Un retour en Belgique, il
y a toujours un petit groupe à dénicher par là-bas. Le temps est
au beau fixe depuis quelques semaines, il faut bien brumiser quelques
vagues à l'âme sous ce vent sec et poussiéreux. Pastorale est la
pop, calfeutrées les mélodies, une blanche matinée persiste, c'est
doux, on parle de Simon & Garfunkel par-ci, Everly Brother
par-là, moi je me balade vers les Minor Majority.
C'est quand même bien
emmitouflé de beauté, on ne se découvre pas au fil des chansons de
« Shelter », leur deuxième album.Le soleil y va de son
timide réveil, un peu la tronche en biais avec ce voile brumeux, et
déjà une belle trouée vert d'eau fait chanter toutes les plumes.
Pas loin, l'océan.
Frissons
chaotiques, larmes heureuses, poils dressés et chants à l’unisson.
Décidément « L’Usine à Chapeaux » bosse à me
réconcilier avec le genre humain. Alexis HK, Matthieu Boogaerts et
La Maison Tellier il y a quelques jours.
Le
03 avril, le jour de mes 57 est sorti le Manset 2026 donc. « La
timidité des Arbres »
aussi. Déjà ma place était prise. Manset, il en est question dans
les paroles. La voix de Jean-Louis a résonné. Je m’évertue sans
cesse à me flanquer d’une de ses chanson chaque jour. Lui qui
chantait « Calexico »,
un groupe avec une trompette, comme les Delano. « Babel ».
Tout coule de source, fait sens, tout est là. Je suis à flotter
dans ce lit-là, depuis que mes émotions des belles chansons de par
ici se portent sur des sincérités humaines et des paysages
ordinaires à couper le souffle. Rien des émotions n’est laissé
au hasard, la cohérence des cellules me travaillera jusqu’au bout.
Panser les petites semaines.
« Atlas »
a eu raison de moi, ce nouvel album ne déroge pas, ce groupe de faux-frères en sincère fraternité
a assis définitivement son poids d’importance dans notre paysage
musicale. Vital. Indispensable. Mes glandes lacrymales ont juté
quand j’ai chanté. Quelques pintes plus tard, ils ont signé mon
vinyle que je voulais ce jour-là, même s’il est sorti le jour de
mes 57 comme le nouveau Manset. « Atlas »,
j’avais loupé toutes les scènes. Pas loin du grand parc, à
l’Usine à Chapeaux, avec tous ces arbres qui se frôlent sans
jamais s’embrancher, se gêner, juste s’appréhender, ou plutôt
instinctivement se respecter simplement dans le grandiose et la
dignité, je suis allé à la rencontre.
J’avais
diffusé un billet en 2008, ils ne m’ont jamais quitté les frères
Tellier, de la fugue en passant par l’avalanche. Ils ont une
frangine dorénavant, Babeth en Tellier. Ils sont venus me cueillir
juste à côté de chez moi, je suis rentré heureux, requinqué, je
plane encore sous les houppiers et sur la canopée, avec eux,
Jean-Louis et Manset.
Une
féroce envie de balayer cette journée flanquée d'absurdité.
Quitter les grandes voies et retrouver mes routes herbeuses toutes
cabossées, petits îlots de graminées sur l'asphalte craquelé.
Un
son chaud des temps reculés du grand Fleetwood ("Regrets"),
j'ai tout laissé derrière, loin des grands disques
révolutionnaires. J'ai marché un moment sur la départementale
juste derrière chez moi. Il ne passe plus de voiture depuis quelques
années ici. Ôtée du trafic, elle s'entortille plus haut dans la
marée des colza. La douceur évidente de Penny Arcade est venue
soigner. Marc Morvan habillé en Syd Barrett.
Tout
a glissé mollement jusqu'à la nuit, quelques vérités se sont
dessinées sur la tendresse des lumières, Penny Arcade n'a pas cessé
de voltiger parmi les minuscules insectes fatigués.
Et
bien, puisque nous sommes dans la pop rock joyeuse, j'embraye direct
sur le dernier Joe Jackson. J'ai toujours zigzagué, dégustant son
génie d'écriture sur quelques fulgurances, le son du piano, sa voix
et les sursauts d'une chanson soudainement sublime. "Dave"
de "Fool"
2019, exemple parfait.
Incroyable
intro "Welcom
to Burning-by-Sea"
brûlot celte incendiaire.
Aucune
précipitation pour moi ici, puis à l'écoute, toujours cette même
interrogation, pourquoi je ne l'écoute pas si souvent que ça ? à
force de chercher sans cesse des gris contemplatifs, j'en oublie le
fauve de quelques palettes qui jutent. Je ne mettrai pas "Fabulous
people"
tous les matins, et c'est peut-être ce genre de refrain qui me fait
souvent fuir. Et pourtant cet album respire l'épanouissement, la
force facile d'une fidèle composition enlevée et relevée. "After
all this time"
le petit côté Santana. "Face"
et ses petits pointes de jazz, le son est extraordinaire sur son
énergie inébranlable. Pas de trève ici, les fans vont se régaler,
moi je jubile.
Une
vieille connaissance, le Salim des frères Nourallah et de plus en
plus des airs de Tom Petty, j'en veux pour preuve le tout premier
morceau "Here
for the tears".
Pas mal d'albums au compteur et plein de petits bijous pop à
tendance ensoleillée. Des pochettes de plus en plus travaillées.
Joseph Arthur en plus mélodieux, Salim tente à peine quelques
escrusions dans la douceur mélancolique "Buddha
blind"
avant de repartir aussi sec vers la grande lumière de petits pas
dansants "Born
with a broken heart".
Quand même, sublime "Damage".
Les
volets débordent de soleil, une grande journée se prépare, pas un
poil de vent, derrière non plus. Café anecdotique, des idées de
foulées joyeuses flanquées de belles chansons oxygénées.
Je
croyais vous avoir parlé de Nourallah Brothers 2004, voire même de
"Polaroid"
son premier opus solo de la même année. Je ne trouve rien chez moi,
bientôt 20 ans de billets, et de plus en plus le besoin d'aller
fouiller pour trouver. Un jour je tomberai sur une de mes choniques
d'un album que je ne connais pas. Très très bel album tout frais.
Il y a déjà dans les
crédits un message de remerciements pour des fidélités, Didier
Batard, Serge Perathoner, Patrice Marzin... avec des dates comme un
calendrier des astres.
C'est une grande question
de grande fidélité. Artiste de haute tenue.
Prévision vernale le 24
du mois d'avril pour toute la planète, il est sorti le 3 en
physique, le jour de mes 57 branches, je l'ai appris le 2. Je l'ai
pris pour moi, j'ai embrassé ce cadeau imprévu.
Le lendemain du 2 donc,
j'ai respecté ma voix d’adolescent recroquevillé, âme
introvertueuse de vides moments à observer les autres, dans
leur vide à eux tout en dégustant le mien. J'y suis allé comme un
athée ravagé par l'idée d'aller dans une église sans elle. J'ai
ouvert à nouveau ce pavé abyssale « Cupidon de la
nuit » pour m'immerger, et tenter de comprendre un peu
plus qu'aux premières lectures. J'y suis, j'y est, immergé
comme à l'époque, c'est un rituel. Il y a 40 ans, j'avais dans le
dos les vinyles empruntés dans mon sac US kaki pour mes cassettes
vierges. Il fallait alors les rendre. J'ai tout respecté, j'y suis
allé comme revient chaque année le rouge-gorge taquin, fier et
solitaire.
J'aurai mon mausolée, et
tant qu'il se gonfle j'irai, quelque soit le contenu, le son et la
voix me suffisent. Je découvrirai quelques morceaux de plus du
mystère singulier, en 2870 je comprendrais. Adoration, théosophie
ou juste grande affection ? Le jour de mes 57, un Manset est
venu dans les bacs. Je l'ai pris pour moi, juste parce que j'en suis
depuis des décennies. J'y suis allé. Ça me ferait bien chier de
mourir sans eux et vice versa.
Voilà une étiquette bien intrigante :
quirky Dingle/ Cork music , du Dingle excentrique, de la Cork
dingotte etc etc. Il s'agirait donc d'un folklore irlandais, genre
country vert avec dedans un grain de folie. J'entends surtout de la
profondeur avec une patine sonore qui tend vers l'expérimentation..
ah c'est la même chose ?
Bon peu importe, cette nouvelle belle
surprise m'enchante et me prend par la main histoire d'aller sur les
côtes herbeuses descendre quelques Guiness. Pas grand chose sur ce
groupe, c'est un algorithme heureux, de lointaines ondes Portishead,
plaisant, un joli moment de Pinhole.