dimanche 16 février 2020

Elbow 2019



Je voyage au bout de mon optique. Loupe binoculaire au dessus d'une canopée d'Aspergillus Niger, comme le drone au dessus d'une forêt terre de sienne brûlée. A quelques micron de lui l'Ochraceus mimosa éclabousse.
Tout est une question d'échelle, microscope ou télescope, électrons de poussière saupoudrant nos fronts en extase devant la voûte étoilée.
200 milliards d'étoiles pour une galaxie, marée de manchots agglutinés sur un rocher blanc d'écume, soupe épaisse saturée de vermicelles, enfer de bouées humaines ondulant sur une houle mécanique.... « Giants of all Sizes ».

Elbow 2019 « Giants of All Sizes » label : polydor

mardi 11 février 2020

Algiers 2020



Crachats d'échappements, feuilles laminées en chutney de pisse urbaine, pavés hydrocarburés, huillulose, museaux muselés et coronaires virulées, tout est gras et glisseux, tout est urée en hyper-humidité, transpiration fossile, semelles charbons, sinus grisoutés.
On voit que le jour se lève, une lueur bleue livide naît des buildings, un rectangle s'éclaircit, l'horizon est vertical. Les poumons inflammés je piétonne, je suis pas fou, je sais bien que c'est le jour qui se lève à travers cette géométrie.
Mon crâne dégarni est surveillé. Sur ce platane-ci, une corneille le cou cassé, les griffes plantées dans un chancre doré, suis du bec ma démarche rythmée par la pointeuse. Ma tète se tord aussi, œil pour œil, dent pour bec, je ne la lâche du col. Je n'ai qu'une hâte, monter au 7ème étage pour voir l'horizon horizontal, un trait franc enflammé par l'astre en quartier rose orangé, découpé, puis entier, trouble avec la gueule de bois des airs polluées. En bas, le noir volatile bec en l'air  me fixe toujours. Les étoiles agonisent, il est temps d'y retourner, de redescendre dans la géométrie étriquée, dans la termitière.. Je retire mon casque, « Wait for the sound » résonne encore, un sommet tout en dévalant mollement les étages.

Algiers est une inébranlable avancée.

Algiers 2020 « There is no Year » label : matador

jeudi 6 février 2020

Louis Ville 2019



« Combien de forêts calcinées.. ? ».. tiens donc, de but en blanc. Un carré jaune pareil à Swans, transpercé d'un autre rauque, des cordes burinées avec un trou noir à pomper toute la matière au milieu.
Des accords cassés, des lueurs Tue-Loup, des haleines Arno, des désespoirs Kanches.
Louis Ville irradie les marges, le creux des ravines flambées d'hiver comme une piscine de luxe.

Blues crépusculaire, épaisse tranche populaire d'un socle récurent imbibé d'averses. Une plaine incendiée de flaques, un auguste soleil se barre dedans. Jaune et des couleurs tranchées dans le cœur à vif. Louis Ville mon cinéma récurent.

Louis Ville 2019 « Eponyme » label : balandras

mercredi 5 février 2020

Swans 2019



Le merle n'est pas fou. Peu importe le mercure, il vient nous chanter nos fins de nuits fatiguées. Le brouhaha lointain des villes n’empêchera jamais le rossignol, le pinson ou la grive de chanter.
Beaucoup plus loin le bipède continue son concours de bite, construire la tour la plus haute, étourneaux étourdis, la terre crache son aménorrhée .. et déjà les tracteurs épandent, ça pue la mort dans les champs. Il faut dire que le noisetier, l'aulne et le cyprès pollinisent comme jamais depuis des jours.. on fait des progrès.
Entre Santeuil et Auneau, je suis allé errer coincé entre une éolienne et le train à grande vitesse. Tellement vite que les vaches n'ont même plus le temps de les regarder passer. Cerné entre deux mouvements mécaniques différents, l'un longitudinal et l'autre rotationnel j'ai tracé mon chemin poussé par la nuisance sonore, perdu au beau milieu du plat de nulle part.
Beaucoup plus loin, des Paris d'arbres entiers disparaissent, la jungle humaine se débarrasse des houppiers et des canopées. Bientôt 9 milliards de bouches à nourrir. Suffocation, asphyxie, agoraphobie, claustrophobie... misanthropie.
A Monvillier, on entend le TGV qui au loin pourrit la vie du clocher de Saint-Léger-des-Aubées. Dedans une foule pressée passe et repasse. En haut les avions n’arrêtent plus de quadriller.. En attendant, les arbres des petits bois se disent que finalement le manche des cognées sont des leurs, ou des leurres. 

J'entends le grondement d'un son, la rage moribonde d'un vieux rauque. 

L'intrigue des bacs. Saez et Swans y sont. Je n'en pense rien du tout finalement, tout est agonie. In extremis choper la marge, pour le cas où.
Carré jaune automnal, le temps passe vite, déjà ici il fait un temps d'avril fin janvier. Swans est toujours là, plus acoustique, plus fort encore, toujours la majestueuse menace. Dans ce bruit infernal, écouter Swans, plus fort encore.

Swans 2019 « Leaving Meaning » label : young gods records


samedi 1 février 2020

Mount Eerie & Julie Doiron




Un autre duo frontalier, couple à la chanson. J'ai manqué leur première rencontre, je comble mes lacunes avec ce retour. Retour aux sources, folk à l'état pur, jeu sensible de cordes, vocales ou guitares. Julie Doiron et Mount Eerie dans toute leur fragilité

Mount Eerie & Julie Doiron 2019 « Lost Wisdom pt2 »


samedi 25 janvier 2020

Lina_ Raül Refree



Le vert des oliviers ne change jamais. Aux pied de ces troncs noueux celui tendre de janvier nous parle du ciel bleu. Le trèfle pied de chèvre tend ses pétales jaunes sous les orangers. Oxalis nappé pour parler aux persistants ; oliviers, orangers, eucalyptus, chênes lièges, et les pays caduques sont à poil. Quelques abeilles défient un papillon, les rayons de la Saint Sylvestre attendrissent. Au fond, le dôme de la Serra del Aire se dessine à peine.
Si l'été le figuier se la ramène en crâneux, il baisse du museau en ces jours de Capricorne, ses doigts crochus en branches arthrosées rappellent à la saison.

« Le vin réjouit le cœur des hommes ».. le parfum caramel de terre puissante dans ce raisin fait dire de belles choses, embrasse la glande lacrymale.. on s'en va errer nos cerveaux avinés au creux de Cabeço de Soudo, puis Carvalhal do Pombo, Rendufas do Meïo, Charneca da Rexaldia... le soleil tombe est l'on rentre entre amis dans les murs blancs sous les moulins da Pena. Soudain à travers le silence, une voix provient des collines, celle de Lina. A quelques vallées d'ici, Amalia remonte le Tage vers l'Espagne en passant sous Fundao. Toutes les rivières partent d'Espagne, grignotent les terres plissées vers la beauté pour finir en apothéose dans l'Atlantique et revenir gifler en ressac les côtes sous l’œil malin de la Gaivota.

Acuarela discos d'antan, le spectre vocal de la Lusitanie, duo poignant, Refree met en son Lina qui chante Amalia Rodrigues. Clavier, voix, piano, ambiance qui prend à la gorge.
Le Fado, la Saudade, c'est la mélancolie de ce qui pourrait arriver, et ce qui arriva. C'est un arbre qui pourrait perdre ses feuilles mais qui les garde. Lina n'appréhende plus rien, elle est plongée par le trouble noir et fier de Raül Refree le barcelonnais. Sans la guitarra Portuguese, les chansons défilent et nous arrachent les yeux, la poitrine a chaviré. Sombre et moderne, décalé et respectueux, tous les fantômes debout d'un puissant pays sont en suspens.

Cet album est une merveille. Bouleversant. Impossible de l'écouter en entier sans sangloter. Le Fado, c'est le silence total avant l'explosion de cris, de joie et de larmes... Je vais tenter après un verre de Cabeça de Toiro, de l'écouter en entier.

Lina_ Raül Refree 2019 « Lina_ Raül Refree » label : Glitterbeat




mercredi 22 janvier 2020

Big Thief 2019




Lo-Fi brinquebalant avec un air de bœuf glissant sur les pentes meubles. Les gars autour d'elle sont à la merci des fragilités vocales, du chant impliqué. Et puis à découper une tranche de quelque part pour qui que ce soit, "Two Hands"  se dresse sur un moment posé à des brassées des intra-muros. 

L'esgourde nous remet à notre place, celle que l'on veut pour jauger la respiration, déjeuner avec des canotiers de berges aménagées. Outre la pochette, ce troisième album des New-yorkais pétri de sensibilité authentique fait un bien fou. 
« The toy », je vais attendre un peu avant de me relever pour y retourner, vers les frondaisons qui voilent la grande ville.
C'est une chose belle cette grande dérobade. 

Big Thief 2019 « Two Hands » label : 4AD

lundi 20 janvier 2020

Patrick Siegfried Zimmer




« Memories I X » se déguste en huis clos. Peut importe le temps qu'il fait dehors. Cabot celui de la pochette. Le mien donne de la hauteur aux pressions. Soleil qui reprend du rose aux joues, à l'ombre la bruyère en fleur est encore gelée.
Les noisetiers pollinisent, les cyprès et les aulnes aussi, quelques semaines d'avance. Les chatons dansent, le vent pique un peu les pommettes. « Eternity » peut rendre heureux l'espace d'un instant, de l'autre côté de ma vitre un merle sautille sur l'herbe craquante, on dirait qu'il entend la musique.

Baladin from Germany, voix de tulle guitare nylon mélodies cristallines. Il est aussi Finn, c'est ma jolie découverte du jour, l'hiver est doux, les chatons des arbres dansent, le merle aussi.

Patrick Siegfried Zimmer 2018 « Memories I X » label : PSZ records

mercredi 15 janvier 2020

Vincent Delerm 2019



C'est aussi une bande originale de film..le sien. Tout mis en musique et en voix par lui. Et quelques reprises.
Ses tranches à lui nous collent à nous. Et pour un rien on s'en va mourir dans l'air du soir.
Il y a bien longtemps que Vincent chante notre cinéma à lui. C'est comme un disque de Souchon, on le prend pour croire vivoter et on est touché en plein sang. Humaines palpitations. Et puis qu'à cela ne tienne, nous vivons avec quelques airs anodins qui trainent et ne minent à rien, mais qui comptent tellement, dessinent et bâtissent nos os.
Je sais pas quoi trop dire en fait.. « Les orgueilleuses »... j'ai ressortis les premières balades fragiles et sensibles de Sheller.Des chansons passent en boucle.

"Panorama" pour moi à sa sortie a été étouffé par "âme fifties".. j'y peux rien, c'est comme ça... son film et sa BO viennent pousser Alain qui reste malgré tout à portée d'oreille .. Pour les tranches de vie c'est où ?? un repère qui manque, un détail que l'on cherche, une humeur dans les nuages, une voix familière de rare week end...un autre panorama . 



Vincent Delerm 2019 « Je ne sais pas si c'est tout le monde » / « Panorama »

dimanche 12 janvier 2020

Hildur Gudnadottir 2019



Cinq ans sans paysage d'elle. Le néo classique semble s’essouffler dans les bacs. Comme pour Max Richter et surtout Johann Johannsson, le nom d'Hildur Gudnadottir est devenu plus visible en bas d'une affiche de cinéma.
Je n'avais plus de nouvelle depuis l’extraordinaire tableau « Saman » en 2014. Son talent n'a pas bougé d'une corde, il est juste magnifiquement guidé par d'autres histoires de longs métrages ou de séries télé. "Trapped",« Chernobyl », et « Joker », chef d’œuvre total donc.
J'adore me créer mes images sur les musiques d'Hildur, aussi j'aurai pu être partagé si cette bande son ne m'avait pas projetée dans son monde à elle jusqu'à en oublier les scènes.. trajet apocalyptique d'un matin au casque, tout chargé de gris et alourdi de fatigue.

Tremplin pour un nouveau démarrage, mutation et revirement ?? les thèmes encordés d'Hildur viennent désormais ensorceler nos yeux.

Hildur Gudnadottir 2019 « Chernobyl » - « Joker »





jeudi 9 janvier 2020

The Stranglers 1986



Il y a sur certains albums des saveurs insolites, des affections qui font garder hors crédibilité la texture inexplicable d'un goût appuyé. Les années 80 pour moi, pas mal d'opus se détachent par une couleur, une humeur, une fantaisie à travers ce capharnaüm. Des entités bousculées, des nouveautés boudées, des sons qui zigzaguent, des écritures qui se faufilent à chiper ou pas. Imposture ou révélation. La décennie, ici et ailleurs a impacté par le dérangement, la renaissance ou l'intriguant. Virage, racolage, rempiler, remplir ou créer, opportunité, l'occasion pour bivouaquer, tout en gardant la fibre ou pas...."Under wraps" de Jethro Tull 84..impossible pour moi par exemple.
« Moonlight Shadow » .. « Loosing my religion », « In the army now », « Beds are burning », « Don't stop the dance », "I still standing" « You can call me all», « sledgehammer»... comment survivre, se fondre, muter, s'adapter, renaître ?

Comment avouer que « Dreamtime » est mon baptême étranglé, celui particulier que je préfère donc, pour le tube qui a drainé ma curiosité, pour la pochette, le son et le disque qui se détache d'une décennie chafouine et que je n’arrête pas d'approfondir maintenant.

J'entends d'ici les inébranlables.. « Always the sun ».. c'est du Stanglers ou bien ? « In the army now » du Status Quo, et « Let's dance » du Bowie... ??
Tout dépend de l'age que l'on avait, du son dans nos cellules, de l'oreille que les étoiles nous a donné pour s'adonner, des cellules que l’ouïe sensible nous a légué.

Moi, les Stranglers, c'est une grosse compile bourrée d'imparables chansons triées de 77 à 2017..et un album en entier.. « Dreatime ».

The Stranglers 1986 « Dreatime » label : epic

lundi 6 janvier 2020

Midnight Oil 1987



En survolant le plissé du Beira-alta, malgré l'hiver, j'ai vu une bande de feu balayer calmement une crête. Les flammes dansent, une fumée comme des nuages. Ce pays en a connu des ravages incendiaires.
2019 la terre brûle.... Mozambique, Californie, Amazonie, Sibérie..... Australie.

Nouvelle-Galles du Sud cramoisie, les gars chantent la fournaise, un des rares disques 80's que j'ai écouté en boucle. Classique, trop ? m'en lasse pas. La croûte incandescente.

Midnight Oil 1987 « Diesel and Dust » label : CBS

samedi 4 janvier 2020

Mike Oldfield 82



Je suis allé me suspendre dans le temps. J'ai rompu mon pacte celui de ne jamais participer à ça, j'ai anéanti ma phobie. Je suis allé voir quel temps il faisait au dessus des nuages.
Le spectacle fut merveilleux, je suis allé moi aussi polluer un peu là-haut, ma petite part du ravage. Une poignée d'êtres humains sous le soleil, juste au dessus de la fourmilière.
Une certitude flotte, on s'éloigne de la réalité. Calme et volupté. Une fuite. Une pause, un instant de lévitation loin des bataillons.
En dessous des agglomérats d'individus s'acharnent à menacer les équilibres, à ne pas ménager sa monture.
Combien d'yeux humanistes vers nous, pour des milliards de regards dans la boue ?

Les douces meringues des Monts Cantabriques ouvrent la péninsule. Plus aucun nuage. J'ai quitté la Loire des yeux, je contemple le Douro. Bientôt le beau Tage et la descente vers mes irmàos..
Pour planer et rendre musical cette dérive propulsée, j'ai mis « Five Miles Out » dans le casque. La bande-son du moment guidé par la pochette idéale, mon instant unique avant le retour à la croûte. Comment ça tient dans les airs un truc pareil ?
« Taurus II », « Orabidoo »,.. instrumentaux au son unique, celui de Mike Oldfield sur mon premier voyage en avion.

Mike Oldfield 1982 « Five Miles Out » label : virgin