"Good"
en bleu sur la pochette de pivoines flamboyantes. Certains prétendent
que ce sont des tulipes. Mon cerveau est pivoine. Bon ok, mais le
choix de la couleur bleu dans ce tableau profondément botanique.
Est-il au moins sur la même longueur d'onde que les verts intenses
des grosses feuilles épaisses ? Et cette police décalée. Un léger
petit bout de ciel détaché, décalé, désorienté. Un bout de
vitrail comme un bri de verre, ouverture fauve.
J'aurai
cru ce groupe anglais, malgré le jazz urbain en brouillard qui sent
l'outrecuidance. Cambridge quand même. Comme un bout de ciel cobalt
et dégagé au dessus d'un parc, le beau jardin proustien à Illiers
avec des sublimes phrases trop longues.
Good
en bleu quand même, comme pour prévenir que les guitares et les
claviers sont absents.
Une
certaine légèreté malgré le plombé. Tout semble piqué d'un
certains décalage. Cet album m'intrigue, il est génial, une
certaine accroche. L'écoute m'avait échappé il y a quelques
années, je n'avais pas fait attention à la pochette. Un détail
vient gâcher la fête, quelque chose brouille les pistes, un poil
collé sur la savonnette, inconsciemment une guitare manque. Ce bleu
good a brillé mes esgourdes. "Good" passe en
boucle et le ciel s'obscurcie.
Tranquillement
l'évidence. Un sentiment de grande facilité, la maîtrise
travaillée et plein de doutes chassés. C'est surtout cette
exactitude sanguine à chaque écoute, ce blog est parti de lui avec
mes doutes sur l'être humain, comment certains vivent me fascine
encore, ce voyeurisme crasse qui m'afflige.
Je
ne suis toujours pas remis de la disparition de Murat, tout comme de
la sur-dimension émotionnelle de « Watt »
de Belin. Tout se mélange souvent et mes écoutes s'acharnent. On
fait grandir des ruines « Pluie
de data »
et le grand lièvre mange la rhubarbe.
Je
revois encore Dominique poussant le fauteuil de Vic Chesnutt sur la
scène de l'Olympia. J'en ai déjà parlé, c'est le départ de
beaucoup de chose pour moi. 1995 avec Françoiz. Et l'avalanche de
toutes ces chansons, ces salles de concert, ces milles collaborations
et poignants inédits éparpillés.... je défaille sur « Picasso
y los Simios ».
Le reste est une évidence et chaque petit matin du Montparnasse,
« Spirales »
apparaît sur le quai, je marche avec moins de doute sur mes
incertitudes même si je continue à regarder comment certains
vivent. Petit rouleau de vernis comme un riff sur les incivilités.
Les accords font mouche et je replonge parmi toutes ces chansons. Les
idées sonores arrangées de « La
terre à personne »
et d'un pas lent je foule ce béton désactivé qui semble être à
tout le monde. Il a gardé du « Momento »
et plein d'autres de ses inspirations, s'il a repris la guitare, la
contrebasse est toujours là, comme le fil d'un monde réel. La
lourdeur de l'air se dissipe à chaque fois, ou me ramène au gris
quand il semble trop délétère. C'est un opus puissant, une autre
visibilité, un compendium.
Lorsque
je boudais légèrement « Tout
sera comme avant »,
il est venu me chercher à quelques champs de chez moi pour le
proposer à sa façon au théâtre du Nickel de Rambouillet.
Rabiboché. J'ai eu le même doute avec le disque orange « Toute
Latitude » »
immédiatement balayé par « La
Fragilité »
son verso. Combien de salles, combien de chansons et de
collaborations.....d'inédits. Élysée Montmartre 1999 rouge
violent.. Espace Soutines à Lèves, Vélizy « Avec
les autres »,
solo au Café de la Danse époque « Auguri ».
Dorénavant, j'y vais avec mon fils. Balisées certes, sentes,
venelles ou grandes artères, j'avance sur mon évidence.
Belin
les parcs, Murat les chemins, Dominique A les jardins.
En
arpentant les allées bizarres de ce petit jardin adapté, je me suis
interrogé, sans n'avoir jamais vu à ce point l’anomalie naturelle
d'un lopin façonné, le besoin rigoureux du bipède à vouloir
s'enliser dans l'administratif. Le protocole d'une pelouse de bords
tracés rasée de près, ces plessages décoratifs, ces tailles dans
des arbustes choisis, If
et Buxus
dociles à la lame du jardinier, je réalisais l'inquiétude
confirmée.
J'ai
longé ce ruisseau dévié sur ce calcaire tassé et entortillé
histoire de guider celui qui n'a pas d'idée. C'est pourtant beau un
jardin d’acclimatation, à condition de ne pas y voir
l'interventionnisme outrancier des individus se croyant
indispensables. Tordre et disloquer, rendre la graminée ornementale,
coiffer rectangle le houppier des tilleuls, cercler, désarticuler,
le jardin administré dans l'urbanisme. La charmille esclave sans
cesse ébranchée fait la joie d'une race humaine qui aime asservir.
Le bistouri a raison des parcs depuis que l'homme a déposé sa vie
sur des textes communs, du dessin, beaucoup de calculs, un besoin de
contrôle et de régence.
Il
est chouette ce petit parc façonné, je ne me lasse jamais d'en
faire le tour, à quelques heures perdues, celles que je gardent pour
tuer l'après midi, quand je ne peux pas me rendre plus loin en bas,
au bord du grand bois sombre. Juste après lui, s'ouvre la grande
forêt domaniale, tiens, encore un terme administratif. Je tourne
dans ce parc, je pense à James McCartney. Il faut dire que je suis
sur l'album des Dragonflies depuis quelques soirées. Dhani
Harrison
et Nigel
Godrich.
Je ne connaissais pas cette association, ce travail commun étonnant
agréable et fleuri. Il faut oublier le passé ou pas (Dark
Horse Records quand même) pour
savourer ce travail bucolique à la belle pochette de composition
botanique. Comment ne pas faire abstraction de Papa Harrison. Donc
j'ai retenté James pour voir, à nouveau pitié et affliction.
Julian ? Quant à Sean plus qu’intéressant, mais comment ne pas
penser aux forêts ?
Modesto
en pleine Wallonie, un angle bizarre et je ne pensais pas un jour
replonger de ce côté-là. Grandaddy donc "Angles",
en plus féminin, ça devrait marcher ce truc, comme un chouette
Baltazar, comme des jolis tubes anglais, "Not
your fault",
ou à la Travis et "Goddess"
me fait tournoyer. Tout défile tendre, beau et tristounet. Z'ont pas
trop morflés les garçons et c'est pas impossible que ça passe en
boucle ce touchant retour. Eldorado chez les Belges.
Une
langue purée sur des idées embrumées, "You
you you"
se frotte à Baxter Dury en plus crade. Le dancefloor pue des reins.
Chef d’œuvre de prédiction. Épandage de salive sèche, gestuel
terrifiant comme le peintre qui suffoque, dehors, de l'autre côté
du dos, les franges de savon fluo balayent l'horizon. J'ai des bouts
de bougies dans ma poche, je me fige sur ce calvaire comme la
sentinelle affaissée en vue d'une fin de quelques petits mondes.
Même pas sûr que l'arrêt de bus tienne jusque-là. Depuis combien
de temps le dernier engin est passé ?
"Fighting
for you"
il n'y a plu grand monde. La lumière a disparu, elle n'est en tout
cas plus la même, elle accable le mécanicien. Il n'a plus les
pièces, il faut un bout d'artère ou tout racheter. Je dévisage les
bâtiments fissurés, la suie ne tient plus rien, à défaut d'aller
sur Mars, j'irai bien boire un cocktail sur Nuuk. "Gape"
en épaisse flammèche déplorable, les cloportes ont des clairons,
l’hallali des intelligences. Et dire qu'il a quand fallu qu'on se
fabrique un prédateur.
J'ai
adoré "The
Red Thread"
comme un damné, pour les mêmes raisons, l'être humain semble
fasciné par son extinction, minutieux et appliqué. Mon indifférence
me fout les chocottes comme dirait Elvis, pourvu que la tendresse
empoisonne et que tout se fasse dans le calme le plus affable
possible.
Quel
son, quelle époustouflante, je suis fracassé.
Tringlot
depuis quelques décennies, j'ai usé ce laps de trajet à bouffer du
son plus que n'importe quel canasson. Des quantités d'albums, jamais
le même, isolé sous le casque, devant un paysage défilant,
toujours le même. Le cours ordinaire des choses avec le gouffre de
l'histoire de la musique disponible au creux du clic.
Je
dis clic, car il n'y a pas si longtemps que ça, j'y allé avec ma
pochette de CD dans le train qui faisait de moi tout sauf un
déserteur. J'y allais bon train bonne oreille, affamé. Comment à
l'époque tomber sur un tel opus. Il n'est d'ailleurs pas disponible
sur ma plateforme. Je tente Utub et je commande derechef le vinyle
chez mon nouveau disquaire Vinted. Mayall n'est plus, à quoi bon lui
verser du morlingue.
Je
suis raide dingue de "Moving" 1972 avec les
cuivres et cette scène incandescente. Et j'aurais pu vous causer du
double monstrueux "Ten Years are Gone" 1973,
voire du "New Year, New Band, New Company"
1975 (je me les suis procuré aussi). Mais voilà, "Bottom
Live" se fait rare et je remercie le p'tit gars qui me
l'a laissé pour 7 bal sans aucun crépitement de sillon. La pochette
et sa tronche imberbe, la fatale derrière, l'époque, 1979. Il fait
sont Stevie Wonder le John ou c'est mes yeux ? ("Bottom
line"). Il est suave, doux, moelleux, improbable. La guitare
discrète, l'harmonica encore un peu là, et je pense pareil à la
discographie de Clapton, quand il s'est vautré dans le JJ Cale et le
"No Reason to Cry"- "Another
Ticket" que j'adore. Le Crossroad pur et dur est très
très loin, mais on s'en fout, ils ont fait le job et on se prends la
fin des 70,s en pleine poire, détendu du manche à gratte.
("Cocaïne", "Sensitive kind"..
énorme impact JJ Cale sur les deux héros quand même... je dis
ça..).
Je
découvre le post yarbirds, "Moving" est une
transition, moins blues, plus soul, cuivres et chœurs. "Keep
your country green" délicieux. J'ai tout écouté mes
lacunes de Mayall ( post 73). Va t'en guerre que je suis depuis des
décennies, j'écoute quelques uns de ceux-là dans le wagon. Pour
l'attachant et décalé "Bottom Line", c'est
sous le saphir, une fois rentré et toutes mes défroques de tringlot
déposées au seuil de mon antre. "The game of love"..
gros slow d'une autre époque, "Come with me"
presque du disco. Faudrait pas non plus conseiller cet album à un
bleu que le blues British intrigue. Quelle vie a eu ce disque à sa
sortie, les retours, l'avis des puristes ? Vu l'opinion fantôme
dithyrambique, j'imagine, et m'en fait un disque précieux.. "I'm
gonna do it" et puis c'est tout.
C'est
une constante chez Shearwater, le grandiose. Des gros coéficients
injectent dans sa pop moderne une envergure travaillée à grand coup
d'altitude. Puis quand tout vient planer, des ondes de Talk Talk
reviennent à la charge. "More
and more".
Gravité
des choses, toute les sensibilités gravitent autour de mon collier
avec ce doux étranglement. "Anamnesia".
"La
dame à la Licorne"
est encore à me secouer la paillasse. Ce lien irréversible.
Shearwater revient sans cesse, et malgré les hauteurs vertigineuses,
l'apaisement. La certitude d'un nouveau monde, un doute sur le point
de fuite. La permanence d'une beauté.