jeudi 15 novembre 2018

Salomé Leclerc 2018



Je la craignais depuis des semaines cette journée sans soleil, le court jour plombé de cendre qui tape sur le crâne. L'ennui du regard se perd dans le brouillard.
Une truc puissant d'émotion pour palier, des chansons pour s'étendre alors que tout s'éteint. Les villes s'allument avant le soir, « Des pûmes et des ombres » « à la fin de la saison les oiseaux déclinent ».

Pour des raisons différentes, comme avec son premier album, je me laisse embarquer sans résistance aucune par le nouveau Salomé Leclerc, touchant, grave et mélancolique.

Salomé Leclerc 2018 « Les Choses Extérieures » label : audiogram


mardi 13 novembre 2018

Alexis HK 2018



Le persistant tiendra tète au caduque, c'est écrit. Un son d'orgue entonne dans mon crâne.
Hier on fêtait la chair à canon centenaire, des âmes qui sont tombées, des corps qui chutent sans cesse, même sous les belles lumières d'une douce journée d'automne.

La branche de laurier aux feuilles cirées a chopé de justesse celle détachée du figuier. Depuis le temps que leurs racines à ces deux là se causent et s’entrelacent. Comme pour la soutenir, pour ne pas qu'elle tombe même si c'est cause perdue, la palme ficus tangue au creux des doigts du prunus qui persistera. Le vert bouteille n'a que faire du carotène.
Les hortensias pâlissent à peine, les cerisiers sont déjà à terre, de tout feu, tant de belles journées d'automne et la tranchée grondait comme la fosse des concerts, rien n’empêche les jours amers.

J'imagine mon fils partir à la guerre, ou une de mes filles se rendre à un concert. Je pense intensément à Georges Salines que je croise presque tous les jours à mon travail, le papa de Lola. J'ai beau contempler les couleurs du hêtre pleureur pourpre juste en face de son bureau et de notre cour, son grand regard est une vaste émotion dans la plus profonde des discrétions.
Pas une époque de répit, les premières exterminations remontent à l'homo sapiens. La leçon traîne la savate, le correctif est sans espoir. Comment les hommes deviennent-ils fous ?

C'est tellement doux une journée d'automne, la lumière hémoglobine ensoleille les arbres, embarque tout. « Le monde entier est en déroute », c'est pas demain la veille qu'il épousera la beauté. Pourtant tout est là, déposé à nos pieds de nos belles journées mordorées. Il suffit de cueillir, de prendre délicatement sous nos pas ce qui est là, de respirer ce qui est sous notre nez, caresser la mousse des monolithes, le lichen des troncs, et les arbres rougissent du sang des innocents. Peut être devant tout le monde nous sommes en face de nous même.

Les langues encore engourdies doucement se délient. Lavilliers « Vendredi 13 », Murat « Interroge la jument », et puis Alexis qui s'isole meurtri, recroquevillé chez lui pour discuter avec « Marianne » endolorie. Qui est cette femme triste ? Quelle douceur cette chanson, comme cette nouvelle belle journée d'automne. Quelle « douleur..... que rien n’efface ».

Alexis parle aussi de la vie sans lui sur terre, du cerisier dans le jardin de son père, des chasseurs c'est la saison, des haines quotidiennes, de la mal-bouffe et de l'endormissement des pensées, du chien qu'il aimerait avoir comme la fille à Pierrot même si on dit « de Pierrot », des trucs qu'on aimerait dire à son fiston et surtout de la solitude des gens... mais là, « loin des superstitions des vendredi 13 », nous sommes mardi et plein de grands yeux se voilent de larmes salines.

Alexis HK 2018 « Comme un Ours » label : la familia/ autre direction



C'était une belle journée pour un automne
La lumière avait la douceur de la madone
Attablé à l'autre café Marianne doute
Elle me dit que le monde entier est en déroute
J'aurais voulu te consoler
Te dire de ne pas te laisser aller
Quand tes grands yeux se sont voilés
De charbon et de larmes salés
Trouver les illusions et les intonations qui apaisent
Loin des superstitions qui reviennent chaque vendredi 13
Et puis nous nous sommes quittés dans un soupir
D'amitié qui depuis toujours nous fait sourire
L’après midi a déroulé des heures douces
Devant les terrasses bondées de bières rousses
Alors paris s'est enflammé attaqué par les loups égarés
Quand le chaos s'est invité et que la foule s'est mise à crier
Toutes nos illusions perdues en quelques secondes a peine
Consumé par le feu et les larmes des hommes qui saignent
Une douleur que rien n'efface qui nous mutile
Le sang des innocents les traces indélébiles
C'était une belle journée pour un automne
Oh Marianne s'est mise a pleuré comme madone

Paroliers : Alexis Djoshkounian

samedi 10 novembre 2018

Beak >





Le cheval a pris un peu plus de hauteur, du Prog il y'en a aussi un peu chez Beak, mais beaucoup moins, noyé dans du psyché synthétique tarabiscoté. Des plages expérimentales intrigantes et entêtantes, il y a quand même un bout de Portishead dedans. L'hypnotique entêtant "Allée Sauvage" est une merveille contagieuse.
Ici l'allure prend des formes floydiennes, "Abbots leight", comme si les Residents d'aujourd'hui avait marché dans le Kraut d'hier.
Beak fait du bien, écoutablement risqué, pas besoin de se cacher derrière un œil pour imaginer la liberté étiquetée, malgré cette soif de liberté musicale. "Harvester" pourrait planer sur "More".

Des remugles de Portishead entre autre, kraut prog rock expetc etc... un disque sans repère malgré tout, absolument excitant. 


Beak> 2018 ">>>" label : invada records


 
 

jeudi 8 novembre 2018

Crippled Black Phoenix 2018



Pas facile d'être Rock-prog aujourd'hui, de plus en plus chelou de brandir un album aux morceaux de 15 min qui passe du coq à l'âne à travers des montagnes sonores. Même Steve Wilson semble vouloir se détacher de cette étiquette qui lui colle au bulbe. C'est pourtant un des meilleurs artistes du genre ces dernières décennies. Un paquet de nouveautés dans les bacs Prog comme pour hurler « on ne lâchera rien ». J'en ai essayé quelques uns, pas mal même, mais pas à se torde le plexus..

Tiens, si je trouve un album qui crache bien, autant, voire mieux que Wilson, bah j'te pète un ch'val.

Crippled Black Phoenix 2018 « Great Escape » label : season of mist

mardi 6 novembre 2018

Tamino



En passant comme je l'ai fait, je n'ai pas eu l'attention suffisante pour stopper devant cet album, j'ai continué ainsi vers les lettres U V W... Il a fallu que le premier morceau passe dans les enceintes du disquaire pour que je revienne intrigué au « T divers ».

Maximilien Hecker, Perry Blake, Ed Harcourt, Tom Yorke, JJ Johanson.. Jeff Buckley ai-je pensé.
Très partagé à l'écoute de retour dans mes pénates, j'ai balayé les clichés, oublié la pochette et suis resté jusqu'au bout subjugué. Pop mélancolique habitée par une voix, sirupeux avec quelques ondes arabisantes, une grande et belle surprise finalement.
Les infos sur cet artiste sont un peu partout, je reste fasciné par « Amir », le premier album de Tamino.

Tamino 2018 « Amir » label : communion records

vendredi 2 novembre 2018

Prince 2004



Préparé à pas grand chose, je laisse ce soir ma furieuse envie d'épaisseur dans les veines glisser vers un de mes Prince préféré. Sûrement une question de peau, d'ambiance, de timbre, de large verre au lourd cul malté.
Prés paré pour un truc de sensuelle glissade vers la jouissance sans que l'on y soit pour grand chose. Accroc hanche moelleux à mouver debout sur une légère houle en ébullition. Le feu au hamac sans pour autant se choper un coma, juste le lent mouvement des illusions caressant l’échine.

Pas envie de choisir un style, tout prendre, côtoyer l'absolu sans pour autant y être pour quoique ce soit. Envie de ce Prince là.
Pochette pas terrible, titre impérieux, album fatal, j'ose à peine me lancer dans un compte rendu historique ou technique, une timide dissection, j'en suis incapable, je suis paré et près. Je laisse défiler médusé l'épaisseur princière que je désirais intensément, je suis on ne peut plus contenté, je déguste, « Musicology » me cloue le cul.

Prince 2004 « Musicology » label : columbia

mardi 30 octobre 2018

Paul Simon 2018



C'est une histoire avec les Paul, pas la gratte du même nom, quoique, des cordes tissent l'histoire de ces gars là. C'est un cru assez juteux que ce prénom dans l'histoire de la belle musique pop rock. D'ailleurs il n'existe pas de Paul Wilson.

Là, je glisse doucement sur le crémeux et délicieux dernier opus de Weller. La voix burinée, la classe dans le costard « True meaning » m'a collé le cul sur ce velours inattendu.
Et puis j'ai craqué aussi sur le dernier Paul Costello, « Look Now », un poil frileux au départ, je me suis rendu compte et je suis parti...
Il y a bien eu ce mirage mitigé Paul Collins, ni bassiste ni batteur et sa pochette primaire et fauve avec des saynètes Beatles qui lorgnent vers un autre Paul, le plus grand.

Paul Westerberg à Replacer à sa juste valeur et ce « Folker » qui me tape les tempes ; Chicago Blues rock et le Paul Butterfield Blues Band ; le grand fou Paul Williams du même continent ; « My way » pour un petit encas ; le folkeux psyché Paul Parrish, et son « My Gospel » ; le terrible album du petit Paul Cauthen sorti cette année, une relève et révélation.. relévation ??? Vers Tupelo, le pays de Paul Thorn qui chante son americana depuis deux décennies.
Dans la catégorie un peu plus jeune il y a Paul Young qui a bien vieilli, comme Billy qui n'est plus, Heaton côté british, ou chez nous comme Personne. Que dire de Paul Nareff qui n'en finit plus de sortir son album improbable qui ne sort pas et qu'on s'en fiche du coup qu'il sorte.
Paul est aussi un grand bassiste, Paul 1er bien sûr, mais aussi celui coincé entre John et Jones..

C'est une longue et grande histoire musicale que la belle saga des Paul. Depuis quelques jours l'été a tendu la main à l'hiver en se moquant du carotène, là, un album bleu à pleurer passe inaperçu et sur les saisons, il est venu se poser discrètement sur les étales, juste à peine avant que les feuilles viennent exciter nos pelles. C'est un génie de l'écriture, comme Paul même si Arthur c'est pas John. Avant le duo, et bien après, ce Paul là est venu embaumer toutes nos grisailles. « Negiciations and love songs » est venu un jour chez moi, il a imposé ce prénom sur le duo mythique. Il ne m'a plus jamais lâché, sans pour autant que je le revendique plus que ça. En fait voilà, Paul Simon est « ordinaire », pas du diesel, pas du sans plomb, juste du Paul Simon pour rouler sûrement, loin, longtemps, il va de soi, nous l'avons avec nous sans le brandir, il est toujours là et l'a toujours été sans que l'on ai besoin de hurler notre amour pour lui. Sa voix, son style, sa douceur, et la pétillante de ses mélodies, comme McCartney ou Paul Partridge.. en plus délicat.

Du coup Paul Simon vient dévoiler près de chez nous, dans la plus bleutée des discrétions un album saisissant. Certes, il reprend quelques unes de ses chansons d'antan et de tout temps, mais laisser dégouliner ce disque sans que l'on puisse faire quoique ce soit d'autre est une révélation. Ce Paul là a fait son chemin entraînant presque tout le monde. « In the Blue Light » pour blind tester son cerveau, sur quel album ce morceau ?
J'ai une grande tendresse pour « The Rythm of the Saints », l'aboutissement hyper contrôlée de « Graceland »..pour « One Trick Pony » et sa douceur, et il n'est pas impossible que je frissonne sur « René & Georgette Magritte.. » 2018 .. comme toutes ces nouvelles interprétations troublantes de quelques chansons d'un autre Paul, entre autre. Le Simon.
Simon bleu me colle à la peau comme une blue note.

N'est pas Paul qui veut

Paul Simon 2018 « In the Blue Light » label :legacy




samedi 27 octobre 2018

Tom Petty 2018



On n'imagine pas que ceux là partent, puis un jour un pousse l'autre. Je n'ai pas vu partir Tom Petty tout comme sûrement je ne vois pas Tony.
Peu importe, nous en dessous de ceux qui nous font tourner la tète de tous leurs accords et leurs gorges graves, ces disques épidermiques, eux qui déjà tournoyaient bien au dessus de nos tètes que l'on tendait bien haut sur la pointe des pieds, nous si petits. Tom et Tony .. je me perds dans le dédale des pierres tombales. Je pense à l'éternel grateux, ici ou plus là.

On me dit que Tony est parti, ce soir j'ai « It's good to be king » et « Hard on me » en boucle dans les oreilles. TonyJoe c'est Jojo qui me l'a amené sur un plateau, quand il est allé faire une virée à Nasheville en 84 pour Les enfants du rock, sublimes rencontres et grand double album ceinturé d'un papier cartonné jaune. Évidemment « Polk Salad Annie » avec Tony. C'est aussi l'époque où je chopais les vinyles de Petty à la bibli. Il en est passé des albums et je suis un jour resté fixé sur « Wildflowers » 1994. Tiens, 10 ans après.

Peu d'hommage à sa disparition, je parie que Tony aussi s'éloignera discrètement. J'écoute Tom Petty de la même façon depuis bien des décennies, il paraît qu'il n'est plus, pourquoi il continue a chanter dans mes oreilles .. Petty comme Tony, tiens, je pense à Evrett-canut et Jimmy.
Peu importe le mercantilisme, je n'ai pas tout géré, aussi ce condensé là me plaît bien. C'est Tom Petty 2018. Et puis tiens, un peu de souffle sur les larmes « To find a friend » pour un léger sourire trempé.

Tom Petty 2018 «  An American Treasure » label : reprise






vendredi 26 octobre 2018

Bertrand Louis 2018



Le museau frais j'arpente les venelles blanches aux couleurs volets. Je te porte à merveille. Donnez-moi les clés de cet huis bleu de Noirmoutier que je me pose sabbatique tout seul là dedans, histoire de me fondre quelques temps sur les berges du marais de Müllembourg. Huile de lin du soir au matin, tout écluser, tout boire d'ici, à peine détaché du continent, tout s’approprier des couleurs et des lumières. Pigments à peines épicés, qu'on me foute la paix un petit peu, qu'on me donne l'épée de mes aïeux pour décapiter mes obéissances.
J'aimerais venir me poser là, attraper le bécherel du granit à défaut des pesticides de ma Beauce et regarder danser la houle de la baie comme le froment de mes plaines, venir à cela comme Bertrand Louis est venu à Baudelaire.
Mauranne/Brel, Cali/Ferré, Depardieu/Barbara... tellement difficile et loin ceux-là. Louis/Baudelaire comme s'ils ne faisaient qu'un. Quelle petite merveille, on en oublie les deux.
Le mur a ferré Baudelaire.

Assis au creux d'une venelle claire, je laisse tanguer la trémière et au loin le château blanc épouse la flèche de Saint Philibert. Harpe des harmonies d'un soir .. qu'on me laisse ici, jusqu'à ce que tu viennes toucher mon bémol du bout de ton haleine.


Bertrand Louis 2018 « Baudelaire » label : EPM/Universal

mercredi 24 octobre 2018

Nacho Vegas 2018



Sa carrière solo a débuté en 1997 avec "Verda O Consecuencia", il venait de quitter le groupe Manta Ray hébergé par le mythique label madrilène Acuarela Disco sous les tuiles desquelles j'ai si souvent roupillé.
Juste après, il est passé chez Limbo Starr avec le grand "Actos Inexplicables" 2001 qui lui donna une grande visibilité avant de retourner lentement dans l'ombre de ce côté des Pyrénées. Les disquaires hexagonaux ont lâché doucement. Quelques dix albums ont passé depuis, celui-là est double, authentique, moins rock que les précédents, plus proche de lui à nouveau. 

Sr Chinarro je l'ai dit, est El Presidente de l'Espagne, Nacho Vegas lui en est le prince. "Violetica" le nouvel album du baladin ibérien. 

Nacho Vegas 2018 "Violetica" label : marxophone

mercredi 17 octobre 2018

Feu! Chatterton 2018



Banc de poisons, je suis toujours sur celui là sous le marronnier à vider cette 8,6 dégueulasse. Je divague en finissant ma terrine. Le quignon est frais, il croustille, il est comme tes rires là où nous vécûmes des jours. Acharnement à jouir, vaste programme, chaste déraison, terrible dérive vers le vide, l'ivresse à tout prix...mon cerveau parle tout seul...
Tout comme "Ici Le Jour(a tout enseveli)" je suis addict à "L'Oiseleur".

Je reviens souvent vers eux, très souvent, une telle écriture qui passe à la trappe, ça me déprime. Les Feu ! .. c'est un grand premier album, et c'est surtout l'affirmation, la nique au syndrome du deuxième. J'ai « L'Oiseleur » dans le crane et une telle écriture ne peut pas rester sous silence ainsi. Pourquoi s'interdire un tel voyage, une telle écriture, envolées étourdissantes, lyrisme presque prog, élans aux papilles désuètes, complexe et beau, aventureux, risqué, comment passer outre un tel groupe.

Ils tournent, scènes et festivals, se produisent comme il faut, mais le disque lui, il fait quoi ?? il vole, il zone en planant ivre sur les ailes gingembres de la princesse ? C'est pas très sympa pour eux, mais à vrai dire je m'en fout .. je l'écoute depuis des mois  comme on lit amoureusement un roman épique et sublime comme "Le départ" et l'âme d'Eugène Grindel .. je l'écoute sans cesse, il passe et repasse et l'oiseau remet un cou d'aile pour remonter un peu, et redescendre, puis remonter, puis planer sans cesse pas loin de la mer. Comment un tel objet peut passer outre les mailles tellement décousues, Grace, Juliette, Anna ou Ginger à se tordre le bide.

"Le tendre passé qui nous hante
Croit comme un jardin vivant
Un terrain vague
Peuplé de très vieux mirages
De fleurs sauvages...."  
Les paroles ici lues sont transcendées je vous promets et dévoilent toutes leurs substances dès qu'elles sont incarnées par la voix d'Arthur.

Qu'en est-il de ce disque non d'un chien, cet album aux mots à déguster ou plutôt à dévorer, un truc qu'il aurait fallu brandir et que l'on ne voit pas chérir.
« L'ivresse » …. "Encore dans ce petit rade/L'heure est avancée/mais ou est-ce que t'iras.. " à l'écrire je le chante aussi, à l'écouter c'est tout autre chose. 
« Et sous la pluie battante/ tu m'as dit non vas-t'en / Oui sous la pluie battante/ Vas-t'en. » à me relire j'entends la musique, et la voix qui danse sur cet album époustouflant, pas plus, ni moins que le précédent.
Ils sont fous à lier les Feu!, et très souvent, quand il pleut averse, peu importe le contexte, je chante dorénavant ces mots extraordinaires « Du ciel tombe des cordes / fait-il y grimper ou s'y pendre... ». Un petit passage au timbre de Nanard vers « Charleroi », et puis les Feu ! sont là, oniriques, lyriques, bucoliques et fantastiques.

Il est mort le poète anglais Thomas Chatterton, vive les Feu! de ce côté de la Manche. 

Feu! Chatterton 2018 "L'Oiseleur" label : barclay




dimanche 14 octobre 2018

Python "Lee" Jackson



Au bord des branches le orange prépare sa chute, cet arbre mort aura l'air moins con au milieu de tous ces de bras cassés désarticulés. Incognito, qui est mort, qui dort ?
Les feuilles commencent à tomber et dedans les rayons des magasins supposés culturels, les coffrets sortent des sous-sols comme dans un clip de mort-vivants. Y'a plus de saison, le rouge va torcher le orange, christmas versus halloween, coca contre citrouille et coloquinte, en attendant la création passe en berne.
C'est le moment de dénicher un petit truc dominicale pas dégueux, bien fagoté. Le label Big pink est venu à la rescousse, introuvable sans lui. Python "Lee" Jackson et l'unique album du groupe « In a Broken Dream ».

Cet album rafistolé provient éparse des sessions d'enregistrement 1969 avec Rod Stewart invité à la Lead vocal, celle de Dave Bentley (leader et clavier) était assez « moyenne ». Stewart est en plein virage Small Faces et carrière solo, l'album figure dans sa discographie, il ne chante pourtant, sur la version officielle sortie en 1972, que trois chansons. Il la reprendra en 1992 avec Gilmour et John Paul Jones, sans la magie 70's je trouve.

Ce disque a un quand même un gros inconvénient, quand c'est pas Rod Stewart qui chante, c'est pas du tout la même chose, la glande lacrymale n'est pas aussi bavarde. Et puis cette chanson quand même, témoin d'une époque culminante dans l'histoire de la musique nan ?
Rod sur un morceau Blues, un autre funky, et sur cette pépite slow-prog au solo aigu d'une strato à la Buchanan qui chiale.
« In a broken dream » et l'on se dit que les feuilles peuvent tomber, elles repousseront, que les coffrets peuvent surgir des sols stériles, il y aura toujours des petits trésors cachés comme cet unique Lp de Python "Lee" Jackson, et le rêve cassé n'en finit pas de tournoyer.

Il fallait à tout prix aujourd’hui que je trouve un morceau qui chante un automne d'étuve, des feuilles qui commencent à tomber et planent hésitantes sur cet air chaud et humide, c'est chose faite avec cette pochette ocre et la voix caniculaire de Rod Stewart. L'unique Python.

Python "Lee" Jackson 1972 « In a Broken Dream » label : GNP crescendo / big pink

mercredi 10 octobre 2018

Vic Chesnutt 2003



Bizarre de commencer ce billet avec Arthur H, peut être pas, « Amour Chien Fou » est un chef d’œuvre qui se révèle un peu plus à chaque écoute. Double album excellent de haut calibre, une facilité et une maîtrise inlassable... et dedans la chanson Lhasa, toujours aussi troublante à chaque écoute.. « Princesse mexicaine au sourire de Mona Lisa.... ». « Sous les étoiles à Montréal », à L 'Hotel2Tango, et le bel enregistrement de son dernier album.
Sous les mêmes étoiles, les deux derniers de Vic Chesnutt, parti lui aussi sous une autre noirceur.
« La boxeuse amoureuse » me soulève à chaque fois, j'arrive à « Sous les étoiles » et je fonds, je pars sous ce ciel là, j'arrive et va vers « North Star Deserter » et « At the Cut » aux dimensions démentes et tragiques, je me pose et me finis au chant de Vic pour déboucher envoûté sur une autre chanson.

Souvent la valse saoule « Sultan, so mighty » vient me tirer les yeux et me troubler la respiration. À chaque fois je me dis qu'il faudrait que j’arrête de l'écouter, douloureux comme des matins cabossés, le paradis de la rouille dans les os et on se réveille claquemuré en allant chercher heureux en guerrier ravagé ce café à des années lumière du sommier qui ne danse plus. Il ne viendra pas tout seul le robusta, il n'est pas si loin, faut juste réapprendre à se diriger au beau milieu des vacarmes silencieux. On prend une petite bouffée d'air par la voûte plantaire sur le carrelage glacé. Les yeux tombent et l'on cherche son pote Vic à la rescousse.. cette basse clarinette qui embarque et enlumine le bad trip..lui debout à dévaler les doigts en roue libre, à embellir les aubes harassées qui schlinguent sur l'horizon écrasé.. moi déambulant dégingandé à essayer de passer entre les portes à la recherche de mon café. Pedal Steel pompe à neutron, des cordes lentes en citrate de bétaïne.

C'est pas le disque que l'on brandit dans sa carrière « Silver Lake », mais quand j'écoute Arthur H qui chante Lhasa, je pars à l'Hote2Tango et croise Vic Chesnutt, et la valse qu'il me faut, pour que ça tourne et tourne encore un peu...

Vic Chesnutt 2003 « Silver Lake » label : new west
 





samedi 6 octobre 2018

Dominique A 2018



Revoilà la splendeur. Cohen s'en va et c'est Suzanne que l'on va embrasser sur les tempes.
Je suis resté assis sur le doigt de sable de la mer tellement longtemps, sur une plage de Burano, à attendre le prochain passage.
La fragilité passe et j’ouvre les yeux. C'est pas tant que je boudais, bien au contraire, Eléor et la lueur m'ont bercés sur d'autres horizons. Mais le cul posé sur le sable de Burano, je me suis soudainement levé pour aller m'asseoir sur celui d'un petit banc ocre des bords de Loire.

Limpidité des sons, clarté des guitares, chant lustral tout chargé de délicatesse. Comme s'il eut fallu que je ne perdre pas la sensibilité, garder le regard vers le ciel, il est revenu là, au creux de mon automne ensoleillé, touchant du doigt la perfection des larmes des accords mineurs sur de grandes émotions étendues. La respiration s'est soulevée avec quelques haut-le-cœurs blafards, la plèvre chagrinée, les idées nettoyées, il est repassé par chez moi.

Je me suis perdu sous toutes les latitudes, demandez-leur à ceux qui m'ont vu fondre à l'écoute de « Comme l'encre », me ramasser fébrile au chant de « Comme au jour premier », ce qu'il en est de la fidélité cellulaire. J'avais oublié que je l'aimais autant ce poète à la nuque épaisse, au crâne terrassé. C'est même assez dégueulasse sans crier gare ainsi de faucher d'un clin d’œil familier et rassurant la fragilité de ceux, à l'aube de leur cinquantaine, qui ne demandaient que ça. Quoi ? cette fragilité.

24 chansons cette année. Orange en face A, la B sera bleue poussant dans le rose violacé. Il y a quelques jours, j'ai réécouté « L'ennui » et « Vouloir » des Eps rares de l'époque « Auguri », le disque où Burano chantait. Puis je suis parti sur « Enfin démissionnaire » le bel inédit de « Le Détour », tout revient donc, toutes les plaques en fonte pètent et l'eau déferle, le commerce des liquides. Les bonus ne seront pas inédits, ils sont là cette année, « Ursa Minor » qui a révélé pour moi toute la couleur orangée, puis « Une Voix File à Travers Ciel » paradisiaque pourpre.
C'est un fleuve qui gronde en parallèle de tout. Ils vont se mélanger ces oranges flamboyants et ces bleus violacés, peut-être dans quelques années ils ne feront qu'un. Un seul bloc pour une vie en morceaux.

Manset, chanté sur un autre Ep rare et rouge par l'enfant de Provins, vient de sortir un disque et un livre. Dominique A est coutumier de cette affaire là, de la musique littéraire, « Tout sera comme avant » avec ces auteurs qui ont écrits sur ses titres à lui... avec Milena Jesenska, ou quand il dévoile François Vergne sur l'unique « Fantaisie Littéraire »2008. « Fantaisie Militaire » à un de ces moments où l'on dévoile avec un trouble sans égal l' « Immoretls » à paraître bientôt à défaut d'être sur « Bleu Pétrole », rejeté à l'époque pour les mêmes raisons de doute quant à notre durée ici bas. Alain, Gérard, Dominique, un livre un disque... son plus beau à mes cellules vient de paraître, « La Fragilité », mais aussi un livre pour dire comment on se souvient de pas mal de ses chansons.
Je vais donc apprendre quelques intimités sur « Le ruban », « La poésie » et « Le temps qui passe sans moi », les nouvelles chansons entre-autres du dernier sublime album de Dominique A.

Dominique A 2018 « La Fragilité » label : cinq7
  
 


jeudi 4 octobre 2018

Marissa Nadler 2018







Je reste sans voix, Marissa est retournée dans ses bois. La même pureté, le même trouble, les ligneux d'automne chantent à nouveau.
Mes petits textes d'avant en vrac, je ne trouverai pas mieux. Je suis ankylosé pareil, hypnotisé, mes doigts engourdis et mon cerveau abasourdi. Je n'ai plus mal nulle part.


Des pochettes partout et le label de ses débuts, Eclipse-records comme on fredonnerait "il était une fois..."
Le nouvel album tout en haut, une pochette qui domine et qui sent bon l'Arc Volcanique... et des chansons retrouvées, Marissa comme dans ses "Ballads of Living and Dying". Je brouillonne, je laisse le passé parler sur le bouleversant "For my Crimes".




Marissa Nadler 2018 "For my Crimes" label : bella union / sacred bones




Au commencement, septembre 2010 :
Si quelques filles ont été suggérées ici, une seule, s'il fallait n'en choisir qu'une, pourrait glaner tous les suffrages-frissons. Des larmes indélébiles jaillissent, blessé par un « Stallions » blême. Nous savons , accueillis pas toutes ces nymphes, et pourtant nous n'avons jamais entendu de telles chansons, cueillis sur des sentiers de feuilles mortes au beau milieu d'une forêt d'hiver. Le frimât saisit, mais l'accord réchauffe, une certaine idée du nirvana, en attendant, un refuge abrite, le dernier peut être. « Mayflower may » achève et entrouvre: chaque montée vocale est une menace sylvienne. « Silvia », dans d'autre temps, sur un autre label chantait l'antre de ma mie, des forêts entières noyées de branchages et de brindilles en sommier sur lequel je me suis allongé pour gouter le sucre des arpèges, la caresse des mélodies, le venin des murmures, puis le sel des baisers, l'amertume des jalousies, le piment aux joues, le cœur diamant.


L'année d'après juin 2011 :
Un jour Marissa a quitté sa colline pour aller faire un tour du côté des lumières artificielles. Elle a traversé les vallées de chlorophylle, foulé pieds nus les sentes de feuilles mortes pour voir si les néons maquilleraient ses chansons de paillettes et de visibilité, laissant les nymphes et les lucioles orphelines des mélodies cristallines qui en faisait la douce maîtresse grège des futaies inconnues. Loin des fleurs de mai, des cœurs diamants, quittant Virginia, Annabelle, Silvia et Rachel, elle a enfilé son fameux imperméable bleu pour danser avec les rats des villes.
Les
petits enfers des villes devait lui allouer les éloges, quelques promesses et des moyens dignes de son art. Marissa s'emballa d'artifice, un orchestre pop, de l'électricité, un troc à sa fragilité qui faisait la beauté de ses mélodies... avant.
Marissa est revenu.. toute seule, avec ses étoffes d'antan et son tulle de lichen. Des mélodies à pleurer « in your lair, bear »; « Mr John Lee revisited » ou encore le superbe « little king ». Les étoiles son revenus et les chrysalides brillent à nouveau.
Elle est revenu, sur les mêmes sentes, avec des souliers cette fois-ci et un peu d'électricité, histoire de décrire, de présenter ce qu'il y a derrière la colline. « baby i will leave you in the morning » sonne comme un hymne pop jamais vu dans les forêts.. et c'est beau ..aussi, les lucioles émues dansent à nouveau. « the sun always reminds me of you », « puppet master », mêmes hauteurs, et malgré les souliers neufs, on sent encore les feuilles craquer, les mélodies retrouvées sont saisissantes, comme avant, partie pour mieux revenir.
Le nouvel album de Marissa Nadler sort cette fois-ci dans la discrétion la plus auto-produite qu'il soit. Sous son propre toit, l'épique psyché-folkeuse amie de toujours Orion Rigel Dommissee à ses côtés, Marissa, via
Kemado va attirer une foule de personnes dans son antre vierge où la constellation d'hiver Orion brille de tout feu. Orion.. c'est Rigel, Betelgeuse, les trois rois .. et Marissa. C'est un peu l'hiver, mais le frimât n'a jamais été aussi doux.

Encore ici octobre 2014 :
Une autre promo, deux albums pour une seule chronique… finalement, je trouve les associations opportunes et pertinent avec Sharon Van Ettenes, comme cette passion que je voue aux binômes artistiques des grands groupes...la liste est longue.
Deux pochettes grises, deux ciels noirs pour deux femmes superbes du continent américain. Ces deux filles artistiques underground ont débuté discrètement au fil des années en perçant langoureusement dans le brouhaha des bacs.
Leurs balades à la féminité blême sont appuyées par de superbes voix, comme des chants de plaines à racoler le perdu. Je ne sais plus où je suis.
J’ai déjà parlé de Marissa depuis qu’elle est apparue chez Eclipse records en 2004, et j’écoute en parallèle le nouvel album de Sharon Van Etten qui côtoie la même couleur de cendre paradisiaque depuis 2009. Sharon est habillée d’une fripe d’écorce escarbille, avec en plus la modernité sonore de quelques arrangements programmés.
Marissa, c’est toujours cet appel des lisières, la même onde forestière quand les fantômes osent poindre leur âmes brumeuses en plein jour.
Je suis au bras des deux filles, je reste accroché à leurs cordes de belles écritures et de voix envoûtantes. Je garde toujours cette petite préférence pour cette lingerie boisée que porte Marissa. Un lichen échevelé et mystique, cette Mazzy Star des bois profonds. Mais que fais t'elle en plein milieu de la nuit dans cette forêt ?
Deux filles, deux disques délicieux.. deux labels magiques.. deux beaux disques gris à respirer.








mardi 2 octobre 2018

Aznavour




Le bois des cinq croix pour moi, je l'avais dévoilé en souvenir de Branduardi. Gamin il y avait aussi Aznavour qui passait beaucoup chez le paternel. Il y avait cette chanson qui me faisait rêver, mes virées d'entre les troncs au cas où, sur un malentendu avec violons, j'ai même attendu des heures avec ma bicyclette dans ce bois là avec une seule bouteille de muscadet très fraîche dans le porte-bidon et la chaude idée d'un éventuel détroussage innocent. Des chemisiers, un corsage, des arbres comme sur l'île de Ré. 

Je traine un peu avec Aznavour, je choisis beaucoup, comme pour Trenet..Les deux Charles, c'est pareil pour mes étagères, l'un admirait l'autre, moi je prends et picore chez les deux, chez Aznavour y'en a plein, où ça ? précisément dans le bois de Trousse Chemise.
C'est pas la pochette qui va avec la chanson, seulement, c'est la seule qui me vient, que j'ai dans mon esprit depuis bien des lustres, et à laquelle je pense depuis hier.

Ma pochette préférée donc qui rappelle étrangement celle de "Stylus" de Sheller, grise et embuée, avec ma chanson d'Aznavour, sur un autre disque.
Il existe ce coin de ligneux détaché du continent, et comme c'est la foire aux vins, deux vrais blancs du pays de Vallet et je pars en pèlerinage pour voir si au cas où, un chemisier blanc impressionniste voudra bien s’effleurer là-bas.

bizou à mon paternel.

lundi 1 octobre 2018

JL Murat 2018





Il m'aura fallu une bonne préparation physique pour chevaucher le monticule de Chris allégée de sa reine et arriver péniblement à bord du Blossom, ce vendredi 21 septembre. Tout comme il a fallu que je gravisse la montagne Farmer & Roussel pour aller chiper épuisé le "Il Francese" timidement proposé sur les flans gris des mornes disquaires défleuris.

Une certaine condition dopée de combattant est nécessaire pour à bras le corps s'affranchir des parcours racoleurs et arriver haletant sur la cible musicale.

"Benito", "Oncle Vania", "Le train bleu", "Brûle-moi", un vague sentiment de retrouver Dolores et son groove organique d'alors, qu'est ce que j'avais adoré sa peau.

Les vendredi se suivent et se ressemblent, je suis en pleine préparation physique pour le prochain "Hold up" des fins de semaine, avec encore les courbatures de la précédente, je me concentre JL Murat il Francese dans les oreilles et me demande sur qui il va falloir grimper cette fois-ci, quoi escalader pour arriver à "La Fragilité".


JL Murat 2018 "Il Francese" label : Pias le label
Il faut aussi que je vous parle du blog de Pierrot, un grand oubli de ma part depuis bien des années : http://www.surjeanlouismurat.com/ 








jeudi 27 septembre 2018

Andy Jenkins



Sans le fil conducteur des maisons de disques que je file affamé pour ne rien laisser au hasard, je ne serais jamais tombé sur « Sweet Bunch ».
Certaines plus que d'autres, c'est la belle auberge Spacebomb de Matthew E.White qui m'a conduit vers Andy Jenkins. De qualité ici il y a beaucoup de choses dont la belle production qui habille impeccablement ses chansons pop, quelques part entre Adam Green, Father John Misty et Peter Von Poelh. « Curve of love », « Song for me », « Hazel woods ».. autant de balades de crooner folk qui chante un automne pop troublant de chaleur.
Après Nathalie Prass, Bedouine et Matthew E.White lui-même, un petit gars vachement sympa avec un bon disque qui tient la route abrité par Spacebomb, collectif outre-Atlantique au fidèle design de pochette.



Andy Jenkins 2018 « Sweet Bunch » label : spacebomb