Liz
s’est débarrassée de toute tension sonore, elle a déposé un peu
d’énergie à ses pieds pour laisser ses chansons épouser le
ligneux. « Three
legged dog »
à nos pieds, dénudé de tout. J’ai laissé Aldous sur le côté,
mon regard s’est éloigné du bruit général. J’ai vu Liz au
loin entre les arbres et son petit refuge dans l’ombre épaisse des
grands hêtres. La gravité de « Mt.
Nephin »,
le métronome boisé de « Where
did you go »,
la sublime envolée pop de « Black
Ulysse »,
« Vespers »
comme une oraison folk. J’ai quitté la foule, je suis allé
reprendre haleine vers ces troncs lisses et grisés par des petits
airs nylons.
Si
Jurado lasse, qu'on lui trouve un léger déficit dans les
envergures, dans la hauteur de certaines couleurs sans pour autant
l'oublier dans un coin, il y a "Birds of Paradise"
qui vient de sortir.
Si
Jason Molina manque, avec son électricité fleurie sur de beaux
élans rock secs à peine crasseux, il y a Thomas Dollbaume qui vient
de sortir "Birds of Paradise". Immédiatement
cet album a confortablement clôturé mes impressions posées sur de
solides fondations. Immédiatement tout a défilé dans une évidence
brute tout en rattrapant en plein vol quelques petites maladresses
authentiques qui ajoutent au charme. J'ai oscillé comme un Tremble
en plein vent, musique argentée, soleil aveuglant. Le trait
d'horizon porte de grosses masses cotonneuses de vert profond, juste
au dessus, les nuages imitent dans des gris bleutés et la campagne
défile sous le son américain de Thomas. Je n'irai pas jusqu'au
village voisin, je vais juste faire le tour du grand bois et revenir
écouter ça dans ma hutte. Pas trop de soucis à me faire s'il me
vient l'envie de trouver un bon disque pour la soirée. C'est du tout
cuit, bouclé d'avance, tellement de soirées bredouilles à patauger
dans les opus pour dénicher une pépite. "Birds of
Paradise", immanquablement.
Découverte
inattendue, une fois de plus facilement guidée par mes algorithmes.
C’est pas faute de ne pas connaitre ce nom. Sans par ailleurs faire
une fixette et imaginer le siècle de sécrétions entremêlées
autour de ce mythique slow 1975. C’est peut-être ce cliché planétaire
qui m’a jusqu’à maintenant tenu éloigné de ce groupe made in
Manchester.
Une
fois de plus, malgré la découverte fructueuse, je ne vais pas
m’étendre technique sur le contexte et l’historique de 10cc,
c’est partout sur la toile. Sauf peut-être ce nom d’un des
membres qui résume un peu le côté léger, estival et aéré des
compositions, Lol Creme !! La pochette aussi, directement
identifiable à l’Hipgnosis qui n’a rien pour me déplaire.
Pourquoi cet album ? Fuir encore ce slow ravageur noyé dans une pop à
légère tendance prog qui fait tâche qui peut m’emmerder dans ma
démarche de découverte et mon appréciation générale ?
Peut-être. C’est surtout que pour palier à cette grosse lacune,
je viens de recevoir cette galette-ci après avoir fait le tri dans
la discographie streamée (d’autres sont en transit).
Complètement
séduit, je suis le cours de la discographie en appuyant fortement sur
cette période 70’s que je chéris.. hein ??
nan c‘est pas à toi que je parle … quoi ?? nan oublie le
slow, j’écris un truc là…
Ouaih, c’est vrai il est chiant ce morceau qui sent le coït. Tiens
d’ailleurs, en dehors de la limaille engendrée, comment 10cc porte t-il
« I’m
not in love » ?
Alors,
oui, le paysage n’est plus du tout printanier, l’été des
plaines devance toujours celui du calendrier, tout est installé,
posé, chlorophyllé à fond. Fleurs cuites, les herbes folles
occupent tout l’espace. C’est vrai que c’est super gai comme
musique. Je vois quelques comparaisons .. Macca.. euhhh, moi je dis plus Wings
avec Denny en dilution (pour la voix). J’entends aussi le joyeux de
Billy Joël, Chris De Burg. Je ne m’en lasse pas, je me promène
sur ma belle ignorance super emballé par leurs premiers albums donc.
« Lazy
ways »
tout de suite dans mon entrain - sublime épopée romantique à fleur
bleue en mode Queen vaporeux « Don’t
hang up »
- « Art for arts sake » un poil Steely Dan - « I’m
Mandy fly me »
pas mal du tout, c’est pas un slow ça ? Bref, quelques petits
délires pétillants pop avec ce son moelleux, extraordinairement
d’époque. « Rock’N’Roll
lullalby »
sur une estrade, sous les lampions colorés d’une belle nuit de
juin, le petit bal du coin avec … bon, encore un slow qui commence
comme « Let
me roll in »..
la bande son des vieux étés… ok ok..je remets « I’am
not in love »…
c’est quand même dingue cette histoire, déjà « Donna »
à l'époque. Chérie..viens-voir…J’ai
fini mon papelard, ça me saoule.
Assis
sur le toit du monde, il saupoudre les courbes bleues de sa poussière
féconde et dorée. Comme un génie de routine, mais toujours plus
beau sans cesse. Paul est posé là en posologie permanente, histoire que
maintenir le globe en rotation. Bien longtemps que les forces de
frottement ont baissé les bras. Huilé. Tellement haut, le coude
posé sur l'épaule de John, le plus naturellement du monde, Paul, we
two, Paul et tout le reste, nous envoie une salve lustrale de
quelques chansons religions. L'évidence coule de source.
La
source.
Intarissable.
C'est
une saison, le cycle, école sans cliché, cas d'empreinte fossile
empruntée, du bateau qui a vu les milles continents, Johnny Cash
gentleman avec l'élégance en plus et un brin de féminité naturelle. La patine burinée, le geste classe, manuscrit et
partition célestes. Paupières mélancoliques, le poids des regards,
neutres pochettes de disque, celui-là est apothéotique. La
pertinence des ondes s’octroie la quintessence. "As
you lie there".
Pendant
qu'ici, en bas, nous sommes tous à nous courber, que l'on tend à
s'étendre, croulons, glissons à succomber, luttons comme des
aliborons à lunettes, Paul élabore et arbore sur les âmes et les
houppiers, dépose tout à nos pieds en montrant la certitude dès
potron-minet.
J'ai
commencé l'album avec " As
you lie there"
en boucle, fébrile, suffoquant, emberlué
dans l'éberluance.
Je me suis dis, je vais faire pareil pour chacune des chansons. La
voix embraillée
hurle encore, c'est dans les aigus et les cris qu'il est encore le
plus facile. Tout a défilé, j'ai commencé à sangloter à la 7ème
révolution des pistes, perdu entre notre naine blanche et la cendre
lunaire. Tout en bas, le bleu ciel des mers s'arc-en-cielisait.
Quelques nuages ont rosi des joues, déserts empourprés. Sortir le
grand jeu d'un battement d'espiègles cils acrimonieux, force et
délicatesse.
Séculaire.
Il
y a le benjamin Watt et l'ancestrale puissance, une grande jeunesse
dans les joules, seules les gaines des câbles vieillissent. Le jus
jute et passe par tous les embranchements emmanchés d'outre Manche.
Sous les océans, tous semble câblé.
Il
n'est plus nécessaire depuis un bail, de s'étendre sur Macca, la
messe est dite. Je suis juste plaqué sur mon hamac à
prêcher.
La belle coïncidence, le
scalpel au sein d'un groupe, farfouiller dans les organes pour mieux
voir la matrice digérée. Proche le Selway, « Anima »
à plusieurs encablures, je me vautre pareil sur ce sublime « Blue
Morpho ». Des mimiques certes, comme sur « Earth »,
et tout s'explique. Les masques tombent. On ajoute au tableau le
cinématographique Jonny et les éléments s’emboîtent. Le poids
des ajouts, l'intensité des combinaisons, la place de chacun avec
les interjections. Rares les groupes avec que des inspirations,
autant de foyers.
Outre les explications,
libéré des analyses, ce deuxième album de Ed O'Brian est une
bouffée d'air éclatante. Méditatif autant que contemplatif, une
rêverie planante de pop acoustique et symphonique. « Sweet
spot » et je pense à ma découverte de Marc Morvan. Je
vais la revêtir, forcément elle est construite sur des principes
itinérants de mes errances, seul à travers mes étendues.
Plus j'écoute « Blue
Morpho », plus je me dirige vers un petit bijou,
l'appel du chef d’œuvre à le mettre en boucle et laisser le plomb
de l'air alourdir mon accroche.
J'ai vu une belle âme
sous la feuille du laurier, on dirait que l'époque est belle. C'est
pas ce grand soleil qui va me contredire, hier encore il faisait si
froid. Elle est partie comme une balle vers la vallée des saules. Au
creux, à la croisée des cuivres toutes les bestioles se
trémoussent. La lumière ambrée a trituré la boue sculptée, les cloches au
loin annoncent la canicule.
Je connais bien cette
petite vallée où règnent ces cinq grands saules depuis quelques
siècles. Ils prennent toute l'attention depuis le haut des plaines,
j'y vais déposer toutes mes préoccupations dès que le trop plein
s’empare de ma respiration. Toute la grasse sagesse salicylée y
broie mes saletés. De l'écorce jusqu’au pointu de la feuille,
tout tend à l'apaisement. Ils sont bien cachés des petites routes
de campagne ces cinq boules argentées comme des zeppelins arrimés.
Il faut prendre ce vallon du village par le sud pour à peine sorti des premiers
murs, voir ces beaux arbres marsault veiller sur le gâté et les
pauvres diables.
Il fait toujours humide
au creux de la vallée des grands saules. Le vent peut s’engouffrer,
rien ne bouge. L'humilité restera une sagesse végétale. La seule
loi valide est celle du mycélium et de la lumière. Nous n'avons
plus de disposition pour les vertus, le déclin progressif de
l'espoir.
Au creux du vallon des
grands saules, Leila Bordreuil, cordes en drone, accompagnée de Kali
Malone, a soufflé l'importance des choses.
Leila
Bordreuil 2026 « Music for Intersecting
Planes »
Le
Poa des choses habite le vide, la marée d'herbes se
pavane sous la pluie, « Lazy day » coule de
partout. Grasses touffes de ravines, friches épaisses, haies
touffues et folle-avoine, je suis sous la pente de mon toit et tout
dégouline. Cloué dedans, il pleut la poésie sur mon mai
barbouillé. Il a beau crachouiller, pleuvoir et déluger,
tout est beau et léger, la symphonie pop hippie et graminées
enchante la fraîche grisaille de ma voûte. Le grésillement du
saphir se mélange aux gouttes rafales sur la fenêtre-toit. 1969..
je dis ça ..
On pourrait se croire du
côté de la Californie avec quelques Capra ruminant le sable
et la joue épaisse, les chœurs sûrement (« Lovely to see
you »), même si là, l'épopée est bien trop grande et la
poésie à fleur de pot pour échouer sur cette plage beaucoup trop
ensoleillée. Peu importe le son du mur, c'est ma sous-pente qui a
raison de moi. L'onde est confidentielle, le concept capiteux,
l'objet précieux.
Il y avait bien le 45T
« Nights in white satin » dans carrée familiale,
comme partout ailleurs d'ailleurs. Gamin je mettais en boucle,
subjugué du clavier et par le songe procuré. Je l'ai retrouvé bien
plus tard avec le Barclay James Harvest et la belle pochette découpée
de « Gone to Earth », je dis ça... Tiens,
« Poor man's moody blues », je ne sais même pas
s'il existe un lien officiel entre les deux, le son, celui de la guitare, du clavier et le
romantisme.. tout y est, c'est certain. C'est en tout cas mon
alibi du retour vers le groupe de Birmingham bien plus tard. « Never
comes the Day » ressemble aux débuts des frères Gibb. Je
dis ça...Plus précisément, la
voûte penchée au dessus de ma platine chambarde tout, presque
méconnaissable l'album. Ou alors c'est la pluie.
Tout se mélange à
l'orée du délire mou, le rêve s’appesantit sur ma flemmardise,
j'irai ramer sur les hautes herbes demain, elles sont trempées, une
prairie pour un naufrage, le plus bel album des Moody pour mon tantôt
abandonné. Et le chant léger de « Lazy day » qui
n'en finit pas......
The Moody
Blues 1969 « On
the Threshold of a Dream »
La
dernière pompeuse virée country aux deux doigts en forme de "V"
du gars Ringo a éveillé en moi l'envie d'écouter un bel album d'un
autre bateur en balade solo. Quelque chose de plus sérieux,
travaillé, inspiré. Quelle taux d'influence de l'entité planétaire
sur l'oeuvre en escapade ? Beatles sur Starr, Radiohead sur Selway.
Les batteurs les moins aptes à poser sur les promontoirs des Lp de
cette envergure ? La preuve que non. D'autant plus que les chansons
ont été composées à la guitare ou sur un piano.
Depuis
"Familial"
il n'a cessé de sortir de belles choses. C'est sur son quatrième
album que je m'étale depuis quelques jours. En lisant un gros bilan
hors série sur le groupe, je me suis rapelé du grand plaisir à
l'écoute de "Familial"
en 2010. Sublime pochette, label de renom et grand étonnement quant
à la capacité pour un bateur de sortir de telles chansons.
"Strange
Dance"
est un petit bijou de pop d'émotion, sublime et vaporeuse. Les
couleurs déposées, la lumière installée, tout tend à la
sensibilité à des quartiers entiers de The Smile. Organique et
symphonique.. réveur.
Allez zouhh, on va pas se
laisser abattre par les matins grincheux, un pavé bien trempé pour
remettre les poils de la bête à l'heure. La pluie revient, va
falloir des protéines aux oreilles pour pulser le sonotone. Un
groupe que je n'ai pas suivi tant que ça et qui pourtant me botte la
hanche à chaque écoute. « Best laid plans »,
tout est là. Et ça embraye, vitesse de croisière, ça défile
gras, ça riffe sur la carrosserie, je suis accroché, je suis papy,
je fais ce que je veux.
Y'a le chromosome rock
psyché de power pop indé dans la caisse à vinyles et je frissonne
à la Frank Black. On est chez les british pourtant la décapotable
trace, les frissons ? C'est pas que ça, le son, le jeu, l'idée
d'un vieux rock crasseux tout propre, inaltérablement inébranlable.
Et pourtant ça branle dans l'air à poil.
Du pollen plein la
tronche, des moustiques plein les dents, galure vissé et barbichette
au vent, le poids des atrocités alentours me donne de la hauteur. La
plainte des demis avant d'épouser la plinthe nous sauce, j'ai sorti
mon côté animal de la boite à gants. La terre est craquelée, elle
a bouffé toute la flotte tombée. La musique s'écoute par les
racines et la brindille tangue. Sublime album opulent. Un peu comme
d'hab .. dans mes souvenirs.
Un retour en Belgique, il
y a toujours un petit groupe à dénicher par là-bas. Le temps est
au beau fixe depuis quelques semaines, il faut bien brumiser quelques
vagues à l'âme sous ce vent sec et poussiéreux. Pastorale est la
pop, calfeutrées les mélodies, une blanche matinée persiste, c'est
doux, on parle de Simon & Garfunkel par-ci, Everly Brother
par-là, moi je me balade vers les Minor Majority.
C'est quand même bien
emmitouflé de beauté, on ne se découvre pas au fil des chansons de
« Shelter », leur deuxième album.Le soleil y va de son
timide réveil, un peu la tronche en biais avec ce voile brumeux, et
déjà une belle trouée vert d'eau fait chanter toutes les plumes.
Pas loin, l'océan.
Frissons
chaotiques, larmes heureuses, poils dressés et chants à l’unisson.
Décidément « L’Usine à Chapeaux » bosse à me
réconcilier avec le genre humain. Alexis HK, Matthieu Boogaerts et
La Maison Tellier il y a quelques jours.
Le
03 avril, le jour de mes 57 est sorti le Manset 2026 donc. « La
timidité des Arbres »
aussi. Déjà ma place était prise. Manset, il en est question dans
les paroles. La voix de Jean-Louis a résonné. Je m’évertue sans
cesse à me flanquer d’une de ses chanson chaque jour. Lui qui
chantait « Calexico »,
un groupe avec une trompette, comme les Delano. « Babel ».
Tout coule de source, fait sens, tout est là. Je suis à flotter
dans ce lit-là, depuis que mes émotions des belles chansons de par
ici se portent sur des sincérités humaines et des paysages
ordinaires à couper le souffle. Rien des émotions n’est laissé
au hasard, la cohérence des cellules me travaillera jusqu’au bout.
Panser les petites semaines.
« Atlas »
a eu raison de moi, ce nouvel album ne déroge pas, ce groupe de faux-frères en sincère fraternité
a assis définitivement son poids d’importance dans notre paysage
musicale. Vital. Indispensable. Mes glandes lacrymales ont juté
quand j’ai chanté. Quelques pintes plus tard, ils ont signé mon
vinyle que je voulais ce jour-là, même s’il est sorti le jour de
mes 57 comme le nouveau Manset. « Atlas »,
j’avais loupé toutes les scènes. Pas loin du grand parc, à
l’Usine à Chapeaux, avec tous ces arbres qui se frôlent sans
jamais s’embrancher, se gêner, juste s’appréhender, ou plutôt
instinctivement se respecter simplement dans le grandiose et la
dignité, je suis allé à la rencontre.
J’avais
diffusé un billet en 2008, ils ne m’ont jamais quitté les frères
Tellier, de la fugue en passant par l’avalanche. Ils ont une
frangine dorénavant, Babeth en Tellier. Ils sont venus me cueillir
juste à côté de chez moi, je suis rentré heureux, requinqué, je
plane encore sous les houppiers et sur la canopée, avec eux,
Jean-Louis et Manset.
Une
féroce envie de balayer cette journée flanquée d'absurdité.
Quitter les grandes voies et retrouver mes routes herbeuses toutes
cabossées, petits îlots de graminées sur l'asphalte craquelé.
Un
son chaud des temps reculés du grand Fleetwood ("Regrets"),
j'ai tout laissé derrière, loin des grands disques
révolutionnaires. J'ai marché un moment sur la départementale
juste derrière chez moi. Il ne passe plus de voiture depuis quelques
années ici. Ôtée du trafic, elle s'entortille plus haut dans la
marée des colza. La douceur évidente de Penny Arcade est venue
soigner. Marc Morvan habillé en Syd Barrett.
Tout
a glissé mollement jusqu'à la nuit, quelques vérités se sont
dessinées sur la tendresse des lumières, Penny Arcade n'a pas cessé
de voltiger parmi les minuscules insectes fatigués.
Et
bien, puisque nous sommes dans la pop rock joyeuse, j'embraye direct
sur le dernier Joe Jackson. J'ai toujours zigzagué, dégustant son
génie d'écriture sur quelques fulgurances, le son du piano, sa voix
et les sursauts d'une chanson soudainement sublime. "Dave"
de "Fool"
2019, exemple parfait.
Incroyable
intro "Welcom
to Burning-by-Sea"
brûlot celte incendiaire.
Aucune
précipitation pour moi ici, puis à l'écoute, toujours cette même
interrogation, pourquoi je ne l'écoute pas si souvent que ça ? à
force de chercher sans cesse des gris contemplatifs, j'en oublie le
fauve de quelques palettes qui jutent. Je ne mettrai pas "Fabulous
people"
tous les matins, et c'est peut-être ce genre de refrain qui me fait
souvent fuir. Et pourtant cet album respire l'épanouissement, la
force facile d'une fidèle composition enlevée et relevée. "After
all this time"
le petit côté Santana. "Face"
et ses petits pointes de jazz, le son est extraordinaire sur son
énergie inébranlable. Pas de trève ici, les fans vont se régaler,
moi je jubile.
Une
vieille connaissance, le Salim des frères Nourallah et de plus en
plus des airs de Tom Petty, j'en veux pour preuve le tout premier
morceau "Here
for the tears".
Pas mal d'albums au compteur et plein de petits bijous pop à
tendance ensoleillée. Des pochettes de plus en plus travaillées.
Joseph Arthur en plus mélodieux, Salim tente à peine quelques
escrusions dans la douceur mélancolique "Buddha
blind"
avant de repartir aussi sec vers la grande lumière de petits pas
dansants "Born
with a broken heart".
Quand même, sublime "Damage".
Les
volets débordent de soleil, une grande journée se prépare, pas un
poil de vent, derrière non plus. Café anecdotique, des idées de
foulées joyeuses flanquées de belles chansons oxygénées.
Je
croyais vous avoir parlé de Nourallah Brothers 2004, voire même de
"Polaroid"
son premier opus solo de la même année. Je ne trouve rien chez moi,
bientôt 20 ans de billets, et de plus en plus le besoin d'aller
fouiller pour trouver. Un jour je tomberai sur une de mes choniques
d'un album que je ne connais pas. Très très bel album tout frais.
Il y a déjà dans les
crédits un message de remerciements pour des fidélités, Didier
Batard, Serge Perathoner, Patrice Marzin... avec des dates comme un
calendrier des astres.
C'est une grande question
de grande fidélité. Artiste de haute tenue.
Prévision vernale le 24
du mois d'avril pour toute la planète, il est sorti le 3 en
physique, le jour de mes 57 branches, je l'ai appris le 2. Je l'ai
pris pour moi, j'ai embrassé ce cadeau imprévu.
Le lendemain du 2 donc,
j'ai respecté ma voix d’adolescent recroquevillé, âme
introvertueuse de vides moments à observer les autres, dans
leur vide à eux tout en dégustant le mien. J'y suis allé comme un
athée ravagé par l'idée d'aller dans une église sans elle. J'ai
ouvert à nouveau ce pavé abyssale « Cupidon de la
nuit » pour m'immerger, et tenter de comprendre un peu
plus qu'aux premières lectures. J'y suis, j'y est, immergé
comme à l'époque, c'est un rituel. Il y a 40 ans, j'avais dans le
dos les vinyles empruntés dans mon sac US kaki pour mes cassettes
vierges. Il fallait alors les rendre. J'ai tout respecté, j'y suis
allé comme revient chaque année le rouge-gorge taquin, fier et
solitaire.
J'aurai mon mausolée, et
tant qu'il se gonfle j'irai, quelque soit le contenu, le son et la
voix me suffisent. Je découvrirai quelques morceaux de plus du
mystère singulier, en 2870 je comprendrais. Adoration, théosophie
ou juste grande affection ? Le jour de mes 57, un Manset est
venu dans les bacs. Je l'ai pris pour moi, juste parce que j'en suis
depuis des décennies. J'y suis allé. Ça me ferait bien chier de
mourir sans eux et vice versa.
Voilà une étiquette bien intrigante :
quirky Dingle/ Cork music , du Dingle excentrique, de la Cork
dingotte etc etc. Il s'agirait donc d'un folklore irlandais, genre
country vert avec dedans un grain de folie. J'entends surtout de la
profondeur avec une patine sonore qui tend vers l'expérimentation..
ah c'est la même chose ?
Bon peu importe, cette nouvelle belle
surprise m'enchante et me prend par la main histoire d'aller sur les
côtes herbeuses descendre quelques Guiness. Pas grand chose sur ce
groupe, c'est un algorithme heureux, de lointaines ondes Portishead,
plaisant, un joli moment de Pinhole.
Cette grande tige de
crucifère est passée de l'autre côté du chemin. Juste après le
paysage dégringole. La vue est plus jolie de ce côté-là, vers le
Sud-Est. Un seul brin de colza a traversé. Qu'est ce qui lui a pris,
s'extraire ainsi ? Les autres sont restés regroupés en rang. Non
seulement on voit d'ici la belle vallée de la Voise se fondre sur
Maintenon avec comme des dominos les belles longères alignées comme
des arêtes de poisson, et en plus cette belle tige brassicacée ne
sera pas fauchée comme les autres juste de l'autre côté du chemin
face à la plaine. Certes, elle n'a pas descendu la pente, juste
traversé la sente herbeuse pour voir mieux, pour contempler quand
les autres du champs à perte de vue tendent le cou pour voir ce
qu'elle pourrait bien observer ainsi de plus beau qu'ici sur
l'étendue. Et « The Crow » fait vaciller la fleur
jaune déjà bien mûre qui verra passer l'engin agricole de l'autre
côté du chemin.
Une belle averse se
dessine au fond avec sa charge de cobalt épais qui flotte, elle sait
sûrement qu'il faudra résister plus que les autres amassées pour
ne pas rompre sous la lourde giboulée. En attendant la vue est
superbe, la belle vallée en bas, se vert tendre qui prend de la
bouteille alors que les jaunes disparaissent comme le narcisse.
Je me suis arrêté sur
le chemin de plateau, pour observer un moment cette tige verte et
jaune de colza qui a traversé cette arête cheminée des petits
coteaux de mon beau pays Eurélien. J'ai regardé en bas avec elle,
et toutes les autres derrière qui ne voyaient pas comme nous deux
s'en foutaient. Mille fleurs vers le soleil et cette autre-là à
bientôt laisser ses graines dévalée vers le beau vallon encaissé.
Alice
George Perez 2025 « A Song with the Title of
Lunch Bells »
Ma came aussi "Quiet boys", ce genre
de petite chanson grisâtre mais belle comme un regard bouleversant
sur un visage mélancolique. Les paupières ont vécu, les pattes
d'oie comme de doux sourires abîmés, J'ai envie de bras, d'épaules
et je glisse comme la basse dès la première seconde. Surtout pas un
mot, juste le tangage des haleines qui se frôlent et des gestes
invisibles qui s’enlacent, du détachement, mais pas trop. Fusion
alcyonienne avec une âme ou un fantôme avant de repartir la moue
tricotée avec un autre parfum sur la joue.
Attention, je n'ai pas
dit que « Thursday » était l'album d'une
chanson, « Big fun » peut arriver juste après,
une fois éloigné avec ce parfum tenace au creux du cou. Sublime
découverte pop.
Des beaux souvenirs de
Elf Power avec des petits airs de Movietone. Nous, on a les
Liminanas. « Cut glass hammer » sublime. Trailer
Trash Tracy et Cat's Eyes il y a bien longtemps dans mes tablettes.
Memorials c'est tout ce
que j'aime, ma came, mon matos, floydien ou velvetien, rock psyché
bateau qui ondule, ma camelote, Ultra Orange en plus cosmique.
Je virevolte entre
« Wildy Remote » Nico et « I can't see a
rainbow » Broadcast. Ça fait beaucoup de formules tout ça,
y'a tellement de trucs dedans et tout ce que j'aime, larmes et
frissons avec aussi des envolées grondissantes et
rocailleuses à regarder la lune rouge s'emballer.
On reste dans mes cordes,
confortable et régressif, aucun risque, du balisé jusqu'à plus
soif. Et pourtant j'en reprends en cycle permanent. L'impression de
toujours avoir connu cette nouveauté, « All Clouds Bring
Not Rain » me tombe dessus comme la canicule
inévitable. Qu'est ce que j'aime avoir chaud sur de vaporeux
frissons, des fois c'est l'inverse. Un seul petit reproche..la pochette.
A quel moment Andrews
Finn s'est laissé glisser vers la beauté ? J'ai cru l'affaire
bouclée, avoir fait le tour sans imaginer le récupérer ainsi.
Plutôt pêchu à leur début, The Veils avait emballé mon
enthousiasmante, sans pour autant cocher l'indispensable. Le très
bon « The Runaway found » en 2004 avec tous
ces groupes en « The ». J'ai laissé les albums défiler.
Plus de 20 ans après, je reprends le fil et d'autres lumières
jaillissent. Aveuglantes de gris. Sublime et habité. A quel moment
tout a basculé ? Il faudra aller explorer les précédentes
mélancolies, à moins qu' « Asphodels »
ne soit unique.
Marion Rampal en 2024
avait eu raison de mes émotions de la même façon. J'ai pensé à
elle à l'écoute de Raphaële Germser, mais aussi aux airs pop
fantastiques de par ici avec les premiers Holden en Armelle (« Pays
bleu » ; « Comètes »).
C'est une question de
francophonie, le Québec m'a conseillé vivement cette artiste Belge,
frontières, océan, on s'en fout, ça tourbillonne sec, c'est beau
et ça réconforte.Sublime découverte, on
embrasse des peaux qui vieillissent avec des cœurs partout, cette
chanteuse entourée de plein de monde dépose un album divin et
attachant.Bonbon doux sensuel et
délicieux « Comètes » se laisse infuser
et prend le parfum d'entre mes murs capitonnés.Séduit dès la première écoute.
Planning chargé, pas une
minute pour noircir, azimut répandu, à bout de sifflet j'ai cherché
et suis tombé sur ce qu'il me fallait. Pas compliqué du ciboulot,
bande son pour accompagner la cadence encombrée, Miniseries m'a
piloté. Il s'agissait de ne pas me freiner aussi les belles mélodies
pop pastorales ont remorqué mon manque d'oxygène.
Il me fallait cet entrain
de court métrage d'une tranche à catalyser, second souffle. Et si
en plus il y a un duo à la Nancy-Lee à tomber alors je reste debout
et garde l'allure. « Swimming pool », le
ravitaillement.
Je découvre, c'est ultra
pop facile et pertinent.. «You're gold »,
« Offcumdens » et « Dandelion »
enchaînent avant la planant floydien « Open season ».
Pas grand chose sur Miniseries, même discogs est à la bourre. Il
sortent d'où ?? « Pilot » est un
album étonnement réconfortant.
Celtique irlandais
tarabiscoté, « Ships » m'a séduit tout de
suite sans que je puisse me l'expliquer plus que ça. Le retour de la
pluie sur le blé d'hiver qui redémarre ?
Superbe balade bancale,
je suis sorti. Ultra haute dimension introvertie confinée dans ma
tète les idées suroxygénées.
Obligé la pochette a
percuté, je m'en suis allé fouler les collines vertes, plus bas
déjà le colza et les genêts, plus pâles en jaune que celui des
ajoncs. J'ai marché en rang, j'ai dévalé en chant, sur des pas
réguliers et démilitarisés. Chaque idée sonore m'a embrassée,
l'Herman Johnston Molina en Yorkston du Daniel dunes à bouffer les oyats de Robert
Wyatt.
Un album "Long Walks in the Dark", c'est
l'histoire d'une découverte et tout s’enchaîne. Ses groupes,
Hollowblue en tète, son pseudo Stella Burns. J'ai exploré,
inévitablement je suis tombé sur « Stella Burns loves
you ». On pourrait croire à un album ordinaire, alors
pourquoi tous les matins et sur tous les beaux moments apaisés de la
visqueuse journée, je fredonne « Tiny Miss F »
sans cesse ? Un signe, la chanson habite et ensorcelle jusqu'à
rendre léger, étourdi pour quelques envolées d'étourneaux et des
vagues en noir pointillisme qui ondulent.
« Tiny Miss F »
à tomber amoureux au premier petit courant d'air, tous les matins
avant de plonger dans la meute. Et pas elle seulement.. rien d'un
album à une seule chanson locomotive.. « Swans »
la même obsession mais pour le soir.. « Ordinary man »
pour les belles envolées en plein jour avec sous le capot du 16
Horsepower.. « Russian eyes » … « The
big tide » Calexico.. Le son est délicieux, Gianluca Maria
Sorace et ce petit trémolo dans la voix.
C'est un grand album
d'envergure, de très belle envolée, sorti il y a 10 ans.. j'étais
où en 2016 quand ce bel opus des westerns de par ici est sorti ?
C'est pas faute de fouiller dans les bacs, une injustice parmi tant
d'autres.
« Long Walks in
the Dark» m'a plus qu'enchanté, le sens de la mélodie
des grands espaces. « Stella Burns Loves You »
m'a définitivement cueilli. Le disque se termine, allez, un dernier
petit coup de « Tiny Miss F ».
La fin d'une trilogie ?
Le bout d'une longue discographie comme un dénouement ? And
Also the Trees n'a jamais produit un album aussi beau. Apothéose ou
nouvelle étape ?
Il me le faut dans mes
quotidiens, je suis tombé dépendant de « Devil's door »,
jamais aussi loin avec eux, tellement d'écoutes en si peu de jours.
Je vais faire marche arrière maintenant que j'ai atteint la pulpe,
voir si j'ai négligé avant. C'est un chef-d’œuvre de
british-cold-pop. Chaque petit souffle réchauffe les sombres
guitares en nappes.
La mélancolie
superbement fringuée.
C'est somptueux comme un
paysage qui n'en fait pas des tonnes, nuageux juste ce qu'il faut
avec une saignée pâle de lumière à suffoquer.
Une petite fausseté
comme une fossette sur un visage buriné. L'accordéon de Trickster,
les cuivres de Crosshair, la flûte de I lit a light..
une noyade. Entre Nick Cave et Piano Magic, superbement.