Pas envie de lutter ce
soir. Juste baisser les bras et être là où personne ne sait où je
suis. Non, pas là où l'on ne m'attend pas, mais juste ce coin
absent au creux duquel je me poserai naturellement, sans guerroyer
pour y être, guidé par un vent hasardeux m'éloignant du mauvais,
aiguillage heureux sans aucune information pour les autres.
La paix royale, une pause
lustrale sans être d'accord avec moi-même, même si c'est le temps d'un album. Se foutre des
détonations, s'en battre des hauts verbes, des gestes abstraits, fouler l'herbe et la
mâchouiller. Foule amnésique, indifférente plutôt, inexistante vu
d'ici. Un endroit sans vue d'ailleurs, vis-à-vis à perte de vue,
« Hush-A-Bye » en berceuse, sinon la bande son de
ce coin perdu inconnu des bataillons. La prairie des chiens, une
trouée à peine lumineuse, la flûte du fakir, des yeux d'anges sur tous les cœurs en
tronc, je vais me poser là où même moi je ne sais pas où je suis,
me frotter le dos sur la première charmille en ronronnant sans rugir
et laisser Duke Pearson en Zoro venir me sauver du tumulte.
La séduction d'un album
de Marc Morvan & Ben Jarry, en plus pop country, moins chambre,
quoique, Mads pose trouble dans son antre cosy de doux pointillisme,
totalement inconnu, comme son ex-groupe Kiss Kiss Kiss. C'était en
2022, et aussi cette année, Mads Koch a sorti un autre bijou pop à
la Ronsexmith / Shack en ajoutant quelques dimensions et la moiteur
d'un Minor Majority / Spain.
C'est du easy, oh eh du
bateau qui tangue mou, son duo avec Pernille Rosendahl est plus
qu'agréable. Je préfère album d'alors pour l'entrée en matière
et la troublante intimité, l'après midi passée à fouiller les
étagères et les algorithmes fut douce et délicieuse. De saison, au bord d'un lac. Belle et douce année à tous.
Une douzaine de kir
rouge-sang à pisser sur ma rocaille, j'étais heureux à l'idée de
faire mieux pousser ce vieux Cassissier pour boucler la boucle. C'est
l'hibiscus haut comme moi à ma droite qui m'a réveillé la salive
épaisse et la raie tendue. Quel rêve de fruits rouge et de commerce
de proximité !! la boucle, l’ellipse dans mes pensées, la
consommation comme une constellation, le retour de Noël, des gerbes
et des étoiles, où s’arrête qui ?
Savate, une chaussette
sur deux, café, frigo, c'est à qui ce Skir fruits rouges qui drague
mon pot de Saint-doux ?? Dehors la guigne a caramélisé ma
pelouse, ça sent la confiote de griottes putrides, même les frelons
ont fuis ce sucre terreux. On en est où dans les saisons ?
Tiède décembre. Le Prunus zyeute le Corylus, le
cognassier est en fleure, pas le cassissier.
Mes croquis à l'encre de
chine brun-rouge ont séché sur la vielle table. Des feuilles
écrasées, elles sont toutes maquillées, j'aime ce sang de plume
comme une larme de rouge-gorge à la finesse de son bec. Je vais me
resservir un kir-cassis pour me dandiner jusqu'au soir empourpré par
le coucher pénible et ankylosé de l'astre fauve en dormance. Rouge,
rouge la confiture, sur l'étagère, mes trois jarres de guignolet
serties par un bouchon hyper sucré dorment. La cerise généreuse a
donné son hémoglobine au kirsh. C'est à qui ce Skir Low Mouskouri pinlin pinpin pin ?
De la magie pourpre cette
nuit ? Pas impossible, plus que probable, j'ai pissé au pied de
mon cassissier pour que ça pousse plus vite, après que les Kirs
rouge ont eu raison de mes songes carmins. Bizarre ce Sumac aux
pépins de steak qui me toise à ma gauche, cette grappe de fruit
gamin m'a toujours fait penser à de la viande hachée. Merde..la
solution pour les écolos..un arbre à bidoche, genre le
Steack-hachier. Café, confiote, confiant je range tout, je me pose
et écoute un disque d'époque. Ce long slowcore de berceuse natale
tarabiscotée flagelle mon idiosyncrasie. Son stuc fantomatique a
habillé mon cerveau à peine réveillé. Entre deux je somnole, le
dernier endormi embrasse le premier réveillé, sommeil éclair à la
framboise. Des paquets emballés rouge se sont lentement déposés
sous le conifère en plastique, oui je suis écolo. Il reste du Kir
cassis, la nuit où les guirlandes restent dans la prise. J'ai envie
de pisser, mon cassissier n'a plus de feuille, l’hibiscus non plus,
les racines vont se régaler. Il reste aussi des Skir aux frits
rouges dans le frigo, épais lait fade sur un lit de marmelade en
attendant l'épiphanie. Des lumières rouges partout, mes croquis
tâchés à l'encre cramoisie se gondolent, les premiers bruits à
l'étage, la ginjinha a bouffé tout le chocolat. C'est rouge
partout, j'ai rêvé ou c'est mes yeux ?
Bon, c'est définitif, le
visuel vaut quelque chose. Comme le temps qu'il faut derrière les
rideaux. Je suis un agriculteur de platine, je scrute dehors avant de
dégainer le saphir, ou de sortir une pochette.
L'automne en hiver,
tiédeur psychédélique d'une pop luxuriante en gris mauve.
Encore une vieille
connaissance, il ne restera pas dans les hautes sphères comme Ed,
mais « Eyes full of animal » est le genre de
succession d'accords qui me botte. Du mineur, on est mieux assis dans
du Em que sur le E qui se la donne. Il ne dépassera jamais « The
Courage of Others », mais pour passer quelques
journées, bien couvert malgré la beauté du mercure, ou pour
accompagner une soirée avec quelques occupations et deux ou trois
occupants sans pour autant qu'il y ait besoin d'élire un Sam ou une
goule. Midlake 2025 tient bien plus que la route.
Une vieille connaissance.
Mon attention dispersée sur pas mal de choses dans son travail, des
instrumentaux, du magnifico, pas les bonnes saisons. Il faut que les
jours se fassent petits pour accueillir un tel miracle pop. Crooner
d'hiver sans guirlande, une guitare douce habitée par les anges, à
moins qu'il s’agisse de fantômes.
Je cherche l'opale du
ciel, l'ambre de la colline, j'avance à pas feutrés, le vert tendre
d'hiver est partout et la terre engorgée. Tout aime mes souliers, le
ciel rose est tellement haut que je baisse le regard. Chez moi, les
tableaux parlent trop, les flammes font danser les fantômes. J'ai
beaucoup de pénombre ouatée à offrir entre mes murs, des soirées
guimauves à bûches rabattues avec la recherche du son parfait. Je
crois que j'ai trouvé, il est venu naturellement, la perfection.
Un angelot est sur le
point de venir prendre notre oxygène et des bouts de ma vie. Il est
déjà avec moi depuis quelques mois, il sait des choses de moi, ma
fille vient souvent se poser dans sa chambre d'enfant. J'ai de la
musique à côté, des choses belles pour se nourrir. Le sien viendra
dormir ici, j'empourprerai à peine le silence de quelques belles
mélodies aux douces guitares. Le soleil y tombe le soir, les murs
seront nacrés et la prévenance à son comble, on jouera à chasser
toutes les saletés.
À travers un tableau
bien avant le grand jour, un ange à l'âme blanche attend sous le
grand ciel du capricorne. Toutes les plaines ennuagées sont prêtes.
J'ai l'album parfait pour
la moiteur des âmes qui flottent, des qui ne sont plus là, d'autres
qui nous chuchotent la nuit, une que j'attends pour son premier
soupir d'hiver.
L'accord en A doux et
lancinant qui plane dans la pièce a chassé l'ennui du soleil. Les
notes majeures de « Cotton eyed Joe » tournent
comme des lentes révolutions. Les mêmes notes qu' « That
allright » d'Elvis. Le timbre de Terry en a aussi. Pas de
jeu de hanche, mais du bel alanguissement sous une lumière séminale.
J'ai ouvert les fenêtres,
il fait très doux, presque chaud, mi-décembre et les merles
déboussolés ont entonné leur concert matinal de janvier, le soleil
n'a pas encore commencé sa remontée. Peu importe. C'est à s'y
perdre, Terry Calier a soufflé sur le brouillard, encanaillé la
boucaille.
C'est une autre
remastérisation qui a enchanté ma journée. L'étoile reperd du
folk nu, comme si tout provenait de cet album.
Terry
Callier 1968/2025 « The New Folk Sound of
Terry Callier »
Outrepasser ce préjuger,
je ne suis pas du tout compilation, et je suis resté figé à
l'écoute de cette synthèse déjà sortie en 2004. Je l'avais
ignorée en 2010 quand j'ai découvert Bill Fay. La pochette plus
belle, une explication à mon engagement ?
Les prémices du
miraculeux, 1970. « Katie & me »
comme une jolie balade Macca. « Cannon's plain »
dylanien fige ma matinée de brouillard en épaisseur, tout n'est que
grasses silhouettes immobiles. Pas une seule couleur dans cette
lourde fumée, rien ne va se lever. Pourtant là, tout est à nu, clair et
immaculé.La brume a bouffé toutes les orchestrations.
Troublante discographie,
si peu d'albums, autant de tentatives regroupées ici, j'écoute
cette réédition comme un seul album. « The sun is bored »,
il boude en bas, il restera enfoui toute la journée, toutes ces
lumières qui clignotent l'emmerdent. L'intimité des mélodies
magnifiquement douloureuses enferme cet éternel matin.
Bill Fay
2025 « From the Bottom of an Old Grandfather Clock (1966/1970)»