Liz
s’est débarrassée de toute tension sonore, elle a déposé un peu
d’énergie à ses pieds pour laisser ses chansons épouser le
ligneux. « Three
legged dog »
à nos pieds, dénudé de tout. J’ai laissé Aldous sur le côté,
mon regard s’est éloigné du bruit général. J’ai vu Liz au
loin entre les arbres et son petit refuge dans l’ombre épaisse des
grands hêtres. La gravité de « Mt.
Nephin »,
le métronome boisé de « Where
did you go »,
la sublime envolée pop de « Black
Ulysse »,
« Vespers »
comme une oraison folk. J’ai quitté la foule, je suis allé
reprendre haleine vers ces troncs lisses et grisés par des petits
airs nylons.
Si
Jurado lasse, qu'on lui trouve un léger déficit dans les
envergures, dans la hauteur de certaines couleurs sans pour autant
l'oublier dans un coin, il y a "Birds of Paradise"
qui vient de sortir.
Si
Jason Molina manque, avec son électricité fleurie sur de beaux
élans rock secs à peine crasseux, il y a Thomas Dollbaume qui vient
de sortir "Birds of Paradise". Immédiatement
cet album a confortablement clôturé mes impressions posées sur de
solides fondations. Immédiatement tout a défilé dans une évidence
brute tout en rattrapant en plein vol quelques petites maladresses
authentiques qui ajoutent au charme. J'ai oscillé comme un Tremble
en plein vent, musique argentée, soleil aveuglant. Le trait
d'horizon porte de grosses masses cotonneuses de vert profond, juste
au dessus, les nuages imitent dans des gris bleutés et la campagne
défile sous le son américain de Thomas. Je n'irai pas jusqu'au
village voisin, je vais juste faire le tour du grand bois et revenir
écouter ça dans ma hutte. Pas trop de soucis à me faire s'il me
vient l'envie de trouver un bon disque pour la soirée. C'est du tout
cuit, bouclé d'avance, tellement de soirées bredouilles à patauger
dans les opus pour dénicher une pépite. "Birds of
Paradise", immanquablement.
Découverte
inattendue, une fois de plus facilement guidée par mes algorithmes.
C’est pas faute de ne pas connaitre ce nom. Sans par ailleurs faire
une fixette et imaginer le siècle de sécrétions entremêlées
autour de ce mythique slow 1975. C’est peut-être ce cliché planétaire
qui m’a jusqu’à maintenant tenu éloigné de ce groupe made in
Manchester.
Une
fois de plus, malgré la découverte fructueuse, je ne vais pas
m’étendre technique sur le contexte et l’historique de 10cc,
c’est partout sur la toile. Sauf peut-être ce nom d’un des
membres qui résume un peu le côté léger, estival et aéré des
compositions, Lol Creme !! La pochette aussi, directement
identifiable à l’Hipgnosis qui n’a rien pour me déplaire.
Pourquoi cet album ? Fuir encore ce slow ravageur noyé dans une pop à
légère tendance prog qui fait tâche qui peut m’emmerder dans ma
démarche de découverte et mon appréciation générale ?
Peut-être. C’est surtout que pour palier à cette grosse lacune,
je viens de recevoir cette galette-ci après avoir fait le tri dans
la discographie streamée (d’autres sont en transit).
Complètement
séduit, je suis le cours de la discographie en appuyant fortement sur
cette période 70’s que je chéris.. hein ??
nan c‘est pas à toi que je parle … quoi ?? nan oublie le
slow, j’écris un truc là…
Ouaih, c’est vrai il est chiant ce morceau qui sent le coït. Tiens
d’ailleurs, en dehors de la limaille engendrée, comment 10cc porte t-il
« I’m
not in love » ?
Alors,
oui, le paysage n’est plus du tout printanier, l’été des
plaines devance toujours celui du calendrier, tout est installé,
posé, chlorophyllé à fond. Fleurs cuites, les herbes folles
occupent tout l’espace. C’est vrai que c’est super gai comme
musique. Je vois quelques comparaisons .. Macca.. euhhh, moi je dis plus Wings
avec Denny en dilution (pour la voix). J’entends aussi le joyeux de
Billy Joël, Chris De Burg. Je ne m’en lasse pas, je me promène
sur ma belle ignorance super emballé par leurs premiers albums donc.
« Lazy
ways »
tout de suite dans mon entrain - sublime épopée romantique à fleur
bleue en mode Queen vaporeux « Don’t
hang up »
- « Art for arts sake » un poil Steely Dan - « I’m
Mandy fly me »
pas mal du tout, c’est pas un slow ça ? Bref, quelques petits
délires pétillants pop avec ce son moelleux, extraordinairement
d’époque. « Rock’N’Roll
lullalby »
sur une estrade, sous les lampions colorés d’une belle nuit de
juin, le petit bal du coin avec … bon, encore un slow qui commence
comme « Let
me roll in »..
la bande son des vieux étés… ok ok..je remets « I’am
not in love »…
c’est quand même dingue cette histoire, déjà « Donna »
à l'époque. Chérie..viens-voir…J’ai
fini mon papelard, ça me saoule.
Assis
sur le toit du monde, il saupoudre les courbes bleues de sa poussière
féconde et dorée. Comme un génie de routine, mais toujours plus
beau sans cesse. Paul est posé là en posologie permanente, histoire que
maintenir le globe en rotation. Bien longtemps que les forces de
frottement ont baissé les bras. Huilé. Tellement haut, le coude
posé sur l'épaule de John, le plus naturellement du monde, Paul, we
two, Paul et tout le reste, nous envoie une salve lustrale de
quelques chansons religions. L'évidence coule de source.
La
source.
Intarissable.
C'est
une saison, le cycle, école sans cliché, cas d'empreinte fossile
empruntée, du bateau qui a vu les milles continents, Johnny Cash
gentleman avec l'élégance en plus et un brin de féminité naturelle. La patine burinée, le geste classe, manuscrit et
partition célestes. Paupières mélancoliques, le poids des regards,
neutres pochettes de disque, celui-là est apothéotique. La
pertinence des ondes s’octroie la quintessence. "As
you lie there".
Pendant
qu'ici, en bas, nous sommes tous à nous courber, que l'on tend à
s'étendre, croulons, glissons à succomber, luttons comme des
aliborons à lunettes, Paul élabore et arbore sur les âmes et les
houppiers, dépose tout à nos pieds en montrant la certitude dès
potron-minet.
J'ai
commencé l'album avec " As
you lie there"
en boucle, fébrile, suffoquant, emberlué
dans l'éberluance.
Je me suis dis, je vais faire pareil pour chacune des chansons. La
voix embraillée
hurle encore, c'est dans les aigus et les cris qu'il est encore le
plus facile. Tout a défilé, j'ai commencé à sangloter à la 7ème
révolution des pistes, perdu entre notre naine blanche et la cendre
lunaire. Tout en bas, le bleu ciel des mers s'arc-en-cielisait.
Quelques nuages ont rosi des joues, déserts empourprés. Sortir le
grand jeu d'un battement d'espiègles cils acrimonieux, force et
délicatesse.
Séculaire.
Il
y a le benjamin Watt et l'ancestrale puissance, une grande jeunesse
dans les joules, seules les gaines des câbles vieillissent. Le jus
jute et passe par tous les embranchements emmanchés d'outre Manche.
Sous les océans, tous semble câblé.
Il
n'est plus nécessaire depuis un bail, de s'étendre sur Macca, la
messe est dite. Je suis juste plaqué sur mon hamac à
prêcher.
La belle coïncidence, le
scalpel au sein d'un groupe, farfouiller dans les organes pour mieux
voir la matrice digérée. Proche le Selway, « Anima »
à plusieurs encablures, je me vautre pareil sur ce sublime « Blue
Morpho ». Des mimiques certes, comme sur « Earth »,
et tout s'explique. Les masques tombent. On ajoute au tableau le
cinématographique Jonny et les éléments s’emboîtent. Le poids
des ajouts, l'intensité des combinaisons, la place de chacun avec
les interjections. Rares les groupes avec que des inspirations,
autant de foyers.
Outre les explications,
libéré des analyses, ce deuxième album de Ed O'Brian est une
bouffée d'air éclatante. Méditatif autant que contemplatif, une
rêverie planante de pop acoustique et symphonique. « Sweet
spot » et je pense à ma découverte de Marc Morvan. Je
vais la revêtir, forcément elle est construite sur des principes
itinérants de mes errances, seul à travers mes étendues.
Plus j'écoute « Blue
Morpho », plus je me dirige vers un petit bijou,
l'appel du chef d’œuvre à le mettre en boucle et laisser le plomb
de l'air alourdir mon accroche.
J'ai vu une belle âme
sous la feuille du laurier, on dirait que l'époque est belle. C'est
pas ce grand soleil qui va me contredire, hier encore il faisait si
froid. Elle est partie comme une balle vers la vallée des saules. Au
creux, à la croisée des cuivres toutes les bestioles se
trémoussent. La lumière ambrée a trituré la boue sculptée, les cloches au
loin annoncent la canicule.
Je connais bien cette
petite vallée où règnent ces cinq grands saules depuis quelques
siècles. Ils prennent toute l'attention depuis le haut des plaines,
j'y vais déposer toutes mes préoccupations dès que le trop plein
s’empare de ma respiration. Toute la grasse sagesse salicylée y
broie mes saletés. De l'écorce jusqu’au pointu de la feuille,
tout tend à l'apaisement. Ils sont bien cachés des petites routes
de campagne ces cinq boules argentées comme des zeppelins arrimés.
Il faut prendre ce vallon du village par le sud pour à peine sorti des premiers
murs, voir ces beaux arbres marsault veiller sur le gâté et les
pauvres diables.
Il fait toujours humide
au creux de la vallée des grands saules. Le vent peut s’engouffrer,
rien ne bouge. L'humilité restera une sagesse végétale. La seule
loi valide est celle du mycélium et de la lumière. Nous n'avons
plus de disposition pour les vertus, le déclin progressif de
l'espoir.
Au creux du vallon des
grands saules, Leila Bordreuil, cordes en drone, accompagnée de Kali
Malone, a soufflé l'importance des choses.
Leila
Bordreuil 2026 « Music for Intersecting
Planes »
Le
Poa des choses habite le vide, la marée d'herbes se
pavane sous la pluie, « Lazy day » coule de
partout. Grasses touffes de ravines, friches épaisses, haies
touffues et folle-avoine, je suis sous la pente de mon toit et tout
dégouline. Cloué dedans, il pleut la poésie sur mon mai
barbouillé. Il a beau crachouiller, pleuvoir et déluger,
tout est beau et léger, la symphonie pop hippie et graminées
enchante la fraîche grisaille de ma voûte. Le grésillement du
saphir se mélange aux gouttes rafales sur la fenêtre-toit. 1969..
je dis ça ..
On pourrait se croire du
côté de la Californie avec quelques Capra ruminant le sable
et la joue épaisse, les chœurs sûrement (« Lovely to see
you »), même si là, l'épopée est bien trop grande et la
poésie à fleur de pot pour échouer sur cette plage beaucoup trop
ensoleillée. Peu importe le son du mur, c'est ma sous-pente qui a
raison de moi. L'onde est confidentielle, le concept capiteux,
l'objet précieux.
Il y avait bien le 45T
« Nights in white satin » dans carrée familiale,
comme partout ailleurs d'ailleurs. Gamin je mettais en boucle,
subjugué du clavier et par le songe procuré. Je l'ai retrouvé bien
plus tard avec le Barclay James Harvest et la belle pochette découpée
de « Gone to Earth », je dis ça... Tiens,
« Poor man's moody blues », je ne sais même pas
s'il existe un lien officiel entre les deux, le son, celui de la guitare, du clavier et le
romantisme.. tout y est, c'est certain. C'est en tout cas mon
alibi du retour vers le groupe de Birmingham bien plus tard. « Never
comes the Day » ressemble aux débuts des frères Gibb. Je
dis ça...Plus précisément, la
voûte penchée au dessus de ma platine chambarde tout, presque
méconnaissable l'album. Ou alors c'est la pluie.
Tout se mélange à
l'orée du délire mou, le rêve s’appesantit sur ma flemmardise,
j'irai ramer sur les hautes herbes demain, elles sont trempées, une
prairie pour un naufrage, le plus bel album des Moody pour mon tantôt
abandonné. Et le chant léger de « Lazy day » qui
n'en finit pas......
The Moody
Blues 1969 « On
the Threshold of a Dream »