Ah
bah voilà. C'est quand même pas compliqué, enfin si, ça doit
l'être, mais enfin bon depuis le temps que j'avais perdu le droit
chemin.
Désorienté
même, partagé entre le méditatif et la pâmoison, le recueillement
apaisé ou la baveuse contemplation.
Une
subite envie de voir des être humains dans le paysage, pas trop
hein, mais de longues barbes à l'unisson et quelques frangines
insatiables. Des gestes et quelques sourires aux pieds des montagnes.
Contrefort de colline et des petits banjos qui gazouillent. Onctueuse
cascade et toutes ces jambes qui foulent une opaline prairie, c'est
quand même pas compliqué.
Rabiboché,
même oublié tous ces écarts égarés. Complètement conquis.
Oh
la belle vie sous la pente quand gamin je suis monté sous les toits
pour dormir avec devant moi les grandes plaines qui s'offraient. Dans
la maison familiale pendant des années, avant de partir
définitivement mon bac en poche, j'ai passé les plus beaux moments
à l'étage. Puis Caen au creux d'une chambre de bonne, j'ai bâti
mon corps de métier sous le toit de la rue Bayeux. Partout, ici,
ailleurs, chez moi ou chez un ami, je dors bien sous le plafond
oblique.
Ma
chambre normande, face aux clochers de la cathédrale, pas loin de
l'Abbaye aux hommes et du disquaire, seul à tout maçonner, dans ce
grenier aménagé. J'ai vu le temps passer, une extrême longueur à
étudier. Quelques musiques accoudé aux tuiles mouillées, en bas,
un accordéon désaccordé pour chanter les soirs d'octobre.
Quelques
années après dans ma maison, des grasses matinées à l'écoute du
crépitement des gouttes sur le velux, je me suis molletonné la
tronche.
La
lumière oblique de cet abri triangulaire, l’alcôve dorénavant
fait chanter le saphir et calfeutre la musique. Les tuiles, mon
ancrage dans toute son intimité, le son, l'auberge pointue, loi
carrez et dos courbé. C'est une chose très particulière la chambre
sous le toit, un panorama où l'on caresse tous les plus beaux songes
et quelques imprudences, les orages anthropophages. Toujours cette
chanson me renvoie.
Nils
Peter a ouvert le passage, vers cette musique ambiante que j'écoutais
plus souvent avant. Avant et je me suis souvenu de ce groupe Dakota
Suite. Ce néoclassique a toujours été associé à une esthétique
de pochette. Fidèles clichés de Johanna, Chris lui est toujours aux
manettes du groupe. Tellement cohérent, des arts épousés, une
seule longueur d'onde.
Il
s'est mis à chanter, je me suis éloigné. Ce n'est pas trop le
rejet de son slowcore ambiant interprété, c'est juste que j'aime
tellement leur composition déshumanisée, je ne m'y suis plus
retrouvé.
L'instrumental
est revenu, Quentin Sirjacq pianiste de par ici aussi, et je plane à
nouveau dans le contemplatif ondulé. Calmer les murs chauds,
déguster la délicatesse des cordes bâtie sur du silence. Le
mercure chute sur mon ressenti. Je suis retourné vers ce classique
folk moderne et je ne bouge plus. Un délice.
Dakota
Suite & Quentin Sirjacq 2024
"Forever
Breathes the Lonely Word"
Inconsciemment
l'eau qui manque assèche mes humeurs. J'ai beau vouloir le soleil le
plus possible, le ciel sans voile et le vent qui assèche, je
n'imaginais pas l'eau loin d'ici tarir à ce point l'espoir et
l’insouciance des aurores. Je me lève pour aller combattre.
La
petite tiédeur du matin frissonne sous la menace des premières
lueurs plombée. Les plumes sous la pervenche rassie, le bec grand
ouvert, le calme est pesant et la poussière crépite. L'appel de
l'ombre, le goût des pénombres, se calfeutrer et laisser couler la
fraîche quiétude de "Be
Quiet".
La pochette devant les yeux, les pensées ondulent sur une étendue
de mer noctambule. L'argent plombée des surfaces à remouds se paye
une plongée surréaliste dans un frimât imaginaire. On se balade
dans des villes du nord comme pour calmer l’ardeur, tenter le
crachin. Il y a bien la douceur de Rome, la moiteur de Bangkok,
peut-être là-bas une fraîcheur Eno plane dans un stratosphère
pédestre. Clim ECM.
Tant
que ça, ça sent qu'ils sont british ? Pas besoin d'aller vérifier
l'identité de cette jouissive découverte, il y a cette petite
touche classieuse même si la substance anthracite est rêche et les
bas-fond teintés de poésie dépravée. Je me suis senti comme dans
un vieux cabaret fantomatique qui passait du Poni Hoax, Jack the
Ripper, Pogues, Cake et Space. Le cuivre en bouée, la folie
maîtrisée dans le jeu tonique et visqueux. Légèrement décadent,
ça sent la poudre multicolore. Remugles d'alcools mélangés,
saveurs de suie et de graillon avec quant même la petite fenêtre du
fond qui laisse passer l'air iodé et lourdement humide d'une nuit
épaisse et diabolique.
Tout
d'abord, il n'y a rien au dessus du sommet « Shadows
Collide with People » avec cette collection tubesque de
morceaux d'envergure (« Carvel » ;
« Omission » ; « Regret » ;
« Every person » frissons à chaque écoute ;
« Wednesday's song » « Song to sing when
i'm lonely » ; « Cut-out »). Voilà,
ça c'est dit.
Maintenant
le chemin qui m’amène à « The Empyrean ».
Le dernier
Coxon et l'extraordinaire carrière solo d'un guitariste abîmé,
accroché à un monstre. Le génie en retrait, la respiration
réparatrice. Son sublime dernier album oublié m'a envoyé
directement vers l'opulent Frusciante. J'en ai pour quelques albums à
chaque séjour chez lui, juste après m'être emmanché « Shadows
Collide.. » donc. Et quand l'effet du sang ne me suffit
pas, je vais me finir chez Ataxia (même graphisme de pochette
d'époque) jusqu'à perdre l'équilibre.J'avance et
m'enlise toujours dans cette chronologie-là... « A
Sphere.. » ; « The Will..»
après « Shadows..».
Puis le sublime « Inside of..»
et
enfin l'apaisement intime de « Curtains»
avec plus de larmes encore (« Anne »).
Alors
pourquoi « Empyrean » ? C'est comme un
aboutissement, j'ai pourtant un peu négliger ce concept fantastique,
cette sombre plongée dans un abyssale paradis mouvant. Jeu trouble
et planant posé sur une grosse intro instru Young et floydienne.
« Song the the siren » et sa voix résonne à
nouveau, toujours au fond de la pièce, troublante, douloureuse,
écorchée intime et puissante.Après
plusieurs jours émouvants dans mon avancée récurrente, je reste
amarré sur ce beau disque comme si je le découvrais. Août au
frais.C'est aussi
parce qu'il est pour moi la fin du trajet, je ne m'aventure jamais
dans sa période électro, 2012 à peine survolé.
Quelle beau
finish cet « Empyrean », j'ai la tète
ankylosée et toute chargée de belles choses chagrines. « Stuff »
dans le lointain comme une blessure, des cendres, la douleur de
« Walls » résonne encore, chanter à en abattre
des murs, puis « Unreachable » me rassure,
« Heaven » m'enchante... quant au prog « Central »
et la voix à la Bruce (Jack)...
John
Frusciante une nouvelle fois, solo, la trique dans les doigts, sa
grande liberté, ses mélodies brutes qu'il incarne dans les plus
suffocantes émotions, « Control » et le très
Stevie Wonder « Hope » bouleversant, et je me dis
qu'un jour « Curtains » va détrôner « Shadows.. »,
il ne restera alors que celui-là. Et tiens en conclusion, il faut
voir comment il a stratosphérifié les Red Hot avec les deux
derniers doubles.
Une
vieille connaissance que personne ne connait, j'ai replongé dans les
bacs du label K-RAA-K-net et une vieille chronique. En rangeant, j'ai
rangé et suis monté d'un étage sur mes étagères vers le paquet
de l'auberge qui héberge ce groupe-ci, comme si on avait perdu 13-0
au blind-test des groupes enfouis dans la grande marge des années
2000. Bref, j'ai pris des nouvelles de Kiss the Anus of a Black Cat
abandonné pour moi en 2007.
2010
c'est un peu tard, cette incantation à la poussière sort envoyant
direct manger le sable des grands déserts à cranes sans bidoche ni
nerf aucun. La pochette, une fois de plus, l'ambiance, cet appel au
ciel quand sur terre il n'y a plus que 2 couleurs, le bleu sec et
l'ocre mouvant.
Immédiatement
David Eugene est convoqué, et les 16H Power (« Argonaut
and Magneto », « Harrow »).
Je
ne souviens pas que le Kiss Cat ait proposé de tel beau disque
habité et totalement habité.
Vague
corne entoilée, le vent sec et chaud à ôter tout espoir sur l'os.
Le vent est tellement sec et chaud. Des carcasses sous les bromes
figés Pompeï. Le son de la désolation, ça doit cuire sec dehors
pour que Kiss embrasse une telle incantation au souffle moribond.
Pourtant la voix est claire, les parfums épicés de curry craquant.
L'orgue monte comme une prière, les fantômes sont à quelques
clochers d'ici.
Août
sort des bois et le désert est déjà là, à fondre le coussinet
des complotistes. Pas collants, lourdes semelles sous des citernes de
sueur sans odeur, la seule eau qui coule à flot. Le crane en
gargouille et le sourcil en gouttière. La raie du cul est un
marécage.
Plus
aucune nouvelle depuis 10 ans, j'ai repris le fil du Black Cat en
reculant vers les années où l'on prévenait urgemment du délire.
Il faut voir la gueule en sueur des trou-de-balle éberlués. Bisous.
Kiss
the Anus of a Black Cat2010
« Hewer of Wood and
Drawers of Water »