Celtique irlandais
tarabiscoté, « Ships » m'a séduit tout de
suite sans que je puisse me l'expliquer plus que ça. Le retour de la
pluie sur le blé d'hiver qui redémarre ?
Superbe balade bancale,
je suis sorti. Ultra haute dimension introvertie confinée dans ma
tète les idées suroxygénées.
Obligé la pochette a
percuté, je m'en suis allé fouler les collines vertes, plus bas
déjà le colza et les genêts, plus pâles en jaune que celui des
ajoncs. J'ai marché en rang, j'ai dévalé en chant, sur des pas
réguliers et démilitarisés. Chaque idée sonore m'a embrassée,
l'Herman Johnston Molina en Yorkston du Daniel dunes à bouffer les oyats de Robert
Wyatt.
Un album "Long Walks in the Dark", c'est
l'histoire d'une découverte et tout s’enchaîne. Ses groupes,
Hollowblue en tète, son pseudo Stella Burns. J'ai exploré,
inévitablement je suis tombé sur « Stella Burns loves
you ». On pourrait croire à un album ordinaire, alors
pourquoi tous les matins et sur tous les beaux moments apaisés de la
visqueuse journée, je fredonne « Tiny Miss F »
sans cesse ? Un signe, la chanson habite et ensorcelle jusqu'à
rendre léger, étourdi pour quelques envolées d'étourneaux et des
vagues en noir pointillisme qui ondulent.
« Tiny Miss F »
à tomber amoureux au premier petit courant d'air, tous les matins
avant de plonger dans la meute. Et pas elle seulement.. rien d'un
album à une seule chanson locomotive.. « Swans »
la même obsession mais pour le soir.. « Ordinary man »
pour les belles envolées en plein jour avec sous le capot du 16
Horsepower.. « Russian eyes » … « The
big tide » Calexico.. Le son est délicieux, Gianluca Maria
Sorace et ce petit trémolo dans la voix.
C'est un grand album
d'envergure, de très belle envolée, sorti il y a 10 ans.. j'étais
où en 2016 quand ce bel opus des westerns de par ici est sorti ?
C'est pas faute de fouiller dans les bacs, une injustice parmi tant
d'autres.
« Long Walks in
the Dark» m'a plus qu'enchanté, le sens de la mélodie
des grands espaces. « Stella Burns Loves You »
m'a définitivement cueilli. Le disque se termine, allez, un dernier
petit coup de « Tiny Miss F ».
La fin d'une trilogie ?
Le bout d'une longue discographie comme un dénouement ? And
Also the Trees n'a jamais produit un album aussi beau. Apothéose ou
nouvelle étape ?
Il me le faut dans mes
quotidiens, je suis tombé dépendant de « Devil's door »,
jamais aussi loin avec eux, tellement d'écoutes en si peu de jours.
Je vais faire marche arrière maintenant que j'ai atteint la pulpe,
voir si j'ai négligé avant. C'est un chef-d’œuvre de
british-cold-pop. Chaque petit souffle réchauffe les sombres
guitares en nappes.
La mélancolie
superbement fringuée.
C'est somptueux comme un
paysage qui n'en fait pas des tonnes, nuageux juste ce qu'il faut
avec une saignée pâle de lumière à suffoquer.
Une petite fausseté
comme une fossette sur un visage buriné. L'accordéon de Trickster,
les cuivres de Crosshair, la flûte de I lit a light..
une noyade. Entre Nick Cave et Piano Magic, superbement.
1989, enfin une meuf dans
ma vie. Alors obligé, les albums dévorés cette année là
ressemblent à une Madeleine. C'est pas son prénom à celle qui va
alors m'accompagner, c'est juste mon cortex bandé comme une arbalète à chacune des écoutes de ces opus-là. Explication de mon
favoritisme pour ces albums de ces artistes ? surement. « Travel-Log »
et « Oh ! Mercy » sont mes chouchous
respectifs de JJ & Bob. J'ai consulté quelques articles d'alors
pour me rendre compte et triturer la crédibilité de mon affect. Lectures
confortant, quasi dithyrambiques. Quelles productions !! « Man
in the long black coat » dans un sublime western, comme
« No time ». « Everything is broken »
il a déjà était aussi emballé dans le rythme le Bob ? « New
Orleans» viens on se casse loin.. « Tijuana » ?
si tu veux.. « Hold on Baby ». Ouaih, je
tentais l'effet branleur, on fait c'qu'on peut. Je retente le truc de
temps en temps, j'ai plus de bide maintenant (du verbe bider hein) et il manque les cheveux
et la verdure de quelques sentiments en herbe. Quoi queue.
Et puis il y a ce Petty.
« Full Moon Fever » aurait pu être mon
préféré si « Wildflowers » ne lui avait
pas couper net la chique. Il n’empêche cet album est sublime et ce
visage repéré dans la foule était à moi, je l'avais et le tenais,
quelque chose planait, je prenais en éponge la moindre émotion.
Romantisme à sortir et errer juste pour être ensemble, presque
toujours en musique. Cassettes dans la caisse pour des ballades plus
lointaines, les séjours ailleurs, l'autoradio à graver
définitivement ces chansons d'une bande originale sentimentale.
Un changement de son pour
les trois, comme dans mon quotidien incertain, une nouvelle erre, des pochettes primaires et légères
comme ma tronche à l'époque, mes chouchous à moi de Bob JJ Tom,
Tom à une petite fleur près, celle que je tenais serrée dans mes
mains en 1989. J'étais paumé, j'avais enfin une paume.
Tiens,
aujourd’hui c'est sa première fête des grand-mères à ma lycéenne.
Trois albums dominicaux à transmettre, je mettrai un
point d'honneur à lui faire écouter sur mes cassettes d'origine,
comme en 1989. "Love is a long road" et ce visage dans la foule...
Ces trois-là, ce sont des sommets, leurs meilleurs ou
bien c'est moi ?
JJ Cale « Travel
Log » - Bob Dylan « Oh ! Mercy » - Tom Petty
« Full Moon Fever » 1989
Pas bredouille ce jour à
choper la plus belle des nouveautés. Elle est avec les Lost Boys
Lucy Kruger et elle envoie un brûlot rock introverti, arty, complet
et profondément ravageur.
Pas levé pour rien.
Tellement de jours à tomber sur des flasques. « Pale
Bloom » guide ma foulée et révèle la vraie couleur
des visages fantômes qui m'entourent. La beauté des paysages
contraste avec la laideur des gens, tout est si naturellement mis en
musique avec sa pincée de beau calme menaçant, le vrai visage des
êtres que je croise. Chaque âme mystérieuse croisée, chaque
inconnu dans la fibre déambule et même si la forêt est hiver, son
souffle chaud de pollen plein les yeux épaissit les sangs.
Le son, la prod,
l'interprétation, le brouillard a bien du mal à se lever. Il
camoufle encore les rides et les crevasses, si le soleil arrive, il
faudra qu'il n'y ait plus personne dehors. Façades illuminées et
visages aux fenêtres, affairés. Toutes ces vaines agitations
occises par le caduc. « Damp » la bande son d'un
réveil solennel aux floraisons blanches de timides et pâles
épine-noires.
Et tout se fige. L'élan
des tiges, l'eau des bouches, quelques palpitations, toutes les
boucles. Je m'abouche à son souffle, étouffé par le jeu des
respirations, émollient du cortex sous ses cordes au gré des crues
successives, je bois tout de Graindorge.
Je répète ici mon
faible pour les cordes ambiantes quand elles sont amignonnées par
des filles, Moss, Foon ou Hildur.
Trompe l’œil de
pochette à trompette, toutes les émotions sur son violon avec plein
de monde autour. Des timbres graves sur l'archet en ressac, un monde
tourbillonnant et je laisse l'impatience printanière mijoter dans la
tourbe et ses tourments.
Passer les écluses, se
cogner au batardeau, je respire profondément. Ouvrir les vannes,
naviguer dans l'air, exciter les turbines comme dans un rêve, je
suis pas pressé, tant qu'il y a de l'air pour souffler dans le
violon.
Alejandro se revisite. Il se la joue
Iguane sur la conquête de John et puis tout dégouline sur un blues
pluvieux. « Echo dancing » sous ses airs
cradocs a pris un bon petit coup de prod-rythm-program bien taillé
« Sacramento & polk », un peu comme quand JJ
Cale « Number 10 » est passé sur un autre
son. Sauf que Escovedo en Alejandro, c'est pas Cale en JJ.Il reprend.
Je suis passé près de
la beauté des petites herbes en fleur, embourbé à vouloir rentrer
chez moi pour me manger « Too many tears ».
Impossible d'avancer, toutes cette lourde mélasse amoureuse collée
à mes semelles, je patauge et patine dans cette marée brune.
Pourtant si je ne rentre pas avant le jour je risque de finir
enterrer noyé dans ce champs qui n'en finit pas de me bouffer les
péronés. Si seulement il ne pleuvait pas autant. Deux ou trois
buses dubitatives me scrutent, où sont les corbeaux et les lambeaux
de paysans dans le limon flasque.Je suis cinglé par la
pluie, et pas que, je ne suis que bouillasse miséreuse, mes pas
pèsent un camion, j'avance parpaing et déjà se dessine à quelques
averses de là mon clocher flou lessivé par la trombe et les tombes.
Qu'est ce qui m'a pris de sortir m'embourber.
« Castanuelas »
passé, tout s'est calmé, enfin arrivé, ou plutôt échoué comme
un vieux poiscaille rejeté à la flotte. Et voilà qu'il fait son
Nick Cave sur « Swallows of San Juan ». J'ai
repris de la braise sur « Sensitive boys », les
bûches ont fait le reste. Le jour et là, je m'effondre assoupi sur
un épais tapis poilu sous les riff secs de « MC Overload ».
Ma lourde carcasse se laisse tanguer mou par le coït virtuel de
« Inside this dance ».
Quel disque !!
quelle périple !! un bilan ? j'ai pris un jus de je ne sais pas quoi
cul-sec, « Wave » sur le front debout revigoré,
réarmé du buste, près à plonger à nouveau dans la patauge
boueuse des horizons inondés. Va falloir quand même, un moment
donné, que je rentre chez moi. C'est à qui ce tapis ?