dimanche 24 juin 2018

Manic Street Preachers 2018



J'ai une relation bizarre avec les Manic Street Preachers. Ils me collent au casque tout en véhiculant leurs ondes désagréables de power pop bruyante de stade. Coldplay, U2, Simple Minds (que des belles voix..hein Tonio ..:D)... rien n'y fait, je suis accroc aux chansons des gallois. La voix de James Dean Bradfield y est sûrement pour quelque chose, avec la façon de bétonner des mélodies en acier pour des stades dignes de ce nom.
« Know your enemy » en 2001 fut le sublime déclencheur. J'ai même demandé à un pote de passage à Londres de me ramener le puissant « Lifeblood » en 2004, certains albums à l'époque tardaient à sortir sur notre territoire. (Merci Nico).

Les critiques ne sont pas tendres, leur histoire chaotique, c'est bourré de clichés pop d'envergure, mais voilà, moi j'entends « Vivian » et je craque, « International blue » et j'ai la pèche. Je suis addict aux Manics.


Manic Street Preachers 2018 « Resistance is Futile » label : columnia

vendredi 22 juin 2018

Moustaki 69



J'ai le doux souvenir de mon grand-père amenant au lit le plateau du petit déjeuner pour ma grand-mère qui aimait traîner ses rêves sur le traversin. Peut-être restait-elle un peu plus longtemps au lit juste pour avoir le plaisir de cette attention là. Elle a bien trimé dans sa vie la Micheline amoureuse d'un cheminot.
Sur le plateau, toujours le même bol de café chaud avec les deux tartines de pain grillées et beurrées. Pas de la baguette, mais du pain, tronçonné toujours de la même épaisseur.
Je reviens souvent au cour ordinaire des choses qui comme le chante Murat, peut incendier le quotidien. A la fureur des ambitions qui accélère les vies pour pas grand chose, je préfère cette infinie tendresse comme on fleurirait le temps qui passe à sa vitesse normale.

Solennelle, l'heure est la même, l'attention inébranlable, l'amour je la devine encrée.

A quelle vitesse vivre  C'est un titre de magazine que j'ai entraperçu au coin d'un kiosque pendant mes virées errantes du midi. Sont forts ses journalistes, ils te balancent des principes ravageurs et modernes pour te remettre en question ou te faire flipper ton casse-dalle de midi. A quelle vitesse ?? le comportement vital et nos actes vont bientôt être flashés sur la voie publique. Des points sur notre carte d'identité ?? le débit des vies, le dépôt des veines, les échelles biologiques sont violées.

La douceur d'une seconde dégustée, du même pas que mon grand-père qui, un plateau à la main entre les trains qui passent en bas de son jardin à la même heure et les voitures toujours les mêmes qui défilent de l'autre côté vers la rue, s'en allait dire sa tendresse quotidienne.



George Moustaki 1969 « George Mostaki » label : polydor

dimanche 17 juin 2018

Wladimir Anselme 2018



C'est une rechute, impossible de faire cure des chansons de par ici. J'ai replongé de la plus belle des façons avec le retour de Wladimir Anselme qui se débarrasse ici du syndrome du deuxième album.
« Les Heures Courtes » en 2011 est un souvenir artistique merveilleux, de la chanson comme j'aime avec de grands textes. Je bois ses mélodies riches et mélancoliques. Son écriture me laisse bienheureux, comme un passage nuageux qui embellit la grisaille.
« L'esclandre » vient de paraître, c'est un petit régal, pas sûr une fois de plus qu'il en face une sur notre territoire et ailleurs. Je le pose bien au chaud sur ma platine dérisoire, il est court, il tourne en boucle, mes idées rondes sont réconfortées par les chansons amicales douces et ardentes de Wladimir Anselme.

Wladimir Anselme 2018 « L'esclandre » label : le furieux


jeudi 14 juin 2018

Daniel Blumberg



Des étoiles sont tombées dans mon café. Des étoiles du matin, délavé, cramé par une nuit sans lucidité. Ma raison congénitale s'est faite la malle le temps d'un laps d'exotisme. Je fut ailleurs pour quelques moments. Ces chansons me rappellent tellement ma docilité hachurée.

Sur mon grand café sans sucre, « Minus » est venu saupoudrer de la poussière d'étoile. On dirait la mer qui scintille.
Lui, on dirait Father John Misty qui chiale, ou Jason Molina avec une voix fluette.

Je n'ai pas cherché à savoir qui était ce Daniel Blumberg, curriculum ou pedigree je m'en fout, il a plongé dans mon aube. Il est venu adoucir les forceps de mon cageot, les bras métalliques irréels grâce auxquels là je suis à demi debout.

C'est un album céleste et vénéneux, ça couine et pigne dans le larsen osseux, plein de cordes, c'est pas de la douleur, c'est la énième courbature à vouloir y retourner, chaque jour.
Les soirs me rendent dingue. J'aime pas le matin, pourvu qu'il y ait un gars dans ma tasse à me faire lever le naseau pour choper la dernière étoile qui lutte.

Daniel Blumberg 2018 « Minus » label : mute

lundi 11 juin 2018

Sr Chinarro 2018 - 2006/2008/2011



Allez ouste poussez vous, ce petit truc est pour moi. Aux aguets près à jouer d'la béquille dans les roustons, je me suis chipé en bousculant, un petit coffret pas dégueux. Telle la langue du caméléon chopant à la vitesse de la lumière le petit volatile fébrile et léger passant par là au flash furtif d'une éclaircie éphémère, j'ai attrapé Sr Chinarro series 3CD.

Pas un pas deux, mais trois albums pour même pas le prix d'un. Une période un peu délaissée pour moi, puisque je suis grand fan de Sr Chinarro depuis le dramatique et bouleversant « La Primera Opera Envasada al Vacio » en 2001 (et tout ce qu'il y a avant), aussi profond et puissant qu'un slow core de Low ou Arab Strap, et que je me suis légèrement arrêté à « El Ventricuolo de si Mismo » en 2003. Il y a eu pourtant un beau retour avec « Enhorabuena a los Cuatro » en 2013 et puis plus rien.

Depuis, quand je vois ce nom là, je vote sans hésitation aucune, Sr Chinarro, là bas, en Espagne, c'est toujours LE président. Un peu comme pourrait l'être Pedro Abrunhosa au Portugal.
Une fois de plus, le grand label madrilène acuarela discos m'a présenté ce groupe mythique, comme l'a été Migala dans un autre domaine, ou Nacho Vegas … cette maison de disques là est une aubaine, une corne d'abondance.



Sr Chinarro, c'est un collectif tournant autour d'une voix Callahan/Stapples... Antonio Luque. Ballades rocks, les frontières sont toujours aussi imperméables. Pas une pas deux, pas trois, mais quatre, puisqu'en plus de ces productions 2006/2008/2011 très peu répandues, Sr Chinarro viennent de sortir un 16 ième album « Asuncion ».

El presidente est toujours là Sr Chinarro.

Sr Chinarro 2018 « Asuncion »
2006 « El Mundo Segun » / 2008 « Ronroneando » / 2011 « Presidente »
label : mushroompillow






samedi 9 juin 2018

The Married Monk 2018



Promis j’arrête, l'hexagone va finir par s’essouffler, en plus qu'il a fallu que je cause à un corporate fnac parce que je ne trouvais pas Married Monk sur les promontoires. Normal il n'y était pas. C'est quand même une sortie assez bandante pour ne pas communiquer l'érection avec un gars engagé pour gonfler normalement ses tissus spongieux des oreilles d'un tel objet. Bon, il a fallu que je le dévie de Shaka Ponk alors qu'il rechargeait les vitrines de Marc Lavoine.
Je n'ai absolument rien contre Lavoine ni Ponk, mais moi, là je veux Monk des Married qui ont quand même balancé MOCKY, Belgian Kick, The JIM SIDE...... eh c 'est pas de la petite bière ces trucs quand même.
J'ai donc fouillé dans les intervalles bien organisés à la lettre M de l'épicier culturel du coin. Y'en a qui font pas leur job ici bas ?? ah là là, le monde est moche, mon banquier non plus il connaît pas The Married Monk, ou alors je veux bien un don pour sauver l'ISF.
J'ai trouvé, je l'ai chopé, bien caché dans ses pantoufles à pompons roses de barbapapa pop à la voix sucrée et aux mélodies pop.

Promis j’arrête l'hexagone. Ils chantent en anglais, du coup la transition outre manche & Atlantique est toute proposée ici... embarquons et laissons ces artistes flottant flotter à qui mieux mieux. Vaille que vaille, moi je prends un kiff sérieux à écouter ce tarabiscoté « Headgearalienpoo ».

Ah, en passant, je sais c'est con, mais j'en ai mis un des deux disques proposés en bas, sur le promontoire de l'épicier artistique du coin, bien visible. Ça avait de la gueule ce rose bonbon au milieu des toutes ces tronches grisâtres. Me souviens même plus de l'autre que j'ai caché...

The Married Monk 2018 « Headgearalienpoo » label : ici d'ailleurs




mercredi 6 juin 2018

JL Murat 2003




Ma trombine sombrait sur ses reliefs crémeux, toute ma respiration s'écrasait sur son torse nu. Rien d'autre pour inspirer que son haleine de narcisse. L'étuve de sa bouche irradiait mes pupilles.
Là, rayonnante comme un phare à mes paupières épaves, je m'affaissait sur elle réclamant et râlant, v'là l'amour bon sang, je m'emporte. Sa poitrine couverte de la rosée des cyprès, s'est laissée envahir par la cymbalaire nacrée. J'ai dû mourir au creux de ses interstices,  mon mou moiré se mettait aux anges.

Le contentement de la lady je l'ai bu un jour, quelque part. Je lui ai chipé quelques brins de rhubarbe des mortes fontaines, ma coupe à ses lèvres je crois qu'elle n'a pas eu besoin de moi, elle n'a rien vu de mon absence.


Jean-Louis MURAT 2003 « Lilith » label : labels

A écouter tout l'hexagone ces derniers temps, je crois que c'est là le plus grand disque de par ici, le plus bel album, le monument qui règne sur mes opus. A l'écoute de « Lilith », c'est l'âme qu'on nous arrache.




lundi 4 juin 2018

Marie Modiano 2018



« Où est le vent lointain
qui berce les herbes folles ».

Les fossés dansent et les friches chevelues tanguent, toutes ces herbes embellissent nos paysages d'un duvet de fétuques, bromes, bosses et ravines de poacées.
Marie Modiano aussi, embellit notre paysage artistiques depuis pas mal de saisons, livres, disques, c'est une chance d'écouter ses belles chansons de par ici. Sa voix est Gréco/Balibar, « Pauvre Chanson » un trompe l’œil, riches et fraîches elles le sont toutes, pop, jazz, cuivrées, orchestrées, littéraires et chaleureuses.
Il serait fâcheux de passer à côté d'une telle œuvre, absolument discrète, comme c'est coutume par chez nous, cette triste manie de camoufler sans cesse les beaux disques.

Marie Modiano 2018 « Pauvre Chanson » label : nest & sound/PVP


jeudi 31 mai 2018

Bertrand Betsch 2018



De bien belles chansons.
Bertrand Betsch m'a toujours fasciné à garder une petite fraîcheur vocale pleine de sourire sourd en coin pour chanter des choses les plus sombres, tristes à tomber. Il faut dire avant tout que mon obédience générale n'est pas à la gaudriole.

Je revenais à Superflu 1997 en parlant de Fontaine Wallace, aussi, à chaque nouvel album du poète mélancolique BB, je fais toujours "la soupe à la grimace" dans un bonheur désespéré. 1997 aussi pour ce premier album, épique, culte, cellulaire et bouleversant. Ce n'était pas le label Village vert, mais Lithium, ça « Remué ».

C'est un sacré compagnon de route, sa discographie ne lâche en rien, ni personne, surtout pas moi. Ses productions s'accélèrent, depuis 2011 il est là tous les ans. Boite à rythme et petit clavier sont ici, fidèles, sa politique chansonnière bien vissée sur sa voix familière et tremblante. « Tout doux », mon cul, rien ne décélère, tout reste collé à la moiteur cendrée avec la même force, comptines pop, berceuses sombres, c'est le 12 ième album de Bertrand Betsh.

Bertrand Betsch 2018 « Tout Doux » label : microculture

lundi 28 mai 2018

Yvan Marc 2018



Vite un album printanier, l'été arrive vite.
Yvan Marc est un artiste de par ici dans la plus douce des discrétions malgré ses cinq albums. Sur mes étagères, il est rangé parmi les auteurs importants de par chez nous. Ce disque plus encore est extrêmement lumineux, « Nos Dimanches » est de très haute tenue. Ciselées les mélodies, attachantes les paroles, la grande maturité du chanteur qui aime les bois et la forêt se pose bien haut sur les grands opus hexagonaux de cette année. Quelle est importante cette forêt.

Adossé au creux d'un houppier de hêtre, je laisse les mots d'Yvan Marc me conter les secondes du paisible printemps, comme appuyé au mur d'un château en ruine à siffloter l'onde fraîche des marronniers des douves fleuries.

Vite, que le printemps chante avant la première pluie d'été. Vincent Baguian pas loin, Thierry Stremler, Frank Monnet, Alexandre Varlet, Bastien Lallemant.... Yvan Marc est de ceux là.

Yvan Marc 2018 "Nos Dimanches" label : label diff43


vendredi 25 mai 2018

Jean-Michel BLAIS



Nous n'avons aucune mémoire des paysages naturels originels, de l'horizon sans nous. Il suffit de pénétrer dans une parcelle de réserve forestière intégrale pour que notre cerveau soit plaqué d'une vision inédite. Troublant dépaysement. Huit cent ans sans aucune intervention humaine et par terre des restes de troncs d'arbres morts se consument lentement, se dégradent sous le lent travail des lichens, mousses, moisissures et insectes. Se passer de nous.
Elle est belle, majestueuse et suffocante cette étendue vierge tout près de Barbizon, là où les peintres sortaient leur chevalets en plein air, les artistes amoureux de la nature.

Il fut un temps où s''aventurer dans une forêt n'était pas sans danger, on ne foulait pas les fougères sans but ni obligation, sans risquer sa vie. Elles sont devenue absolument accessibles, avec pour seul risque les tiques. Le domaniale contrôlé est devenu squelettique, l'humus forestier s’appauvrit, va falloir qu'on s'affale un peu plus sur nos crâneries vaines pour que nos consciences réalisent et sentent un de ces jours.

Tout est dans nos paumes, il suffit de le vouloir, paumés nous avons tout entre nos mains. Et le son d'un piano résonne au beau milieu d'une forêt sans age.


Jean-Michel Blais 2018 « Dans ma Main » label : arts & crafts

mardi 22 mai 2018

Fontaine Wallace



« Et puis après on verra bien ».. un disque pour voir, des potes étudiants, un ingénieur et un prof qui montent un groupe à Lille, après on verra bien. Sauf que cet album là, c'est le premier de Superflu en 1997, il y a plus de 20 ans, c'était sur le label Le Village Vert, et qu'il est parmi la belle poignée poignante des très beaux albums de par ici, et au beau milieu de ma collection des disques qui me touchent particulièrement. C'est pas n'importe quel disque celui-là.

Dix après, 2007, c'est le troisième album de Superflu qui met fin au groupe, impossible de ne pas parler de ce passé là, à l'écoute de la voix de Fontaine Wallace, tout me revient et m'enchante à nouveau.
Nicolas Falez, c'est la voix, la guitare, les textes, le seul qui reste ici de la chaleur ultra intime des chansons, du timbre et des adorables petites histoire montées autour d'un minimalisme pop à la française du Superflu. Il y a eu « Tchin Tchin » entre les deux, belle confirmation avec dans les bonus, la merveilleuse reprise de Sheller, « Les miroirs dans la boue ».
Pop, ça l'est un peu plus ici sur son nouveau groupe, comme une touche british sur des chansons parisiennes. Mister Wallace est l'anglais qui offrit les fontaines à Paris.

La magie de superflu était aussi le duo de voix, Sonia Bricourt à l'époque. La magie opère toujours, mais c'est Cécile Beguery qui en plus de la basse vient accompagner le chant de Falez. Le batteur Ludovic Morillon a joué pour Luke, Prohibition et Nlf3. Fabrice De Battista tient les claviers.

La voix de Falez me rappelle à tout ça. On ne va pas se priver d'écouter des vieux albums incontournables. Ceci dit, Fontaine Wallace est comme un grand retour, et une excellente nouveauté.

Fontaine Wallace 2018 « Fontaine Wallace » label : microculture




samedi 19 mai 2018

Higelin 2007



Pardon, milles pardons, comment est-il possible d'être aussi con. Pardon T, excuses-moi Tman la toorsch tu l'avais dit, je me souviens, tu me l'as redit et j'ai laissé mes pensées téfals glisser sur ce disque fatal à tel point que je me demande si un jour je l'ai écouté. J'en chiale à passer ce disque en boucle. Même « Crocodail », le truc qui m'aurait un poil rebuté il y a quelques temps, quelques mois encore, m'enchante... tout dégringole magnifiquement vers « J'aime ».

Je garde le crocodile d'ail et je fonds littéralement sur tout l'album... « Ici, c'est l'enfer ». Je repasse ça indéfiniment, je ressasse et prend, je retourne à « Halloween », je descends à « Amor Doloroso », je me perds et je prends tout.
Particulièrement sublimes, les mélodies m'ont chopées, le son, les arrangements, le Jako quel salaud, hein mon T ?? il savait que les résistants ne résisteraient pas bien longtemps lorsqu'il allait se diluer, pied de nez malin d'un poète fou.. venu de l'au-delà d'un seul coup. J'ai des étoiles lumineuses au plafond, ma prison mentale s'ébranle … T, tu me l'avais dit... et toutes ces atolls qui nous attendent, des vahinés pour après.

Pas grave, quand on est con on est con.. et si le temps n'arrange rien à l'affaire, je me dis que dorénavant j'ai ce disque dans mon cœur, un truc qui resurgit, se révèle et se grave.
Il était là, à portée de rêve, à deux doigts d'oiseau de s'envoler vers toujours cet « Amor Doloroso ». Higelin est venu souffler sa rigolade avec son œil « 75 » que je connais par cœur et sa voix qui résonne.... « merde bonhomme t'as loupé ça quand même, t'es un peu con mon gars, vas-y écoute je te vois et je sais ce que tu aimes, et je t'assure ici c'était l'enfer ».

ça y est Jacques, je t'aime tel.


Jaques Higelin 2007 « Amor Doloroso » label : odeon


mercredi 16 mai 2018

Chilly Gonzales 2018



De passage à Chilly Mazarin, une fraîche connaissance le temps de prendre quelques affaires prévues, me sert un café dans son antre du deuxième étage d'un immeuble blanc et envoie sur son enceinte connectée à son téléphone, le dernier Chilly Gonzales.

De prime abord j'ai pensé à une vanne, un gros truc gras « eh oh, t'as vu j'chuis un ouf moi », puis je me suis dit que peut-être il se foutait de ma gueule, comme ça, pour me tester vu qu'il s'agissait là d'une deuxième succincte rencontre et que la première fois, les débats musicaux ont fusé à gorge déployée en groupe, avec lui au devant de la scène.
Bon, se gausser de moi n'a rien pour me froisser, au contraire, mais c'est mieux de gérer le soufflet histoire d’appréhender pour décontracter, détendre, fighter gentiment, voire transformer la suspicion en gausserie générale. Je suis resté un moment dubitatif, partagé tout en gardant une oreille sur le pianiste que j'ai déjà négligé maintes fois.
C'est pas trop ma came Gonzales, ou plutôt très partagé, je suis pas réceptif à son côté technique et sportif du piano avec bandeau de tennisman visé sur le front, même quand il joue délicatement comme Tiersen. Manque d'âme contrairement à Tiersen.

« Merci c'est gentil, je veux bien ». Il me ressert un café, le Chilly bien accroché à son suppo blue tooth. Si le mec fait des private jokes à passer des petites BO du moment pour faire genre et étaler la mise en ambiance adéquat associative, j'aurai préféré « Couleur Café ». J'ai même senti la bouffe comme un cabot qui bave à l'heure où le coup de chaud est général dans les rades, une arrière odeur de viande rouge pimentée et de haricots rouges mijotés, « aribaribariba.. ». Merde, Gonzales à Mazarin, le deuxième café est dégueulasse, il me prend pour un coyote ou bien... je suis peut être dans un cauchemar, muselé, sans pouvoir trancher.

Pis c'est chiant aussi ces musiques enfermées dans un téléphone, impossible de zyeuter les étagères pour voir en voyeur l'état de la discothèque de l'hospitalier. C'est un truc que j'adorais faire ça, avant, scruter les disques alignés chez n'importe qui. Là, rien.
J'adore le label No Format !, à tel point que je m'interroge sur la présence du pianiste sous ce toit là. Un passage chez Deutsch Grammophon, puis Gentle Threat que je ne connais pas.
Le mec revient, me donne la clé USB avec les démos promises, un groupe à lui qu'il a monté et qu'il veut déployer avec l'avis de tout l'alentour suite au débat musicale de l'autre soir...... Son visage n'a aucune malice, rien ne transparaît, ne transpire, je pense que je vais me réveiller, le Gonzales sonne pas mal bizarrement, je connais cet air, comme une reprise... des reprises.. il va me gonfler une nouvelle fois ce disque.. si je le réécoute. Peut-être est-il dans la clé USB.. le salaud... Je desserre les mandibules, « Merci c'est cool, je suis un privilégié d'écouter tes démos, on se voit très vite, je te dit si j'aime. A plus.. et ça sent super bon chez toi.. tu prépares un Chili Con Carne ?? »


Chilly Gonzales 2018 « Other People's Pieces » label : gentle threat

samedi 12 mai 2018

Angelo Branduardi 1976



Des jours entiers à me promener, dans mon hameau de jeunesse, je n'ai fait que errer, tout seul la plupart du temps. Je passais les cinq croisements de cette rue principale chevauchant mon petit vélo bricolé passe partout. La rue des cinq croix de par chez moi, je ne me suis jamais demandé s'il s'agissait d'une autre histoire que cet alignement de carrefours. Peut-être un vieux mythe religieux a laissé ce nom à ma grande rue interminable quand j'avais 10 ans. Au bout du monde j'allais quand il s'agissait de s'enfouir au creux du bois des cinq croix, après avoir passé la belle marre sauvage et le grand verger qui jouxtait la voie ferrée Lucé/Illiers-Combray, avec ses belles petites michelines qui fendaient la Beauce de son rouge coccinelle.
Toutes des journées habitées de promenades, jusqu'au grand château au pied duquel j'allais poser ma bécane pour une pause fraîche sous les tilleuls. Ce château était celui de l'eau, nos beaux phares des grands horizons beaucerons, ceux qui attirent les tracteurs à la grande marée et la nuée de corbeaux derrière à bouffer les lombrics. Le château d'eau de mon hameau sans altitude était à l'opposé géographique du bois, le point culminant des haltes de mes grandes aventures de minot.

Quand je rentrais, de ma chambre à l'étage de la maison, j'ouvrais ma fenêtre sur ce beau village Fontenay-sur-Eure à quelques encablures, qui plongeait sur la rivière, mon berceau, l'Eure. Combien d'heures de contemplation sans bouger, le temps qui se figeait fatigué par mon périple de l'après midi. J'allumais mon Grundig, sortait une galette noire à la belle pochette et je mettais un vinyle, histoire de finir cette pâmoison panoramique pré-adolescente en musique.

C'était une époque où une chanson pouvait rendre heureux, un air, un texte, du populaire qui chantait sous toutes les coutures et surtout qui embellissait nos radios. La liste est longue, j'écoutais beaucoup les ondes à l'époque.

Des chansons qui me soignaient quand je rentrais dans ma chambre à l'étage à regarder par la grande fenêtre ouverte sur la campagne et qui plongeait sur l'Eure, vers Fontenay. J'écoutais beaucoup Branduardi, Yves Simon, Maurice Fanon  bien loin des gars du quartier qui m'auraient sûrement charrié pour ça. Je mentais sur mon sac US, il n'était pas inscrit au feutre noir Branduardi, ni Yves Simon. Évidemment j' étais un cancre, on ne se ballade pas comme ça des heures sans laisser de côté les choses que l'on doit faire. La tète en partance pas loin vers les choses simples et vitales inconsciemment. J'écoute Brandu et c'est tout ça qui resurgit à chaque fois, ce temps qui s’arrête, une chanson qui injecte quelque-chose de bon et rassurant, des moments insoucieux, le cours ordinaire qui passe.

Comme je me retrouvais seul presque tout le temps et quasiment volontairement, je balançais tout dans les chimères, les utopies, et je refaisais le monde dans mon coin. Il était vachement bien ce monde là avec ces chansons qui embellissent le quotidien, et enflamment la réserve d'une journée toute chargée de rien, des rêves et des espoirs.
« A la Foire de l'Est » est le troisième album de Branduardi à écouter en français ou italien, conteur et poète unique. Tant de belles chansons dans sa discographie, « Le don du cerf » ici, celle qui chante les souvenirs d'un gamin qui errait.... chanson pour embellir la vie.

Angelo Branduardi 1976 « A la Foire de l'Est » label : polydor



lundi 7 mai 2018

Damien Jurado 2018



Damien Jurado est un pilier du label secretly Canadian, le tenancier dorénavant. C'est une transition attendue avec Jason Molina qui n'en finit pas de hanter nos platines, lui aussi hébergé par ce label important de Bloomington, lui et ses travaux parallèles, Songs:Ohia, Magnolia Electric Co et autres collaborations.
La carrière de Molina s'est arrêtée nette en 2013, pas le temps de devenir un autre pilier.

Jurado, c'est son passage chez Secretly qui m'a ouvert la voix, « Omaha » Lo-Fi bouleversant qui sent bon la croûte terrestre. C'était en 2003 sur « Where Shall you Take me ? ». La suite est une longue et belle fidélité.
L'effet Jurado c'est un peu comme l'impression Tindersticks ou Lambchop, Staples et Wagner dans la voix particulière et familière, et ce magnifique mariage du folk et de la soul dans leurs plus belles discrétions. Acoustique chaloupé.

Il aime les étendues de ses contrées, il le raconte habité, transmettant toute l'émotion épidermique d'un amoureux des terres, cartes postales sonores, doux moments de recueillements.


Damien Jurado 2018 « The Horizon Just Laughed » label : secretly canadian


dimanche 6 mai 2018

Songs:Ohia 2001/2018



Sortie d'outre tombe, le flamenco macabre de Jason Molina pleure sur un Ep perdu dans les ténèbres. Aussi sombre que « Ghost Tropic », « Travels in Constants » commence comme le finish de « Oh well ». Seul comme jamais cette pièce unique de Songs:Ohia arrache les tripes. Blues mortifère, folk slow core qui prend à la gorge, il faut attendre le crépuscule pour se laisser dévorrer par ces deux morceaux … ne pas lâcher l'idée du noir.

Songs:Ohia 2001 « Travels in Constants » label : temporary residence

mardi 1 mai 2018

Johann Johannsson 2002/2018



C'est un album posthume, il y a peu de temps ce grand artiste néoclassique islandais a pris le large. « Englabörn » est son premier album, sorti en 2002, il commençait à travailler sur sa réédition. Quelques proches artistes de son entourage sont venu créer des variations autour de cette somptueuse pièce d'une discographie dorénavant close.

Il est des meilleurs dans ce domaine, le néo-classique que Deutsche Grammophon a décidé récemment de mettre en valeur, comme le bouleversant « Orphée » en 2016. Il a composé beaucoup de musiques originales pour le cinéma, c'est un style parfait pour le 7ème art. Ici revient le bleu absolu de la grande étendue océanique que son âme surplombe. « Englabörn », indispensable disque de musique classique.

Johann Johannsson 2002/2018 « Englabörn & variations » 
label : deutsche grammophon