dimanche 30 décembre 2012

"E la neve va" (29 décembre 2012 )


 
J'arrive et m'assois sur mon galopin XXL, j'ai le pas ankylosé, une envie de brèves grasses de zinc crade, de mots qui dégoulinent. Le tabouret migraineux me faisait de l'œil, somnambule à baver la pompe à mousses. J'ai la cogite ourlée, la gorge qui descend des Monts d’Or. La musique de fond n'est pas adéquat, allergisante, comme ma respiration, cette ruelle de neige fondue. Le barman n'est pas un mélomane des comptoirs, ni un fan de Tarantino, quel idiot de ne pas trouver la bande-son de ses fûts. Enrhumé de la tourbe, ignare de l'accordéon, peigne-cul de l'âme celte. Le son chaud des cuves de cuivre en ébullition aurait dû injecter.
 
Je reste quand même et je me dis que si j'avais un rade comme celui-là, j'y accrocherais mes toiles, celles qui ne sont pas encore faites. Ce vieil homme fidèle près du tiroir caisse prend une Carolus brune avant la pinte de Bittburger, comme pour se rincer, se laver avant de rentrer, effacer la moindre trace de plaisir. Nom d'un chien la pluie accélère les pas des passants, et ces deux ados qui combinent le vide de leurs mots avec le haut brouhaha qui bourdonne. J'aime plus que tout les averses, les refuges, la pause. Même les fleurs se ferment sous la pluie. « Combien de roses avortent avant d'avoir parfumé » ?
 
Merde, ils disent tous que c'est bientôt la fin du bal, on n’est pas encore le 21. Et puis j'ai pas fini mon bock, y’a pas la presse, y'a pas eu le temps que tu me donnes des nouvelles de moi.
Le drone de bistrot capitonne et les verres accrochés en haut du zinc me regardent avec leurs petits yeux de chauve-souris. La lumière plonge, et le plongeur me scrute comme si j'étais un chevalier moderne dégringolant de la Gaieté. Il voit mes paupières orties, mes inondations de silice, la mansuétude de mes mansardes crâniennes.
Ma tulipe Duvel garde la trace des strates de mousse, comme les rondins de troncs, chaque année bue est un cercle d'une gorgée affichée. Galbe de verre à la gorge d'écume, la marée est basse et je suis assoiffé de peau, de marécages, de cœur trempé et de toison pataquès.
Marcel Kanche, Philippe Léotard ou Allain Leprest, random de ma pochette à CD, seul je me manque. Ces mecs sont là pour me rappeler à moi. La solitude rend égoïste.
Juste en face, les chambres de l’hôtel vacillent, des corps dansent au dessus d’un lavabo, il pleut et c’est le commerce de l’eau. La vitre embuée et codée dévoile la besogne putassassière, et l’anthracite toxique s’empare des âmes. Des remugles de pissotières jaillissent des fournaises. Je lape ma dernière lampée de levure houblonnée, j’ai un point rouge sur le fond de l’œil, une lumière qui clignote, je suis sur la réserve..il faut que je rentre.



samedi 29 décembre 2012

Rory Gallagher 90



« Fresh evidence » est ma pièce fétiche de Rory Gallagher pour plusieurs de raisons. Mais avant toute chose, il faut rectifier un détail, la pochette de la réédition n'est pas celle d'origine, le vinyle montre un vrai visage, à l'époque où il enregistre son dernier album studio. La photo du cd réédité en 1998 est anachronique. En 1990, les abus commence à se lire dans son regard, mais colle à merveille avec la texture du disque et le contexte. « Fresh evidence » arrive comme une urgence, une survie. Un silence discographique (un seul album depuis 82) laisse Gallagher seul avec ses démons depuis des années, l'alcool et les médocs. En 1990 la main tendue par son frère Donald le propulsera à nouveau sur scène avec cet album qu'il trainera jusqu'en 95.
Un immense cru 1990 de blues boisé, cuivré, tourbé se dessine comme un aboutissement. Un cliché de studio vieilli, une insolence guitaristique qui culmine sur « Middle name » et « Heaven's gate ». Un accordéon et un harmonica souffle un air chaleureux et pas moins de neuf musiciens sont derrière Rory qui lui use de Dulcimer, Mandoline, de Sitar et de ses riffs torrides habituels. Trempé, lourd et imbibé, rock appuyé, blues infernal, j'écoute « The loop» et me dit qu'il a une patate d'enfer pouvant sur un solo, rétrograder Stevie Ray Vaughan... et je repense à la politesse d'Hendrix. Ça doit être bon d'être le meilleur guitariste du monde .. C'est à Rory qu'il aurait fallu demander ça.
Si son jeu de guitare nous dévore la carotide, la basse de Gerry McAvoy nous bouffe le bide (écoutez la démarrer sur « Middle name »). Rock jusqu'au bout, l'album vient s'écraser sur le bouillant « Walkin' wounded » et le mélancolique « Slumming angel ». Une canaille avec des ailes d'ange.. dernière chanson discographique de Rory Gallagher. Un adieu.
Je garde les deux inédits de la version cd (extraodinaire « Bowed not broken »), mais reviens sur la pochette du vinyle, indissociable des chansons de « Fresh evidence ».


Rory Gallagher 1990 « Fresh evidence » label : capo/RCA
http://www.rorygallagher.com/
http://cradle-rock.blogspot.fr/ (blog de Gallagher pour les fans mélomanes d'ici)










jeudi 27 décembre 2012

Mirrorring


D'un côté Liz Harris réalise des disques depuis 2005 sous le nom de Grouper, d'abord distribués sous le manteau, gravés sur Cd-R, puis sur quelques labels comme Free porcupine society, Root strata, Type et dernièrement Yellow electric pour un production de quatre albums depuis 2011. Ses ondes musicales flottent sur des nappes d'ambiance électro-acoustique aux lueurs noisy. Elle a côtoyé James Stewart de Xiu Xiu, les barges de Inca Ore, l'acidité folk de Ilya Ahmed, Animal Collective. Elle est aussi une artiste picturale qui réalise ses pochettes.
De l'autre, Jesy Fortino, alias Tiny Vipers, même voix délétère, même ambiance diluée et planante, quelques drones en moins, sa guitare à elle se penche vers le song writing habité. Tiny Vipers, c'est une prière folk chamanique devant quelques paysages vierges et nocturnes, et des accords aussi lancinants que Windsor for the Derby. Sub Pop lui offre une visibilité plus franche.
 
Kranky vient d'abriter la réunion de ces deux américaines de la côte pacifique. Grouper et Tiny Vipers, c'est Mirrorring avec un album « Foreign body », une belle collaboration qui vient marier les deux réverbérations. La même résonance, la même immensité des espaces et la hauteur des guitares. La voix de Mirrorring est aussi noyée à travers des claviers en nappes infinies. On pourrait penser à Lush, Tamaryn, The Zephyrs..mais leur son est unique, apaisé et réchauffé de cordes acoustiques.
« Silent from above » est un doux chant d'arpèges clairs, la voix est encore sur terre. « Cliffs » attire vers le haut, vers les grandes pluies, c'est l'arrivée des averses et des drones flottants. La voix est déjà évaporée sur des claviers Eno. « Drowing the call » confirme le doux coma des voyages en stratosphère. « Mine » ajoute un chant celtique et une ambiance Sigur Ros, de là-haut on voit bien l'océan qui se découpe net, alors que Liz Harris finit le morceau par une brûlure métallique. Tout se volatilise sur « Morror of our sleeping », avant que les voix se noient sur « Fell sound ».
Une collaboration précieuse qui nous emmène très haut, pas loin des altitudes de Brian Eno et des brûlures de Sigur Ros avec la féminité de Tamaryn en plus.




Mirrorring 2012 « Foreign body » label : kranky
http://www.kranky.net/artists/mirrorring.html
http://newalbumreleases.net/?s=Mirrorring
http://open.spotify.com/album/2KfdSjo3qR5TnnzikdrkwD


mercredi 26 décembre 2012

Clapton 77



Le rétro colle à la peau de tous les artistes qui ont laissé un album dans les 60 et 70’s, et notamment les piliers qui sont exploités jusqu’à la moelle. On saute deux albums sans conséquence et après le controversé mais incontournable « 461 Boulevard Ocean, », on arrive doucement sur le « Slowhand » qui collera alors le sobriquet au guitare héro britannique Eric Clapton. Aussi bien achalandé en tubes que le cru 74, « Slowhand » en 77 appuie et confirme la tournure JJ Cale de sa guitare, n’en déplaise à beaucoup. Slow ici n’a jamais été aussi juste, même si « The core » vient rappeler l’époque furieuse d’une gratte en transe. Les morceaux nous susurrent une fender stratocaster posée contre un rocking chair. Patti Boyd est de retour, vieillie, les cheveux lissés, en slow mémère au gimmick langoureux, « Wonderfull tonight » n’a plus la même folie rock que « Layla ». Toujours la belle voix d’Yvonne Elliman vient rehausser les chœurs. Les trois premiers morceaux vont culminer dans les charts, et c’est à nouveau une reprise qui va porter Clapton au sommet, « Cocaïne » après « I shot the sheriff ». « Cocaïne » définitivement JJ Cale comme tout l’album.

Avec tout ça, on pourrait croire que je me gausse de cette retraite anticipée, seulement voilà, « Slowhand » est un sublime album d’Easy blues, ou plutôt de ballades bluesy.. enfin, un grand disque maîtrisé hypercool à écouter n’importe quand. Il offrira une grande tournée avec son point culminant « Just one night » enregistré au Japon en 79. Le reste de sa carrière malheureusement sera une longue descente vers une médiocrité bien appuyée par la touche insipide et inappropriée de Phil Collins.

Les bonus du trente cinquième anniversaire sont anecdotiques, mais précieux pour les collectionneurs. Le deuxième CD est le meilleur de la tournée 77 captée à l’Hammersmith Odeon.

Un album indispensable, le doublon trois ans après de « 461 Boulevard Ocean ». Je suis entré dans l’univers Clapton avec cet opus là.

Eric Clapton 1977/2012 « Slowhand » label : epic

http://www.ericclapton.com/





dimanche 23 décembre 2012

Herb Alpert




Sonny Rollins dans son « Way out west » souffle des scoubidouhA (« I'm an old cowhand »). On est donc pas à quelques clichés près. Un objet rare ressurgit des caisses de Shout factory. Un autre cuivre, une trompette cette fois-ci, avec une pochette extraordinaire, c'est pas de la dinde fourrée (le poster est offert à l'intérieur de la réédition CD). Herb Alpert reprends des standards dont « A taste of honey ». Du sucré tout le long, bossa, jazz, latino, de la grande légèreté 60's à tel point qu'on se croirait dans un film de DeFunes (la BO du « tatoué » :D). Il a l'origine du Groupe Tijuana Brass, mais aussi un des deux fondateur de la major A&M qui fète ses 50 ans (A comme Alpert).
 

Un petit trésor glucosé, qu'on en mangerait bien une grosse part. C'est très ensoleillé, inconscient, un bel objet idéal pour Noël, un joli complément à son « Christmas album ».
Californien, populaire, dominical, mélodieux, du Bacharach en trompette latino. Crémeux.



Voilà ma Christmas Box sélection.

Joyeux Noël à tous.


Herb Alpert Tijuana Brass 1968 "Christmas album" / 1965 "Whipped cream & other delights"
label : A&M - Shout factory réédition












Christmas albums





 
Noël avec l'Incomparable Anita O'Day et un orchestre grandiloquent à la Sinatra/Count Basie, Sinatra lui-même, Satchmo, Louis Prima avec une chanson qui m'a bercé minot, une sélection de Christmas disques purement d'Amérique traditionnelle. Une pile pour les jours à venir. J'aime ces vieux disques des repas qui clignotent. O'Day est une découvert bibliothèque.


Anita O'Day 1960 « Incomaparble Anita O'Day » label : verve/UMG
Frank Sinatra 1957 « A jolly Christmas from Frank Sinatra »  label : réédition Real gone
Louis Prima 1957 « The wildest » label : capitol
Louis Armstrong 1998 « What a wonderful christmas » label : decca






samedi 22 décembre 2012

JUKEBOX





Cliquer sur l'image pour accéder à la compile.
 
Je profite de la publication de mes deux compiles Jukebox chez Jimmy pour corriger une erreur de ma part. Je m'en remets pas.
« La mésange bleue » qui devait clore le jukebox français, c'est en fait « Ginette Ramade » !! une erreur liée aux infos internet lors de l'extraction. J'en profite pour ajouter la chronique qui va avec. « Le cours ordinaire des choses » est dans mes préférences hexagonales, à inscrire dans l'histoire musicale d'ici.
 
Minimal et nu à exprimer son art Moujik de Taormina aux jardin d'acacias; organique à peaufiner une dentelle sonore sur les épaules de Dolorès; troquant sa tignasse contre une couronne de cheveux blanc pour mettre Baudelaire en musique; prince romantique d'un autre siècle, d'une autre histoire, de Moscou à l'antre de madame Deshoulière; errant barbu sur le chemin montagnard des poneys de l'oncle Tania; manteau de pluie en tournant radical; éclat automnal; barré en Muragostang expérimental; en rouge mou aveuglant la Venus ensommeillée; interprète en poire Jimenez; charnel ensorcelé en habit de Tristan; abondant, généreux et bavard quand il se met aux anges, ou fraichement vêtu des habits de Lambchop sur les mêmes terres du Tennessee, Murat est dans le tiercé de mes préférences hexagonales. Exception artistique, il est au dessus, « le cours ordinaire des choses » est un grand cru, d'une classe sauvage à l'enveloppe prestigieuse.

Jean-Louis Murat : "le cours ordinaire des choses" 2009 scarlett production
http://www.jlmurat.com/ 
 
En écoute ici :
 
 Merci à Jimmy pour l'espace ludique et musical offert chez lui. Vive les mangeurs.

vendredi 21 décembre 2012

Sylvain Chauveau 2012


Sylvain Chauveau est à la fois un architecte et un paysagiste sonore. Expérimentations, drones, néo-classique, rock, il multiplie les projets, les albums et les collaborations.
« Roman anglais » avec la narratrice Alicia Atkinson, des drones infinis au sein de On (avec Steve Hess et Pierre Yves Macé), electro-ambiant chez Micro:Mega, sombre post rock avec le groupe Arca (avec Joan Cambon..).. du néo-classique avec ses projets solo noyés dans le silence, un hommage à Depeche mode et plus récemment à Smog en compagnie de Stephan Mathieu.

Inépuisable, infatigable. Fat-cat records propose ces derniers jours, une compilation des ces morceaux cachés, « Rares and unreleased pieces » couvrant la période riche de 1998 à 2010. Tout y est, chaque bride de ses styles sont mélangés, ricochets sur son talent et sa polyvalence. Et finalement, tout paraît cohérent, comme si un drone et un morceau de violon étaient calibrés sur la même vibration. Des piano, des ordinateurs, tout est préparé et sonne à travers la même voûte grise, la couleur prédominante des pochettes de Sylvain Chauveau.
Autant je reste très éloigné de ses hommages, surtout celui de Smog où il anéanti la lumière acoustique de Bill Calahan, autant son travail de compositeur contemporain me plonge systématiquement dans des verticalités spirituelles vertigineusement intimes.


Sylvain Chauveau 2012 « Simple » label : fat-cat
http://www.sylvainchauveau.net/
http://www.fat-cat.co.uk/site/artists/sylvain-chauveau
http://fatcat.sandbaghq.com/sylvain-chauveau-simple-rare-and-unreleased-pieces-1998-2010.html




jeudi 20 décembre 2012

Neil Young live


Serait-il possible de repousser la fin du monde au 6 juin 2013 vers 23h59..., je dis juste ça car j'ai ma place !!!!!..... ça serait ballot :D.. j'ai la vague impression que les Maya ne connaissaient pas Neil.

http://neilyoung.warnerreprise.com/ 

Chaz Knapp


Et l'on revient sur les traces du piano, d'un violon et d'un violoncelle, avec un album improbable, « Vie comme un parasite faisant la fête ». Des cascades de notes comme des gouttelettes d'eau à n'en plus finir. C'est frais sur le visage, l'ivresse pleut des flans d'une montagne fleurie. Intime et grandiloquent à la fois, définitivement classique. Les aigus et les graves dansent ensembles dans un joli lyrisme symphonique. La touche de bleue au cœur de la nacre et qui vient rompre la veine jaune pâle n'est pas le reflet du ciel qui s'allège. C'est une fine pétale perdue, une aile de liseron violacé se posant au bord de cette petite flaque salée. Le liseron est une plante parasite, qui danse autour des vivaces, besoin d'un support pour s'élever, pour entortiller sa tige molle..et pourtant, la fleur de liseron est belle, comme les morceaux classiques modernes de Chaz Knapp. Danse parasitaire de l'ordre des chose, égalité des puissances, juste dans la valse des notes.

Chaz Knapp est un des deux cerveaux de Our brother the native, chez Fat-cat records. Quelle envolée seule. Il a sorti quatre albums, et peut aussi bien planer dans le folk. Ici c'est un Arvo Part romantique et apaisé que l'on découvre, ou un Yann Tiersen torturé, esseulé, mélancolique.
J'ai découvert Chaz Knapp au hasard de mes balades sur la toile, complètement subjugué par la pochette. Le reste est un coup de cœur, presqu'un coup de foudre. On peut pas dire que l'album prenne une grande place dans les bacs. Les « classiques » renvoient au néo-classique et rejette cette belle symphonie de chambre.


Chaz Knapp 2008 « Vie comme un parasite faisant la fête » label : phantom channel
http://www.lastfm.fr/music/Chaz+Knapp
http://chazknapp.bandcamp.com/










lundi 17 décembre 2012

Brian Eno 2012


Le luxe de Brain Eno, c'est de monter très haut dans la stratosphère, à tel point que les particules s'espacent infiniment. Tout se désagrège pour mieux flotter, et les rares atomes de lumière en suspension sont plus beaux encore.
C'est blanc nacré, un petit soleil lèche le galbe, beaucoup plus bas, les semelles de nuages blancs et la tète outremer. Pas la peine d'aller plus haut, garder l'apesanteur, les jeux de lumières terrestres, le juste équilibre et pouvoir redescendre lentement, happé par une douce et crémeuse attraction d'orange bleue.
Un disque à écouter immobile, sous un éclat anticyclonique et une légèreté géostationnaire. Jamais il n'est monté si haut.

Brian Eno 2012 « Lux » label : warp
http://brian-eno.net/lux/
http://warp.net/records/releases/brian-eno/lux
http://newalbumreleases.net/50648/brian-eno-lux-2012/#more-50648




dimanche 16 décembre 2012

Stian Westerhus


Une galaxie d'ampoules urbaines défile à grande vitesse sous les cris stridents du métal ferroviaire. La buée sur les vitres est lourdes et porte nos haleines d'asphalte en dégoulinant sur nos manches. Chaque ampoule qui danse dessine un point en nébuleuse orangée. Un freinage brusque saisit.
Partout les visages sont blêmes, le cockpit fuse à tombeau ouvert. Assommés de fatigues, une seringue plantée dans le cerveau à grand coup de larsens ténébreux et doux..une ambiance calfeutrée et définitive.
Le décor urbain qui glisse sur la rétine est une façade fantomatique qui lutte péniblement contre l'obscurité. Si la terre est ronde, nous repasserons ici..un jour.
Le suédois Stian Westerhus froisse sa guitare, la torture avec la plus belle des tendresse, la fait hurler, gémir et jouir, un petit râle sourd au fond de la gorge. Une étude minutieuse fait grincer sous toutes les caresses imaginables et résonne dans une gigantesque cathédrale sonore. Après des pianistes et des violonistes ambiants dessinant des paysages en fuite, un guitariste nous offre une architecture travaillée, tel un Robert Fripp expérimental, un Joe Satriani sous hypnose, un Loren Mazzacane Connor survolté. C'est logiquement que Rune Grammofon héberge ce jazz apocalyptique et expérimental, minéral et squeletique.


Stian Westerhus 2010 « Pitch Black Star Spangled »
2012 « The Matriarch And The Wrong Kind Of Flowers »
Label : rune grammofon
http://stianwesterhus.com/Wordpress/
http://www.runegrammofon.com/
https://soundcloud.com/#search?q=stian%20westerhus






jeudi 13 décembre 2012

Greg Haines


Nils Frahm introduit le micro dans le cœur du piano. Greg Haines lui, le dénude intégralement, déshabillé de tout effet, d'influence externe, d'onde distordue. Juste deux corps à s'effleurer, des touches, des doigts, un art et des cordes tendues, amoureusement. Une relation charnelle très loin des colères, une danse féline délicate et spirituelle. Greg Haines sur du velours, vient déposer ses notes comme peuvent le faire Frahm, ou DustinO'Halloran, charnellement dévoué à son piano.

Du Chopin, Satie, sans habit.


Greg Haines 2012 « Moments eluding » label : kning disk
Produit par Peter Broderick
http://www.kningdisk.com/
http://greghaines.wordpress.com/2012/10/17/moments-eluding-ep-out-october-31st-on-kning-disk/
http://open.spotify.com/album/1W2wIlZhTOxneT9zrJFjP5
Merci Sb pour avoir accéléré l'écoute de cet album.

mardi 11 décembre 2012

Nils Frahm "Screws"


« Felt » de Nils Frahm avait eu raison de mes grands paragraphes, pétrifié par l'amour que vouait ses cordes au silence..ou peut-être est-ce l'inverse?
Bref, je vais l'être plus encore. Mon ami Franky tire le signal. Une grande blessure pour un pianiste, une passion, une rééducation, un dernier album juste avant,début 2012, et un malgré tout, un nouvel opus offert aux curieux.
Le micro est toujours planté dans le cœur du piano. Un recueillement néoclassique de plus quand le blanc n'est que souffle léger et engourdissement acoustique.
Nils Frahm 2012 « Screws » label : erased tapes
http://www.erasedtapes.com/artists/biography/13/Nils+Frahm
http://screws.nilsfrahm.com/


samedi 8 décembre 2012

vendredi 7 décembre 2012

Fabien Martin


Bon, il va juste falloir se mettre en pétard quant à la dérive injuste de certains artistes à ne pas être distribués, produits, et à disparaître avec un album sous le bras.
« Même si les étoiles se défilent, jamais de démission ».
« Eve Everest » comme une bombe, une collection de chansons bâtissant un album à classer parmi les plus beaux disques de la chanson d'ici... « même si c'est pas tous les jours facile... » il est question que des étoiles se défilent. Fabien Martin en est une. Un feeling mélodieux à faire pâlir pas mal d'auteur-compositeurs français. Des choses simples, des tranches de vie qui n'ont rien à voir avec les contemplations légères de Vincent Delerm. Un romantisme authentique, de l'humilité et une gentillesse qui est surement un handicape la visibilité. Et puis un moment faut pas pousser, y'a Barbara, Piaf, avec des remugles Jonasz en hérédité artistique.
Et toujours ces mélodies à foutre par terre qui font danser des textes sensibles et humains. Une malédiction ? .. lui « Comme un seul homme »...un deuxième album 2006 chez universal en consécration. Il faut croire que non.. univers sale. Plus rien depuis. Enfin si, un album en 2011 qu'il faudra trouver sous le manteau, à condition d'être fidèle à son lien unique Myspace...et même comme ça..
Une étoile sur le dos, un nouveau clipdiffusé à faire trembler DaSilva ou Camille Bazbaz, pourquoi l'album s'est-il égaré ? .. « à chacun sa route », la sienne est une invitation, suivons le pas, marchons sur ses pas à chanter Barbara ou « une vieille chanson dont on a retrouvé les paroles ».
« C'est l'histoire de toute une vie, la traversée sans faire de bruit ou bien en mille éclats de rêve... » « 1936 » comme un blues qui assure. Moi j'attends que le vent se lève.. je lance un appel.. recherche désespérément le dernier album de Fabien Martin. Ne cliquez pas sur le lien officiel de Wikitruc, on voit Mylène Farmer apparaitre. Fabien Martin est une valeur sur qu'il faut brandir, comme Vincent Baguian, Hubert Mounier, JP Nataf, Wladimir Anselme.....


Fabien Martin 2005 « Evereverest » label : universal !!!!!
http://fr.myspace.com/fabienmartin


Une interview chipé sur son espace..puis une autre ici.

Bonjour Fabien. Fabien Martin c’est ton vrai nom ?
Non, c’est un pseudo, un double hommage à l’ex-mari de Cecilia Sarkozy, Jacques Martin, et à Fabien Barthez, parce que j’aime bien les petits chauves
Tu es né à Chatenay-Malabry, pourquoi ?
C’est ma mère, elle voulait faire un clin d’œil à la chanson de Vincent Delerm.
Que penses-tu de tout en général ?
Pas grand-chose d’autre que ça.
Tu es plutôt Lennon ou McCartney ?
Et toi, tu préfères ton père ou ta mère ?
McCartney.
C'est ton choix. Personnellement, j’ai toujours évincé cette question, alors je ne vois pas pourquoi je me la poserais.
Youtube ou Dailymotion ?
Dailymotion parce que c’est français et qu’il y a la stéréo. Enfin, il parait.
Renaud ou Murat ?
J’ai aimé Renaud, et j'aime Murat, oui.
Pourquoi tu ne sors pas d’album ?
Parce que je n’ai plus de maison de disque.
Pourquoi tu fais toi-même tes interviews ?
Parce que je n’ai plus d’attaché-de-presse.
Pourquoi ?
Parce que.
Est-ce que pour toi la vie c’est apprendre à perdre des choses à tout âge ?
Oui.
Est-ce que tu trouves que Omar et Fred, quand même ils sont drôles et que, en plus, ils font passer des choses ?
Oui.
Pourquoi as-tu toujours refusé de participer au Grand Journal de Canal + ?
C’est une forme de suicide social, j’en ai conscience. Mais je ne veux pas inciter les gens à acheter mes albums. C’est la crise, ce n’est pas le moment. Ce serait mal venu de ma part. Mais si on m’y invite, j’irai avec plaisir.
Tu ne trouves pas que l’on se fout un peu de notre gueule en général ?
Si.
Quelque chose à dire à propos de la main de Thierry Henry ?
Oui, bien sûr, comme tout le monde. Happy hand.
La pétition pour rejouer France-Irlande, tu vas la signer ? Ça ferait un peu circuler ton nom. Par les temps qui court…
Je ne sais pas encore, je réfléchis à la question avec Mathieu Boogaerts, et j’avoue qu’on se tâte un peu.
Et la fessée, tu en penses quoi ?
Je suis pour.
Tu lis quoi en ce moment ?
« Les Veilleurs » de Vincent Message.
Tu écoutes quoi en ce moment ?
« Clair » de JP Nataf.
Tu regardes quoi en ce moment ?
Un « Couple Amoureux » de Egon Schiele.
Qu’est-ce qu’on dit ?
Merci.
Merci qui ?
Merci monsieur.


"Flânerie d'un promeneur solitaire" ( 91x61 6 décembre2012)



jeudi 6 décembre 2012

Hacienda


Allez, tirons-nous de ce vague à larmes avec un album de rock crade tubesque mené de mains du maître en la matière Dan Auderbach.
Inutile de préciser qu'il est le chef de fil des Black Keys, et vient de laisser trainer sur la planète un « Camino » brûlant et une des plus belle chansons rock de tous les temps « Sister ».
Auderbach écrit, gére, et s'empare de l'enregistrement du dernier opus d'Hacienda, groupe très peu connu pas ici. Et bim, « Shakedown » s'ouvre sur un autre tube, une autre frangine « Veronica ». Tube en puissance guitare/basse/batterie jouées live. « Let me go » embraye sous un speed rock boogie qui avale du bitume. Hit de la côte Est, ou Ouest, peu importe, c'est la côte avec un ciel radieux et un soleil pas merdeux. Pas le temps de se reposer, directe la pop de « Don't turn out the light » hyper-américaine aux saveurs Nada Surf ou Weezer.
C'est pas un album qui va rester comme un moment rock géantissime, juste une récréation Lo-Fi à mettre dans son auto-radio, à condition que les celsius dépassent les 30 et que le ciel rende obligatoire les Ray-ban et la visière pare-soleil. A moins que ce disque ne pulse dans une cabriolet décapotable. Dan Auberbach s'est déjà investi dans le dernier opus de Dr John, c'est avec ses quatre potes texans (dont trois frangins Villanueva) qu'il vient incorporer des claps et des choeurs dans le ride-rock pur et décontracté du sixième album des Hacienda.

Hacienda 2012 « Shakedown » label : collectif sound.
Www.haciendaonline.net






mercredi 5 décembre 2012

Claude Léveillée 76


La grêle a rempli les flaques de polystyrène, ces petits œufs asexués flottant sur les miroirs du ciel. Cette pluie de munitions cinglantes envoie les bonnes âmes sous un abri. Jamais une pluie n'a été aussi punitive. Cette masse nuageuse se pointe au dessus de nos tètes en pleine automne hivernale et se donne des allures de frigo américain à distribuer de la glace à la pelle. A la tienne. Petite musique djembé de pluie glaciale sur quelques feuilles rebelles, décidées à rester accrochées malgré le carotène dans les veines.
On s'enfonce dans les seventies, et la lente plongée vers le fond de Claude.
Les amours deviennent usées, et craquent comme une peinture qui s'écaille. « Combien de couche sur nos amours ?? ». Album rare, méconnu, pas trop reconnu, « La peinture » qui se détache, « Les filles de l'Acadie » beaucoup repris en concert. Un objet profond et douloureux, une autre étape, une nouvelle fatigue, un auteur qui va sombrer. Un très bel album qui colle à la météo du jour... flaques à grumeaux de grêles grises, on grelotte dans la grisaille gorgée de larmes. Pas de documents disponibles.. juste la box pour ceux qui veulent.


Claude Léveillée 1976 « On remonte en amour » label : kebec-disc


Claude Léveillée (concert 76)


« Plus de 20 hivers ont passé depuis les débuts feutrés de l'étudiant en lettres de l'Université de Montreal. La jeunesse québécoise adopta ce garçon timide et un peu triste qui chantait dans des boîtes parfumées au café-mégots. Des années utilisées à écrire de la musique pour les téléthéatres, des disques, des spectacles, des tournées, des comédies musicales, des films. Et un long séjour en France. Et des chansons composées pour Edith Piaf qui disait : « j'ai eu quatre chocs dans ma vie dont la découverte de Claude Léveillée ».
Claude Léveillée est le premier artiste à avoir joué sur La place des arts.

Claude Léveillée 1976 "Place des arts" label : kebec-disc (texte tiré du fascicule à l'intérieur du vinyle)

mardi 4 décembre 2012

Claude Léveillée 63



Un genou en vrac, je profite de cet isolement mécanique pour m'accrocher goulument à mes étagères discographiques, l'occasion de plonger dans l'alignement vertical des vinyles qui sentent bon la vieille pochette. Et Claude Léveillée tourne et tourne au son des crépitements du saphir et l'autre genou va bientot plier à son tour. Ou bien peut être est-ce le bruit des buches mourantes, ou le clapotis des averses glaciales sur le toit automnal de la verrière ?
Et j'entends à nouveau mon disquaire de la rue des écoles me parler de ces auteurs, cette bande de poètes dont on ignore la substance par flémme et qui prennent la parole. Je l'entends encore, ému, me dire que ce vinyle là est dans le noir, au fond du placard en dessous des bacs disponibles depuis des années. Columbia, Gilles Vigneault en binôme, ces gueulards guidés par l'amour des proches, des sentiments, des choses simples, de l'amour tout simplement.
Il est un peu usé le 33T, certes, mais authentique et la photo d'André Lecoz, la garantie en haute-fidélité et le monorale en FL 303.
Très peu d'autres indications sur la pochette d'époque, noir et blanc. Claude est beau dessus, fier et léger, Vigneault se devine à travers, « tiens je te le donne » finit par lâcher mon disquaire. Quelques galettes dans le sac, j'ajoute celle-là pour laquelle j'aurai pu laisser quelques kopecks. Et je pense à Gérard, mon oncle peintre qui aimait tant Léveillée, avec qui j'aurais pu pleurer de revenir au port ainsi heureux comme un marin après une pèche miraculeuse. Mon disquaire me l'a tendu, et je veux le partager. Allez, plongez avec moi, laissez-vous embarquer vers ces poètes meurtris, vers ce 33T rare que j'ai cueilli, comme on part toucher du bout des doigts cette pierre ultime d'un pèlerinage poétique nimbé de mélodies .. « comme rivière à source défendue, ou guitare à la corde cassée .. un cœur à l'amour s'est pendu ».

Plus que jamais les chansons prennent aux tripes. Les cascades de piano nous dégoulinent sur le vague à l'âme comme une symphonie de chansons francophones terriblement humaines. « Ne dis rien » pourrait inviter Brel, mais aussi Maurice Fanon. Et sans jamais tendre vers un auteur ou un autre, Léveillée est un artiste unique, comme sa voix et son humilité.
J'aimerai bien aller chez François comme Henri Tachan, ou chez Frédéric pour me foutre du monde entier à parler de nos 20 ans, comme j'aimais aller chez Gérard.



« Claude Léveillée » 1963, son deuxième 33T, en collaboration direct avec Gilles Vigneault engagé au « Chat noir », la boîte à chansons dont Claude est directeur artistique.



Claude Léveillée 1963 « Claude Léveillée » label : columbia









Pink Floyd 69



Et le divorce est consommé. Syd Barrett irradié s'évertue brouillon et indécis à enregistrer « Madcap laugh » avec l'aide secrète de Roger Waters, dans le même studio que les Pink Floyd qui mettent en boite « Ummagumma », et que Soft Machine qui travaillent sur « Volume two ». Les membres Floydiens s'entrecroisent et s'arrangent pour ne pas se retrouver ensemble, tandis que Waters finance l'aboutissement du disque à la pochette du parquet rayé peint à la main.
 
Gilmour quant à lui se rode au sein de son nouveau groupe, aux étriers, lui offrant une nouvelle voix et un nouveau jeu de guitare. Une nouvelle liberté, un travail acharné sans plus aucune oppression du comportement ingérable de Barrett. Du travail en cette année 1969 avec déjà « Ummagumma » dans les bacs puis une Bande originale de film qui se dessine, avec de nouvelles couleurs fauves et neuroleptiques, des nouvelles textures troubles de fumées vertes, orange, plaquées dans un écho de voûte solaire, du planant qui ne quittera plus le groupe, du grunge sur deux morceaux épiques, et du folk minimal. Le ciel est orange-rouge, la gorge pourpre, et des corps partent à l'attaque de moulins, tels des Don Quichotte hallucinés.
La palette est irradiée et le soleil omniprésent, dans le ciel et dans les veines. Cette épopée musicale hippie injecte des visions, du rock au vapeurs jazz sous héroïne.
 
« More »  est une commande cinématographique de Shroeder, une bande son indispensable et indissociablee des images, comme peuvent l'être les compilations Tarantino, ou la BO de « Made in England ». Shroeder devra contenir la puissance des accords, la force des chansons pour ne pas éclipser son long métrage. Mais c'est aussi, inversement, une œuvre à part entière qui peut se passer des scènes psychédéliques du film. On peut s'approprier l 'album et faire abstraction des images, tout comme « Obscured by clouds » qui, isolé de la médiocrité du film « La vallée », devient un album indispensable dans la discographie des Floyd.
 
Année charnière pour le groupe, un véritable tremplin qui envoie le quatuor vers les nues discographiques, vers l'étiquette d'un groupe majeur des 70's.
 


Pink Floyd 1969 « Music from the film More ». label : harvest
http://www.pinkfloyd.com/
http://newalbumreleases.net/40115/pink-floyd-discovery-14cd-box-set-2011/#more-40115
http://www.deezer.com/fr/album/1262259


dimanche 2 décembre 2012

Pierre Akendengue


Pour le bien-être du corps, il est recommandé de passer du sona au bain glacé, puis de retourner au sona etc. Après une immersion glaciale dans les sons polaires, je me jette sur ce chef d'œuvre rare étouffant d'esprit franco-africain, cette parfaite transition entre nord et sud.
Pierre Akendengue est gabonnais, il est venu faire ses études en France à 22 ans. Il obtient un doctorat en psychologie, mais aussi un prix au concours « la fine fleur » du petit conservatoire de Mireille. C'est Pierre Barouh qui le remarque alors. « Nandipo », le premier album de Pierre Akendengue sort en 1974 c'est Saravah.
Pierre n'a jamais cessé, allant d'interdiction de diffusion dans son pays natal, en envolée solitaire sur son propre label.. 19 albums, un retour au pays en 85, un engagement, un grand poète. Son dernier album date de 2008, il est ici toujours aussi mésestimé. Quand je l'écoute, je pense très fortement au Dylan nigérian Ismaël Lo.
« Nandipo », c'est un doux mélange exotique entre l'esprit africain et la chanson française. Métissage parfait.
C'est exactement à cet endroit précis que viennent se poser quelques chimères au goût de myrobalan, la bouche encore sucrée des reine-claude des jardins d'Orléans. Je veux un tulipier du Gabon dans mon petit jardin, et voir l'abeille danser, curieuse de ce pollen qui va embellir son miel. La prune au Gabon est ovale, la chanson une fable. Mon rouge-gorge sautille rêveur et se prend pour un Apalis à gorge rousse. Tout est chambardement, un chamboultou dépoussiérant d'âmes poétiques. La contemplation n'est plus la même, elle nous réchauffe la peau et brûle les yeux et les poumons, la voix tremble, la guitare embrase la liberté et embrasse la terre.. des flûtes, un synthé, des chœurs chair de poule, des percussions sorcières, des peaux tendues, des apothéose de carnaval où les pierres de chaque mur de prison virtuelle volent en éclat.
Saravah.. quelle foi, quelle amour de la culture, des textes, des poètes, de doux tangages tribaux.
Et merci à Echiré pour la confirmation humaine et la transmission passionnée d'un paternel virtuel.
Merci mille fois les p'tits gars, je suis plus riche de ce disque.

Pierre Akendengue 1974 « Nandipo / Afrika obota » label : saravah
http://www.akendengue.com/
http://www.saravah.fr/pierre-akendengue/nandipo-africa-obota,1067


vendredi 30 novembre 2012

Valgeir Sigurdsson


Pénétrons plus profondément dans l’enclave des nuits longues et gelées, vers cette famille de paysagistes du nord. Valgeir Sigurdsson peint avec la même palette que Corley, un violon en plus. Une symphonie givrée grésille aux mêmes heures de la journée. Accoudé au pupitre de la banquise, paralysé par le mouvement mou des glaçons qui prennent le large, on reste engourdi devant ce post-classique noisy islandais, avec des poussées biologiques aux allures de post-rock, comme si de grands pans de glace se décrochaient de la calotte.
C’est un endroit du monde où l’on aime contempler, pas un mot, une parole, juste des ondes et des notes acoustiques qui nous rattachent au monde. Le dessin des collines blanches est nettement tracé par les ombres cobalts, l’horizon est une fracture, un trait qui divise. Tout s’étend sur des parallèles glissants vers un point de fuite abstrait.
A des années lumière de Vespertine ou Mùm, Feist ou encore plus près de nous Camille à travers lesquels il a posé son idéal sonore, Valgeir Sigurdsson nous aveugle du blanc écarlate réfléchi, et va farfouiller dans la profondeur de nos esprits. Il soumet alors à notre nudité cérébrale cinglée par le mercure en naufrage.
Tellement d’épopées musicale nous transportent dans de multiples voyages immobiles, comme la glace sur l’océan. Je découvre Valgeir Sigurdsson et le range avec les autres dessinateurs polaires.

Valgeir Sigurdsson 2012 « Architecture of loss » label : bedroom community



mercredi 28 novembre 2012

Paul Corley



Un instant de grâce atmosphérique où entrent en collision un piano et le silence. Tissé sur un fond de lin blanc, le field recording de Paul Corley saisit nos pensées bucoliques en les injectant d’une torpeur toxique engourdissante. On appréhende « Disquiet » distribué par Kompakt, comme un énième album planant d’électronica. C’est sans compter le label qui le produit, Bedroom community où il se passe des choses, et la formidable vision biologique du plasticien américain. Sans compter aussi la présence de Corley pour les travaux pianistiques de Tim Hecker sur « Ravedeath 1972 », et la liste des invités qui viennent figer cet opus qui se découpe en quatre pistes instrumentales. Le mixage et la programmation sont tenus par Ben Frost et Paul Evans, la guitare par Ben Frost et Matthew Collings et surtout la présence aux manettes de l’aérien Valgeir Sigurdsson, beaucoup plus visible pour avoir tissé le papier peint sonore auprès de Bjork, Feist ou Camille. La basse nébuleuse de Borgar Magnasson vient alourdir la brume qui ne se dissipera pas.

Dans les remerciements, il y a Tim Hecker et Brian Eno. Ces deux entités artistiques pourraient résumer la palette de couleurs de « Disquiet ».

Comme de gros morceaux de glace, les notes de piano dérivent à la surface d’une mer glaciale léchant mollement les rivages d’un monde urbain qui respire difficilement. Du gris, du blanc, et si le nacre des frimas se réchauffe légèrement, c’est d’un mercure verdâtre que la brume et la nuit naissante autorise pour quelques minutes encore, juste avant l’anthracite définitif. Le piano est préparé, il flotte dans un rêve néoclassique au milieu de drones délicats, de post-rock primaire et traduit une discrétion spirituelle saisissante, une brûlante caresse cérébrale, sombrant sur un final minimal troublant.

Paul Corley 2012 « Disquiet » label : bedroom community

http://paulcorley.bandcamp.com/
http://bedroomcommunity.net/







dimanche 25 novembre 2012

Jacques Bertin 99




Chez Bertin, il est question de ne pas trahir ses convictions artistiques, politiques et humaines, d'enfant, d'adolescent et d'homme convaincu... choisir indiscutablement Jacques Lévi Alvarès à Eddie Barclay, la boite à musique (BAM) comme refuge de chansons, qui, dès leurs premières publications rafleront le prix Charles Cros... et bien plus encore.
On ne lui a pas donné la parole, il l'a prise de sa propre initiative, avec tout ce que ça inculque de pression et de responsabilité. Qu'il est bon de choisir librement ses poètes.
Un chemin fidèle dès le départ, un de nos plus grand artiste, sur son chemin à lui.

Les poètes sont des « Montreurs de monde à faire »...




Jacque Bertin 1999 « Le grand bras, les îles... » label : disques Velen
http://velen.chez-alice.fr/bertin/disques/grand.htm

Pensées attentives à Echiré... merci infiniment pour "Le chant d'un homme".

Deux pochettes de disques disponibles..et un tableau pour un week end Bertin, et un nouvel album à venir en mars 2013.

"Le lit de Bertin"     (huile sur toile 25 novembre 2012  91x61)




samedi 24 novembre 2012

Food


Thomas Stronen est un percussionniste/électronicien norvégien œuvrant pour ECM mais aussi Rune Grammofon.
Iain Ballamy est un saxophoniste/électronicien britannique, il a offert ses cuivres dans les 80 's et a notamment côtoyé Bill Bruford.
Christian Fennesz est un guitariste/électronicien autrichien, sa carrière de paysagiste sonore en solo est assurée principalement par Kranky.
Nils Peter Molvaer est un trompettiste/électronicien norvégien, pionnier du nu-jazz et de la fusion (jazz-electro).
Eivind Aarsett est un guitariste/électronicien, Norvège, nu-jazz aussi, expérimentation, dans son CV artistique, il a travaillé avec Ray Charles et Dee Dee Bridgewater.
Prakash Sontakkle quant à lui fait ses débuts au sein d'ECM sur cet opus, c'est un world slide-guitar vocal indien.

A lire cette énumération de curriculum vitae artistiques, on pourrait penser à un casting de label, histoire de recruter quelques cerveaux féconds de construction musicale moderne bien structurée.
Cette liste d'artistes impressionnante est en fait le crédit du deuxième album de Food, groupe de jazz-progressif-electro expérimental. Aborder un paysage de chacun d'entre eux, pris indépendamment, est un voyage constructif aux saveurs uniques, chaque palette est différente. Les imaginer tous entre les murs d'ECM relève du fantasme. Colossale travail electro-acoustique improvisé, Food nous donne de la nourriture en abondance, de quoi tenir des nuits entières. Complet, équilibré, l'inspiration injectée pénètre par tous les pores de notre enveloppe et rejaillit en spores près à féconder n'importe quelle source d'inspiration, à condition d'être à la merci de ce formidable melting-pot moderne.
Aucun titre plus que l'autre, un concept qui est né en 1998 autour de Ballamy et Stronen, avec autour des invités de prestige qui gravitent. Accumulation de textures, une formidable collision d'esprits entre des architectes sonores et des paysagistes. Une assomption radicale vers la perfection sonore et artistique. Quand la structure vient épouser le décor, quand la corde pénètre la console et que les cerveaux se heurtent comme un big bang esthétique, on obtient une heure de voyage transcendantal, avec la sensation de garder toujours un pieds à terre, happé par la construction rigoureusement libre de ce formidable garde mangé intemporel et universel.

Food 2012 « Mercurial balm » label : ECM

http://soundcloud.com/iainballamy/sets/food-iain-ballamy-thomas