mardi 16 juin 2026

Jethro Tull 1984

 


Par le biais d’une bouderie d’époque, il faut que je vous cause une fois de plus d’un de mes chouchous permanents. 1984, ma tronche en biais de bougre bougon rejète tout en bloc, même ceux qui me tiennent à cœur et qui font de la "cague" à l’orée de cette décennie qui me pèse l’humeur, à l’époque. Sabordage général ?

Le seul 33T que je ne possède pas des Tull est ce « Under Wraps », même si j’y décèle quelques morceaux potentiels qui auraient eu une autre tronche 15 ans plus tôt. Ou plus tard. Un an avant, Ian Anderson sort son album solo, grosse chose de routine pour tous les groupes à l’époque, Waters, Hodsgson, Buckingham, Barry et Robin.. même si chaque album respectif m’enchantait comme enfant de divorcé avec deux fois plus de cadeaux. Pourquoi tant de rage ? Le son, toujours, même si une flûte ça ne se branche pas. Elle était bien la seule petite pauvre perdue à résister dans ce synthétisme organiqué.

Cet album, je l’avais loué en me promettant de ne jamais l’acheter, et là, à l’instant où je gratte ce billet, j’ai des frissons sur « European legagy ». Il faut dire que le mois dernier est sorti « Under Wraps (the Unwrapped Edition)", un walk into the light mixé par un Bruce Soord. Le son donc est totalement revisité, tout est plus clair et limpide, percutant avec voix réhaussée. « Later, that same evening » devient une tuerie urbaine et je danse avec les yeux qui piquent, comme si je venais de revoir une vieille copine que je trouvais bien moche à l’époque. IA, chirurgie, travaille sur la bande, penderie refaite à neuf ou autre tricherie, je me pencherai sur l’aspect technique une autre fois. Là, à l’heure où je gratte ce billet d'humeur, je redécouvre et me rabiboche.

Il y a quelques mois, comme j’ai le Tull dans le sang, je me suis refait « Stormwatch », « A », « The Broadsword and the Beats », les 3 albums 80’s qui viennent buter sur « Under Wraps ». Je ne les boudais pas autant, même s’ils ne sont pas dans mes écoutes récurentes. Et bien, quelques tics sonores écartés, je me suis replongé avec plaisir dans des vieux morceaux sublimes. « Claps » par exemple, et surtout la chialade des pores sur le sommet « Flying colours » (malgré le synthé quand même), mais ça n’engage que moi. Pas encore défiguré le son comme under je me suis dis… à l’époque. Bon, il subsiste quelques morceaux douteux, avec la flûte laissée de côté, mais l’écluse a lâché et je suis dispo à tout réécouter (« Paparazzi »..mon dieu..). Ça tombe bien, une nouvelle fois un coffret complet avec tout le travail réalisé avec live (assez dégueulasse du drum comme il se doit)…. D’époque. « Her love is strange », un vrai bonus, écarté !, quelle idée. L’album original est proposé avec le son authentique de la batterie, ainsi que l’album solo d’Anderson remixé par le même Soord.

Je n’aurai pas parié un copec sur la réédition de cet opus 84 dans le catalogue. Je pense n’être pas le seul à avoir boudé, les critiques acharnées, Terry Ellis le boss de Chrysalis le conchie, même des musiciens sauf le fidèle Barre. Il fallait usiner pour ne rien perdre. C’est fait. Désormais, ce groupe est total.

Jethro Tull 1984 "Under Wraps"




jeudi 11 juin 2026

Liz Lawrence 2026


Liz s’est débarrassée de toute tension sonore, elle a déposé un peu d’énergie à ses pieds pour laisser ses chansons épouser le ligneux. « Three legged dog » à nos pieds, dénudé de tout. J’ai laissé Aldous sur le côté, mon regard s’est éloigné du bruit général. J’ai vu Liz au loin entre les arbres et son petit refuge dans l’ombre épaisse des grands hêtres. La gravité de « Mt. Nephin », le métronome boisé de « Where did you go », la sublime envolée pop de « Black Ulysse », « Vespers » comme une oraison folk. J’ai quitté la foule, je suis allé reprendre haleine vers ces troncs lisses et grisés par des petits airs nylons.

Liz Lawrence 2026 « Vespers »


 

mardi 9 juin 2026

Thomas Dollbaume 2026


 

Si Jurado lasse, qu'on lui trouve un léger déficit dans les envergures, dans la hauteur de certaines couleurs sans pour autant l'oublier dans un coin, il y a "Birds of Paradise" qui vient de sortir.

Si Jason Molina manque, avec son électricité fleurie sur de beaux élans rock secs à peine crasseux, il y a Thomas Dollbaume qui vient de sortir "Birds of Paradise". Immédiatement cet album a confortablement clôturé mes impressions posées sur de solides fondations. Immédiatement tout a défilé dans une évidence brute tout en rattrapant en plein vol quelques petites maladresses authentiques qui ajoutent au charme. J'ai oscillé comme un Tremble en plein vent, musique argentée, soleil aveuglant. Le trait d'horizon porte de grosses masses cotonneuses de vert profond, juste au dessus, les nuages imitent dans des gris bleutés et la campagne défile sous le son américain de Thomas. Je n'irai pas jusqu'au village voisin, je vais juste faire le tour du grand bois et revenir écouter ça dans ma hutte. Pas trop de soucis à me faire s'il me vient l'envie de trouver un bon disque pour la soirée. C'est du tout cuit, bouclé d'avance, tellement de soirées bredouilles à patauger dans les opus pour dénicher une pépite. "Birds of Paradise", immanquablement.

Thomas Dollbaume 2026 "Birds of Paradise".


 

 

jeudi 4 juin 2026

10 cc 1976

 


Découverte inattendue, une fois de plus facilement guidée par mes algorithmes. C’est pas faute de ne pas connaitre ce nom. Sans par ailleurs faire une fixette et imaginer le siècle de sécrétions entremêlées autour de ce mythique slow 1975. C’est peut-être ce cliché planétaire qui m’a jusqu’à maintenant tenu éloigné de ce groupe made in Manchester.

Une fois de plus, malgré la découverte fructueuse, je ne vais pas m’étendre technique sur le contexte et l’historique de 10cc, c’est partout sur la toile. Sauf peut-être ce nom d’un des membres qui résume un peu le côté léger, estival et aéré des compositions, Lol Creme !! La pochette aussi, directement identifiable à l’Hipgnosis qui n’a rien pour me déplaire. Pourquoi cet album ? Fuir encore ce slow ravageur noyé dans une pop à légère tendance prog qui fait tâche qui peut m’emmerder dans ma démarche de découverte et mon appréciation générale ? Peut-être. C’est surtout que pour palier à cette grosse lacune, je viens de recevoir cette galette-ci après avoir fait le tri dans la discographie streamée (d’autres sont en transit).

Complètement séduit, je suis le cours de la discographie en appuyant fortement sur cette période 70’s que je chéris.. hein ?? nan c‘est pas à toi que je parle … quoi ?? nan oublie le slow, j’écris un truc là… Ouaih, c’est vrai il est chiant ce morceau qui sent le coït. Tiens d’ailleurs, en dehors de la limaille engendrée, comment 10cc porte t-il « I’m not in love » ?

Alors, oui, le paysage n’est plus du tout printanier, l’été des plaines devance toujours celui du calendrier, tout est installé, posé, chlorophyllé à fond. Fleurs cuites, les herbes folles occupent tout l’espace. C’est vrai que c’est super gai comme musique. Je vois quelques comparaisons .. Macca.. euhhh, moi je dis plus Wings avec Denny en dilution (pour la voix). J’entends aussi le joyeux de Billy Joël, Chris De Burg. Je ne m’en lasse pas, je me promène sur ma belle ignorance super emballé par leurs premiers albums donc.

« Lazy ways » tout de suite dans mon entrain - sublime épopée romantique à fleur bleue en mode Queen vaporeux « Don’t hang up » - « Art for arts sake » un poil Steely Dan - « I’m Mandy fly me » pas mal du tout, c’est pas un slow ça ? Bref, quelques petits délires pétillants pop avec ce son moelleux, extraordinairement d’époque. « Rock’N’Roll lullalby » sur une estrade, sous les lampions colorés d’une belle nuit de juin, le petit bal du coin avec … bon, encore un slow qui commence comme « Let me roll in ».. la bande son des vieux étés… ok ok..je remets « I’am not in love »… c’est quand même dingue cette histoire, déjà « Donna » à l'époque. Chérie..viens-voirJ’ai fini mon papelard, ça me saoule.

10 cc 1976 « How Are You »


 

dimanche 31 mai 2026

Paul McCartney 2026

 


Assis sur le toit du monde, il saupoudre les courbes bleues de sa poussière féconde et dorée. Comme un génie de routine, mais toujours plus beau sans cesse. Paul est posé là en posologie permanente, histoire que maintenir le globe en rotation. Bien longtemps que les forces de frottement ont baissé les bras. Huilé. Tellement haut, le coude posé sur l'épaule de John, le plus naturellement du monde, Paul, we two, Paul et tout le reste, nous envoie une salve lustrale de quelques chansons religions. L'évidence coule de source.

La source.

Intarissable.

C'est une saison, le cycle, école sans cliché, cas d'empreinte fossile empruntée, du bateau qui a vu les milles continents, Johnny Cash gentleman avec l'élégance en plus et un brin de féminité naturelle. La patine burinée, le geste classe, manuscrit et partition célestes. Paupières mélancoliques, le poids des regards, neutres pochettes de disque, celui-là est apothéotique. La pertinence des ondes s’octroie la quintessence. "As you lie there".

Pendant qu'ici, en bas, nous sommes tous à nous courber, que l'on tend à s'étendre, croulons, glissons à succomber, luttons comme des aliborons à lunettes, Paul élabore et arbore sur les âmes et les houppiers, dépose tout à nos pieds en montrant la certitude dès potron-minet.

J'ai commencé l'album avec " As you lie there" en boucle, fébrile, suffoquant, emberlué dans l'éberluance. Je me suis dis, je vais faire pareil pour chacune des chansons. La voix embraillée hurle encore, c'est dans les aigus et les cris qu'il est encore le plus facile. Tout a défilé, j'ai commencé à sangloter à la 7ème révolution des pistes, perdu entre notre naine blanche et la cendre lunaire. Tout en bas, le bleu ciel des mers s'arc-en-cielisait. Quelques nuages ont rosi des joues, déserts empourprés. Sortir le grand jeu d'un battement d'espiègles cils acrimonieux, force et délicatesse.

Séculaire.

Il y a le benjamin Watt et l'ancestrale puissance, une grande jeunesse dans les joules, seules les gaines des câbles vieillissent. Le jus jute et passe par tous les embranchements emmanchés d'outre Manche. Sous les océans, tous semble câblé.

Il n'est plus nécessaire depuis un bail, de s'étendre sur Macca, la messe est dite. Je suis juste plaqué sur mon hamac à prêcher.

Paul McCartney 2026 "The Boys of Dungeon Lane"


jeudi 28 mai 2026

Ed O'Brian 2026

 

La belle coïncidence, le scalpel au sein d'un groupe, farfouiller dans les organes pour mieux voir la matrice digérée. Proche le Selway, « Anima » à plusieurs encablures, je me vautre pareil sur ce sublime « Blue Morpho ». Des mimiques certes, comme sur « Earth », et tout s'explique. Les masques tombent. On ajoute au tableau le cinématographique Jonny et les éléments s’emboîtent. Le poids des ajouts, l'intensité des combinaisons, la place de chacun avec les interjections. Rares les groupes avec que des inspirations, autant de foyers.

Outre les explications, libéré des analyses, ce deuxième album de Ed O'Brian est une bouffée d'air éclatante. Méditatif autant que contemplatif, une rêverie planante de pop acoustique et symphonique. « Sweet spot » et je pense à ma découverte de Marc Morvan. Je vais la revêtir, forcément elle est construite sur des principes itinérants de mes errances, seul à travers mes étendues.

Plus j'écoute « Blue Morpho », plus je me dirige vers un petit bijou, l'appel du chef d’œuvre à le mettre en boucle et laisser le plomb de l'air alourdir mon accroche.

Ed O'Brian 2026 « Blue Morpho » 


 

samedi 23 mai 2026

Leila Bordreuil 2026


 

J'ai vu une belle âme sous la feuille du laurier, on dirait que l'époque est belle. C'est pas ce grand soleil qui va me contredire, hier encore il faisait si froid. Elle est partie comme une balle vers la vallée des saules. Au creux, à la croisée des cuivres toutes les bestioles se trémoussent. La lumière ambrée a trituré la boue sculptée, les cloches au loin annoncent la canicule.

Je connais bien cette petite vallée où règnent ces cinq grands saules depuis quelques siècles. Ils prennent toute l'attention depuis le haut des plaines, j'y vais déposer toutes mes préoccupations dès que le trop plein s’empare de ma respiration. Toute la grasse sagesse salicylée y broie mes saletés. De l'écorce jusqu’au pointu de la feuille, tout tend à l'apaisement. Ils sont bien cachés des petites routes de campagne ces cinq boules argentées comme des zeppelins arrimés. Il faut prendre ce vallon du village par le sud pour à peine sorti des premiers murs, voir ces beaux arbres marsault veiller sur le gâté et les pauvres diables.

Il fait toujours humide au creux de la vallée des grands saules. Le vent peut s’engouffrer, rien ne bouge. L'humilité restera une sagesse végétale. La seule loi valide est celle du mycélium et de la lumière. Nous n'avons plus de disposition pour les vertus, le déclin progressif de l'espoir.

Au creux du vallon des grands saules, Leila Bordreuil, cordes en drone, accompagnée de Kali Malone, a soufflé l'importance des choses.

Leila Bordreuil 2026 « Music for Intersecting Planes » 


 

Jethro Tull 1984

  Par le biais d’une bouderie d’époque, il faut que je vous cause une fois de plus d’un de mes chouchous permanents. 1984, ma tronche en bi...