La fin d'une trilogie ?
Le bout d'une longue discographie comme un dénouement ? And
Also the Trees n'a jamais produit un album aussi beau. Apothéose ou
nouvelle étape ?
Il me le faut dans mes
quotidiens, je suis tombé dépendant de « Devil's door »,
jamais aussi loin avec eux, tellement d'écoutes en si peu de jours.
Je vais faire marche arrière maintenant que j'ai atteint la pulpe,
voir si j'ai négligé avant. C'est un chef-d’œuvre de
british-cold-pop. Chaque petit souffle réchauffe les sombres
guitares en nappes.
La mélancolie
superbement fringuée.
C'est somptueux comme un
paysage qui n'en fait pas des tonnes, nuageux juste ce qu'il faut
avec une saignée pâle de lumière à suffoquer.
Une petite fausseté
comme une fossette sur un visage buriné. L'accordéon de Trickster,
les cuivres de Crosshair, la flûte de I lit a light..
une noyade. Entre Nick Cave et Piano Magic, superbement.
1989, enfin une meuf dans
ma vie. Alors obligé, les albums dévorés cette année là
ressemblent à une Madeleine. C'est pas son prénom à celle qui va
alors m'accompagner, c'est juste mon cortex bandé comme une arbalète à chacune des écoutes de ces opus-là. Explication de mon
favoritisme pour ces albums de ces artistes ? surement. « Travel-Log »
et « Oh ! Mercy » sont mes chouchous
respectifs de JJ & Bob. J'ai consulté quelques articles d'alors
pour me rendre compte et triturer la crédibilité de mon affect. Lectures
confortant, quasi dithyrambiques. Quelles productions !! « Man
in the long black coat » dans un sublime western, comme
« No time ». « Everything is broken »
il a déjà était aussi emballé dans le rythme le Bob ? « New
Orleans» viens on se casse loin.. « Tijuana » ?
si tu veux.. « Hold on Baby ». Ouaih, je
tentais l'effet branleur, on fait c'qu'on peut. Je retente le truc de
temps en temps, j'ai plus de bide maintenant (du verbe bider hein) et il manque les cheveux
et la verdure de quelques sentiments en herbe. Quoi queue.
Et puis il y a ce Petty.
« Full Moon Fever » aurait pu être mon
préféré si « Wildflowers » ne lui avait
pas couper net la chique. Il n’empêche cet album est sublime et ce
visage repéré dans la foule était à moi, je l'avais et le tenais,
quelque chose planait, je prenais en éponge la moindre émotion.
Romantisme à sortir et errer juste pour être ensemble, presque
toujours en musique. Cassettes dans la caisse pour des ballades plus
lointaines, les séjours ailleurs, l'autoradio à graver
définitivement ces chansons d'une bande originale sentimentale.
Un changement de son pour
les trois, comme dans mon quotidien incertain, une nouvelle erre, des pochettes primaires et légères
comme ma tronche à l'époque, mes chouchous à moi de Bob JJ Tom,
Tom à une petite fleur près, celle que je tenais serrée dans mes
mains en 1989. J'étais paumé, j'avais enfin une paume.
Tiens,
aujourd’hui c'est sa première fête des grand-mères à ma lycéenne.
Trois albums dominicaux à transmettre, je mettrai un
point d'honneur à lui faire écouter sur mes cassettes d'origine,
comme en 1989. "Love is a long road" et ce visage dans la foule...
Ces trois-là, ce sont des sommets, leurs meilleurs ou
bien c'est moi ?
JJ Cale « Travel
Log » - Bob Dylan « Oh ! Mercy » - Tom Petty
« Full Moon Fever » 1989
Pas bredouille ce jour à
choper la plus belle des nouveautés. Elle est avec les Lost Boys
Lucy Kruger et elle envoie un brûlot rock introverti, arty, complet
et profondément ravageur.
Pas levé pour rien.
Tellement de jours à tomber sur des flasques. « Pale
Bloom » guide ma foulée et révèle la vraie couleur
des visages fantômes qui m'entourent. La beauté des paysages
contraste avec la laideur des gens, tout est si naturellement mis en
musique avec sa pincée de beau calme menaçant, le vrai visage des
êtres que je croise. Chaque âme mystérieuse croisée, chaque
inconnu dans la fibre déambule et même si la forêt est hiver, son
souffle chaud de pollen plein les yeux épaissit les sangs.
Le son, la prod,
l'interprétation, le brouillard a bien du mal à se lever. Il
camoufle encore les rides et les crevasses, si le soleil arrive, il
faudra qu'il n'y ait plus personne dehors. Façades illuminées et
visages aux fenêtres, affairés. Toutes ces vaines agitations
occises par le caduc. « Damp » la bande son d'un
réveil solennel aux floraisons blanches de timides et pâles
épine-noires.
Et tout se fige. L'élan
des tiges, l'eau des bouches, quelques palpitations, toutes les
boucles. Je m'abouche à son souffle, étouffé par le jeu des
respirations, émollient du cortex sous ses cordes au gré des crues
successives, je bois tout de Graindorge.
Je répète ici mon
faible pour les cordes ambiantes quand elles sont amignonnées par
des filles, Moss, Foon ou Hildur.
Trompe l’œil de
pochette à trompette, toutes les émotions sur son violon avec plein
de monde autour. Des timbres graves sur l'archet en ressac, un monde
tourbillonnant et je laisse l'impatience printanière mijoter dans la
tourbe et ses tourments.
Passer les écluses, se
cogner au batardeau, je respire profondément. Ouvrir les vannes,
naviguer dans l'air, exciter les turbines comme dans un rêve, je
suis pas pressé, tant qu'il y a de l'air pour souffler dans le
violon.
Alejandro se revisite. Il se la joue
Iguane sur la conquête de John et puis tout dégouline sur un blues
pluvieux. « Echo dancing » sous ses airs
cradocs a pris un bon petit coup de prod-rythm-program bien taillé
« Sacramento & polk », un peu comme quand JJ
Cale « Number 10 » est passé sur un autre
son. Sauf que Escovedo en Alejandro, c'est pas Cale en JJ.Il reprend.
Je suis passé près de
la beauté des petites herbes en fleur, embourbé à vouloir rentrer
chez moi pour me manger « Too many tears ».
Impossible d'avancer, toutes cette lourde mélasse amoureuse collée
à mes semelles, je patauge et patine dans cette marée brune.
Pourtant si je ne rentre pas avant le jour je risque de finir
enterrer noyé dans ce champs qui n'en finit pas de me bouffer les
péronés. Si seulement il ne pleuvait pas autant. Deux ou trois
buses dubitatives me scrutent, où sont les corbeaux et les lambeaux
de paysans dans le limon flasque.Je suis cinglé par la
pluie, et pas que, je ne suis que bouillasse miséreuse, mes pas
pèsent un camion, j'avance parpaing et déjà se dessine à quelques
averses de là mon clocher flou lessivé par la trombe et les tombes.
Qu'est ce qui m'a pris de sortir m'embourber.
« Castanuelas »
passé, tout s'est calmé, enfin arrivé, ou plutôt échoué comme
un vieux poiscaille rejeté à la flotte. Et voilà qu'il fait son
Nick Cave sur « Swallows of San Juan ». J'ai
repris de la braise sur « Sensitive boys », les
bûches ont fait le reste. Le jour et là, je m'effondre assoupi sur
un épais tapis poilu sous les riff secs de « MC Overload ».
Ma lourde carcasse se laisse tanguer mou par le coït virtuel de
« Inside this dance ».
Quel disque !!
quelle périple !! un bilan ? j'ai pris un jus de je ne sais pas quoi
cul-sec, « Wave » sur le front debout revigoré,
réarmé du buste, près à plonger à nouveau dans la patauge
boueuse des horizons inondés. Va falloir quand même, un moment
donné, que je rentre chez moi. C'est à qui ce tapis ?
Ça vous a plu ?
Vous en voulez encore ? Du folk printanier à la Asgeir ?
Il y en a pléthore, il faut trier. Et bien j'ai trié, j'aime
fouiller les paluches dans la chlorophylle et l'argile fraîche. Le
printemps météorologique est au seuil de mon parterre, le
calendrier on s'en fout, alors la guitare chante et la voix se fait
mielleuse, ou moelleuse avec cette petite mine tristounette des
paysages arrosés, cuits par l'hiver.
Où est Charlie ? Du
côté de Londres bien plus au sud de l'Islande. Les févriers bien
tassés ne sont pas les mêmes, pourtant la recette est là.
En attendant les
canicules « Permanent way » et le retour à
l'hiver « Lines », le dernier délicat « In
Light » est aérien, se cale sur le sentiment
réconfortant du regarnissage, l'impatience des étamines, juste
après son sublime « Frame ».
Charlie
Cunningham 2023/2025 « Frame » -
« In Light »
Des indices plus qu'il
n'en faut. Duo pâquerette et perce-neige sous mon cognassier blanc,
poudre de noisetier flottant sur les mares, cyprès aux nez, les
aulnes fécondent. Le ciel se charge de grandes nuées bien lourdes,
les océans sont encore froids. En vue la nichée, aux aguets les
crocus, premiers bourdonnements, hymne printanier qui flotte.
Mes plaines sont pleines
d'eau sous l'effervescence des oiseaux, tout se miroite à perte de
vu et le bourlingrin se baigne. Les grenouilles traversent la nuit,
les premiers petits cafés en plein jour... des indices plus qu'il
n'en faut et je me laisse porter par le courant.