Ah tiens, en manque de
chlorophylle, même le persistant est tout recouvert de gris. Les
magnolias flotillent dans mes souvenirs, les petits boutons au
milieu des feuilles grignotées sont loin de cracher leur rouge.
Pour le coup il y en a un
beau ici, flamboyant au beau milieu de quelques nuances de verts qui
n'arrivent pas à éteindre ce cœur braisé. Volupté, grâce et
disque moelleux pour le poêle, juste histoire de faire la nique au
blue monday vorace qui glace les fenêtres. En attendant la nouvelle
vague printanière, le joli et doux Pain chaud est là.
J'aurais dû le deviner,
ne serait-ce qu'à l'écoute de « Hearts arrive ».
C'est une année avec de beaux restes Wilco. Le triple Tweedy a
peut-être un peu étouffé ce duo automnale. Il y a de doux soli
guitares sur des morceaux pop, c'est de plus en plus rare et moi,
j'aime bien les petites pauses grattes qui élèvent et
embellissement les chansons. Et c'est quand même le 6ème album des
autres Wilco.
The Autumn Defense,
miracle pop, déboule sur une vague de tiédeur balayant d'un coup de
mélodie la vague polaire qui a figé mon humeur depuis des semaines.
L'est à parier qu'on ne va pas le crier sur tous les toits ce disque
et je me souviens des beaux artistes pop ainsi qui gonflaient mes étagères il y a quelques décennies, The Zephyrs, TRAM, Shacks, Mojave 3, Beta Band,
Minor Majority, Elliott Smith ou encore les récents Modern Nature et
surtout Bill Ryder Jones légèrement tourné vers George Harrison.
« Winter
shore », je peux rester des heures sur ces rives-là à me
laisser bercer par chaque élément à peine en mouvement...
« Underneath the rollers » et revenir au bercail
comme un cowboy fatigué.
J'ai bien fait de ne pas
faire un bilan 2025, celui-là en aurait jarté un direct. Un grand
disque pop à peine mélancolique, « More than I can say »
de l'automne à plein nez.
Un loupé. Tellement
parti avec lui et Lo dans le manoir de poésie, pourquoi je n'ai pas
lever plus la tète ? Réviser les lacunes 2025 et partir dans
le Calvados en laissant cette demi-heure délicieuse faire son petit
effet sur l'humeur de mes murs.
Pas vigilant sur ce
coup-là, j'ai laissé les marées défiler sans prendre l'attention
d'imaginer que les choses du manoir n'était pas un accident.
Je me fais de plus en
plus à son chant petit pot d'or et son accent de mélancolie
anglaise.
Jeu de mot facile avec
Boos, 6ème excitation de masse qui menace, éberlué les bras
tombés, un mauvais rêve trop fort, fake IA ou le réchauffement
climatique ? Ou alors c'est l'amour qui rend nœud. Boo à Bel
y'a pas des kilomètres. Pas lui, pas maintenant, pas après tout ce
qu'il a fait...
Récréation, moment de
faiblesse, menaces.. y'a un truc, expliquez-moi ça.
Et bien moi je l'aime
bien cet album. Je tombe sur un papier partagé et lis la discorde,
le débat, la déception des puristes, l’enthousiasme de quelques
médias à propos du 18ème album de Dylan. Pas le souvenir d'avoir
écouter cet opus, c'est l'occasion.
Et bien moi je l'aime
beaucoup ce « Street-Legal », il a le son
d'une autre artère, « 461, Boulevard Ocean »,
voire « Slowhand » etc, chœurs inclus, et
c'est peut-être pour ça la mou des amoureux. C'est d'ailleurs la
période où ils se payent « Sign language »,
sublime petite ballade folk à deux voix. Clapton divise aussi en
cette fin 70's. S'ajoute à cela un petit air malicieux de Willy
DeVille. « Changing of the Guard » a lancé
l’engin sans qu'il puisse s’arrêter, ni perdre de la vitesse.
Le contexte est
sympathique, l'album aussi, ceux d'avant étaient si haut. Je vais
aller fouiller les bacs histoire de choper l'outsider qui bataille
contre la punk attitude. Bob Legal ? J'ai connu pire.
Bob Dylan
1978 « Street-Legal »
mercredi 7 janvier 2026
Je n'avais pas osé
parler de cet étrange Simon. Higelin 75, Cohen ou Blakstar de Bowie.
J'y voyais en « Seven Psalms » l'effet
moribond d'un ultime album annoncé. Il est d'autant plus un petit
miracle, éclaboussé de lumière, peu importe laquelle. La pochette,
le nacre, et dehors ma belle campagne pareil avec sa pleine lune et
l'albe beauté régressive de toute cette neige qui a tout recouvert.
Je suis sorti pour aller
me perdre. Ma balade sur les chemins épais de poudre a piqué mes
pensées des sept psaumes de Paul Simon, la pochette avant tout.
Puis les accords et les émotions. Le ciel salpêtre. Les branches
sont lourdes, tout est calme, les grosses gouttes de neige fondue
font des bruits sourds sur la ouate, celle que je préfère. J'ai
écouté cet album maintes fois à sa sortie, clouant mon bec. Il
m'est revenu alors que je ne voyais pas le temps passer à errer
entre ces grand peupliers de sucre glace de cet hiver qui ressemble
aux miens quand j'étais minot et que tout le monde sortait dans le
village pour rendre grâce au gras flocons que la pleine lune
figeait.
Poudre d'amande, braises
et caféine avec le dernier Paul Simon au retour, avec dans la tète,
cette poudre de lait pastellisé par le bas soleil. Symphonie folk
enneigée.
Pas envie de lutter ce
soir. Juste baisser les bras et être là où personne ne sait où je
suis. Non, pas là où l'on ne m'attend pas, mais juste ce coin
absent au creux duquel je me poserai naturellement, sans guerroyer
pour y être, guidé par un vent hasardeux m'éloignant du mauvais,
aiguillage heureux sans aucune information pour les autres.
La paix royale, une pause
lustrale sans être d'accord avec moi-même, même si c'est le temps d'un album. Se foutre des
détonations, s'en battre des hauts verbes, des gestes abstraits, fouler l'herbe et la
mâchouiller. Foule amnésique, indifférente plutôt, inexistante vu
d'ici. Un endroit sans vue d'ailleurs, vis-à-vis à perte de vue,
« Hush-A-Bye » en berceuse, sinon la bande son de
ce coin perdu inconnu des bataillons. La prairie des chiens, une
trouée à peine lumineuse, la flûte du fakir, des yeux d'anges sur tous les cœurs en
tronc, je vais me poser là où même moi je ne sais pas où je suis,
me frotter le dos sur la première charmille en ronronnant sans rugir
et laisser Duke Pearson en Zoro venir me sauver du tumulte.