dimanche 31 mai 2026

Paul McCartney 2026

 


Assis sur le toit du monde, il saupoudre les courbes bleues de sa poussière féconde et dorée. Comme un génie de routine, mais toujours plus beau sans cesse. Paul est posé là en posologie permanente, histoire que maintenir le globe en rotation. Bien longtemps que les forces de frottement ont baissé les bras. Huilé. Tellement haut, le coude posé sur l'épaule de John, le plus naturellement du monde, Paul, we two, Paul et tout le reste, nous envoie une salve lustrale de quelques chansons religions. L'évidence coule de source.

La source.

Intarissable.

C'est une saison, le cycle, école sans cliché, cas d'empreinte fossile empruntée, du bateau qui a vu les milles continents, Johnny Cash gentleman avec l'élégance en plus et un brin de féminité naturelle. La patine burinée, le geste classe, manuscrit et partition célestes. Paupières mélancoliques, le poids des regards, neutres pochettes de disque, celui-là est apothéotique. La pertinence des ondes s’octroie la quintessence. "As you lie there".

Pendant qu'ici, en bas, nous sommes tous à nous courber, que l'on tend à s'étendre, croulons, glissons à succomber, luttons comme des aliborons à lunettes, Paul élabore et arbore sur les âmes et les houppiers, dépose tout à nos pieds en montrant la certitude dès potron-minet.

J'ai commencé l'album avec " As you lie there" en boucle, fébrile, suffoquant, emberlué dans l'éberluance. Je me suis dis, je vais faire pareil pour chacune des chansons. La voix embraillée hurle encore, c'est dans les aigus et les cris qu'il est encore le plus facile. Tout a défilé, j'ai commencé à sangloter à la 7ème révolution des pistes, perdu entre notre naine blanche et la cendre lunaire. Tout en bas, le bleu ciel des mers s'arc-en-cielisait. Quelques nuages ont rosi des joues, déserts empourprés. Sortir le grand jeu d'un battement d'espiègles cils acrimonieux, force et délicatesse.

Séculaire.

Il y a le benjamin Watt et l'ancestrale puissance, une grande jeunesse dans les joules, seules les gaines des câbles vieillissent. Le jus jute et passe par tous les embranchements emmanchés d'outre Manche. Sous les océans, tous semble câblé.

Il n'est plus nécessaire depuis un bail, de s'étendre sur Macca, la messe est dite. Je suis juste plaqué sur mon hamac à prêcher.

Paul McCartney 2026 "The Boys of Dungeon Lane"


jeudi 28 mai 2026

Ed O'Brian 2026

 

La belle coïncidence, le scalpel au sein d'un groupe, farfouiller dans les organes pour mieux voir la matrice digérée. Proche le Selway, « Anima » à plusieurs encablures, je me vautre pareil sur ce sublime « Blue Morpho ». Des mimiques certes, comme sur « Earth », et tout s'explique. Les masques tombent. On ajoute au tableau le cinématographique Jonny et les éléments s’emboîtent. Le poids des ajouts, l'intensité des combinaisons, la place de chacun avec les interjections. Rares les groupes avec que des inspirations, autant de foyers.

Outre les explications, libéré des analyses, ce deuxième album de Ed O'Brian est une bouffée d'air éclatante. Méditatif autant que contemplatif, une rêverie planante de pop acoustique et symphonique. « Sweet spot » et je pense à ma découverte de Marc Morvan. Je vais la revêtir, forcément elle est construite sur des principes itinérants de mes errances, seul à travers mes étendues.

Plus j'écoute « Blue Morpho », plus je me dirige vers un petit bijou, l'appel du chef d’œuvre à le mettre en boucle et laisser le plomb de l'air alourdir mon accroche.

Ed O'Brian 2026 « Blue Morpho » 


 

samedi 23 mai 2026

Leila Bordreuil 2026


 

J'ai vu une belle âme sous la feuille du laurier, on dirait que l'époque est belle. C'est pas ce grand soleil qui va me contredire, hier encore il faisait si froid. Elle est partie comme une balle vers la vallée des saules. Au creux, à la croisée des cuivres toutes les bestioles se trémoussent. La lumière ambrée a trituré la boue sculptée, les cloches au loin annoncent la canicule.

Je connais bien cette petite vallée où règnent ces cinq grands saules depuis quelques siècles. Ils prennent toute l'attention depuis le haut des plaines, j'y vais déposer toutes mes préoccupations dès que le trop plein s’empare de ma respiration. Toute la grasse sagesse salicylée y broie mes saletés. De l'écorce jusqu’au pointu de la feuille, tout tend à l'apaisement. Ils sont bien cachés des petites routes de campagne ces cinq boules argentées comme des zeppelins arrimés. Il faut prendre ce vallon du village par le sud pour à peine sorti des premiers murs, voir ces beaux arbres marsault veiller sur le gâté et les pauvres diables.

Il fait toujours humide au creux de la vallée des grands saules. Le vent peut s’engouffrer, rien ne bouge. L'humilité restera une sagesse végétale. La seule loi valide est celle du mycélium et de la lumière. Nous n'avons plus de disposition pour les vertus, le déclin progressif de l'espoir.

Au creux du vallon des grands saules, Leila Bordreuil, cordes en drone, accompagnée de Kali Malone, a soufflé l'importance des choses.

Leila Bordreuil 2026 « Music for Intersecting Planes » 


 

mardi 19 mai 2026

The Moody Blues 1969

 
Le Poa des choses habite le vide, la marée d'herbes se pavane sous la pluie, « Lazy day » coule de partout. Grasses touffes de ravines, friches épaisses, haies touffues et folle-avoine, je suis sous la pente de mon toit et tout dégouline. Cloué dedans, il pleut la poésie sur mon mai barbouillé. Il a beau crachouiller, pleuvoir et déluger, tout est beau et léger, la symphonie pop hippie et graminées enchante la fraîche grisaille de ma voûte. Le grésillement du saphir se mélange aux gouttes rafales sur la fenêtre-toit. 1969.. je dis ça ..

On pourrait se croire du côté de la Californie avec quelques Capra ruminant le sable et la joue épaisse, les chœurs sûrement (« Lovely to see you »), même si là, l'épopée est bien trop grande et la poésie à fleur de pot pour échouer sur cette plage beaucoup trop ensoleillée. Peu importe le son du mur, c'est ma sous-pente qui a raison de moi. L'onde est confidentielle, le concept capiteux, l'objet précieux.

Il y avait bien le 45T « Nights in white satin » dans carrée familiale, comme partout ailleurs d'ailleurs. Gamin je mettais en boucle, subjugué du clavier et par le songe procuré. Je l'ai retrouvé bien plus tard avec le Barclay James Harvest et la belle pochette découpée de « Gone to Earth », je dis ça... Tiens, « Poor man's moody blues », je ne sais même pas s'il existe un lien officiel entre les deux, le son, celui de la guitare, du clavier et le romantisme.. tout y est, c'est certain. C'est en tout cas mon alibi du retour vers le groupe de Birmingham bien plus tard. « Never comes the Day » ressemble aux débuts des frères Gibb. Je dis ça...Plus précisément, la voûte penchée au dessus de ma platine chambarde tout, presque méconnaissable l'album. Ou alors c'est la pluie.

Tout se mélange à l'orée du délire mou, le rêve s’appesantit sur ma flemmardise, j'irai ramer sur les hautes herbes demain, elles sont trempées, une prairie pour un naufrage, le plus bel album des Moody pour mon tantôt abandonné. Et le chant léger de « Lazy day » qui n'en finit pas...... 

The Moody Blues 1969 « On the Threshold of a Dream » 

 


 




dimanche 17 mai 2026

Philip Selway 2023

 


 

La dernière pompeuse virée country aux deux doigts en forme de "V" du gars Ringo a éveillé en moi l'envie d'écouter un bel album d'un autre bateur en balade solo. Quelque chose de plus sérieux, travaillé, inspiré. Quelle taux d'influence de l'entité planétaire sur l'oeuvre en escapade ? Beatles sur Starr, Radiohead sur Selway. Les batteurs les moins aptes à poser sur les promontoirs des Lp de cette envergure ? La preuve que non. D'autant plus que les chansons ont été composées à la guitare ou sur un piano.

Depuis "Familial" il n'a cessé de sortir de belles choses. C'est sur son quatrième album que je m'étale depuis quelques jours. En lisant un gros bilan hors série sur le groupe, je me suis rapelé du grand plaisir à l'écoute de "Familial" en 2010. Sublime pochette, label de renom et grand étonnement quant à la capacité pour un bateur de sortir de telles chansons.

"Strange Dance" est un petit bijou de pop d'émotion, sublime et vaporeuse. Les couleurs déposées, la lumière installée, tout tend à la sensibilité à des quartiers entiers de The Smile. Organique et symphonique.. réveur.



Philip Selway 2023 "Strange Familial"


 

jeudi 30 avril 2026

The Bevis Frond 2026

 


Allez zouhh, on va pas se laisser abattre par les matins grincheux, un pavé bien trempé pour remettre les poils de la bête à l'heure. La pluie revient, va falloir des protéines aux oreilles pour pulser le sonotone. Un groupe que je n'ai pas suivi tant que ça et qui pourtant me botte la hanche à chaque écoute. « Best laid plans », tout est là. Et ça embraye, vitesse de croisière, ça défile gras, ça riffe sur la carrosserie, je suis accroché, je suis papy, je fais ce que je veux.

Y'a le chromosome rock psyché de power pop indé dans la caisse à vinyles et je frissonne à la Frank Black. On est chez les british pourtant la décapotable trace, les frissons ? C'est pas que ça, le son, le jeu, l'idée d'un vieux rock crasseux tout propre, inaltérablement inébranlable. Et pourtant ça branle dans l'air à poil.

Du pollen plein la tronche, des moustiques plein les dents, galure vissé et barbichette au vent, le poids des atrocités alentours me donne de la hauteur. La plainte des demis avant d'épouser la plinthe nous sauce, j'ai sorti mon côté animal de la boite à gants. La terre est craquelée, elle a bouffé toute la flotte tombée. La musique s'écoute par les racines et la brindille tangue. Sublime album opulent. Un peu comme d'hab .. dans mes souvenirs.

The Bevis Frond 2026 « Horrorful Heights » 

 



mardi 28 avril 2026

Barnill Brothers 2025


Un retour en Belgique, il y a toujours un petit groupe à dénicher par là-bas. Le temps est au beau fixe depuis quelques semaines, il faut bien brumiser quelques vagues à l'âme sous ce vent sec et poussiéreux. Pastorale est la pop, calfeutrées les mélodies, une blanche matinée persiste, c'est doux, on parle de Simon & Garfunkel par-ci, Everly Brother par-là, moi je me balade vers les Minor Majority.

C'est quand même bien emmitouflé de beauté, on ne se découvre pas au fil des chansons de « Shelter », leur deuxième album.Le soleil y va de son timide réveil, un peu la tronche en biais avec ce voile brumeux, et déjà une belle trouée vert d'eau fait chanter toutes les plumes. Pas loin, l'océan.

Barnill Brothers 2025 « Shelter » 


 

Paul McCartney 2026

  Assis sur le toit du monde, il saupoudre les courbes bleues de sa poussière féconde et dorée. Comme un génie de routine, mais toujours p...