Modesto
en pleine Wallonie, un angle bizarre et je ne pensais pas un jour
replonger de ce côté-là. Grandaddy donc "Angles",
en plus féminin, ça devrait marcher ce truc, comme un chouette
Baltazar, comme des jolis tubes anglais, "Not
your fault",
ou à la Travis et "Goddess"
me fait tournoyer. Tout défile tendre, beau et tristounet. Z'ont pas
trop morflés les garçons et c'est pas impossible que ça passe en
boucle ce touchant retour. Eldorado chez les Belges.
Une
langue purée sur des idées embrumées, "You
you you"
se frotte à Baxter Dury en plus crade. Le dancefloor pue des reins.
Chef d’œuvre de prédiction. Épandage de salive sèche, gestuel
terrifiant comme le peintre qui suffoque, dehors, de l'autre côté
du dos, les franges de savon fluo balayent l'horizon. J'ai des bouts
de bougies dans ma poche, je me fige sur ce calvaire comme la
sentinelle affaissée en vue d'une fin de quelques petits mondes.
Même pas sûr que l'arrêt de bus tienne jusque-là. Depuis combien
de temps le dernier engin est passé ?
"Fighting
for you"
il n'y a plu grand monde. La lumière a disparu, elle n'est en tout
cas plus la même, elle accable le mécanicien. Il n'a plus les
pièces, il faut un bout d'artère ou tout racheter. Je dévisage les
bâtiments fissurés, la suie ne tient plus rien, à défaut d'aller
sur Mars, j'irai bien boire un cocktail sur Nuuk. "Gape"
en épaisse flammèche déplorable, les cloportes ont des clairons,
l’hallali des intelligences. Et dire qu'il a quand fallu qu'on se
fabrique un prédateur.
J'ai
adoré "The
Red Thread"
comme un damné, pour les mêmes raisons, l'être humain semble
fasciné par son extinction, minutieux et appliqué. Mon indifférence
me fout les chocottes comme dirait Elvis, pourvu que la tendresse
empoisonne et que tout se fasse dans le calme le plus affable
possible.
Quel
son, quelle époustouflante, je suis fracassé.
Tringlot
depuis quelques décennies, j'ai usé ce laps de trajet à bouffer du
son plus que n'importe quel canasson. Des quantités d'albums, jamais
le même, isolé sous le casque, devant un paysage défilant,
toujours le même. Le cours ordinaire des choses avec le gouffre de
l'histoire de la musique disponible au creux du clic.
Je
dis clic, car il n'y a pas si longtemps que ça, j'y allé avec ma
pochette de CD dans le train qui faisait de moi tout sauf un
déserteur. J'y allais bon train bonne oreille, affamé. Comment à
l'époque tomber sur un tel opus. Il n'est d'ailleurs pas disponible
sur ma plateforme. Je tente Utub et je commande derechef le vinyle
chez mon nouveau disquaire Vinted. Mayall n'est plus, à quoi bon lui
verser du morlingue.
Je
suis raide dingue de "Moving" 1972 avec les
cuivres et cette scène incandescente. Et j'aurais pu vous causer du
double monstrueux "Ten Years are Gone" 1973,
voire du "New Year, New Band, New Company"
1975 (je me les suis procuré aussi). Mais voilà, "Bottom
Live" se fait rare et je remercie le p'tit gars qui me
l'a laissé pour 7 bal sans aucun crépitement de sillon. La pochette
et sa tronche imberbe, la fatale derrière, l'époque, 1979. Il fait
sont Stevie Wonder le John ou c'est mes yeux ? ("Bottom
line"). Il est suave, doux, moelleux, improbable. La guitare
discrète, l'harmonica encore un peu là, et je pense pareil à la
discographie de Clapton, quand il s'est vautré dans le JJ Cale et le
"No Reason to Cry"- "Another
Ticket" que j'adore. Le Crossroad pur et dur est très
très loin, mais on s'en fout, ils ont fait le job et on se prends la
fin des 70,s en pleine poire, détendu du manche à gratte.
("Cocaïne", "Sensitive kind"..
énorme impact JJ Cale sur les deux héros quand même... je dis
ça..).
Je
découvre le post yarbirds, "Moving" est une
transition, moins blues, plus soul, cuivres et chœurs. "Keep
your country green" délicieux. J'ai tout écouté mes
lacunes de Mayall ( post 73). Va t'en guerre que je suis depuis des
décennies, j'écoute quelques uns de ceux-là dans le wagon. Pour
l'attachant et décalé "Bottom Line", c'est
sous le saphir, une fois rentré et toutes mes défroques de tringlot
déposées au seuil de mon antre. "The game of love"..
gros slow d'une autre époque, "Come with me"
presque du disco. Faudrait pas non plus conseiller cet album à un
bleu que le blues British intrigue. Quelle vie a eu ce disque à sa
sortie, les retours, l'avis des puristes ? Vu l'opinion fantôme
dithyrambique, j'imagine, et m'en fait un disque précieux.. "I'm
gonna do it" et puis c'est tout.
C'est
une constante chez Shearwater, le grandiose. Des gros coéficients
injectent dans sa pop moderne une envergure travaillée à grand coup
d'altitude. Puis quand tout vient planer, des ondes de Talk Talk
reviennent à la charge. "More
and more".
Gravité
des choses, toute les sensibilités gravitent autour de mon collier
avec ce doux étranglement. "Anamnesia".
"La
dame à la Licorne"
est encore à me secouer la paillasse. Ce lien irréversible.
Shearwater revient sans cesse, et malgré les hauteurs vertigineuses,
l'apaisement. La certitude d'un nouveau monde, un doute sur le point
de fuite. La permanence d'une beauté.
Je
me souviens de tout. Du choc et de l'embarquement .. Whisper
and Sigh.
Un tel truc par chez nous !! Aussi de mon éloignement léger
Brotherocean
tellement le décollage fut intense. C'était en 2010 le début du
silence.
"A
Gospel of some Sort".
C'est long 16 ans. Et puis non. Tout est revenu comme une très
lointaine marée reculée de 23 ans. Un autre départ, le
recommencement, il fut tellement important. La grève remouillée
avec dans son écume du Yorke romantique ("Choking
on anger")
et du Grandaddy vaporeux ( "In
the darkness").
J'ai
cru hier soir à une disposition lapidaire que le tanin caressait. Ce
matin caféine, c'est un petit miracle et ma nuit plombée n'a rien
ébréché. Je parle du petit matin lumineux, pas le merdeux pâle et
gris qui vous fait loucher sur le canapé. C'est le jardin qui
s'ouvre aux notes. L'herbe qui repousse doucement, l'asticot qui
remonte. On referait bien péter un nid.
"Choking
on anger"
a fait mine de transcender. C'était sans compter "The
devil".
En boucle depuis hier soir. Ai-je dormi ?
Mal
attifé le ciel ce matin, j'ai tendu l'oreille sur les rafales pour
chaparder quelques parfums d'une terre souffreteuse. Défunts
houppiers calcinés sans flamme aucune, j'ai respiré la démission.
Premiers petits matins à me lever dans le noir, le soleil yo-yo fait
son job. Des trombes aussi, la basse dépression soudaine a un goût
d'orgasme, aube fontaine. J'ai bu l'abus d'eau, sourcil défroissé,
la libellule invitée et le chevreuil audacieux.
La
nuit s'est arrêtée brusquement, comme une éclaircie en plein
typhon. La cambrure molestée, l’invraisemblable horloge a tuméfié
ma docilité. J'ai rêvé de relief juste au moment où j'ai traversé
l'abri de mon auvent, et si les nuages étaient des montagnes ? Rien
ne m'attendait dehors, que les obligations. J'ai traversé la court
grise, piétiné quelques miroirs, le ciel avalait tout. J'ai mis du
temps à écouter ce Prince-là. Peut-être était-il passé dans la
routine des écoutes négligées, quelques unes comme ça brouillent
la sente, histoire de se faire vouloir ou pas, choper le truc au bon
moment, comme il faut, avec peut-être l'humeur et la météo qu'il
faut pour le garder précieusement. Tellement bouleversé par "The
Letting go"
et aussi par "Ease
Down the Road"
que je pensais qu'ils allaient me suffire. " We
are Together Again"
dorénavant.
L'effet
Wagner a opéré. Les longues barbes sont restées au pied de la
cascade pour chanter à l'unisson de la gorge et du poitrail. Les
frangines elles sont venues à moi. C'est un long épisode qui se
dessine, ligneuse épopée pleine d'ardeur. Je me suis laissé faire
au creux de ce monde irréaliste.
Au
gré du vent Elizabeth a larmoyé son amour printanier juste à une
caresse de mon visage, les charmilles ont frissonné, j'étais le
charbonnier sous le dégèle. L'écorce était noire comme ses yeux,
le drageon tumescent, j'ai failli défaillir sous l'orage de "With
hopes lost",
juste avant de danser sur les accords électriques de "Where
you wander".
Carpinus a pris la foudre, le charme s'est répandu.
Carla
sur mon épaule soufflait son évangile ténébreux, des arilles
plein les cheveux. Elle a tout taxé, moi adossé au tronc d'un If,
je laissais l'écorce rousse me griffer le ventricule. La gorge
creuse et le bourgeon en rut, sa folie m’envoûtait. Sous emprise
du vert profond de ses folioles, funicule en vrac, j'ai vu tous ses
enfançons s'esbigner comme des folles billes sur du marbre. Toutes
les larmes du vallon ont noyé ma terreur sur le "Pissing"
dégoulinant.
C'est
Thalia qui avait ma main dans la sienne. Tout s'est constellé quand
elle a entonné "Been
Here and Gone"
pour panser les déchirements. La voix noueuse comme un tronc
d’olivier, ses douces pupilles de bronze clair laissaient couler
lentement quelques perles d'huile sur ses joues sillées. Ses
paupières argentées me bouleversaient, son haleine chaleureuse à
bruir ma peau, je croulais sous les inconsolables caresses, moi
l'invité éphémère, j'ai tout pris avant de les voir s'endormir,
"Temporary
guest"
à se tordre.
Elles
sont reparties comme elles ont déboulé les belles frangines d'entre
les arbres, rauques et folles. Plus de chant, plus personnes, sucé
jusqu'à la moelle, vide et apaisé, la trinité du spongieux hors
saison, brûlant et engourdi, les couleurs sont revenues. Où sont
mes fringues ?
Thalia
Zedek 2001
"Been
Here and Gone"
Carla
Bozulich 2006
"Evangelista"
Elizabeth
Anka Vjagic 2004
"Stand
with the Stillness of this Day"