Et tout se fige. L'élan
des tiges, l'eau des bouches, quelques palpitations, toutes les
boucles. Je m'abouche à son souffle, étouffé par le jeu des
respirations, émollient du cortex sous ses cordes au gré des crues
successives, je bois tout de Graindorge.
Je répète ici mon
faible pour les cordes ambiantes quand elles sont amignonnées par
des filles, Moss, Foon ou Hildur.
Trompe l’œil de
pochette à trompette, toutes les émotions sur son violon avec plein
de monde autour. Des timbres graves sur l'archet en ressac, un monde
tourbillonnant et je laisse l'impatience printanière mijoter dans la
tourbe et ses tourments.
Passer les écluses, se
cogner au batardeau, je respire profondément. Ouvrir les vannes,
naviguer dans l'air, exciter les turbines comme dans un rêve, je
suis pas pressé, tant qu'il y a de l'air pour souffler dans le
violon.
Alejandro se revisite. Il se la joue
Iguane sur la conquête de John et puis tout dégouline sur un blues
pluvieux. « Echo dancing » sous ses airs
cradocs a pris un bon petit coup de prod-rythm-program bien taillé
« Sacramento & polk », un peu comme quand JJ
Cale « Number 10 » est passé sur un autre
son. Sauf que Escovedo en Alejandro, c'est pas Cale en JJ.Il reprend.
Je suis passé près de
la beauté des petites herbes en fleur, embourbé à vouloir rentrer
chez moi pour me manger « Too many tears ».
Impossible d'avancer, toutes cette lourde mélasse amoureuse collée
à mes semelles, je patauge et patine dans cette marée brune.
Pourtant si je ne rentre pas avant le jour je risque de finir
enterrer noyé dans ce champs qui n'en finit pas de me bouffer les
péronés. Si seulement il ne pleuvait pas autant. Deux ou trois
buses dubitatives me scrutent, où sont les corbeaux et les lambeaux
de paysans dans le limon flasque.Je suis cinglé par la
pluie, et pas que, je ne suis que bouillasse miséreuse, mes pas
pèsent un camion, j'avance parpaing et déjà se dessine à quelques
averses de là mon clocher flou lessivé par la trombe et les tombes.
Qu'est ce qui m'a pris de sortir m'embourber.
« Castanuelas »
passé, tout s'est calmé, enfin arrivé, ou plutôt échoué comme
un vieux poiscaille rejeté à la flotte. Et voilà qu'il fait son
Nick Cave sur « Swallows of San Juan ». J'ai
repris de la braise sur « Sensitive boys », les
bûches ont fait le reste. Le jour et là, je m'effondre assoupi sur
un épais tapis poilu sous les riff secs de « MC Overload ».
Ma lourde carcasse se laisse tanguer mou par le coït virtuel de
« Inside this dance ».
Quel disque !!
quelle périple !! un bilan ? j'ai pris un jus de je ne sais pas quoi
cul-sec, « Wave » sur le front debout revigoré,
réarmé du buste, près à plonger à nouveau dans la patauge
boueuse des horizons inondés. Va falloir quand même, un moment
donné, que je rentre chez moi. C'est à qui ce tapis ?
Ça vous a plu ?
Vous en voulez encore ? Du folk printanier à la Asgeir ?
Il y en a pléthore, il faut trier. Et bien j'ai trié, j'aime
fouiller les paluches dans la chlorophylle et l'argile fraîche. Le
printemps météorologique est au seuil de mon parterre, le
calendrier on s'en fout, alors la guitare chante et la voix se fait
mielleuse, ou moelleuse avec cette petite mine tristounette des
paysages arrosés, cuits par l'hiver.
Où est Charlie ? Du
côté de Londres bien plus au sud de l'Islande. Les févriers bien
tassés ne sont pas les mêmes, pourtant la recette est là.
En attendant les
canicules « Permanent way » et le retour à
l'hiver « Lines », le dernier délicat « In
Light » est aérien, se cale sur le sentiment
réconfortant du regarnissage, l'impatience des étamines, juste
après son sublime « Frame ».
Charlie
Cunningham 2023/2025 « Frame » -
« In Light »
Des indices plus qu'il
n'en faut. Duo pâquerette et perce-neige sous mon cognassier blanc,
poudre de noisetier flottant sur les mares, cyprès aux nez, les
aulnes fécondent. Le ciel se charge de grandes nuées bien lourdes,
les océans sont encore froids. En vue la nichée, aux aguets les
crocus, premiers bourdonnements, hymne printanier qui flotte.
Mes plaines sont pleines
d'eau sous l'effervescence des oiseaux, tout se miroite à perte de
vu et le bourlingrin se baigne. Les grenouilles traversent la nuit,
les premiers petits cafés en plein jour... des indices plus qu'il
n'en faut et je me laisse porter par le courant.
Pochette traversée par
le fantôme de Richard Brautigan qui s'invite dans mes pensées. J'ai
décliné la sieste à tort et je bricole dans ma piteuse cabane qui
prend l'eau par le haut avec au cul mon Jeans le plus vécu. Hermann
Dune a dû louper un truc. Le lierre a déjà épousé la poutre
bienveillante et j'emmerde la mérule. Quelques secondes à divaguer
et déjà milles rêves ont grignoté mes doutes.
Tiens, je ne peux plus
m’asseoir sur mes genoux, je vais devoir remonter la rumeur et me
faire à l'idée. Le jour en duc décline, mon dos sur les lambourdes
déguste et je savoure le tout dernier Turner Cody. Je pars pécher
la truite dans les eaux froides au creux des noires forêts qui
dévalent d'arides pentes betteraves, je reviens et me pose sur
l'obsession « Out for Blood ».
Aucunement une mission de
parité, juste un autre hasard, après les deux complices suédois,
les filles de Seattle. Série Fargo oblige comme on écoute une BO de
Tarantino, j'ai laissé dérouler la compilation 5 volumes près pour
l’hameçonnage. Et j'ai mordu sur HEART illico entre autre, sous
le charge littéralement. Obligé, je pars en mission, ce disque est
une fraîcheur cliché dont j'avais besoin pour me dépatouiller de
cette merdasse d'agenda quotidien, aujourd'hui. « Crazy on
you » et son outrageuse générosité, voix, riff et
gimmick plein la chemise et les boots. Je suis allé m'ouvrir
quelques glutes pour fêter la belle humeur retrouvée avant
d'embarquer tout conno sur le Dreamboat avec les Wilson frangines. On sait exactement où l'on
est, et s'il n'y avait que moi, je prendrais mon baluchon pour
embarquer là-bas.
C'est alors qu'a resurgi
un vague souvenir de 33T que j'ai dû avoir quelque temps, ou loué
pour enregistrement. En cherchant plus encore, je suis évidemment
tombé sur « Alone » 1987. C'est donc ça cette
petite émotion nostalgique d'hyper tube planétaire FM de rock
féminin amerloque. J'en étais, je l'avais et j'en avais d'autres de
cet acabit-là, plein le rayonnage.
Immersion, rappel dans le
rétroviseur, et toujours ces clichés d'époque devenus attachants.
Sauf qu'autant le son « Bad Animals » a
très mal vieilli, autant celui de « Dreamboat Annie »
reste intemporel et inébranlable.
Le charme de la langue.
De toute façon, même l'anglais m'est étranger. C'est une
découverte assez belle et inattendue : Je farfouille du côté
Deutsche Grammophon pour trouver quelques néo-classiques qu'ils
hébergent depuis quelques années pour tenter un renouveau et je
tombe par hasard sur Benny Anderson et son double « Piano »2017.
Peu importe ces reprises, mais sa tète me dit quelque chose. De
retour aux pieds de mon arbre musical intérieur, je cherche et
trouve. Non seulement je vois de qui il s'agit, mais j'arrive
intrigué sur cette ocre pochette 1970.
Autant le groupe me fout
les miquettes, pareil aux biquettes des BB (sans les 2 A), autant ce
« Lycka » m'intrigue.
Totalement de la pop folk
début 70's comme les premiers Bee Gees (d'ailleurs aujourd'hui Benny
ressemble beaucoup à Barry). « Kära gamla sol »
me renverse et flirte presque avec un très jeune Bowie, voire Belle
& Sebastian. La belle époque. De la balade traditionnel d'époque
en duo avec Björn Ulvaeus avant le gros plan à quatre.
Je découvre donc un peu
l'histoire, j'écoute ce super opus avec cette pochette singulière à
la guitare peinte qui détourne et guide et je ne peux pas
m’empêcher, connaissant la suite, d'imaginer la pensée des deux
gars.. « On est pas bien là, décontractés du
chant...qu'est ce qu'ils sont allés s'emmerder après !!! »,
juste avant l'emménagement et la colloque pop. Une autre histoire.
Je vais fouiller plus
encore, en attendant « Lycka » est mon
petit bijou du jour.
Une blondeur de paille
telle « Livet gar sin gang » ; « Lilla
du, Lilla vän » comme un 45T des tous premiers BJH. Un
conseil, écouter cet opus sans le « Expanded Version »,
c'est un focal touchant sur le 33T d'époque, une curiosité, la
vision innocente des deux pures écritures avant les paillettes.