jeudi 27 novembre 2025

Thom Yorke 2019

 


Épitaphe sardanapalesque du salpêtre des âmes. Nuque sableuse, épicéa roussi, couronne d'épines au pied des troncs, la rivière sous les arbres fume. Deux silhouettes opaques rament et partent vers les collines ferreuses, les paumes entartrées.

Scabreuse épigraphe sur les fronts des rames caverneuses. Les longues larves syncopées s'entortillent au dessus des égouts, les mêmes silhouettes s'en vont. Une embarcation flotte dans ce grand tube en béton vers l'ocre pâle du tuffeau. Les châteaux sont loin d'ici, juste un peu plus haut.

Tout est saccadé comme les saisons, l'habit du bougre n'a pas su trouver les belles couleurs. L'homme-lombric s’épanouit sur les faux-plats et l’apesanteur arrondit les douleurs. La résonance des sous-sols apaise. Chaque émotion est un vaisseau spacieux.

L'abyssale symphonie des longs rails noirs de monde qui dévale vers des rêves de cornaline est déposée sur du Kraft noirci par la mine de plomb. Lettre orange en grosse impression. Thom en chef d’œuvre Animal.


Thom Yorke 2019 « Anima »

mardi 25 novembre 2025

Nacho Umbert 2009

 


Perdu entre le hurlement des gyrophares et le cri des mouettes je passe au pieds des grandes façades à fenêtres. Le temps grincheux trempé dans sa plus grise froideur me file un bourbon Jason Molina. Plomb assourdissant, je vais me forger une arme sous mon écharpe à triple tour pour escorter mon épaisse avancée vers une possible embellie. J'ai faim de soleil. Même un pâle à nacrer les réverbères ferait l'affaire.

Je vais où il faut aller au milieu des petites voitures essoufflées et des pigeons estropiés. Il y a bien ces mouettes perdues que la Seine a ramenée jusqu'ici. Attirées par le parfum avarié d'une ville à marée basse, et l'albâtre des murs des mornes musées, elles planent au dessus du parc de Choisy.

Je me souviens d'un bel album perdu au milieu du grand catalogue Acuarela Discos devenu Acuarela. Un artiste coincé entre Sr.Chinarro et Nacho Vegas, une discographie éphémère, une pièce ressurgie des décombres de la mélasse qui me suce le carburant. Pochette de carrelage des pays chauds, je l'ai trouvé, « Ay... », en Espagne aussi quelquefois il fait mauvais temps.


Nacho Umbert & la Compania 2009 « Ay... »

samedi 22 novembre 2025

Fabien Martin - 2025


 

Après un silence de quelques années, Fabien avait annoncé la couleur en 2014. Un Ep absolument parfait, ou plutôt un mini-album. Tellement accroc j'étais, qu'une légère frustration devait user ma touche repeat. Puis plus rien du « Littoral », sauf qu'il s'agissait là d'une mise en sourdine, d'un truc fort à mijoter pour plus tard, une mise en bouche, une étape. Puis plus rien ? pas tout à fait, puisqu'un premier signal est venu mettre la puce à l'oreille, « Plus rien » en bonus il y a quelques années.

Pile entre les deux, il y a eu un confinement, l'introspection de mes étagères musicales, cet Ep au milieu des 33T, je n'en ai aucun autre. Un tourbillon de musique et un recul sur les archives. J'ai tout rangé, tout trié, des artistes restent plus que d'autres.

Depuis, Fabien a canalisé son rivage, retrouvé les pièces égarées, d'autres tranches du quotidien qui font chantonner les nôtres. De la jetée on voit les grandes marées. Redescendu des montagnes, il nous emmène pour un doux séjour au bord de la mer. J'ai encore un vieux poste à laser dans ma guinde sans option, des disques dans la boite à gants et je vais suivre le « Ciel de traîne ». Fabien augmente, tout semble évident et ma frustration s'envole, la grève est gonflée à bloc. C'est sûrement mieux ainsi, avoir laissé un peu d'érosion sur nos tempes pour revenir plus beaux et plus forts. En 2014 j'approchais de la quarantaine et je reprends cet album avec mes rides augmentées, des retrouvailles dispersées avec un son étoffé, délicieux. Fabien dans son studio Little est devenu un producteur, un artisan du son, comme un réalisateur sur ses rôles de composition, pour les autres aussi. Un label, une cohérence, trois inédits inspirés et du retravaillé. J'avais un gros faible pour cet EP, imaginez mon plaisir décuplé. Le tout revenu, peint avec une autre palette, retoucher, décrocher le suspens.

Fabien Martin 2025 « Littoral augmenté » sur Littoral records

https://littoral-records.sumupstore.com/

jeudi 20 novembre 2025

Kate Bush - 1980

 


1980, une brochure distribuée en Angleterre, c'est la guerre froide, une clé pour survivre à une guerre nucléaire..« They tried to warm up ». Kate Bush sortait « Breathing », son cri contre la menace d'une guerre nucléaire.

Des cycles, un monde sans fin.

Kate Bush 1980 « Never for Ever »

lundi 17 novembre 2025

Steve Gunn 2025


 

J'ai mis une pelure pour sortir prendre le paysage. Quelques miroitements sur des flaques en chemin ont eu raison de mon planning. Molle escapade en bas de chez moi pour terminer la journée tiède. Une fois de plus le temps du ciel et la lumière dehors, comme les vanneaux face au vent.

J'ai foulé une tonne de feuilles, le sol acoustique buvait mes pas. Toutes ne sont pas tombées, les jeunes branches de peupliers gardent encore au bout de jeunes feuilles jaunes qui luttent et qui veulent voir le spectacle jusqu'au bout avant que le gel n'arrive. Les lentilles d'eau dans la ravine jouaient à peine avec le bleu du ciel, tout frémit.

C'est au soleil disparu derrière les grise lenticelles que j'ai rebroussé chemin. La lumière était belle, le froid tombait avec la lueur et j'avais les pensées qui chantaient des ondes anciennes de Dan Matz en Windsor, ou en Birdwatcher.


L'automne mûr était distrait, les insectes voltigeaient encore, les chrysanthèmes se demandaient ce qu'elles foutaient là avec la rose de Noël. La grande tiédeur fauve du soleil bas a eu raison de moi, j'ai décidé d'écouter « Daylight Daylight » de Steve Gunn.


Steve Gunn 2025 « Daylight Daylight »

vendredi 14 novembre 2025

ROSALÍA, 2025


 

Il s'agirait de prévenir nos cœurs fragiles. Opéra pop tragique dans un écrin, la lumière dans le plus bel affolement. Rosalia me propulse dans un autre espace temps émotionnel. Gorge sépia quand mon grand-père écoutait de l'opéra dans une autre langue et que seule l'émotion me muselait le bec. Je voyais la fébrilité sans rien comprendre. Les effets je les avais, il me semblait comprendre en frottant la viscosité des larmes entre mes doigts. Il me reste des ondes lyriques dans le plasma. Sinon, pourquoi « Lux » me fout par terre.

La langue aussi, celle principalement qui sépare géographiquement mon socle de mes amours fraternels.

Je n'aime pas les comédies musicales, et pourtant je la vois chanter et danser avec l'orchestre invisible dans son tourbillon à elle. Cinéma sûrement. Almodovar des grands clochers. Une histoire d'amour dans une hacienda. Des héros, des filles brunes, à peine une petite flamme & Co, la grande héroïne Rosalia, comme une Amalia des contrées de Fundao qui tient un pays debout....Andalousie, collines de la Castilla y Leon, Salamanca le long des arêtes de la Guadarrama... ma boussole s'emballe.

La jugulaire fébrile, « Lux » me traverse, rien pour m'accrocher, ni lutter, je suis au milieu de rien, à travers tout, je flotte et chute, respire à nouveau, avant la petite apnée de son Christ italien qui pleure des larmes de diamant. La note est atteinte, l'opéra vibre. Nous sommes dans les loges.

Et je repars encore, tout dans mon sillon, sans franchir la ligne de Vilar Formoso, je suis descendu vers Badajoz. Marvao et Castelo do Vide sur mon épaule droite, les beaux villages du bout du monde où j'aime aller déposer mon acidité.

Poupée de porcelaine, mon âme safran souffre sur « Memoria », un fado avec Carminho et mes yeux ont pris tous les fleuves de la péninsule, Duero, Tejo qui veulent l'océan aveuglément, plutôt que la mer. Chœurs lointains dans les murs d'une église ou d'un château, je vais me rapprocher de la Huelva et attendre que le soleil tombe pour boire la belle lueur qui incendie l'Algarve. J'irai demain m'échouer plus haut sur Barcelone.


Rosalia 2025 « Lux »

samedi 8 novembre 2025

Arnaud Fournier 2025


 

Post-rock à l’orée d'une grise ville, l'haleine vrombit à l'approche des tours à fenêtres grises mines. J'ai l'habitude d'aller voir ailleurs quand il me manque ce genre de son. Ça rigole plus chez Ici d'Ailleurs, après Zerö, Arnaud Fournier.

C'est âpre, un goût de sang dans la bouche de métro, le voyage fut long, les coteaux fleuris se délitent sur les façades éméchées. Les belles noues en caniveaux ruisselant d’auréoles mordorées s'entortillent vers les grands boulevards. Quai 24 à Montparnasse, la Tour se dessine en flou, mon cou se brise, la pluie a dû crépiter toute la nuit, des moues bistres défilent loin de mes pâturages. Avenue du Maine je bifurque sur Froidevaux et longe ce Champ du repos à ma gauche, les platanes ont jauni l'asphalte. J'avance vers les Catacombes. Ma ligne de métro est fermées pour une dizaine de jours, une autre ligne m'emmerde et les bus pataugent partout pour offrir quelques enjambées. J'ai mon casque et mes gambas. La marée de vélos, c'est pour dans une heure, deux ou trois noires trottinettes fulgurantes seulement me frôlent. Le ciel est gris jaunâtre comme le pus des yeux des fatigues que je croise. Boulevard Saint-Jacques, « New York Belle Île » me percute, le bas des immeuble blancs au dessus de la Butte aux Cailles apparaissent doucement, tout clignote, artères irrespirables, record d'humidité, les articulations dégustent. « Miroirs » attaque mes cellules. Hint est là, les anxiétés sortent des ténèbres.


Arnaud Fournier « 100% black Puzzle »

Thom Yorke 2019

  Épitaphe sardanapalesque du salpêtre des âmes. Nuque sableuse, épicéa roussi, couronne d'épines au pied des troncs, la rivière sous l...