Cerf
et lune, il en est toujours question, le corbeau surtout. Posé sur
les remugles de Japan, j'ai passé en boucle l'unique Rain Tree Crow
malgré que le soleil soit revenu. Des allures d'Hollis en Piano Magic et si tout
passe à l'orange, le tribal des cellules résiste au brouillard. Le
trait irradié cuit la suie et fait bouillir à feu doux quelques
croassements de ruines.
C'est
l'humidité des paysages, les vieux arbres, les plumes mordorées au
bec saillant. Il y a la terre cendrée des anciennes collines et
cette intimité quand il fait nuit très tôt. "Pocket
full of change"
qu'il est dur de défaire. David Sylvian pollinise, croone sur les
houppiers, crane sur l'adventice comme un jazz ambiant de fleurs
phanères. Le tronc blanc Betula
saigne, la légèreté portée de jaune passe d'accords en souffles
neigeux. David en métal mou fabrique tous les interstices de paysage
fécondé juste au dessus d'un horizon aimanté. Le quatuor fait des
merveilles, les retrouvailles éphémères appuient fort sur
l'évidence artistique. Tout en restera là, seul Jensen suivra plus
tard, dans l'aventure Samadhisound de Sylvian.
Taquin
le Superbe, un alias du Baron de Charlus, des noms coquets que j'aime
lire à voix haute quand je me replonge dans le temps perdu. Un goût
d'automne dans les allées de mon jardin, depuis le mois de mai l'été
sévit, l'estival a fait du mal et cette fraîcheur ce matin arrive
et panse quelques branches meurtries aux troncs douloureux. Elle fait
du bien, cette senteur de fragile champignonnière. Les pages défiles
avec ses grandes phrases romantiques à pleurer. Une fin de saison
comme une fin de siècle et les feuilles ont décidé de partir.
La
terre a tout bu, la bûche aux aguets, les derniers petits insectes
entament leur dernière danse, aucun désespoir ne se lit dans leurs
ultimes tournoiements. Les fleurs de cerisiers est un lointain
souvenir. La pluie est revenue, les allées du jardin ont mis leur
eau de parfum. Les hirondelles sont parties depuis quelques
dépressions, les corbeaux règnent sur les grosses branches
busquées, plus personne dans les champs, joggeurs et promeneurs,
même la herse s'est couchée. Je vais retourner lire quelques pages,
juste après avoir écouter "The Meaning of Flowers"
ses fines fragrances qui sentent bon l'automne ou la fin de
quelquechose. La tièdeur persiste, les moucherons jouent les
prolongations. Je me sens revigoré par ce changement de temps, je me
prends crane pour le baron de Charlu de mon court lopin dessiné par
ma fourche bêche et ma serfouette. Il est là sous ma semelle mon
amour pour la terre. Si le corbeau noircit un houpier à quelques
bois d'ici, le fier rouge-gorge est venu me taquiner superbement dans
mon cerisier pluvieux, tout comme le cerf attend la nouvelle lune, il
y a la certitude dans son regard vif, que l'hiver est au seuil. La
lumière est sublime, tout comme l'écriture d'Agnès.
"Good"
en bleu sur la pochette de pivoines flamboyantes. Certains prétendent
que ce sont des tulipes. Mon cerveau est pivoine. Bon ok, mais le
choix de la couleur bleu dans ce tableau profondément botanique.
Est-il au moins sur la même longueur d'onde que les verts intenses
des grosses feuilles épaisses ? Et cette police décalée. Un léger
petit bout de ciel détaché, décalé, désorienté. Un bout de
vitrail comme un bri de verre, ouverture fauve.
J'aurai
cru ce groupe anglais, malgré le jazz urbain en brouillard qui sent
l'outrecuidance. Cambridge quand même. Comme un bout de ciel cobalt
et dégagé au dessus d'un parc, le beau jardin proustien à Illiers
avec des sublimes phrases trop longues.
Good
en bleu quand même, comme pour prévenir que les guitares et les
claviers sont absents.
Une
certaine légèreté malgré le plombé. Tout semble piqué d'un
certains décalage. Cet album m'intrigue, il est génial, une
certaine accroche. L'écoute m'avait échappé il y a quelques
années, je n'avais pas fait attention à la pochette. Un détail
vient gâcher la fête, quelque chose brouille les pistes, un poil
collé sur la savonnette, inconsciemment une guitare manque. Ce bleu
good a brillé mes esgourdes. "Good" passe en
boucle et le ciel s'obscurcie.
Tranquillement
l'évidence. Un sentiment de grande facilité, la maîtrise
travaillée et plein de doutes chassés. C'est surtout cette
exactitude sanguine à chaque écoute, ce blog est parti de lui avec
mes doutes sur l'être humain, comment certains vivent me fascine
encore, ce voyeurisme crasse qui m'afflige.
Je
ne suis toujours pas remis de la disparition de Murat, tout comme de
la sur-dimension émotionnelle de « Watt »
de Belin. Tout se mélange souvent et mes écoutes s'acharnent. On
fait grandir des ruines « Pluie
de data »
et le grand lièvre mange la rhubarbe.
Je
revois encore Dominique poussant le fauteuil de Vic Chesnutt sur la
scène de l'Olympia. J'en ai déjà parlé, c'est le départ de
beaucoup de chose pour moi. 1995 avec Françoiz. Et l'avalanche de
toutes ces chansons, ces salles de concert, ces milles collaborations
et poignants inédits éparpillés.... je défaille sur « Picasso
y los Simios ».
Le reste est une évidence et chaque petit matin du Montparnasse,
« Spirales »
apparaît sur le quai, je marche avec moins de doute sur mes
incertitudes même si je continue à regarder comment certains
vivent. Petit rouleau de vernis comme un riff sur les incivilités.
Les accords font mouche et je replonge parmi toutes ces chansons. Les
idées sonores arrangées de « La
terre à personne »
et d'un pas lent je foule ce béton désactivé qui semble être à
tout le monde. Il a gardé du « Momento »
et plein d'autres de ses inspirations, s'il a repris la guitare, la
contrebasse est toujours là, comme le fil d'un monde réel. La
lourdeur de l'air se dissipe à chaque fois, ou me ramène au gris
quand il semble trop délétère. C'est un opus puissant, une autre
visibilité, un compendium.
Lorsque
je boudais légèrement « Tout
sera comme avant »,
il est venu me chercher à quelques champs de chez moi pour le
proposer à sa façon au théâtre du Nickel de Rambouillet.
Rabiboché. J'ai eu le même doute avec le disque orange « Toute
Latitude » »
immédiatement balayé par « La
Fragilité »
son verso. Combien de salles, combien de chansons et de
collaborations.....d'inédits. Élysée Montmartre 1999 rouge
violent.. Espace Soutines à Lèves, Vélizy « Avec
les autres »,
solo au Café de la Danse époque « Auguri ».
Dorénavant, j'y vais avec mon fils. Balisées certes, sentes,
venelles ou grandes artères, j'avance sur mon évidence.
Belin
les parcs, Murat les chemins, Dominique A les jardins.
En
arpentant les allées bizarres de ce petit jardin adapté, je me suis
interrogé, sans n'avoir jamais vu à ce point l’anomalie naturelle
d'un lopin façonné, le besoin rigoureux du bipède à vouloir
s'enliser dans l'administratif. Le protocole d'une pelouse de bords
tracés rasée de près, ces plessages décoratifs, ces tailles dans
des arbustes choisis, If
et Buxus
dociles à la lame du jardinier, je réalisais l'inquiétude
confirmée.
J'ai
longé ce ruisseau dévié sur ce calcaire tassé et entortillé
histoire de guider celui qui n'a pas d'idée. C'est pourtant beau un
jardin d’acclimatation, à condition de ne pas y voir
l'interventionnisme outrancier des individus se croyant
indispensables. Tordre et disloquer, rendre la graminée ornementale,
coiffer rectangle le houppier des tilleuls, cercler, désarticuler,
le jardin administré dans l'urbanisme. La charmille esclave sans
cesse ébranchée fait la joie d'une race humaine qui aime asservir.
Le bistouri a raison des parcs depuis que l'homme a déposé sa vie
sur des textes communs, du dessin, beaucoup de calculs, un besoin de
contrôle et de régence.
Il
est chouette ce petit parc façonné, je ne me lasse jamais d'en
faire le tour, à quelques heures perdues, celles que je gardent pour
tuer l'après midi, quand je ne peux pas me rendre plus loin en bas,
au bord du grand bois sombre. Juste après lui, s'ouvre la grande
forêt domaniale, tiens, encore un terme administratif. Je tourne
dans ce parc, je pense à James McCartney. Il faut dire que je suis
sur l'album des Dragonflies depuis quelques soirées. Dhani
Harrison
et Nigel
Godrich.
Je ne connaissais pas cette association, ce travail commun étonnant
agréable et fleuri. Il faut oublier le passé ou pas (Dark
Horse Records quand même) pour
savourer ce travail bucolique à la belle pochette de composition
botanique. Comment ne pas faire abstraction de Papa Harrison. Donc
j'ai retenté James pour voir, à nouveau pitié et affliction.
Julian ? Quant à Sean plus qu’intéressant, mais comment ne pas
penser aux forêts ?
Modesto
en pleine Wallonie, un angle bizarre et je ne pensais pas un jour
replonger de ce côté-là. Grandaddy donc "Angles",
en plus féminin, ça devrait marcher ce truc, comme un chouette
Baltazar, comme des jolis tubes anglais, "Not
your fault",
ou à la Travis et "Goddess"
me fait tournoyer. Tout défile tendre, beau et tristounet. Z'ont pas
trop morflés les garçons et c'est pas impossible que ça passe en
boucle ce touchant retour. Eldorado chez les Belges.
Une
langue purée sur des idées embrumées, "You
you you"
se frotte à Baxter Dury en plus crade. Le dancefloor pue des reins.
Chef d’œuvre de prédiction. Épandage de salive sèche, gestuel
terrifiant comme le peintre qui suffoque, dehors, de l'autre côté
du dos, les franges de savon fluo balayent l'horizon. J'ai des bouts
de bougies dans ma poche, je me fige sur ce calvaire comme la
sentinelle affaissée en vue d'une fin de quelques petits mondes.
Même pas sûr que l'arrêt de bus tienne jusque-là. Depuis combien
de temps le dernier engin est passé ?
"Fighting
for you"
il n'y a plu grand monde. La lumière a disparu, elle n'est en tout
cas plus la même, elle accable le mécanicien. Il n'a plus les
pièces, il faut un bout d'artère ou tout racheter. Je dévisage les
bâtiments fissurés, la suie ne tient plus rien, à défaut d'aller
sur Mars, j'irai bien boire un cocktail sur Nuuk. "Gape"
en épaisse flammèche déplorable, les cloportes ont des clairons,
l’hallali des intelligences. Et dire qu'il a quand fallu qu'on se
fabrique un prédateur.
J'ai
adoré "The
Red Thread"
comme un damné, pour les mêmes raisons, l'être humain semble
fasciné par son extinction, minutieux et appliqué. Mon indifférence
me fout les chocottes comme dirait Elvis, pourvu que la tendresse
empoisonne et que tout se fasse dans le calme le plus affable
possible.
Quel
son, quelle époustouflante, je suis fracassé.