mercredi 7 janvier 2026

 


Je n'avais pas osé parler de cet étrange Simon. Higelin 75, Cohen ou Blakstar de Bowie. J'y voyais en « Seven Psalms » l'effet moribond d'un ultime album annoncé. Il est d'autant plus un petit miracle, éclaboussé de lumière, peu importe laquelle. La pochette, le nacre, et dehors ma belle campagne pareil avec sa pleine lune et l'albe beauté régressive de toute cette neige qui a tout recouvert.

Je suis sorti pour aller me perdre. Ma balade sur les chemins épais de poudre a piqué mes pensées des sept psaumes de Paul Simon, la pochette avant tout. Puis les accords et les émotions. Le ciel salpêtre. Les branches sont lourdes, tout est calme, les grosses gouttes de neige fondue font des bruits sourds sur la ouate, celle que je préfère. J'ai écouté cet album maintes fois à sa sortie, clouant mon bec. Il m'est revenu alors que je ne voyais pas le temps passer à errer entre ces grand peupliers de sucre glace de cet hiver qui ressemble aux miens quand j'étais minot et que tout le monde sortait dans le village pour rendre grâce au gras flocons que la pleine lune figeait.

Poudre d'amande, braises et caféine avec le dernier Paul Simon au retour, avec dans la tète, cette poudre de lait pastellisé par le bas soleil. Symphonie folk enneigée.

Paul Simon 2023 « Seven Psalms » 


 

mardi 6 janvier 2026

Duke Pearson 1966

 


Pas envie de lutter ce soir. Juste baisser les bras et être là où personne ne sait où je suis. Non, pas là où l'on ne m'attend pas, mais juste ce coin absent au creux duquel je me poserai naturellement, sans guerroyer pour y être, guidé par un vent hasardeux m'éloignant du mauvais, aiguillage heureux sans aucune information pour les autres.

La paix royale, une pause lustrale sans être d'accord avec moi-même, même si c'est le temps d'un album. Se foutre des détonations, s'en battre des hauts verbes, des gestes abstraits, fouler l'herbe et la mâchouiller. Foule amnésique, indifférente plutôt, inexistante vu d'ici. Un endroit sans vue d'ailleurs, vis-à-vis à perte de vue, « Hush-A-Bye » en berceuse, sinon la bande son de ce coin perdu inconnu des bataillons. La prairie des chiens, une trouée à peine lumineuse, la flûte du fakir, des yeux d'anges sur tous les cœurs en tronc, je vais me poser là où même moi je ne sais pas où je suis, me frotter le dos sur la première charmille en ronronnant sans rugir et laisser Duke Pearson en Zoro venir me sauver du tumulte.

Duke Pearson 1966 « Prairie Dog »

 



jeudi 1 janvier 2026

Mads Koch

 



La séduction d'un album de Marc Morvan & Ben Jarry, en plus pop country, moins chambre, quoique, Mads pose trouble dans son antre cosy de doux pointillisme, totalement inconnu, comme son ex-groupe Kiss Kiss Kiss. C'était en 2022, et aussi cette année, Mads Koch a sorti un autre bijou pop à la Ronsexmith / Shack en ajoutant quelques dimensions et la moiteur d'un Minor Majority / Spain.

C'est du easy, oh eh du bateau qui tangue mou, son duo avec Pernille Rosendahl est plus qu'agréable. Je préfère album d'alors pour l'entrée en matière et la troublante intimité, l'après midi passée à fouiller les étagères et les algorithmes fut douce et délicieuse. De saison, au bord d'un lac. Belle et douce année à tous.


Mads Koch 2022 « Finger » . 2025 « Invisible World »

 



mercredi 24 décembre 2025

Low 1999 "Christmas"


 

Une douzaine de kir rouge-sang à pisser sur ma rocaille, j'étais heureux à l'idée de faire mieux pousser ce vieux Cassissier pour boucler la boucle. C'est l'hibiscus haut comme moi à ma droite qui m'a réveillé la salive épaisse et la raie tendue. Quel rêve de fruits rouge et de commerce de proximité !! la boucle, l’ellipse dans mes pensées, la consommation comme une constellation, le retour de Noël, des gerbes et des étoiles, où s’arrête qui ?

Savate, une chaussette sur deux, café, frigo, c'est à qui ce Skir fruits rouges qui drague mon pot de Saint-doux ?? Dehors la guigne a caramélisé ma pelouse, ça sent la confiote de griottes putrides, même les frelons ont fuis ce sucre terreux. On en est où dans les saisons ? Tiède décembre. Le Prunus zyeute le Corylus, le cognassier est en fleure, pas le cassissier.

Mes croquis à l'encre de chine brun-rouge ont séché sur la vielle table. Des feuilles écrasées, elles sont toutes maquillées, j'aime ce sang de plume comme une larme de rouge-gorge à la finesse de son bec. Je vais me resservir un kir-cassis pour me dandiner jusqu'au soir empourpré par le coucher pénible et ankylosé de l'astre fauve en dormance. Rouge, rouge la confiture, sur l'étagère, mes trois jarres de guignolet serties par un bouchon hyper sucré dorment. La cerise généreuse a donné son hémoglobine au kirsh. C'est à qui ce Skir Low Mouskouri pinlin pinpin pin ?

De la magie pourpre cette nuit ? Pas impossible, plus que probable, j'ai pissé au pied de mon cassissier pour que ça pousse plus vite, après que les Kirs rouge ont eu raison de mes songes carmins. Bizarre ce Sumac aux pépins de steak qui me toise à ma gauche, cette grappe de fruit gamin m'a toujours fait penser à de la viande hachée. Merde..la solution pour les écolos..un arbre à bidoche, genre le Steack-hachier. Café, confiote, confiant je range tout, je me pose et écoute un disque d'époque. Ce long slowcore de berceuse natale tarabiscotée flagelle mon idiosyncrasie. Son stuc fantomatique a habillé mon cerveau à peine réveillé. Entre deux je somnole, le dernier endormi embrasse le premier réveillé, sommeil éclair à la framboise. Des paquets emballés rouge se sont lentement déposés sous le conifère en plastique, oui je suis écolo. Il reste du Kir cassis, la nuit où les guirlandes restent dans la prise. J'ai envie de pisser, mon cassissier n'a plus de feuille, l’hibiscus non plus, les racines vont se régaler. Il reste aussi des Skir aux frits rouges dans le frigo, épais lait fade sur un lit de marmelade en attendant l'épiphanie. Des lumières rouges partout, mes croquis tâchés à l'encre cramoisie se gondolent, les premiers bruits à l'étage, la ginjinha a bouffé tout le chocolat. C'est rouge partout, j'ai rêvé ou c'est mes yeux ?

À la votre, et joyeuses fêtes.


Low 1999 « Christmas » 


 

samedi 20 décembre 2025

Midlake - A Bridge to Far

 


Bon, c'est définitif, le visuel vaut quelque chose. Comme le temps qu'il faut derrière les rideaux. Je suis un agriculteur de platine, je scrute dehors avant de dégainer le saphir, ou de sortir une pochette.

L'automne en hiver, tiédeur psychédélique d'une pop luxuriante en gris mauve.

Encore une vieille connaissance, il ne restera pas dans les hautes sphères comme Ed, mais « Eyes full of animal » est le genre de succession d'accords qui me botte. Du mineur, on est mieux assis dans du Em que sur le E qui se la donne. Il ne dépassera jamais « The Courage of Others », mais pour passer quelques journées, bien couvert malgré la beauté du mercure, ou pour accompagner une soirée avec quelques occupations et deux ou trois occupants sans pour autant qu'il y ait besoin d'élire un Sam ou une goule. Midlake 2025 tient bien plus que la route.


Midlake 2025 « A Bridge to Far »

jeudi 18 décembre 2025

Ed Harcourt 2025


 

Une vieille connaissance. Mon attention dispersée sur pas mal de choses dans son travail, des instrumentaux, du magnifico, pas les bonnes saisons. Il faut que les jours se fassent petits pour accueillir un tel miracle pop. Crooner d'hiver sans guirlande, une guitare douce habitée par les anges, à moins qu'il s’agisse de fantômes.

Je cherche l'opale du ciel, l'ambre de la colline, j'avance à pas feutrés, le vert tendre d'hiver est partout et la terre engorgée. Tout aime mes souliers, le ciel rose est tellement haut que je baisse le regard. Chez moi, les tableaux parlent trop, les flammes font danser les fantômes. J'ai beaucoup de pénombre ouatée à offrir entre mes murs, des soirées guimauves à bûches rabattues avec la recherche du son parfait. Je crois que j'ai trouvé, il est venu naturellement, la perfection.


Un angelot est sur le point de venir prendre notre oxygène et des bouts de ma vie. Il est déjà avec moi depuis quelques mois, il sait des choses de moi, ma fille vient souvent se poser dans sa chambre d'enfant. J'ai de la musique à côté, des choses belles pour se nourrir. Le sien viendra dormir ici, j'empourprerai à peine le silence de quelques belles mélodies aux douces guitares. Le soleil y tombe le soir, les murs seront nacrés et la prévenance à son comble, on jouera à chasser toutes les saletés.


À travers un tableau bien avant le grand jour, un ange à l'âme blanche attend sous le grand ciel du capricorne. Toutes les plaines ennuagées sont prêtes.

J'ai l'album parfait pour la moiteur des âmes qui flottent, des qui ne sont plus là, d'autres qui nous chuchotent la nuit, une que j'attends pour son premier soupir d'hiver.


Le plus bel album d'Ed Harcourt.


Ed Harcourt 2025 « Orphic »

lundi 15 décembre 2025

Terry Callier 1968 / 2025


 

L'accord en A doux et lancinant qui plane dans la pièce a chassé l'ennui du soleil. Les notes majeures de « Cotton eyed Joe » tournent comme des lentes révolutions. Les mêmes notes qu' « That allright » d'Elvis. Le timbre de Terry en a aussi. Pas de jeu de hanche, mais du bel alanguissement sous une lumière séminale.

J'ai ouvert les fenêtres, il fait très doux, presque chaud, mi-décembre et les merles déboussolés ont entonné leur concert matinal de janvier, le soleil n'a pas encore commencé sa remontée. Peu importe. C'est à s'y perdre, Terry Calier a soufflé sur le brouillard, encanaillé la boucaille.

C'est une autre remastérisation qui a enchanté ma journée. L'étoile reperd du folk nu, comme si tout provenait de cet album.


Terry Callier 1968/2025 « The New Folk Sound of Terry Callier »

  Je n'avais pas osé parler de cet étrange Simon. Higelin 75, Cohen ou Blakstar de Bowie. J'y voyais en «  Seven Psalms  » l'ef...