dimanche 1 novembre 2026

Eric Clapton 1975


 

 Un peu mécaniquement immobilisé, je me vautre dans les galettes. Furieusement attaqué par une fasciite boiteuse, je sors plein de disques, je m'en mets partout comme une pommade anti-inflammatoire pour les songes. C'est à la mode le fasciite ces derniers temps, partout on en parle sur les écrans, cernés, douloureux, avant que la douleur ne se déplace vers le centre arrière presqu'au milieu du bas du dos. On a beau être un vétéran de la colo, il va quand même falloir contracter. Boitillant donc et pour l'instant, je gravis claudiquant mes escaliers pour aller rejoindre les lourdes étagères croulantes elles aussi sous le poids historique des boîtiers et pochettes tout azimut. Assis, je me trouve au niveau des vieux vinyles de Clapton, là où je range le blues.

Et voilà le mot qui blesse.. c'est plus du blues vont objecter certains. Des branleurs en général. Eh bien oui messieurs, j'aime beaucoup la JJ-Calisation du Riton de la gratte, cette coolitude de rocking-chair entamée au 461 Boulvard Ocean, comme une halte avant la destination vers Escondido. Alors je vais direct sur l'opus cabot perdu entre les deux pièces maîtresses discographiques qui l'ont enfermé, entre Marley et Cale justement. "Opposites" moelleux me berce et je sens la douleur plantaire se calmer temporairement. Il fut un peu mésestimé voire totalement oublié ce disque 1975 ou c'est mes yeux ? "Better make it through today" est la crème même de cette belle tendance à l'égalité d'humeur qui va suivre Clapton jusqu'à "Money and Cigarettes", autre disque peinard rangé dans la marge avant que Phil Collins viennent réveiller le son du barbu.

"There's One in Every Crowd" est délicieux. "Pretty blue eyes" distille, le p'tit reggae est là "Swing low sweet chariot" tellement le Shériff a fonctionné.. Pas la peine les rotules, j'ai bien assez mal comme ça, cet opus est excellent, un réel plaisir frôlant le jouissif, on a remplacé la dope par le malt distillé, c'est peut-être ça l'effet magique résumé de la belle chose rilax ? un moment chaleureux avec une prod molletonnée, une attelle reliant 461 et Slowhand.. alors, "Don't blame me".. ah ouaih, le Shériff a vraiment très bien fonctionné.



Eric Claton 1975 "There's One in Every Crowd" 


 

vendredi 30 octobre 2026

The Jayhawk 1989

 


 

D'emblée et de loin, "Rainy Day Music" est mon album préféré des Jayhawks. De deux, la Country est chouette quand elle est alternative. Pourquoi cet opus 2003 ? plus mélodieux, toujours aussi alternatif, plus pop, moins country, le mélotron de "Don't let the world get in your way", les beaux yeux de Sarahjane ?

Il est en tout cas le carburant suffisant de ma caisse quand le chemin s'annonce plus long que d'habitude, que les plaines s'allongent. Au détour de ce ressentiment délicieux et indélébile, je me suis laissé craquer du bac quand j'ai vu proposé en prix bradé le "Blue Earth" de 1989. Le vinyle est bleu comme le titre, le son cramoisie comme la pochette. Dedans, le 45T proposé en parallèle à la sortie du Lp à l'époque (sublime "Martin's song"). Secs sont les sillons, guitare basse batterie sur des choeurs qui font leur effet, sans oublier l'harmonica et la pedal steel qui projettent là-bas, dans les vastes alentours de Minneapolis. Cale sèche pour le rafiot qui n'a pas vu la houle depuis des lustres, c'est très très country pour le coup, tiags et bal près du ranche. C'est un peu pour toutes ces raisons que j'aime énormément "Rainy Day Music", mais je devais sauter sur l'occasion de plonger comme il se doit dans la genèse d'un groupe mythique, très local, "Blue Earth" plus que séduisant, attachant et tendrement folklorique avec la petite mou joyeuse de poser un 45T.

The Jayhawks 1989 "Blue Earth" 



 

jeudi 29 octobre 2026

Rain Tree Crow 1991

 


Cerf et lune, il en est toujours question, le corbeau surtout. Posé sur les remugles de Japan, j'ai passé en boucle l'unique Rain Tree Crow malgré que le soleil soit revenu. Des allures d'Hollis en Piano Magic et si tout passe à l'orange, le tribal des cellules résiste au brouillard. Le trait irradié cuit la suie et fait bouillir à feu doux quelques croassements de ruines.

C'est l'humidité des paysages, les vieux arbres, les plumes mordorées au bec saillant. Il y a la terre cendrée des anciennes collines et cette intimité quand il fait nuit très tôt. "Pocket full of change" qu'il est dur de défaire. David Sylvian pollinise, croone sur les houppiers, crane sur l'adventice comme un jazz ambiant de fleurs phanères. Le tronc blanc Betula saigne, la légèreté portée de jaune passe d'accords en souffles neigeux. David en métal mou fabrique tous les interstices de paysage fécondé juste au dessus d'un horizon aimanté. Le quatuor fait des merveilles, les retrouvailles éphémères appuient fort sur l'évidence artistique. Tout en restera là, seul Jensen suivra plus tard, dans l'aventure Samadhisound de Sylvian.

Rain Tree Crow 1991 "Rain Tree Crow"


 

lundi 26 octobre 2026

Agnes Obel 2026

 


Taquin le Superbe, un alias du Baron de Charlus, des noms coquets que j'aime lire à voix haute quand je me replonge dans le temps perdu. Un goût d'automne dans les allées de mon jardin, depuis le mois de mai l'été sévit, l'estival a fait du mal et cette fraîcheur ce matin arrive et panse quelques branches meurtries aux troncs douloureux. Elle fait du bien, cette senteur de fragile champignonnière. Les pages défiles avec ses grandes phrases romantiques à pleurer. Une fin de saison comme une fin de siècle et les feuilles ont décidé de partir.

La terre a tout bu, la bûche aux aguets, les derniers petits insectes entament leur dernière danse, aucun désespoir ne se lit dans leurs ultimes tournoiements. Les fleurs de cerisiers est un lointain souvenir. La pluie est revenue, les allées du jardin ont mis leur eau de parfum. Les hirondelles sont parties depuis quelques dépressions, les corbeaux règnent sur les grosses branches busquées, plus personne dans les champs, joggeurs et promeneurs, même la herse s'est couchée. Je vais retourner lire quelques pages, juste après avoir écouter "The Meaning of Flowers" ses fines fragrances qui sentent bon l'automne ou la fin de quelquechose. La tièdeur persiste, les moucherons jouent les prolongations. Je me sens revigoré par ce changement de temps, je me prends crane pour le baron de Charlu de mon court lopin dessiné par ma fourche bêche et ma serfouette. Il est là sous ma semelle mon amour pour la terre. Si le corbeau noircit un houpier à quelques bois d'ici, le fier rouge-gorge est venu me taquiner superbement dans mon cerisier pluvieux, tout comme le cerf attend la nouvelle lune, il y a la certitude dans son regard vif, que l'hiver est au seuil. La lumière est sublime, tout comme l'écriture d'Agnès.

Agnes Obel 2026 "The Meaning of Flowers"


 

samedi 24 octobre 2026

Morphine 1992

 


 

"Good" en bleu sur la pochette de pivoines flamboyantes. Certains prétendent que ce sont des tulipes. Mon cerveau est pivoine. Bon ok, mais le choix de la couleur bleu dans ce tableau profondément botanique. Est-il au moins sur la même longueur d'onde que les verts intenses des grosses feuilles épaisses ? Et cette police décalée. Un léger petit bout de ciel détaché, décalé, désorienté. Un bout de vitrail comme un bri de verre, ouverture fauve.

J'aurai cru ce groupe anglais, malgré le jazz urbain en brouillard qui sent l'outrecuidance. Cambridge quand même. Comme un bout de ciel cobalt et dégagé au dessus d'un parc, le beau jardin proustien à Illiers avec des sublimes phrases trop longues.

Good en bleu quand même, comme pour prévenir que les guitares et les claviers sont absents.

Une certaine légèreté malgré le plombé. Tout semble piqué d'un certains décalage. Cet album m'intrigue, il est génial, une certaine accroche. L'écoute m'avait échappé il y a quelques années, je n'avais pas fait attention à la pochette. Un détail vient gâcher la fête, quelque chose brouille les pistes, un poil collé sur la savonnette, inconsciemment une guitare manque. Ce bleu good a brillé mes esgourdes. "Good" passe en boucle et le ciel s'obscurcie.



Morphine 1992 "Good"


 

mardi 13 octobre 2026

Dominique A 2026

 


Tranquillement l'évidence. Un sentiment de grande facilité, la maîtrise travaillée et plein de doutes chassés. C'est surtout cette exactitude sanguine à chaque écoute, ce blog est parti de lui avec mes doutes sur l'être humain, comment certains vivent me fascine encore, ce voyeurisme crasse qui m'afflige.

Je ne suis toujours pas remis de la disparition de Murat, tout comme de la sur-dimension émotionnelle de « Watt » de Belin. Tout se mélange souvent et mes écoutes s'acharnent. On fait grandir des ruines « Pluie de data » et le grand lièvre mange la rhubarbe.

Je revois encore Dominique poussant le fauteuil de Vic Chesnutt sur la scène de l'Olympia. J'en ai déjà parlé, c'est le départ de beaucoup de chose pour moi. 1995 avec Françoiz. Et l'avalanche de toutes ces chansons, ces salles de concert, ces milles collaborations et poignants inédits éparpillés.... je défaille sur « Picasso y los Simios ». Le reste est une évidence et chaque petit matin du Montparnasse, « Spirales » apparaît sur le quai, je marche avec moins de doute sur mes incertitudes même si je continue à regarder comment certains vivent. Petit rouleau de vernis comme un riff sur les incivilités. Les accords font mouche et je replonge parmi toutes ces chansons. Les idées sonores arrangées de « La terre à personne » et d'un pas lent je foule ce béton désactivé qui semble être à tout le monde. Il a gardé du « Momento » et plein d'autres de ses inspirations, s'il a repris la guitare, la contrebasse est toujours là, comme le fil d'un monde réel. La lourdeur de l'air se dissipe à chaque fois, ou me ramène au gris quand il semble trop délétère. C'est un opus puissant, une autre visibilité, un compendium.

Lorsque je boudais légèrement « Tout sera comme avant », il est venu me chercher à quelques champs de chez moi pour le proposer à sa façon au théâtre du Nickel de Rambouillet. Rabiboché. J'ai eu le même doute avec le disque orange « Toute Latitude » » immédiatement balayé par « La Fragilité » son verso. Combien de salles, combien de chansons et de collaborations.....d'inédits. Élysée Montmartre 1999 rouge violent.. Espace Soutines à Lèves, Vélizy « Avec les autres », solo au Café de la Danse époque « Auguri ». Dorénavant, j'y vais avec mon fils. Balisées certes, sentes, venelles ou grandes artères, j'avance sur mon évidence.

Belin les parcs, Murat les chemins, Dominique A les jardins.



Dominique A 2026 « Spirales » 


 

mardi 6 octobre 2026

Dragonflies (Dhani Harrison & Nigel Godrich) 2026

 


En arpentant les allées bizarres de ce petit jardin adapté, je me suis interrogé, sans n'avoir jamais vu à ce point l’anomalie naturelle d'un lopin façonné, le besoin rigoureux du bipède à vouloir s'enliser dans l'administratif. Le protocole d'une pelouse de bords tracés rasée de près, ces plessages décoratifs, ces tailles dans des arbustes choisis, If et Buxus dociles à la lame du jardinier, je réalisais l'inquiétude confirmée.

J'ai longé ce ruisseau dévié sur ce calcaire tassé et entortillé histoire de guider celui qui n'a pas d'idée. C'est pourtant beau un jardin d’acclimatation, à condition de ne pas y voir l'interventionnisme outrancier des individus se croyant indispensables. Tordre et disloquer, rendre la graminée ornementale, coiffer rectangle le houppier des tilleuls, cercler, désarticuler, le jardin administré dans l'urbanisme. La charmille esclave sans cesse ébranchée fait la joie d'une race humaine qui aime asservir. Le bistouri a raison des parcs depuis que l'homme a déposé sa vie sur des textes communs, du dessin, beaucoup de calculs, un besoin de contrôle et de régence.

Il est chouette ce petit parc façonné, je ne me lasse jamais d'en faire le tour, à quelques heures perdues, celles que je gardent pour tuer l'après midi, quand je ne peux pas me rendre plus loin en bas, au bord du grand bois sombre. Juste après lui, s'ouvre la grande forêt domaniale, tiens, encore un terme administratif. Je tourne dans ce parc, je pense à James McCartney. Il faut dire que je suis sur l'album des Dragonflies depuis quelques soirées. Dhani Harrison et Nigel Godrich. Je ne connaissais pas cette association, ce travail commun étonnant agréable et fleuri. Il faut oublier le passé ou pas (Dark Horse Records quand même) pour savourer ce travail bucolique à la belle pochette de composition botanique. Comment ne pas faire abstraction de Papa Harrison. Donc j'ai retenté James pour voir, à nouveau pitié et affliction. Julian ? Quant à Sean plus qu’intéressant, mais comment ne pas penser aux forêts ?

Dragonflies 2026 "Dragonflies" 


 

Eric Clapton 1975

    Un peu mécaniquement immobilisé, je me vautre dans les galettes. Furieusement attaqué par une fasciite boiteuse, je sors plein de disque...