Je
me souviens de tout. Du choc et de l'embarquement .. Whisper
and Sigh.
Un tel truc par chez nous !! Aussi de mon éloignement léger
Brotherocean
tellement le décollage fut intense. C'était en 2010 le début du
silence.
"A
Gospel of some Sort".
C'est long 16 ans. Et puis non. Tout est revenu comme une très
lointaine marée reculée de 23 ans. Un autre départ, le
recommencement, il fut tellement important. La grève remouillée
avec dans son écume du Yorke romantique ("Choking
on anger")
et du Grandaddy vaporeux ( "In
the darkness").
J'ai
cru hier soir à une disposition lapidaire que le tanin caressait. Ce
matin caféine, c'est un petit miracle et ma nuit plombée n'a rien
ébréché. Je parle du petit matin lumineux, pas le merdeux pâle et
gris qui vous fait loucher sur le canapé. C'est le jardin qui
s'ouvre aux notes. L'herbe qui repousse doucement, l'asticot qui
remonte. On referait bien péter un nid.
"Choking
on anger"
a fait mine de transcender. C'était sans compter "The
devil".
En boucle depuis hier soir. Ai-je dormi ?
Mal
attifé le ciel ce matin, j'ai tendu l'oreille sur les rafales pour
chaparder quelques parfums d'une terre souffreteuse. Défunts
houppiers calcinés sans flamme aucune, j'ai respiré la démission.
Premiers petits matins à me lever dans le noir, le soleil yo-yo fait
son job. Des trombes aussi, la basse dépression soudaine a un goût
d'orgasme, aube fontaine. J'ai bu l'abus d'eau, sourcil défroissé,
la libellule invitée et le chevreuil audacieux.
La
nuit s'est arrêtée brusquement, comme une éclaircie en plein
typhon. La cambrure molestée, l’invraisemblable horloge a tuméfié
ma docilité. J'ai rêvé de relief juste au moment où j'ai traversé
l'abri de mon auvent, et si les nuages étaient des montagnes ? Rien
ne m'attendait dehors, que les obligations. J'ai traversé la court
grise, piétiné quelques miroirs, le ciel avalait tout. J'ai mis du
temps à écouter ce Prince-là. Peut-être était-il passé dans la
routine des écoutes négligées, quelques unes comme ça brouillent
la sente, histoire de se faire vouloir ou pas, choper le truc au bon
moment, comme il faut, avec peut-être l'humeur et la météo qu'il
faut pour le garder précieusement. Tellement bouleversé par "The
Letting go"
et aussi par "Ease
Down the Road"
que je pensais qu'ils allaient me suffire. " We
are Together Again"
dorénavant.
L'effet
Wagner a opéré. Les longues barbes sont restées au pied de la
cascade pour chanter à l'unisson de la gorge et du poitrail. Les
frangines elles sont venues à moi. C'est un long épisode qui se
dessine, ligneuse épopée pleine d'ardeur. Je me suis laissé faire
au creux de ce monde irréaliste.
Au
gré du vent Elizabeth a larmoyé son amour printanier juste à une
caresse de mon visage, les charmilles ont frissonné, j'étais le
charbonnier sous le dégèle. L'écorce était noire comme ses yeux,
le drageon tumescent, j'ai failli défaillir sous l'orage de "With
hopes lost",
juste avant de danser sur les accords électriques de "Where
you wander".
Carpinus a pris la foudre, le charme s'est répandu.
Carla
sur mon épaule soufflait son évangile ténébreux, des arilles
plein les cheveux. Elle a tout taxé, moi adossé au tronc d'un If,
je laissais l'écorce rousse me griffer le ventricule. La gorge
creuse et le bourgeon en rut, sa folie m’envoûtait. Sous emprise
du vert profond de ses folioles, funicule en vrac, j'ai vu tous ses
enfançons s'esbigner comme des folles billes sur du marbre. Toutes
les larmes du vallon ont noyé ma terreur sur le "Pissing"
dégoulinant.
C'est
Thalia qui avait ma main dans la sienne. Tout s'est constellé quand
elle a entonné "Been
Here and Gone"
pour panser les déchirements. La voix noueuse comme un tronc
d’olivier, ses douces pupilles de bronze clair laissaient couler
lentement quelques perles d'huile sur ses joues sillées. Ses
paupières argentées me bouleversaient, son haleine chaleureuse à
bruir ma peau, je croulais sous les inconsolables caresses, moi
l'invité éphémère, j'ai tout pris avant de les voir s'endormir,
"Temporary
guest"
à se tordre.
Elles
sont reparties comme elles ont déboulé les belles frangines d'entre
les arbres, rauques et folles. Plus de chant, plus personnes, sucé
jusqu'à la moelle, vide et apaisé, la trinité du spongieux hors
saison, brûlant et engourdi, les couleurs sont revenues. Où sont
mes fringues ?
Thalia
Zedek 2001
"Been
Here and Gone"
Carla
Bozulich 2006
"Evangelista"
Elizabeth
Anka Vjagic 2004
"Stand
with the Stillness of this Day"
Ah
bah voilà. C'est quand même pas compliqué, enfin si, ça doit
l'être, mais enfin bon depuis le temps que j'avais perdu le droit
chemin.
Désorienté
même, partagé entre le méditatif et la pâmoison, le recueillement
apaisé ou la baveuse contemplation.
Une
subite envie de voir des être humains dans le paysage, pas trop
hein, mais de longues barbes à l'unisson et quelques frangines
insatiables. Des gestes et quelques sourires aux pieds des montagnes.
Contrefort de colline et des petits banjos qui gazouillent. Onctueuse
cascade et toutes ces jambes qui foulent une opaline prairie, c'est
quand même pas compliqué.
Rabiboché,
même oublié tous ces écarts égarés. Complètement conquis.
Oh
la belle vie sous la pente quand gamin je suis monté sous les toits
pour dormir avec devant moi les grandes plaines qui s'offraient. Dans
la maison familiale pendant des années, avant de partir
définitivement mon bac en poche, j'ai passé les plus beaux moments
à l'étage. Puis Caen au creux d'une chambre de bonne, j'ai bâti
mon corps de métier sous le toit de la rue Bayeux. Partout, ici,
ailleurs, chez moi ou chez un ami, je dors bien sous le plafond
oblique.
Ma
chambre normande, face aux clochers de la cathédrale, pas loin de
l'Abbaye aux hommes et du disquaire, seul à tout maçonner, dans ce
grenier aménagé. J'ai vu le temps passer, une extrême longueur à
étudier. Quelques musiques accoudé aux tuiles mouillées, en bas,
un accordéon désaccordé pour chanter les soirs d'octobre.
Quelques
années après dans ma maison, des grasses matinées à l'écoute du
crépitement des gouttes sur le velux, je me suis molletonné la
tronche.
La
lumière oblique de cet abri triangulaire, l’alcôve dorénavant
fait chanter le saphir et calfeutre la musique. Les tuiles, mon
ancrage dans toute son intimité, le son, l'auberge pointue, loi
carrez et dos courbé. C'est une chose très particulière la chambre
sous le toit, un panorama où l'on caresse tous les plus beaux songes
et quelques imprudences, les orages anthropophages. Toujours cette
chanson me renvoie.
Nils
Peter a ouvert le passage, vers cette musique ambiante que j'écoutais
plus souvent avant. Avant et je me suis souvenu de ce groupe Dakota
Suite. Ce néoclassique a toujours été associé à une esthétique
de pochette. Fidèles clichés de Johanna, Chris lui est toujours aux
manettes du groupe. Tellement cohérent, des arts épousés, une
seule longueur d'onde.
Il
s'est mis à chanter, je me suis éloigné. Ce n'est pas trop le
rejet de son slowcore ambiant interprété, c'est juste que j'aime
tellement leur composition déshumanisée, je ne m'y suis plus
retrouvé.
L'instrumental
est revenu, Quentin Sirjacq pianiste de par ici aussi, et je plane à
nouveau dans le contemplatif ondulé. Calmer les murs chauds,
déguster la délicatesse des cordes bâtie sur du silence. Le
mercure chute sur mon ressenti. Je suis retourné vers ce classique
folk moderne et je ne bouge plus. Un délice.
Dakota
Suite & Quentin Sirjacq 2024
"Forever
Breathes the Lonely Word"
Inconsciemment
l'eau qui manque assèche mes humeurs. J'ai beau vouloir le soleil le
plus possible, le ciel sans voile et le vent qui assèche, je
n'imaginais pas l'eau loin d'ici tarir à ce point l'espoir et
l’insouciance des aurores. Je me lève pour aller combattre.
La
petite tiédeur du matin frissonne sous la menace des premières
lueurs plombée. Les plumes sous la pervenche rassie, le bec grand
ouvert, le calme est pesant et la poussière crépite. L'appel de
l'ombre, le goût des pénombres, se calfeutrer et laisser couler la
fraîche quiétude de "Be
Quiet".
La pochette devant les yeux, les pensées ondulent sur une étendue
de mer noctambule. L'argent plombée des surfaces à remouds se paye
une plongée surréaliste dans un frimât imaginaire. On se balade
dans des villes du nord comme pour calmer l’ardeur, tenter le
crachin. Il y a bien la douceur de Rome, la moiteur de Bangkok,
peut-être là-bas une fraîcheur Eno plane dans un stratosphère
pédestre. Clim ECM.
Tant
que ça, ça sent qu'ils sont british ? Pas besoin d'aller vérifier
l'identité de cette jouissive découverte, il y a cette petite
touche classieuse même si la substance anthracite est rêche et les
bas-fond teintés de poésie dépravée. Je me suis senti comme dans
un vieux cabaret fantomatique qui passait du Poni Hoax, Jack the
Ripper, Pogues, Cake et Space. Le cuivre en bouée, la folie
maîtrisée dans le jeu tonique et visqueux. Légèrement décadent,
ça sent la poudre multicolore. Remugles d'alcools mélangés,
saveurs de suie et de graillon avec quant même la petite fenêtre du
fond qui laisse passer l'air iodé et lourdement humide d'une nuit
épaisse et diabolique.
Tout
d'abord, il n'y a rien au dessus du sommet « Shadows
Collide with People » avec cette collection tubesque de
morceaux d'envergure (« Carvel » ;
« Omission » ; « Regret » ;
« Every person » frissons à chaque écoute ;
« Wednesday's song » « Song to sing when
i'm lonely » ; « Cut-out »). Voilà,
ça c'est dit.
Maintenant
le chemin qui m’amène à « The Empyrean ».
Le dernier
Coxon et l'extraordinaire carrière solo d'un guitariste abîmé,
accroché à un monstre. Le génie en retrait, la respiration
réparatrice. Son sublime dernier album oublié m'a envoyé
directement vers l'opulent Frusciante. J'en ai pour quelques albums à
chaque séjour chez lui, juste après m'être emmanché « Shadows
Collide.. » donc. Et quand l'effet du sang ne me suffit
pas, je vais me finir chez Ataxia (même graphisme de pochette
d'époque) jusqu'à perdre l'équilibre.J'avance et
m'enlise toujours dans cette chronologie-là... « A
Sphere.. » ; « The Will..»
après « Shadows..».
Puis le sublime « Inside of..»
et
enfin l'apaisement intime de « Curtains»
avec plus de larmes encore (« Anne »).
Alors
pourquoi « Empyrean » ? C'est comme un
aboutissement, j'ai pourtant un peu négliger ce concept fantastique,
cette sombre plongée dans un abyssale paradis mouvant. Jeu trouble
et planant posé sur une grosse intro instru Young et floydienne.
« Song the the siren » et sa voix résonne à
nouveau, toujours au fond de la pièce, troublante, douloureuse,
écorchée intime et puissante.Après
plusieurs jours émouvants dans mon avancée récurrente, je reste
amarré sur ce beau disque comme si je le découvrais. Août au
frais.C'est aussi
parce qu'il est pour moi la fin du trajet, je ne m'aventure jamais
dans sa période électro, 2012 à peine survolé.
Quelle beau
finish cet « Empyrean », j'ai la tète
ankylosée et toute chargée de belles choses chagrines. « Stuff »
dans le lointain comme une blessure, des cendres, la douleur de
« Walls » résonne encore, chanter à en abattre
des murs, puis « Unreachable » me rassure,
« Heaven » m'enchante... quant au prog « Central »
et la voix à la Bruce (Jack)...
John
Frusciante une nouvelle fois, solo, la trique dans les doigts, sa
grande liberté, ses mélodies brutes qu'il incarne dans les plus
suffocantes émotions, « Control » et le très
Stevie Wonder « Hope » bouleversant, et je me dis
qu'un jour « Curtains » va détrôner « Shadows.. »,
il ne restera alors que celui-là. Et tiens en conclusion, il faut
voir comment il a stratosphérifié les Red Hot avec les deux
derniers doubles.
Une
vieille connaissance que personne ne connait, j'ai replongé dans les
bacs du label K-RAA-K-net et une vieille chronique. En rangeant, j'ai
rangé et suis monté d'un étage sur mes étagères vers le paquet
de l'auberge qui héberge ce groupe-ci, comme si on avait perdu 13-0
au blind-test des groupes enfouis dans la grande marge des années
2000. Bref, j'ai pris des nouvelles de Kiss the Anus of a Black Cat
abandonné pour moi en 2007.
2010
c'est un peu tard, cette incantation à la poussière sort envoyant
direct manger le sable des grands déserts à cranes sans bidoche ni
nerf aucun. La pochette, une fois de plus, l'ambiance, cet appel au
ciel quand sur terre il n'y a plus que 2 couleurs, le bleu sec et
l'ocre mouvant.
Immédiatement
David Eugene est convoqué, et les 16H Power (« Argonaut
and Magneto », « Harrow »).
Je
ne souviens pas que le Kiss Cat ait proposé de tel beau disque
habité et totalement habité.
Vague
corne entoilée, le vent sec et chaud à ôter tout espoir sur l'os.
Le vent est tellement sec et chaud. Des carcasses sous les bromes
figés Pompeï. Le son de la désolation, ça doit cuire sec dehors
pour que Kiss embrasse une telle incantation au souffle moribond.
Pourtant la voix est claire, les parfums épicés de curry craquant.
L'orgue monte comme une prière, les fantômes sont à quelques
clochers d'ici.
Août
sort des bois et le désert est déjà là, à fondre le coussinet
des complotistes. Pas collants, lourdes semelles sous des citernes de
sueur sans odeur, la seule eau qui coule à flot. Le crane en
gargouille et le sourcil en gouttière. La raie du cul est un
marécage.
Plus
aucune nouvelle depuis 10 ans, j'ai repris le fil du Black Cat en
reculant vers les années où l'on prévenait urgemment du délire.
Il faut voir la gueule en sueur des trou-de-balle éberlués. Bisous.
Kiss
the Anus of a Black Cat2010
« Hewer of Wood and
Drawers of Water »
"Tiens,
écoute ça nom d'un chien ça urge".. J'y suis allé. A en
devenir zinzin je me suis précipité, en boucle, habité à ne plus
savoir où l'on crèche. Ensorceleur d'hémoglobine, bâtisseur soul,
terrassier funk avec dans les veines du vieux sang blues qui fait
battre les cordes raides.
Fantastic
Negrito, conseil live de l'ami aiguilleur Sorg a rendu quelques
trajets ferroviaires infernaux. J'ai fouillé, j'ai dévoré, j'ai
trouvé, mon sang est resté en ébullition sur son 2018 "Please
Don't be Dead"
avec la brûlure absolue "The
Duffler".
Comment dire, près à toutes les dégueulasseries tellement dedans
il y a tout. Audaces et cascades "Bad
guy necessity".
J'ai beaucoup pensé à Keziah Jones et son tectonique "African
Space Craft"
avec du Prince et du James Browm dedans, en plus.
Me
souviens aussi des suffocations Black Merda, Black Joe Lewis etc.."A
boy named Andrew",
"A
cold novembre street"...
comme un air « hier encore j'avais deux amis » (« St
James infirmary »).
Bizarre, à deux doigts d'en perdre deux cette année.
J'ai
vu les jours baisser ces derniers temps, va falloir passer l'hiver,
une nouvelle fois. Pikouze de ce mec. Merci à toi Doc Sorg.
Je retombe
sur un chef d’œuvre de Gary Clark (2015), son sommet et la bande
son de son histoire sous le sobriquet que sa mère lui donnait. Il
faut dire qu'en ce moment je fouille un peu dans le blues rock
d'obédience soul, voire funk. Il faut dire aussi que je trifouille
du côté de Fantastic Negrito, mais ça c'est une autre affaire,
j'attends quelques jours pour en causer.
Et me voici
sur les chemins de Tricatel, même si Chassol n'est plus sous ces
tuiles-là. J'ai survolé et négligé à cette époque, pochette de
« Big Sun » ? azimut de tout ?
bouderie quelconque sur un ensemble que je n'ai pas su capter ?
Météo ?
« Funny
How ? » m’expose la jubilation.
Architecte
musical, il dirige aussi, véritable chef d'orchestre,
auteur-compositeur.. J'accroche ici où tout semble calibré sur son
génie, sans lâcher le fil. Le rap-là est taillé pour moi, le jazz
plane transcendé par les autres couleurs, la soul bien calée au
fond de son originalité, le gospel s'amuse. Cosmique « A
first lady », ou « A raunchy comedian »
sous une sublime montée de pleine lune, comédie musicale de ciel
envoûté, des voix partout qui résonnent au fond du cœur, une onde
Chicago sur mes plaines brûlées. Basse-batterie à frissonner juste
ce qu'il faut pour ne pas faire fuir les loups et les renards qui se
baladent sous ma peau. Grave et scintillant. Merde, je ne touche plus
le sol. Époustouflant.
Peut-être
le plus génial des groupes de par là-bas. Il y a foule pourtant, ça
se bouscule à Liverpool et alentours. S'en étonner devient presque
une routine à chaque sortie d'opus. "Let
the music play"
comme ils disent, et dès les premières secondes ont y est. Quel son
pur, quelle spontanéité et toujours ces mélodies qui embarquent.
La protection d'une île, la parure d'un lagon comme du corail, les
années défilent et The Coral me prend sous son bras une nouvelle
fois, par l'épaule pour me raconter ses petites comptines pop
courtes, familières et amicales. Je ne m'en lasserai jamais.
Fidéles
compagnons d'un quart de siècle, un petit soleil qui chauffe juste
ce qu'il faut, "388"
beau
et réconfortant.
Hold-up.
Il y a bien ce petit vert du maïs au beau milieu de cet ocre désert.
Même le petit bois au fond est bleu lointain, comme une ombre en
berne. Plus un rumex, l’armoise est éreintée et les chénopodes
gris flétris. Toute la chlorophylle s'est volatilisée, le chalumeau
est passé et la herse déjà mord sur un vieux quignon qui sent la
poussière chaude. Mes plateaux Euréliens ressemblent à la Castilla
y Leon.
Plus
de vert alentour, plus rien qui jute, tout suffoque, le succulent
dans d'autres contrées, la chaume à perte de vue a mangé tous les
chemins. Et je rêve de collines où le tendre dégoulinerait sur les
valons verts. Un chemin moelleux qui gicle, des herbes grasses qui
caressent, l'odeur des graminées gorgées de chlorophylle sous de
jolis bois qui chantent des airs frais de pop un peu désuète. "That
goddamn sun".
J'ai
laissé mon cerveau et mon vélo au bercail avant de partir. Juste ma
soif et quelques bouquins pour mon exil. Passé les régions pour le
retour, la musique est revenue à la charge, comme un manque. J'ai
bourriné, fait le tri, surfé sur les nouveautés pour trouver, pas
des masses. Normal, on est fin août début juillet. Stones Purple
sur la crête un poil en dessous du Paulo sur le sommet (oui j'ai
remis ça en rentrant après Rubber), l'affaire est conclue. Bec au
vent, truffe dans l'humus comme un sanglier, chibre à l’affût, en
restant sur la nouveauté des anciens, je tombe sur une fidèle
connaissance : Jon Spencer sans l'explosion. Branleur time.
L'explosion,
la mienne fut l'ACME comme tant d'autres. Puis j'ai batifolé par
intermittence chez Jon. Tu m'étonnes. Ici, pochette, son, chansons,
"Songs
of Personal Loss and Protest"
vient gaver mon cartable de ma rentrée perso désorientée. Comment
dire .. les précédents... mais celui-là. Est-ce le reste de mes
cellules avides ou la faim de bouffer les chaumes calcinées sous des
herses brûlantes ? Peu importe, rose et orange fluo sont venues
sucer ma sueur houblonnée "Wet
& wild".
Demi-heure tonitruante, vite un Canadair. Ah nan, y'en a plus.
Restriction d'eau ici, pauvre jet, trois gouttes sur le cranes
suffisent, fontaine sur l'échine et les arcades, dedans on ne voit
pas ce qui coule, et ça sourcille chez les écolo-woko-bobo. Un
petit coup de Jon dans le Spencer, gros disque, gros bouillon, joint
de culasse qui suffoque, il est temps de passer au moteur électrique,
tant que l'on a Jon dans le poste, longeant les collines d'ajoncs sur
les côtes de granit ou quelque part d'autre ailleurs.
Jon
Spenser 2026
"Songs
of Personnal Loss and Protest
Pensées
acrimonieuses, je me terre dans l'humeur maussade. Je suis allé me
poser quelques semaines au creux des landes plissées du Ribatejo. La
fraîcheur des nuits battues par le grand vent Atlantique caressant
les brûlures du jour.
Le
gris des plaines beauceronnes s'abat à nouveau sur mes tempes, ciel
voilé, fumées de chaumes, horizon troublé par le plomb du mercure,
grosse fatigue de l'entre-temps, ce pivot menaçant, je suis happé.
Repères en fuite, je suis débauché.
Là-bas
la cigale, ici le bourdon. Quelle différence entre le cafard et le
scarabée ? Le moral en berne, j'écoute un Beatles.
Il
a surfé sur la Waeve, amoureux comme par deux, il revient tout seul.
J'ai eu l'impact Coxon, comme celui de Frusciante, des escapades solo
à la limite du merveilleux. "Castle
Park",
la pureté, l'élégance que d'autres n'ont pas. L'élégance
psychédélique hyper classe de "Isn't
it funny".
Résurection
ou pas, Coxon fait le tri. Des pépites dans le tamis. Beau comme du
Pete Doherty en Normandie. On sifflote sur "Alright"
en gambadant dans la campagne grillée par le lourd crachin solaire.
De l'oubli des hautes écritures, c'est une dégustation sans pour
autant que ce soit une surprise de sa part, "Happiness
in Magazines";
"The
Kiss of Morning";
"Crow
Sit on Blood Tree";
"Love
Travel at Illegal Speeds"....
autant de voyage qui ne laisse aucun doute sur la pertinence
fantastique du deuxième hémisphère céréblur.
Par
le biais d’une bouderie d’époque, il faut que je vous cause une
fois de plus d’un de mes chouchous permanents. 1984, ma tronche en
biais de bougre bougon rejète tout en bloc, même ceux qui me
tiennent à cœur et qui font de la "cague" à l’orée de
cette décennie qui me pèse l’humeur, à l’époque. Sabordage
général ?
Le
seul 33T que je ne possède pas des Tull est ce « Under
Wraps »,
même si j’y décèle quelques morceaux potentiels qui auraient eu
une autre tronche 15 ans plus tôt. Ou plus tard. Un an avant, Ian
Anderson sort son album solo, grosse chose de routine pour tous les
groupes à l’époque, Waters, Hodsgson, Buckingham, Barry et
Robin.. même si chaque album respectif m’enchantait comme enfant
de divorcé avec deux fois plus de cadeaux. Pourquoi tant de rage ?
Le son, toujours, même si une flûte ça ne se branche pas. Elle
était bien la seule petite pauvre perdue à résister dans ce
synthétisme organiqué.
Cet
album, je l’avais loué en me promettant de ne jamais l’acheter,
et là, à l’instant où je gratte ce billet, j’ai des frissons
sur « European
legagy ».
Il faut dire que le mois dernier est sorti « Under
Wraps (the Unwrapped Edition)", un
walk into the light mixé par un Bruce Soord. Le son donc est
totalement revisité, tout est plus clair et limpide, percutant avec
voix réhaussée. « Later,
that same evening »
devient une tuerie urbaine et je danse avec les yeux qui piquent,
comme si je venais de revoir une vieille copine que je trouvais bien
moche à l’époque. IA, chirurgie, travaille sur la bande, penderie
refaite à neuf ou autre tricherie, je me pencherai sur l’aspect
technique une autre fois. Là, à l’heure où je gratte ce billet
d'humeur, je redécouvre et me rabiboche.
Il
y a quelques mois, comme j’ai le Tull dans le sang, je me suis
refait « Stormwatch »,
« A »,
« The
Broadsword and the Beats »,
les 3 albums 80’s qui viennent buter sur « Under
Wraps ».
Je ne les boudais pas autant, même s’ils ne sont pas dans mes
écoutes récurentes. Et bien, quelques tics sonores écartés, je me
suis replongé avec plaisir dans des vieux morceaux sublimes.
« Claps »
par exemple, et surtout la chialade des pores sur le sommet « Flying
colours »
(malgré le synthé quand même), mais ça n’engage que moi. Pas
encore défiguré le son comme under je me suis dis… à l’époque.
Bon, il subsiste quelques morceaux douteux, avec la flûte laissée
de côté, mais l’écluse a lâché et je suis dispo à tout
réécouter (« Paparazzi »..mon
dieu..). Ça tombe bien, une nouvelle fois un coffret complet avec
tout le travail réalisé avec live (assez dégueulasse du drum comme
il se doit)…. D’époque. « Her
love is strange »,
un vrai bonus, écarté !, quelle idée. L’album original est
proposé avec le son authentique de la batterie, ainsi que l’album
solo d’Anderson remixé par le même Soord.
Je
n’aurai pas parié un copec sur la réédition de cet opus 84 dans
le catalogue. Je pense n’être pas le seul à avoir boudé, les
critiques acharnées, Terry Ellis le boss de Chrysalis le conchie,
même des musiciens sauf le fidèle Barre. Il fallait usiner pour ne
rien perdre. C’est fait. Désormais, ce groupe est total.