jeudi 26 novembre 2009

Mount Eerie




Phil Elverum & sun se présentent au sein de son nouveau disque comme « Creators / destroyers of music »...deux finalités artistiques pour deux violences différentes à exprimer le même domaine sombre plaqué et encastré dans la torture créatrice. Si certaines d'entre elles sont sourdes, froides et cellulaires, d'autre s'épanouissent dans une expression brutale, physique et bruyante. Chaque drone stratosphérique peut valoir une envolée trash et électrique. De la même manière, si l'on rattache ce principe au comportement humain, certains agissements introvertis d'une méchante froideur sans précédent peuvent claquer aussi fort qu'une grosse baffe accompagnée de hurlements.
« Wind's dark poem » vrombit comme une langue solaire incandescente à la surface d'un horizon improbable, psychédélique en cadmium foncé. Tout brule, tout craque et l'irruption incarnat illumine les jaune et les orange tectoniques. Une petite bande de ciel en flamme dégouline alors dans une profondeur abyssale en poumon océanique souffrant et saignant . Le brulant carmin fige cette lente coulée longue et bleue « through the trees » . Et tous les contrastes sont permis. Mount Eerie, dirigé par P.Elverum, dessine de perpétuels paysages crépusculaires et montagnards, brumeux ou neigeux. Avec « Wind's Poem », il n'a jamais affiché une telle profondeur dans le désaccord, l'opposition des teintes, passant du tendu sans étendues au bouillonnement bruitiste et fusionnel.
Des images inconscientes pour quelques songes cytoplasmiques, un rêve de mitochondries au milieu d'un big bang. Plus que jamais la recherche d'image télescopant un son, l'interprétation des couleurs par l'orchestration, la croisée de deux arts porte sa cohérence par la confrontation.
P.Elverum dirigeait The Microphone avant de créer Mount Eerie, transition idéale puisque le dernier album des Microphone s'intitulait « Mount Eerie » en 2002, fameux disque tribal et très cérébral avec sa pochette intérieure en poster calque affichant un colossal paysage de montagne à l'encre de chine (disparu des bacs malgré une édition chez Krecs). « No flashlight » est paru plus largement en 2005 avec une fois de plus des paysages de montagnes sombres. En 2008 paraît simultanément une collaboration avec Julie Doiron et Fred Squire pour une récréation folk minimale « lost widsom » (repris en deux versions différentes sur « wind's poem »), et un journal de bord/disc/photos « winter journal » écrit par P Elverum pendant un séjour à Kjerringoy accompagné d'un disque très intime « Dawn », et de photos illustrant le tout, des montagnes, un soleil bas de la neige et des brumes..de l'ocre anéantis par le froid, des bleus noyés dans des brumes sauvages et inhospitalières. C'est « Wind's Poem » qui vient fraichement relancer un nom dans ses contrastes les plus puissant, publié cette fois-ci chez Tomlab. P Elverum est un auteur prolifique, méconnu à travers lequel je voyage très souvent, dans ses paysages et ses contrastes puissants venus d'une nature sauvage.
4 minutes pour « wind' dark poem » dans une intensité brutale folle (tout comme le puissant "the mouth of sky" et l'épique "stone's ode"..comme un tremblement de terre dans le ghost tropic de Jason Molina), puis 12 pour « through the trees », ce drone abyssale, cette dégoulinade lente vers les fonds où tendent les froids.... l'exacte proportion de ce tableau « rève cellulaire ». Ces deux premiers morceaux pourraient être la réplique sonore de cette apparition acrylique, devenue pour moi comme une évidence.
Ce thème récurent à mes yeux revient sans cesse à la charge, mettre en musique des couleurs, un texte sur une toile, peindre le son d'un paysage.......


Mount Eerie 2009 "Wind's Poem" label = tomlab
quand on aime : jason molina; la montagne; les contrastes; six organs of admittance

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