samedi 19 décembre 2009

dimanche 13 décembre 2009

Rodg & Bashung

Je me permets de diffuser ce retour spontané, l'excate réactivité cadeau à la chronique précédente. "Novice" auquel participe Colin Newman, membre de Wire justement, est comme une plaque tournante, le chemin pour moi vers "L'imprudence", oeuvre culminante et définitive.




"Tout début des 80 j’avais 17 ans il était impossible d’échapper à Bashung (partout sur les ondes avec Gaby, oh Gaby, Vertige de l'amour).J’adorais, mais les albums étaient peu connus et je n’avais bien sûr pas encore cerné l’importance du phénomène.

En 1982 J’ai rencontré mon mentor musical en la personne de mon beau frère, il est parti en croisade, à savoir prendre en main ma culture musicale. Fini pour moi le hard rock, les Beatles, The wall (1982). Tout a commencé quand je suis arrivé chez lui en 1982 avec Pornographie des cures que j’avais acheté après avoir lu une critique positive dans un canard. Ce jour là Il me fait écouter Black See d’XTC et c’est parti

Sa première mission sera de m’expliquer l’importance des petits labels, le post punk et la new wave. Il ne manque pas me de refiler les classiques des 60’s a savoir pou lui Syd Barrett, Brian Jones, Hendrix et Can puis ceux des 70’s avec John Cale, Brian Eno,

Les années 1982 et 1983 sont donc très riches en découverte pour moi. Il m’enregistre environ 200 cassettes pendant cette période. Mon groupe préféré de l’époque c’est Wire (154.1979). et déjà bien sûr dès que je me trouve en présence d’un nouveau son je me précipite dessus.

En 1983 il me paye une place de concert pour découvrir un groupe post punk complètement inconnu du nom de REM. (1983 : Murmur) quelques semaines plus tard Je me retrouve chez lui et la discussion ressemble un peu près à ça


RC :Il n’y a pas grand-chose de français dans tout ce que tu m’enregistres.
LB : non c’est vrai, mais je peux peut-être faire quelque chose pour toi

Il m’enregistre alors une French Cassette avec deux albums. Too much class for the neighbourhood des Dogs (1982) et Play blessures(1982) Tout en m’expliquant que Bashung est probablement le seul rocker sur la planète qui peut oser mettre le feu à sa guitare dans un concert comme J.Hendrix sans avoir l’air ridicule.

Je me dis que ce coup ci trop c’est trop, comparer le chanteur de Gaby à Hendrix et le placer sur un pied d’estale pareil il pète les plombs le vieux. Je boude dans un premier temps la cassette d’autant plus qu’il me prophétie que pour ce qui est de la créativité et de la sensibilité il n’est pas si éloigné de ça de Wire (pour enfoncer le clou et nous sommes en 1983). Je découvre la cassette uniquement quelques mois plus tard (ça n’a pas été trop difficile pour lui de regagné ma confiance) et là tu peux imaginer, une bombe. Je vais m’habiller comme Dominique Laboubée, et apprendre les textes de Boris Bergman.

Malgré tout Je n’ai jamais accordé une priorité à Bashung. Bashung c’est le Refuge, celui qui toute ma vie accompagne mes doutes et mes moments de blues. L’évidence un point c’est tout, il fait parti de ma vie, il fait parti de moi il est à part, j’ai le droit de le trahir, de le vomir, de le vénérer, j’ai le droit et le devoir de l’ignorer si je ne veux pas devenir fou. Il se doit de me redonner de l’énergie quand j’en ai plus, de me donner des larmes quand je ne regarde plus assez les autres. Comment te dire tout ça ? A chacun sa religion. 2009 c’est la mort de Michael Jackson, celle qui va bouleverser le monde. Mais 2009 c’est aussi un peu la mienne.
Rodg."

mercredi 2 décembre 2009

BASHUNG


Mon oreiller auréolé phagocyte mes fantasmes comme un cataplasme à moutarde brûlant suçant ma fièvre. Dans ses plumes sans remords s’imbibent mes hurlements bâillonnés. Les réveils chocs où tout me monte au nez me rapellent et me râpent les sinus jusqu’à l’hallali, et là mon lit radeau, toujours amarré, tend à mouiller tant mes chimères coulent à vouloir jouir de tout. Péniblement, il faut remonter à la surface, remettre le métronome en branle pour défiler au grand jour, aux yeux des regards anonymes, noyé. Esquisser la dérive, commémorer le vide et teinter l’anthracite avec mes écouteurs en couvre-chef, soudure opportune des deux mondes pour une transition de bipède rêveur.
Des ondes dominicales pour le résident de l'Élysée Montmartre, s’attaquent à ce chantier quotidien de caler mes glandes lacrymales à ma lucidité. Jamais assez immunisé, la brèche guette au trou comme une plaie rêche baillant qu’il faut recoudre indéfiniment. C’est brûlant autour, la chair enflammé refuse de me donner la direction. Ces dimanches à l'Élysée inoculent dans mes veines une pandémie poison et ma perméabilité spleen morfle et abdique. Je pense à cette grande communion d’âmes tailladées à bouffer du chiendent les tympans grands ouverts… à quelques aficionados, Rodg, fidèle ami revigorant avec qui je partage à nos trajets perdus quelques fantaisies militaires, jouant le " Novice" quand moi je cédais à "l'Imprudence"pour me soustraire à la glue…. "force et tendresse"..un doux mélange à ce troc… " le mieux à faire dans tout ça, c'est de pleurer un bon coup ".
Mon casque encaisse et je défile dans le bouillon loin du réconfort en égoïsme pavillonnaire.


Alain Bashung " Dimanches à l'Elysée" 2009 label = barclay/garance

jeudi 26 novembre 2009

Tom Waits




« All the world is green » ankylose une matinée dominicale au rasage laborieux. Au rugueux vient s'ajouter des odeurs de café, des songes hypocondriaques, des angoisses que la gueule de bois ne dissimule même pas. Mon lilas papillon cuit par l'automne me cloue au rocking-chair et TomWaits qui continue de tanguer loin de ses swings dark vador. L'estomac baveux et la lèvre sèche je romps cette lourde grasse matinée. Ma position de bipède frise la rééducation et mes pensées sont courbaturées. Les enfants me scrutent comme un rescapé. J'ai envie de pleurer. Le saxo me caresse et me donne espoir. Pourtant le ciel est gris, comme un dimanche, serrons les miches pour ne jamais dépendre de quelqu'un irréversiblement. Fleurissont nos prisons. La chlorophylle fuit calmement, la nature est elle diabolisée par la terre féconde de nos âmes déchues ?? pourtant tout à l'air si calme et ma toile vert tendre est là, endolorie aussi et encore humide d'huile que le lin suce doucement...... le morceau tourne et tourne comme un manège, et la tète m'en tourne tant qu'il est temps de lâcher la crane, de s'en remettre à la pause du cogite, et du gite prendre le tube cathodique pour noyer le désordre, cet écran antidépresseur universel pitoyable qui doit hypnotiser mes cheveux douloureux.


Tom Waits 2002 "blood money" anti-








Mount Eerie




Phil Elverum & sun se présentent au sein de son nouveau disque comme « Creators / destroyers of music »...deux finalités artistiques pour deux violences différentes à exprimer le même domaine sombre plaqué et encastré dans la torture créatrice. Si certaines d'entre elles sont sourdes, froides et cellulaires, d'autre s'épanouissent dans une expression brutale, physique et bruyante. Chaque drone stratosphérique peut valoir une envolée trash et électrique. De la même manière, si l'on rattache ce principe au comportement humain, certains agissements introvertis d'une méchante froideur sans précédent peuvent claquer aussi fort qu'une grosse baffe accompagnée de hurlements.
« Wind's dark poem » vrombit comme une langue solaire incandescente à la surface d'un horizon improbable, psychédélique en cadmium foncé. Tout brule, tout craque et l'irruption incarnat illumine les jaune et les orange tectoniques. Une petite bande de ciel en flamme dégouline alors dans une profondeur abyssale en poumon océanique souffrant et saignant . Le brulant carmin fige cette lente coulée longue et bleue « through the trees » . Et tous les contrastes sont permis. Mount Eerie, dirigé par P.Elverum, dessine de perpétuels paysages crépusculaires et montagnards, brumeux ou neigeux. Avec « Wind's Poem », il n'a jamais affiché une telle profondeur dans le désaccord, l'opposition des teintes, passant du tendu sans étendues au bouillonnement bruitiste et fusionnel.
Des images inconscientes pour quelques songes cytoplasmiques, un rêve de mitochondries au milieu d'un big bang. Plus que jamais la recherche d'image télescopant un son, l'interprétation des couleurs par l'orchestration, la croisée de deux arts porte sa cohérence par la confrontation.
P.Elverum dirigeait The Microphone avant de créer Mount Eerie, transition idéale puisque le dernier album des Microphone s'intitulait « Mount Eerie » en 2002, fameux disque tribal et très cérébral avec sa pochette intérieure en poster calque affichant un colossal paysage de montagne à l'encre de chine (disparu des bacs malgré une édition chez Krecs). « No flashlight » est paru plus largement en 2005 avec une fois de plus des paysages de montagnes sombres. En 2008 paraît simultanément une collaboration avec Julie Doiron et Fred Squire pour une récréation folk minimale « lost widsom » (repris en deux versions différentes sur « wind's poem »), et un journal de bord/disc/photos « winter journal » écrit par P Elverum pendant un séjour à Kjerringoy accompagné d'un disque très intime « Dawn », et de photos illustrant le tout, des montagnes, un soleil bas de la neige et des brumes..de l'ocre anéantis par le froid, des bleus noyés dans des brumes sauvages et inhospitalières. C'est « Wind's Poem » qui vient fraichement relancer un nom dans ses contrastes les plus puissant, publié cette fois-ci chez Tomlab. P Elverum est un auteur prolifique, méconnu à travers lequel je voyage très souvent, dans ses paysages et ses contrastes puissants venus d'une nature sauvage.
4 minutes pour « wind' dark poem » dans une intensité brutale folle (tout comme le puissant "the mouth of sky" et l'épique "stone's ode"..comme un tremblement de terre dans le ghost tropic de Jason Molina), puis 12 pour « through the trees », ce drone abyssale, cette dégoulinade lente vers les fonds où tendent les froids.... l'exacte proportion de ce tableau « rève cellulaire ». Ces deux premiers morceaux pourraient être la réplique sonore de cette apparition acrylique, devenue pour moi comme une évidence.
Ce thème récurent à mes yeux revient sans cesse à la charge, mettre en musique des couleurs, un texte sur une toile, peindre le son d'un paysage.......


Mount Eerie 2009 "Wind's Poem" label = tomlab
quand on aime : jason molina; la montagne; les contrastes; six organs of admittance

mardi 24 novembre 2009

Huiles sur toiles




Soap & Skin





Sinead O'Connor habitée par les esprits culminants des Sigur Ros sleep »); une âme aussi grave et romantique que Winter Family; une maîtrise profonde et mélancolique sans jamais pencher du côté obscur voire gothique; un moteur de recherche image frôlant le casting de rêve pour un photographe professionnel; un recueillement pur et dévot à chaque chanson (« extinguish me »); une béatitude celtique proche des nappes puériles d'Enya turbine womb »; « marche funèbre »); grave et solennel quand elle revêtit de petites sonates murmurées comme son ainée Anmélie Monserré cynthia »; « mr.gaunt pt 1000 »); sans cesse habitée par des fantômes diffus et par l'esprit de Nico qu'elle vénère; tout proche de Cat Power aux nues lorsqu'elle se balade presque joyeusement sur « spiracle »; presqu'un miracle tellement ses chansons nous embarquent dans les coins les plus mystiques d'un monde vivant, vertueux, mais habité (paysage drone en morceau caché). « the sun », sommet du disque pourrait résumer à lui seul toutes les phrases précédentes. Anja est autrichienne, elle a 17 ans au moment où « Lovetune for vacuum » sort.



Soap & Skin 2009 " lovetune for vacuum" label = couch records




quand on aime : sinead o'connor; annelie monsere; cat power; nico, enya..

49 Swimming Pools


Emmanuel Tellier quand il n'est pas critique rock, est à la tète du groupe 49 Swimming Pools qui sort son premier album « trimphs and disaster, rewards and fairytales ». Les clichés pleuvent à l'écoute des douze chansons magnifiquement jouées et interprétées, de Mercury Rev et Sparklehorse pour la voix, à Luke Haines et Kevin Tihista pour les textures, avec en plus un bagage Beatles évident. L'architecture acoustique est solide, les mélodies imparables. Loin du copiste pop, ce disque est un objet unique par les arrangements oniriques: des idées de cuivres, d'accordéons et de tambourins, d'orchestrations autour d'un piano constant relèvent le tout, comme une consécration musicale. A ranger tout prêt du « Wake up captain » de Kevin Tihista's Red Terror, autre énorme coup de cœur de variété pop publié il y a quelques années.
49Swimming Pools 2009 "triumphs and disasters, rewards and fairytales " label=elap
quand on aime : Luke Haines; Kevin Tihista; Mercury Rev; Sparklehorse; Hugh Colteman

jeudi 19 novembre 2009

Birch Book


Voici donc le carotène s'injecter dans les nervures comme une pandémie systématique, le ressac suicidaire des fins d'étés sourds, et moi je rêve soudain de cerisiers en fleurs cotonneux et généreux. Pourtant un disque me rappelle à la beauté automnale et vient à point nommé mettre en musique les brumes grises, le mordoré des feuilles et le cramoisie des âmes. Le troisième volet de Birch Book « a hand full of days » hypnotise le cœur d'humidité et de fraicheur. Une beauté sans âge suinte un délicieux poison moyenâgeux et psychédélique. La lumière est blême, la grâce bucolique, une virginité pastorale erre dans cette contemplation béate. Dans l'esprit de Six Organs of Admittance, les murmures acoustiques sont confidentiels, et l'intimité devient mystique. Si c'est ainsi, je veux bien attendre les prochains bourgeons sans broncher.
B'eirth est américain, du Vermont, il a sorti douze albums sous le nom de In Gowan Ring, dans la même nervure chlorophyllienne, il sort peu à peu de sa tanière avec Birch Book et ces trois volumes publiés plus largement.... enfin. Ce malandrin paisible injecte dans son folk épure des lueurs de tradition celtique anglaise tout proche d'Alasdair Roberts. Quant au Mystique, c'est du côté de David Tibet qu'il faut aller puiser. Tiens, "les feuilles mortes se ramassent à la pelle", nous sommes bien en automne, si en plus elles s'envolent et nous amènent à la mémoire et à la mer, au celtique médiéval pour fredonner Cosma, je ne réponds plus de rien.

Birch Book volume III 2009 « a hand full of days » label : LSR

quand on aime : six organs of admittance; alasdair roberts; esper; jethro tull acoustique....

This Immortal Coil


Découvrir un groupe par le biais d'un hommage est une démarche inverse hasardeuse, troublante et totalement excitante. C'est chose faite avec This Immortal Coil. Guidé par le label « Ici d'ailleurs » et quelques très bonnes critiques, ajouté à cela un casting de rêve, je me suis laissé tenté par ce chemin aveugle puisque à ce jour, je ne connaissais rien de Coil. Une vague étourderie, me laissant embarquer par le jeu de mot, a d'abord faussé mes pensées en imaginant un travail hommage au groupe mythique du label 4AD This Mortal Coil. Recalé in extrémis sur la réalité, je découvre alors un disque d'une rare élégance, d'une délicate mélancolie. Les paysages défilent, unis, graves et envoutés. L'homogénéité du tout semble évident, aucun artiste ne tire la couverture à lui, tous se fondent pour mieux épouser ce que doit être l'esprit Coil. Même Bonnie 'Prince' Billy (encore lui) laisse son Lo-Fi au vestiaire pour se fondre au décor et revêtir un habit de flute, de contrebasse, violon, scie et hautbois. La fidélité des ambiances laisse imaginer la douceur inquiétante de l'âme de Coil endeuillé par la disparition d'un des cerveau, Jhonn Balance, il y a cinq ans. Peut être est-il mieux d'ignorer ainsi les racines d'un groupe afin d'apprécier à sa juste valeur un tribute.
Sur une page du site d'ici d'ailleurs, on peut lire « Coil is more than music »... moi qui aime les couleurs noctambules des paysages, c'est exactement ma première impression à l'écoute de ces fans sérieusement rassemblés pour prier musicalement . Il est temps pour moi d'aller fouiller les bacs, de retourner aux sources.
Entre parenthèse, histoire de faire une autre transition (bonnie prince billy) avec tôt ou tard de l'article précédent, Yaël Naïm lâche le morceau le plus bouleversant du disque avec "Tattoed Man", dans l'esprit gothique des Black Heart Procession si au PMU on pariait plus sur le vertige des anges..... Peut être même un des morceau les plus bouleversant des hommages rendus. Des années après son sublime album, elle témoigne et dévoile une passion certaine pour un groupe révolu et toujours invisible qu'il faut qu'on me fasse voir.
This Immortal Coil 2009 "the dark age of love" label : ici d'ailleurs
quand on aime .....ce disque et black heart procession, yael naim, yann tiersen, ici d'ailleurs.

JP Nataf


Depuis Devenda Banhart, les barbus généreux façonnent le paysage folk à tendance hippie. Confirmé par le menton roux opulent de Bonnie 'Prince' Billy, autre icône boisé, la mode druidique s'est emparée de ces baladins en fleur. Tels des prophètes, les visages allongent leur collier à la vitesse des Fab Four quand l'horloge « when i'm sixty four » s'emballe, comme s'il fallait s'affranchir du déguisement pour épouser un mouvement culturel et rendre authentique leur musique. Je n'ai rien contre les gros barbus et j'aime plus que tout le mouvement folk, mais le principe des costumes me fait horreur. Eels; William Fitzsimmons (magnifique album 2009); Edward Sharpe; The Black Crowes; Herman Dune ....... adhèrent à ce profil qui s'étend. Certes ce n'est ici qu'une petite remarque, il n'empêche, l'habit ne fait pas le moine, et notre barbu hippie national vient de sortir son deuxième album loin des sentiers country ancestraux au collectif « t'en veux??? ». JP Nataf, totalement mésestimé depuis qu'il a lâché imberbe son collectif à lui (Les Innocents), vient d'offrir « Clair », une merveilleuse collection de chansons pop françaises proche de Matthieu Boogaerts à la visibilité plus franche. Hébergé chez Tot ou tard, ce chanteur « imbécile » dirigé alors par Olivier Libaux a d'ailleurs participé à la compilation hommage pour l'anniversaire du label. Un disque très très bon, poil au menton.

JP NATAF 2009 "Clair" label = tot ou tard

quand on aime : Matthieu Boogaerts; les Iinnocents; tot ou tard

dimanche 18 octobre 2009

Hotel 2 tango


Que suintent les murs de l'hotel 2 tango pour habiter chaque artiste de passage dans ses couloirs avec une telle force? Quelle muse rode dans les étages pour que Lhasa et Vic chesnutt prennent une autre dimension, une autre hauteur.
Le visage ocre beau comme celui de Janis, enfin dévoilé en monochrome remplace le portrait fauve de "La Llorona". La confusion linguistique de "The living road" n'est plus, c'est un concept immaculé, une mise à plat pour une artiste happé par le mythe montréalais, ainsi que Vic Chesnutt qui lui aussi depuis deux album s'est laissé séduire par ce coin de terre constellé qui donne de l'espace au son, l'envergure des notes, la beauté mélancolique d'un art musical chanté dans sa plus belle maturité. C'est avec "1001 nights" de Lhasa; "north star deserter" et "at the cut" de Vic Chesnutt que l'on doit bien admettre que la croyance des pèlerins qui vont à Montréal offre la consécration artistique comme un miracle, un nord réchauffé par l'écriture sudiste, un sud aplani par les nuits froides et longues du Québec.
Quels sont les anges qui habitent ces murs, quels amis sincères, quelles âmes hospitalières peuvent ainsi révéler l'auteur compositeur ? Quelle piqure, quel sacrifice doit on subir avant de franchir le pas qu'il soit vagabond, curieux ou déterminé? Quelle est cette créature injectant le venin qui "mélancolise" l'inspiration ? Cette suceuse de futilité qui ne laisse à l'âme que la liberté et l'indispensable.
Une croisée des chemins, un point de rencontre inespéré entre une entité artistique et un univers. Accroc aux deux mondes depuis que les corbeaux habitent le rouge d'A silver Mt Zion et que le même crane dépité hantant le bas anguleux de la pochette de « at the cut » fut mis sous les projecteurs à l'olympia 95 (première partie de Dominique a), je vis ce mariage comme un miracle.
J'aime ces deux artistes, et j'aime ce mythe montréalais qui revendique sa politique artistique radical et pertinente depuis 1997. Toute l'hospitalité d'un collectif fidèle au service de songwriters à la géographie différente. Chaque artiste au bon endroit, chaque note exacte, pas une de plus, pas de fioriture alourdissante, pas d'artifice...les cordes minimales du piano de Nadia sur « Chain », les mêmes silences entrelardant les harmonies, les notes graves de Thierry pour tous les album, la même résonance acoustique à la croisée de tous les styles, les mêmes propos dénudés, disséqués, la même adéquation des mesures sur le timbre particulier de chacune des deux voix, Lhasa proche d'Elizabeth Anka Vajagic, voire Carla Bozulich, et Vic chesnutt fidèle à sa fragilité vocale douce et à la fois rugueuse. La chaloupe est toujours étoffée, les balancements sensuels nivelés par une mélancolie planante et omniprésente. Gravité monumentale et doucereuse, Montréal est fortement présent dans chacune des volutes sonores dans une harmonie la plus intègre. Les envolée électriques appelées par Vic sont épiques, le son est épure et le design toujours aussi fidèle et familier.
Lhasa et Vic viennent lier leur vision musicale dans les cordes et les toiles tendues de Constellation comme on fait un pèlerinage, des épousailles, quelque part sur la planète où règne l'amour des atmosphères et de l'art musical dans son plus simple habit. Vic Chesnutt confirme avec plus d'homogénéité, de maitrise et donne espoir pour que Lhasa retourne faire tanguer ses balades dans les grands espaces québécois.



Lhasa 2009 "1001 nights" label tot ou tard


Vic Chesnutt 2009 "at the cut" ; 2008 "north sea deserter" label constellation






vendredi 16 octobre 2009

Electric electric



Le son qui s'échappe du précieux label HERZFELD repose sur un socle en bois. Il suffit d'avoir dans ses mains, les rondins encore poisseux de sève de SPIDE avec l'épique album « rodent »; Renz et son diabolique « wowox », ou encore le premier lp de T, dans sa catégorie B, pour bien reconnaître que les branches qui se dressent et bourgeonnent proviennent bien du même tronc recouvert de lichens et de mousse. Herzfeld en ce temps là s'appelait encore Vergo.
Plus récemment, dérobant l'affiche au fidèle T et tout nouveau Lauter, quelques uns des rameaux ont lâché le bois et tendu vers un son 80's (Drey; Guisberg),histoire d'évoluer et prendre garde à ne pas rester englué dans un même style, une ouverture vers d'autres horizons. C'est finalement la branche la plus nouée, la moins fragile, la plus inattendue aussi et le son sauvage et brut de ELECTRIC ELECTRIC vient étoffer l'arbre strasbourgeois vieux de dix ans déjà.
Comme Battle percutant warp de ces biceps, ou Perceval/Chevreuil cinglant le collectif-effervescence, Herzfeld fait le plein de charbon avec ce duo tonique balançant un brulot d'instrumentaux incandescents. Véritable roche en fusion, "Sad cities handclappers"entre dans une syncope répétitive totalement tétanisante. Une prouesse sportive dans sa construction imparable et son interprétation sauvage. Des pilules d'uranium font tourner les turbines. Malgré la surdose de vitamines, le tout reste totalement maitrisé, dosé et limpide là où beaucoup de groupes similaires bavent dans l'indigeste. C'est urgent et pourtant le challenge dure une heure, dansant jusqu'à l'épilepsie synchrone, bon et jouissif, c'est en sueur et courbaturé que l'on termine ELECTRIC ELECTRIC, la récréation musclée du label Herzfeld. Deux cerveaux électriques pour un duo tonique à la manière d'Hangedup chez Constellation, Eric aux guitares et Vinc à la batterie.
ELECTRIC ELECTRIC 2008 "Sad cities handclappers" label: herzfeld
Quand on aime : Perceval/chevreuil, le sport, Battles, Hangedup.

mercredi 23 septembre 2009

Jean-Louis Murat



Minimal et nu à exprimer son art Moujik de Taormina aux jardin d'acacias; organique à peaufiner une dentelle sonore sur les épaules de Dolorès; troquant sa tignasse contre une couronne de cheveux blanc pour mettre Baudelaire en musique; prince romantique d'un autre siècle, d'une autre histoire, de Moscou à l'antre de madame Deshoulière; errant barbu sur le chemin montagnard des poneys de l'oncle Tania; manteau de pluie en tournant radical; éclat automnal; barré en Muragostang expérimental; en rouge mou aveuglant la Venus ensommeillée; interprète en poire Jimenez; charnel ensorcelé en habit de Tristan; abondant, généreux et bavard quand il se met aux anges, ou fraichement vêtu des habits de Lambchop sur les mêmes terres du Tennessee, Murat est dans le tiercé de mes préférences hexagonales. Exception artistique, il est au dessus, « le cours ordinaire des choses » est un grand cru, d'une classe sauvage à l'enveloppe prestigieuse.


Jean-Louis Murat : "le cours ordinaire des choses" 2009 scarlett production

jeudi 17 septembre 2009

Paul McCartney



Obligé après les passions de Nety, un petit mot sur Sir McCartney puisque nous sommes aux nues, une synthèse de quelques lignes à défaut d'un pavé indigeste tellement il y a à dire sur cet éternel jeune homme, fou joyeux mélodiste, auteur prolifique, musicien polyvalent, interprète de talent et homme infatigable.
Juste quelques éloges avant de replonger dans les profondeurs de l'underground, dans l'invisibilité musicale. Quoiqu'il suffit de s'attarder un moment sur ses deux derniers albums par exemple, pour bien se rendre à l'évidence que ce baladin autodidacte lâche le plaisir de la composition sans retenue aucune et qu'il pourrait être catalogué d'anarchiste musical underground. Face à sa discographie monstrueuse et sa notoriété bien assise, le confort pourrait lier la sauce et produire des disque complaisants, insipides.... «Memory almost full» et «The Fireman» sont exactement les contraires. Aussi complexes que «Press to play» ou «MacCartney II» ces disques à la fois travaillés naturellement et live décontractés envoient le jus avec une idée à la seconde quelle soit instrumentale, sonore ou ambiante. Bonne humeur contagieuse, légèreté venimeuse, esprit rock classieux, décontraction maîtrisée, génie autonome sans cesse réactivé, modestie naturelle, il est la voix omniprésente dans mes ondes cérébrales, comme une référence permanente, des racines qui me donnent un sens à tous les autre morceaux pop.
Par le passé, il est pour moi celui qui a essayé de sauver l'entité par le travail, celui qui croyait toujours que tout aller s'arranger.. L’optimiste malgré son regard mélancolique, et le contraire de ma démission systématique. C'est aussi le bouc émissaire de l'échec et du naufrage, puisque c'est lui qui a pris les reines et les risques pour que les Beatles perdurent. Il est celui qui compose en tombant du lit des mélodies irréversibles et planétaires, les plus belles balades de tous les temps, de « here there and everythere » à « i do » et chaque album de son imposante discographie en contient deux ou trois. Il est celui qui inventa le hard-rock d'une puissante mentale pure et sans retenue : «helter skelter». Il est celui qui donna le coup de grâce à «a day in a life» que Lennon n'arrivait pas à terminer. Il est St Pepper puis « Ram », un disque au sommet alors que l’unanimité des critiques rangées auprès de Lennon s’acharnaient violemment sur lui. Il est les Wings avec une fougue à retrouver un frère et un groupe qui offra une nouvelle décennie de disques et de live qui charpentent l'édifice de mes sifflements et de l'histoire de la musique pop. Il est l'être sensible plaqué au sol quand son frère d'arme et de vie l'a quitté à deux reprises (MacCartney I et II 1970 et 1980). Il est «Mr Bellamy» chanson superbe à la connotation Maupassant (comment peut on écrire une telle chanson riche après 40 ans de production intensive avec un finish implacable au piano). Il est cette formidable polyvalence et cette capacité à passer d'un collossale album blues live « driving rain » à un disque intime travaillé en studio à la Beatles « Chaos and creation in the backyard ». Il est ce pédant enfantin magique qui fait qu'on puisse rêver sur le philharmonique, enchanteresse, puérile et fantastique «we all stand together» (face B). Il est la mise en danger «inutile» avec «Universal here, everlasting now» et «don't stop running» ses dernières compositions officielles. Il est cette extraordinaire faculté à produire des faces B tubesques (« simple as that »; « down to the river »....). Il est cette joie live et fraîchement interprétée avec Youth en 2008... une collection de chansons qu'il aurait pu garder en réserve comme un boeuf, une parenthèse mais qu'il a incorporé dans sa discographie officielle au même titre que «driving rain», comme la plus grande des libertés artistiques indifférentes à toute déontologie marketing. Il est cette envie d'être debout pour danser sur «Average person», moi qui suis d'obédience musicale mélancolique. Il est cette expérimentation permanente et cette maîtrise du délire techno dans «lovers in a dream» (titre qui aurait pu figurer dans MacCartneyI, à côté de «secretary temporary»).... Il est la note de piano qui fait mouche dans «Universal here, ..» et qui mute en jam endiablé quelques secondes après......la deuxième partie de «The fireman» sa dernière production, pourrait donner une leçon artistique universelle, s'il était hautain et pédagogue. Hors MacCa est gratuit et libre. Il est mon histoire d'amour musical, complexe et simple, AUTODIDACTE habité, talent sous-estimé. Un autre roi de la pop, un survivant solitaire. « Djux, rend moi « Yellow Submarine », et Nety « Pipe of Peace »...morceau éponyme, rare remède aux vague à l'âme........

lundi 14 septembre 2009

La passion de Nety


Passé outre la communion planétaire qui me fit attendre des heures le clip de Thriller devant le tube cathodique et être au rendez-vous; outre sur ma chemise ce flot de larmes que Nety a déversé lors de sa disparition, le même jour que son grand-père maternel qu'elle n'a jamais connu; passé outre la pyramide de rééditions précipitées qui s'érigent à l'entrée de chaque disquaire depuis des semaines; outre aussi l'amitié et la collaboration artistique avec ma grande passion musicale à moi Paul McCartney (entachée certes par l'achat des droits des Beatles); outre la folie de ma colocataire normande qui hurlait en pleine nuit les couplets de Bad lors de sa sortie et me faisait passer des nuits en pointillers, et enfin passé outre le fait que le R'n'B ne soit pas trop ma tasse de thé (la soul me comble amplement) et que l'underground de la musique autorpoduite est la ville musicale où j'habite .. je dois bien avouer être touché par cet art fraichement dépourvu de people, par la disparition du génie de Michael Jackson. Nety m'aiguille, me fait découvrir ou redécouvrir... j'admire sa fougue à créer un blog autour de cette passion bâtie à la force des oreilles et des chorégraphies... de l'épiderme. j'aime à écouter ce R'n'B métissé, « blanchi » à grands coups de guitares hard. Comment la remercier de m'avoir fait découvrir par exemple «I am love», ce morceau de bravoure de 7 minutes 30 sorti sur «dancing machine» des Jackson 5 en 1974, cette folie R'n'B progressive implacable, avec des nuances de Doobie Brother, Santana, David Axelrod.....
Comment peut-on ne pas être touché par les passions des autres quand elles sont constructives folles et créatrices...loin de nous et si proches. Nety, c' est ma fille, elle a 14 ans et je l'aime.




jeudi 30 juillet 2009

Beequeen



Il va falloir en découdre de ce disque.


Quand à quelques encablures d’ici flottent en format compressé les 18 minutes virtuelles de l’unique morceau « long stones circles » pour à peine 1 dollar de téléchargement, une mini pochette avec son matériel musical réapparaît dans les bacs, perdu entre les boîtiers plastiques, à la lettre B divers.
Comme pour mieux rendre précieux la composition, le disque miniature est soigneusement emprisonné dans un carton vert sombre, cousu intégralement et plaqué d’un Lys noir laqué. Le texte du morceau vient grillager cette fleur noire brillante.
Il va falloir découdre, découper, cisailler, ouvrir délicatement la pliure pour aller chercher le son engouffré. Il va falloir mériter l’écoute en redoublant d’ingéniosité afin de ne pas saccager l’enveloppe, pointant ainsi l’excitation et le fétichisme à son comble.
Il aura fallu trois ans pour enregistrer ce morceau (1992/95) sorti en 1997 et attendre 12 ans de plus pour le voir à nouveau proposé sous une pochette différente.
Edité chez Staalplaat, non loin des séries rares « mort aux vaches », cette pièce rééditée en 500 exemplaires est une perle rare de Beequeen, groupe néerlandais à la discographie complexe, éparpillée et introuvable.
Peut être un jour j’en découdrai avec ce disque et j’aurai le désire capitulé de laisser l’objet intact, l’audace d’ouvrir la peau, rouvrir la cicatrice pour écouter l’unique morceau « long stones ans circles ».




BEEQUEEN : "long stones circles" 1997 staaplaat (version originale) /Pochette cousue réédition :








mercredi 27 mai 2009

Dominique A


Mon ami nantais est-il supperstitieux ? Ses canaris préférés ont quand même retrouvé la ligue 2, 44 ans après leur première montée au top, à l'heure où sonnaient pour lui, ses 44 ans bien tapés. Rien qu'un symbole, une idée qui flotte et des coïncidences. A t-il eut peur de mourir à l'idée que les maillots jaune aient pu monter d'un cran à sa naissance et qu'il faille redescendre 44 ans après en Loire Atlantique ? Une histoire de 4, des idées qui passent, une espèce de religion liée au systématisme borné, à l'obsession du rituel, structurer la raison par des cycles.
Et si "la musique " venait conduire mes habitudes, du même effet que "Remué" dix ans auparavant. Un tic artistique ou une envie démissionnaire de se laisser aller à la même longueur d'onde diffusée par ce nouvel effort de Dominique A. Il est clair qu'à frissonner ainsi à chaque écoute des morceaux de l'album, (moi qui en général n'écoute un disque que 2 ou 3 fois de suite maximum), il doit bien avoir une explication à cette exacte assimilation de chaque note et chaque parole. Peut être est il possible de peindre de la même façon, lui qui cherche à confondre tous les arts dans une alchimie inspirée la plus complète. Trouver l'exacte concordance entre une couleur et un clocher; une note et un mot.
La superstition donc voudrait que je dérive et plonge aussi profondément qu'il y a dix ans, quand Remué avait fait de moi un recordman d'apnée sociale, un handicapé adulte, un pionner de mon cortex avec lequel j’ignorais beaucoup de sa texture. Remué est aussi sorti au printemps, l'aboutissement live en juin (une date de "la musique"est prévu pour le 10 de cette année), à l’époque déjà une décennie, la trentaine, venait de gifler mon insouciance....C'est la quarantaine cette fois-ci qui accompagne "la musique". Et puis ces petites coïncidences, l'année de naissance 1969, quelques addictions heurtant la raison, pour retrouver cette insouciance et l’inspiration puisque qu'il parait que tous les hommes sont hypocondriaques.
Et puis il faut bien avouer que, malgré les médias qui s'acharnent à le rapprocher de "la fossette", "La musique" rappelle à Remué de la façon la plus sincère et réaliste possible. Peu importe la façon, la forme, la boite à musique programmable, Dominique A est là et toute fringue d'une autre couleur que l'anthracite appuyé n'y changera rien... la peau est là, point de paysage, mais des hommes, des sentiments, des relations, de la vie, la vraie, du fort, pas du vide, de la violence froide et calme, de la sincérité meurtrie, du romantisme plaqué et subi, celui qu'on réclame parce que l'on souffre et qu'il n'est plus là à défaut de penser qu'il n'a jamais existé. Des hommes, des chimères, des déceptions, des blessures, acoustique ou organique, il est là....feinte à con, piège subtile.. il est là. Même si toutes les relations humaines sont vouées à l'échec, il est bon de rester avec eux, pour quelques moments de bien être, quelques secondes, pour ce bal relationnel infernal et lancinant.
A bah nan, j'suis con, pas possible de plonger dans la même dérive mélancolique, c'est un double album, Remué était simple. Aahhhh quel aubaine ce packaging élégant et généreux, un espoir pour rester la bouche hors de l'eau à happer l'air frais. D'autant plus que "la matière" est aussi relevé que "la musique", c’est bien un double album. Quelle belle idée de devenir prolixe, de bavarder ainsi la condition humaine des temps moderne.
La superstition tient à peu de chose. D'ailleurs mon amis n'est pas mort, Nantes est au plus mal, un sursis ?? nan, un fait récupéré qui fait vivre, comme les religions. D'ailleurs Dominique A est nantais lui aussi...... et si tout ça avait un lien....une connivence terrible qui fait de nous des êtres amoindris et abîmés d'angoisses ????
"La musique" est aux nues, Très très haut.... tiens, bizarre, les ondes espionnes de mon ordi affiche à l'introduction du disque le track listing de "la fossette'".....mouchard fossé, lien dévié, journaliste bougon, internet brouillon, je ne comprends rien à tout ça... Remué, La fossette, peu importe ..Dominique A est là, puissant, ferme, crânant, au dessus de tout, beau et implacable.


Dominique A : "la musique"-"la matière" 2009 label : cinq7


mardi 17 mars 2009

Antony & the Johnsons


Tel le merle enfin décidé à s’égosiller, j’ai attendu mon quota de lumière quotidien pour écouter Antony. Les journaux annoncent le redoux, un mieux éphémère, qu’il va falloir quand même patienter, manger la graine avant le fruit. Impatient et assoiffé de lumière, résilié à céder aux ondes, jetant l’éponge sur le ring discographique, abdiquant, las du climat et des ambiances, je me suis enfin décidé à mettre religieusement Antony sur la platine. Et Antony patient de ma décision lâche le gosier.
Pris en tenaille entre ce cloaque médiatique dont je me méfie toujours, et l’envie d’entendre Antony, je suis allé vers Antony. J’aime plus que tout les cœurs humides et les brumes légères. Si quelqu’un ici bas veut bien croire au paradis terrestre, je me plie. Toutes les glandes lacrymales commencent par la peau. Un ruisseau et quelques arbres peuvent suffire à l’extase. Rares sont les discours courageux qui revendiquent le paradis à nos pieds. Antony le dit et le chante. Alors que ses mots et ses notes quittent le dictionnaire corallien endormi dans l’homme qui cherche ailleurs les ficelles du confort, leurs brouillons s’épanouissent.
N’empêche la chair de poule est ici, dans nos boîtes crâniennes et le lyrisme d’Antony diffuse des armées de secondes paradisiaques et évidentes.
Pour avoir cueilli la fleur de peau sur les contrées de David Tibet ; côtoyé les surfaces « tubesques » et éclairées de Hercules and the Love Affair sans rien perdre de son éclat, pour être né du label visionnaire Secretly Canadian en 1998 ; et pour finalement dire sa fibre ramassée sans aucune transgression, Antony enfin écouté vient à point essuyer amoureusement le chant des oiseaux que l’horloge biologique de mars affiche depuis la nuit des temps.
Chassez les préjuger, remplissez vos huttes et caresser vos hamacs, laissez la rigueur sur le cintre, acceptez l’invitation quitte à bouffer de l’écorce et tout remettre en question. Limogez la méfiance balayez le scepticisme, écoutons Antony.
ANTONY & THE JOHNSONS ; the crying light 2008
label : secretly canadian
http://www.secretlycanadian.com/

De ces chants printaniers qui mettent en musique un tourbillon culturel, je me trouve violemment coincé entre Bashung en partance et Dominique A annoncé. Ce tiraillement me plaque la gueule dans une abstinence musicale recueillie. Les écorchés sont là comme un étau, et ça serre, un coup de crossroad à méditer, un recul agnostique, un écart sacerdotal.
J'attends "La musique" qui pourra peut être me faire oublier "L'imprudence".
« j’ai dû révé trop fort » que nous étions « immortels ».

vendredi 6 mars 2009

Mothlite


Quelques endormissements de fortune dessinent des postures inconfortables aux grimaces souvent incommodes voire effrayantes. Et la paupière reste légèrement ouverte, assez pour que l’on puisse voir se balancer un va-et-vient lent et inquiétant, le trait de l’iris dévoilé. L’œil refuse l’obscurité et suit le croissant entrouvert comme un balancier épieur pour que le cerveau vivace reste connecté. Lorsque la paupière se ferme entièrement, c’est la bosse de l’iris sur la surface de ce rideau protecteur que l’on devine en suivant ses mouvements aveugles. La pupille dilatée cherche alors dans l’inconscient songeur la lumière disparue et le souvenir de quelques images subliminales; les couleurs; les luminosités alors triées, filtrées et métamorphosées par un subconscient halluciné. L’écoute de « the flax of reverie » de MOTHLITE devant une telle collection de R.E.M et au moment même où l’état comateux d’un éveil fatigué réclame l’abandon, épouse à merveille cette transition de la réalité au rêve. Une nouvelle situation où tout fusionne, le son, l'image, la pochette, un autre paysage musical.
Le rock progressif est une musique obsolète, fichée ringarde, il cherche pourtant la lumière pour des paysages plein de rêves en mosaïques, des mondes nouveaux sans cesse changeant et rebondissant. Tant de groupes on bâti leur vision chaotique avec ce mode d’expression, à commencer par le mythique Genesis des débuts, puis Pink Floyd en demi teinte, Porcupine Tree... Extrêmement réceptives pour le corps, les images sonores en puzzle véhiculent au cerveau le paradoxe le plus profond du sommeil, alternant plages planantes et ricochets chaotiques jusqu’au choc du galet plat sur la réalité.
Un psychédélisme terre à terre, une transe ponctuelle injectée de soubresauts avant l’accalmie ambiante d’un violon ou d’un synthé.
Il est fort à parier que ce disque atypique restera cloué aux oubliettes, n’empêche, il est une des raisons essentielle pour laquelle il est encore bon d’écouter ce genre de musique empirique et constructive. Elle prend ici toute ses couleurs les plus contrastées et son ampleur justifiée.
Le piano est bavard et la voix exubérante comme chez 90 day men (qui oeuvre sous la même toiture); la pop est chaotique et le rock arty comme savait le faire This Heat, les ambiances inquiétantes et le jazz musclé. On peut sentir un léger agacement lors d’une première écoute éveillée. Il est donc de ces disques qui se prennent dans certaines conditions. C’est dans l’endormissement que celui-ci se savoure, dans un degré autre que la réalité peut proposer.
« nevergoodwood » peut même aller jusqu’à réver d’"atom and plum" de Bed marié à du King Crimson des 70’s, puis les montagnes de Rothko surgissent toujours aussi aérées dans « cauldron ». C’est enfin avec « hypnogogue » que viennent s’entrechoquer le génie des 90 day men et les chœurs fous d’animal collective. On comprend mal alors que l’unanimité des médias s’esbroufe le bulbe sur ce dernier groupe qu’on aimerait bien voir grandir un jour, alors que dans l’ombre, la même folie artistique libre de tout format et toute calibration (il faut quand avouer qu’Animal collective sort les mêmes disques depuis quelques années) vient offrir un intense moment de plaisir musical libre. Le rock progressif de Mothlite passe quelquefois par des plages sombres et orageuses, mystérieuses et cauchemardesques, comme un œil révulsé qui roule derrière une mince couche de peau, un instinct de survie dans le repos, un coma habité, la transition juste du monde réel et du rêve.

MOTHLITE « the flax of reverie » 2008 label : southern
http://www.mothlite.com/
http://www.southern.com/

quand on aime : 90 day men; this heat, pink floyd
merci à Claude pour ses lectures fidèles et ses encouragements

mardi 10 février 2009

Boduf Songs







Un mur de gros flocons neigeux dresse un rempart contre le vent glacial. Le premier rideau gris blanchâtre fige le paysage et sonne l’immobilité totale contre laquelle d’énormes boules de coton gorgée d’eau chutent lourdement et silencieusement sur des terres ouatées.
Une paralysie presque totale injecte un folk toxique hanté par de petits songes aliénés et féériques.
L’isolation est à peine rompue par un très léger bruit ambiant de pluie neigeuse mêlée sur les vitres, un véhicule lointain est la seule bouée sans laquelle ce petit voyage se verrait privé de retour . Un Lo-Fi neigeux et une voix poudreuse est le paysage que propose Matt Sweet (Boduf Songs) sur son troisième album le plus assoupi, dans un calme absolu, muni d’une guitare acoustique, d’un microphone et d’une voix monocorde et engourdie, sa chambre etses bruits de fond en guise de studio.
On reprend ses esprits quand sur « quiet when group », une basse et une batterie moelleuse viennent revigorer ce troublant death methal acoutic que « how shadows chase the balance » distille au ralenti.
La pochette persiste et livre un implacable livret noir avec toutes les informations coincées en haut à gauche. Quatre brins d’herbe grise se balancent sobrement en bas et lippent l’encre noire, comme notre cerveau anéanti par cette transe mortifère à la licence neigeuse.

BODUF SONG : « how shadows chase the balance » 2008

label : kranky
http://www.kranky.net/
http://bodufsongs.com/

Un extraordinaire ep est sorti sur le label southern records/latitudes, habitué à distribuer ses disques en 1000 exemplaires, dans des pochettes de carton recyclé au découpage malin. Les gravures en papier peint sont blanches et satinées et vont assouvir le fétichisme le plus torride des collectionneurs d’objets rares. Une pause pour Matt Sweet qui tente en compagnie de C.Henry et M.Goatley une expérimentation sonore et acoustique. Un petit tableau de 13 minutes, tout aussi mystérieux et sombres, juste avant de travailler de la même façon aventurière, un de ses anciens morceaux figurant sur « lion devours the sun » (kranky 2006). Ainsi « that angel was pretty lame » devient « that angel was fucking piss », dans une légère défiguration étendue vers l’ambiance. Un pur régal devenu maintenant introuvable.
www.southern.net/latitudes à visiter de toute urgence. A titre indicatif, la version numérotée 668 n’est pas colorisée.


quand on aime : smog; bonnie prince billy; Micah P Hinson

Andrew Bird (suite)




D’une confiance sans faille "Noble Beast" a livré toutes ses promesses dès la première écoute. La patience assouvie, la punition levée, le désir d’écouter devenu le plaisir des oreilles s’est libéré sans retenue aucune, le fétichisme toujours en embuscade, tendre et fidèle.
« Masterswarm » a offert comme promis toute la mélancolie et la légèreté de l’arbre encre de Chine, les nappes d’oiseaux sont portées par les bourrasques crépusculaires du violon électrique, comme aux heures les plus pop de Didier Locwood.
Quant à « Effigy », le romantique suggéré par le dessin expressionniste avoue toute sa force en musique et la voix de Kelly Hogan propose un duo magnifique sur un océan de chaume. Deux arts entrecroisés une fois encore afin d’assouvir quelques inspirations et tous les sens .
Andrew Bird : "noble beast/useless creatures" 2009
"noble beast" (cd simple) disponible chez bella union

samedi 7 février 2009

Aan meets Eyes Like Saucers


Un harmonium au pays d’«A saucerful of secret », la rencontre de l’Amérique d’EYES LIKE SAUCERS et la Finlande de AAN et l’acidité est poussée à son niveau le plus beau, nous sommes dans ce lieu de rencontre culturel, Last visible dog, où viennent s’entrechoquer des ambiances expérimentales, des drones hystériques et des psychédélismes nomades.
Il y a un paysage de montagnes, du soleil en surexposition, des percussions chamaniques, des nappes torrides au souffle étourdissant, de l’eau qui coule, des transes lentes et lancinantes, des effets électroniques, des cordes en oscillation et un emblème fantomatique sortant des brumes, mais aussi un 4 pistes privé pour l’emprunte avec 3 musiciens pris sur l’instant dans un appartement suédois.
Dans le livret une phrase : « the comparable gives way to the incomparable » (Henri Michaux), malgré les références que peuvent inviter cette musique, ce paysage musicale weird folk est unique, il est le résultat d’une improvisation enregistrée le 29 janvier 2008 à Helsinki. On en revient shooté et fraichement bousculé.

AAN meets EYES LIKE SAUCERS 2008 "kristallivirta"

label : last visible dog


mardi 3 février 2009

Plinth / Textile Ranch


Les giboulées vous plaquent dans un endroit insolite et impromptu. Eviter le lessivage, la dilution de moelle, le détrempage et fuir ainsi les contraintes d’envergure pour ne pas rester les fringues liquides pendant des heures. Une pluie torrentielle comme refuge obligé, une pause au trafic chaotique étourdissant, ce flot qui nous happe malgré nous. Ainsi, sous un store de magasin ; un porche ou une impasse étroite; un abri de bus ou un marronnier feuillu; un pignon de bâtiment faisant front aux vents de mars ; un zinc hospitalier, le mouvement s’arrête essoufflé mais rescapé.
Contemplatif et témoin du brouhaha, bien à l’abri, le cuir des chaussures et les ourlets qui sucent le flot du trottoir, le spectacle en observateur retiré commence dans le vacarme devenu étranger. D’acteur on devient alors spectateur et les sons défilent au bon vouloir du débit des gouttes qui cinglent alentours. On se recroqueville alors dans le flottement ralenti et détrempé. Les klaxons deviennent sourds et les vrombissements se confondent dans un bruit de ressasse pluvieux que les pneus, seuls objets en mouvement, diffusent inlassablement.
Quelques secondes interminables, le paysage maté surfe quelques instants sur un miroir urbain derrière lequel se dissimulent toutes les tètes encapuchonnées.
La pause qu’un déluge impose comme une pluie cinématographique est un peu l’impression qu’oblige l’extraordinaire « the rest, i leave to the poor » joliment filmé par l’association de Plinth et Textile Ranch. Sous un toit de fortune, les 41 minutes sur un seul morceau exige l’arrêt total, la concentration maximale, comme si une averse lumineuse offrait à chacun un moment de spectacle éphémère des plus émouvant :
Un doux déluge ambiant de mouettes mêlées aux cloches attend les chœurs religieux derrière des flots marins ; un gospel celtique ; un chant divin ; un orgue puis une machine à écrire gigote. Une nappe ambiante où il pleut averse rappelle Sheppard/Phelan et précède quelques cordes classiques et sèches. Comme des vagues successives les scènes défilent sans que l’on ne puisse bouger, implacablement figé par les trombes. Guitares et violon larmoient et le tonnerre gronde, une guitare claire proche des paysages de Rothko vient annoncer l’accalmie. Le clapot que pleurent les gouttières en zinc à nos pieds reprend ses esprits alors que les vocalises de Klima dissipent toute angoisse. Quelques xylophones et percussions dessinent le dernier rideau cinglant de l’épisode météorologique. Le vent siffle et chasse les gouttes, le déluge électro cesse pour des vagues ensoleillées d’une harpe enchanteresse.
Le corbeau tué ne change rien à l’affaire, le trafic peut reprendre, requinqué par cette pause revigorante, fraiche et inattendue. Faut-il attendre l’averse pour observer ? « The rest , i leave to the poor » est un disque paysage fantastique qui bouscule l’imagination. Libre à chacun à l’écoute d’y voir fleurir le rêve qui lui procure, il suffit juste de s’arrêter à l’abri de toute situation parasite, quelque part, dans un endroit retiré de tout…et se dire encore une fois que la musique procure des moments divins si l’on s’abandonne à ses sens généreux.
41 minutes de court métrage musical d’un bloc n’est pas une contrainte, c’est un refuge, une invitation : « A postal correspondance by way of her majesty’s royal mail service between Mr Tanner of Plinth and Mr G Johnson of Textile Ranch. Ms A David Guillou and Ms Autumn Grieve contributed other important voicings and instrumentation”.
Ce voyage cinématographique est l’oeuvre d’une association de deux multi-instrumentistes. Michael Tanner du groupe Plinth abrité chez foxy-digitalis, et Glen Johnson qui en présence à la voix de Klima ( A David-Guillou) fonde Textile Ranch, duo arraché au groupe mythique Piano Magic.

PLINTH / TEXTILE RANCH : the rest, i leave to the poor 2008
label : make mine music

quand on aime : Keiron Phelan / David Sheppard

mardi 27 janvier 2009

Andrew Bird




Une fois n’est pas coutume, une petite chronique à l’aveuglette, ou plutôt en sourdine puisque l’envie de m’étendre sur ce disque anticipe l’écoute. S’attarder quelques instants sur « Noble beast/Useless creatures » le nouveau double album d'Andrew Bird sans l’avoir écouter reste un exercice doux et excitant, faire mousser l’impatience et le désir. Tous les sens autres que l’ouïe peuvent suffire à déclencher un intérêt pour un album. Même si les travaux d’Andrew Bird déjà assimilés auparavant sont indiscutables et laissent sans espoir le risque de tomber sur une mauvaise pioche, même si le net ou les bibliothèques peuvent justifier quelques frilosités à l’acquisition, la question de laisser cet objet dans les bacs est un débat vain.
L’impatience affamée se concrétise alors par le toucher, palper le galbe moelleux et boursoufflé de la pochette généreuse attendrit le moment solennel d’ôter l’enveloppe de cellophane du disque. Le parfum d’imprimerie et de papier cartonné prend le relais émotionnel et apaise cette fois-ci l’angoisse de voir disparaître un jour l’objet, le support musical et l’existence d’une pochette, l'habit coquet.
L’œil rebondit alors sur chaque feuillet du livret, chaque gravure aquarelle de Diana Sudyka, chaque mot imprimé. Tout lire alors comme une préface afin de traduire la moindre information sur le contenu musical, chaque musicien, chaque instrument utilisé, le studio d’enregistrement, la géographie, les références, les titres et sa police ; « effigy » traduira t’il toute la promesse du dessin voisin; « master swarm » sentira t’il l’odeur du carton imprimé de cette envolée d’oiseaux jaillissant de l’arbre encre de Chine ?…. "Tient, Il n’y a plus inscrit Fargo en bas, sur le fond du verso". Verso, celui du cd qui laisse aussi imaginer par reflet la longueur de l’album, voire même de chaque morceau, et je me souviens des sillons des 33 tours qui lâchaient, dans une attention minutieuse et macroscopique, dans l’impudeur la plus totale des intervalles, toutes les informations sur le caractère de chaque morceau. Un crescendo voyait les sillons s’enluminer en s’éloignant les uns des autres…. Le vinyle procurait un plaisir ajouté dans un gestuel lent et appliqué. De ce fétichisme, il ne me reste que cette palpable envie de déguster en silence, les esgourdes punies, ce genre d’album qu’Andrew Bird propose depuis quelques jours au grand publique. Tant de plaisir viennent se greffer autour d’un son, si l’on prend le temps de s’y attarder.
Dans ma besace des pochettes de cd trainent avec le dernier ticket orange des transports en commun, un collector donc, puis un lecteur compact portable qui lutte contre un traducteur Mp3 et qui a pourtant déjà mis au placard une platine au saphir à bout de souffle et un walkman mangeur de bande chrome. Des objets dans un sac trop grand pour son époque, avant le tout numérique…navigo, IPod et kit main libre ; une vie pratique et sans plaisir. Elle était pourtant mignonne la guichetière Sncf et familiers Nicolas ou Manolo de Gibert.
Assouvir toutes les émotions périphériques au son, le laisser mijoter, attendre le moment choisi, le rendez-vous avec les notes, la concentration exacte pour effleurer la touche « play ».
ANDREW BIRD 2009 "noble beast / useless creatures" label : fat possum
quand on aime : les disques, les pochettes, le carton, les odeurs, les inspirations entremelées.....

samedi 17 janvier 2009

Pedal


Quelle soit douce et saupoudrée comme un clair clapotis d’ondée ; « security » ; rythmée et abondante comme un flot de torrent vif qui dévale les pentes d’une vallée plissée ; « the afterwards » ou « herzog » ; sautillante et dégoulinante comme une fuite grandissante ; « performance » ; forte et dévalant comme un fleuve gonflé à bloc dans un lit trop petit ; « burgeon » ; douce et printanière comme les méandres libres d’un court d’eau de clairière ; « sump » ; ou calme et majestueuse comme la plénitude inébranlable d’un océan, la musique de Pedal est avant tout une musique d’eau sous toutes ses formes et toujours accompagnée d’une lumière minimale et improvisée au fil d’un voile brumeux ou d’une éclaircie éphémère.
L’intelligence architecturale de deux pianistes à la fibre jazz distille un nectar délicieux qui n’en finit pas perler. Chris Abrahams (the necks) et Simon James Phillips (assemblage) sont les deux cerveaux et les quatre mains de ces paysages somptueux à faire se pâmer Keith Jarrett. Si pour une fois l’océan n’est pas à porté d’âme, c’est en regardant une pluie printanière tomber délicatement que l’on écoute le flot de notes, séduit et happé par la délicatesse architecturale des deux pianos de Pedal.
L’Australien Chris Abrahams offre habituellement ses cordes au groupe de musique nouvelles The Necks (ReR records) et propose quelques travaux solo au sein du collectif électro-expérimental Room 40 records.

Pedal 2008 « pedal » label : staubgold
quand on aime : keith jarrett ; The Necks ; Sylvain Chauveau