entre notre naine blanche et la cendre
lunaire. Tout en bas, le bleu ciel des mers s'arc-en-cielisait.
Quelques nuages ont rosi des joues, déserts empourprés. Sortir le
grand jeu d'un battement d'espiègles cils acrimonieux, force et
délicatesse.
Séculaire.
Il
y a le benjamin Watt et l'ancestrale puissance, une grande jeunesse
dans les joules, seules les gaines des câbles vieillissent. Le jus
jute et passe par tous les embranchements emmanchés d'outre Manche.
Sous les océans, tous semble câblé.
Il
n'est plus nécessaire depuis un bail, de s'étendre sur Macca, la
messe est dite. Je suis juste plaqué sur mon hamac à
prêcher.
La belle coïncidence, le
scalpel au sein d'un groupe, farfouiller dans les organes pour mieux
voir la matrice digérée. Proche le Selway, « Anima »
à plusieurs encablures, je me vautre pareil sur ce sublime « Blue
Morpho ». Des mimiques certes, comme sur « Earth »,
et tout s'explique. Les masques tombent. On ajoute au tableau le
cinématographique Jonny et les éléments s’emboîtent. Le poids
des ajouts, l'intensité des combinaisons, la place de chacun avec
les interjections. Rares les groupes avec que des inspirations,
autant de foyers.
Outre les explications,
libéré des analyses, ce deuxième album de Ed O'Brian est une
bouffée d'air éclatante. Méditatif autant que contemplatif, une
rêverie planante de pop acoustique et symphonique. « Sweet
spot » et je pense à ma découverte de Marc Morvan. Je
vais la revêtir, forcément elle est construite sur des principes
itinérants de mes errances, seul à travers mes étendues.
Plus j'écoute « Blue
Morpho », plus je me dirige vers un petit bijou,
l'appel du chef d’œuvre à le mettre en boucle et laisser le plomb
de l'air alourdir mon accroche.
J'ai vu une belle âme
sous la feuille du laurier, on dirait que l'époque est belle. C'est
pas ce grand soleil qui va me contredire, hier encore il faisait si
froid. Elle est partie comme une balle vers la vallée des saules. Au
creux, à la croisée des cuivres toutes les bestioles se
trémoussent. La lumière ambrée a trituré la boue sculptée, les cloches au
loin annoncent la canicule.
Je connais bien cette
petite vallée où règnent ces cinq grands saules depuis quelques
siècles. Ils prennent toute l'attention depuis le haut des plaines,
j'y vais déposer toutes mes préoccupations dès que le trop plein
s’empare de ma respiration. Toute la grasse sagesse salicylée y
broie mes saletés. De l'écorce jusqu’au pointu de la feuille,
tout tend à l'apaisement. Ils sont bien cachés des petites routes
de campagne ces cinq boules argentées comme des zeppelins arrimés.
Il faut prendre ce vallon du village par le sud pour à peine sorti des premiers
murs, voir ces beaux arbres marsault veiller sur le gâté et les
pauvres diables.
Il fait toujours humide
au creux de la vallée des grands saules. Le vent peut s’engouffrer,
rien ne bouge. L'humilité restera une sagesse végétale. La seule
loi valide est celle du mycélium et de la lumière. Nous n'avons
plus de disposition pour les vertus, le déclin progressif de
l'espoir.
Au creux du vallon des
grands saules, Leila Bordreuil, cordes en drone, accompagnée de Kali
Malone, a soufflé l'importance des choses.
Leila
Bordreuil 2026 « Music for Intersecting
Planes »
Le
Poa des choses habite le vide, la marée d'herbes se
pavane sous la pluie, « Lazy day » coule de
partout. Grasses touffes de ravines, friches épaisses, haies
touffues et folle-avoine, je suis sous la pente de mon toit et tout
dégouline. Cloué dedans, il pleut la poésie sur mon mai
barbouillé. Il a beau crachouiller, pleuvoir et déluger,
tout est beau et léger, la symphonie pop hippie et graminées
enchante la fraîche grisaille de ma voûte. Le grésillement du
saphir se mélange aux gouttes rafales sur la fenêtre-toit. 1969..
je dis ça ..
On pourrait se croire du
côté de la Californie avec quelques Capra ruminant le sable
et la joue épaisse, les chœurs sûrement (« Lovely to see
you »), même si là, l'épopée est bien trop grande et la
poésie à fleur de pot pour échouer sur cette plage beaucoup trop
ensoleillée. Peu importe le son du mur, c'est ma sous-pente qui a
raison de moi. L'onde est confidentielle, le concept capiteux,
l'objet précieux.
Il y avait bien le 45T
« Nights in white satin » dans carrée familiale,
comme partout ailleurs d'ailleurs. Gamin je mettais en boucle,
subjugué du clavier et par le songe procuré. Je l'ai retrouvé bien
plus tard avec le Barclay James Harvest et la belle pochette découpée
de « Gone to Earth », je dis ça... Tiens,
« Poor man's moody blues », je ne sais même pas
s'il existe un lien officiel entre les deux, le son, celui de la guitare, du clavier et le
romantisme.. tout y est, c'est certain. C'est en tout cas mon
alibi du retour vers le groupe de Birmingham bien plus tard. « Never
comes the Day » ressemble aux débuts des frères Gibb. Je
dis ça...Plus précisément, la
voûte penchée au dessus de ma platine chambarde tout, presque
méconnaissable l'album. Ou alors c'est la pluie.
Tout se mélange à
l'orée du délire mou, le rêve s’appesantit sur ma flemmardise,
j'irai ramer sur les hautes herbes demain, elles sont trempées, une
prairie pour un naufrage, le plus bel album des Moody pour mon tantôt
abandonné. Et le chant léger de « Lazy day » qui
n'en finit pas......
The Moody
Blues 1969 « On
the Threshold of a Dream »
La
dernière pompeuse virée country aux deux doigts en forme de "V"
du gars Ringo a éveillé en moi l'envie d'écouter un bel album d'un
autre bateur en balade solo. Quelque chose de plus sérieux,
travaillé, inspiré. Quelle taux d'influence de l'entité planétaire
sur l'oeuvre en escapade ? Beatles sur Starr, Radiohead sur Selway.
Les batteurs les moins aptes à poser sur les promontoirs des Lp de
cette envergure ? La preuve que non. D'autant plus que les chansons
ont été composées à la guitare ou sur un piano.
Depuis
"Familial"
il n'a cessé de sortir de belles choses. C'est sur son quatrième
album que je m'étale depuis quelques jours. En lisant un gros bilan
hors série sur le groupe, je me suis rapelé du grand plaisir à
l'écoute de "Familial"
en 2010. Sublime pochette, label de renom et grand étonnement quant
à la capacité pour un bateur de sortir de telles chansons.
"Strange
Dance"
est un petit bijou de pop d'émotion, sublime et vaporeuse. Les
couleurs déposées, la lumière installée, tout tend à la
sensibilité à des quartiers entiers de The Smile. Organique et
symphonique.. réveur.