Hold-up.
Il y a bien ce petit vert du maïs au beau milieu de cet ocre désert.
Même le petit bois au fond est bleu lointain, comme une ombre en
berne. Plus un rumex, l’armoise est éreintée et les chénopodes
gris flétris. Toute la chlorophylle s'est volatilisée, le chalumeau
est passé et la herse déjà mord sur un vieux quignon qui sent la
poussière chaude. Mes plateaux Euréliens ressemblent à la Castilla
y Leon.
Plus
de vert alentour, plus rien qui jute, tout suffoque, le succulent
dans d'autres contrées, la chaume à perte de vue a mangé tous les
chemins. Et je rêve de collines où le tendre dégoulinerait sur les
valons verts. Un chemin moelleux qui gicle, des herbes grasses qui
caressent, l'odeur des graminées gorgées de chlorophylle sous de
jolis bois qui chantent des airs frais de pop un peu désuète. "That
goddamn sun".
J'ai
laissé mon cerveau et mon vélo au bercail avant de partir. Juste ma
soif et quelques bouquins pour mon exil. Passé les régions pour le
retour, la musique est revenue à la charge, comme un manque. J'ai
bourriné, fait le tri, surfé sur les nouveautés pour trouver, pas
des masses. Normal, on est fin août début juillet. Stones Purple
sur la crête un poil en dessous du Paulo sur le sommet (oui j'ai
remis ça en rentrant après Rubber), l'affaire est conclue. Bec au
vent, truffe dans l'humus comme un sanglier, chibre à l’affût, en
restant sur la nouveauté des anciens, je tombe sur une fidèle
connaissance : Jon Spencer sans l'explosion. Branleur time.
L'explosion,
la mienne fut l'ACME comme tant d'autres. Puis j'ai batifolé par
intermittence chez Jon. Tu m'étonnes. Ici, pochette, son, chansons,
"Songs
of Personal Loss and Protest"
vient gaver mon cartable de ma rentrée perso désorientée. Comment
dire .. les précédents... mais celui-là. Est-ce le reste de mes
cellules avides ou la faim de bouffer les chaumes calcinées sous des
herses brûlantes ? Peu importe, rose et orange fluo sont venues
sucer ma sueur houblonnée "Wet
& wild".
Demi-heure tonitruante, vite un Canadair. Ah nan, y'en a plus.
Restriction d'eau ici, pauvre jet, trois gouttes sur le cranes
suffisent, fontaine sur l'échine et les arcades, dedans on ne voit
pas ce qui coule, et ça sourcille chez les écolo-woko-bobo. Un
petit coup de Jon dans le Spencer, gros disque, gros bouillon, joint
de culasse qui suffoque, il est temps de passer au moteur électrique,
tant que l'on a Jon dans le poste, longeant les collines d'ajoncs sur
les côtes de granit ou quelque part d'autre ailleurs.
Jon
Spenser 2026
"Songs
of Personnal Loss and Protest
Pensées
acrimonieuses, je me terre dans l'humeur maussade. Je suis allé me
poser quelques semaines au creux des landes plissées du Ribatejo. La
fraîcheur des nuits battues par le grand vent Atlantique caressant
les brûlures du jour.
Le
gris des plaines beauceronnes s'abat à nouveau sur mes tempes, ciel
voilé, fumées de chaumes, horizon troublé par le plomb du mercure,
grosse fatigue de l'entre-temps, ce pivot menaçant, je suis happé.
Repères en fuite, je suis débauché.
Là-bas
la cigale, ici le bourdon. Quelle différence entre le cafard et le
scarabée ? Le moral en berne, j'écoute un Beatles.
Il
a surfé sur la Waeve, amoureux comme par deux, il revient tout seul.
J'ai eu l'impact Coxon, comme celui de Frusciante, des escapades solo
à la limite du merveilleux. "Castle
Park",
la pureté, l'élégance que d'autres n'ont pas. L'élégance
psychédélique hyper classe de "Isn't
it funny".
Résurection
ou pas, Coxon fait le tri. Des pépites dans le tamis. Beau comme du
Pete Doherty en Normandie. On sifflote sur "Alright"
en gambadant dans la campagne grillée par le lourd crachin solaire.
De l'oubli des hautes écritures, c'est une dégustation sans pour
autant que ce soit une surprise de sa part, "Happiness
in Magazines";
"The
Kiss of Morning";
"Crow
Sit on Blood Tree";
"Love
Travel at Illegal Speeds"....
autant de voyage qui ne laisse aucun doute sur la pertinence
fantastique du deuxième hémisphère céréblur.
Par
le biais d’une bouderie d’époque, il faut que je vous cause une
fois de plus d’un de mes chouchous permanents. 1984, ma tronche en
biais de bougre bougon rejète tout en bloc, même ceux qui me
tiennent à cœur et qui font de la "cague" à l’orée de
cette décennie qui me pèse l’humeur, à l’époque. Sabordage
général ?
Le
seul 33T que je ne possède pas des Tull est ce « Under
Wraps »,
même si j’y décèle quelques morceaux potentiels qui auraient eu
une autre tronche 15 ans plus tôt. Ou plus tard. Un an avant, Ian
Anderson sort son album solo, grosse chose de routine pour tous les
groupes à l’époque, Waters, Hodsgson, Buckingham, Barry et
Robin.. même si chaque album respectif m’enchantait comme enfant
de divorcé avec deux fois plus de cadeaux. Pourquoi tant de rage ?
Le son, toujours, même si une flûte ça ne se branche pas. Elle
était bien la seule petite pauvre perdue à résister dans ce
synthétisme organiqué.
Cet
album, je l’avais loué en me promettant de ne jamais l’acheter,
et là, à l’instant où je gratte ce billet, j’ai des frissons
sur « European
legagy ».
Il faut dire que le mois dernier est sorti « Under
Wraps (the Unwrapped Edition)", un
walk into the light mixé par un Bruce Soord. Le son donc est
totalement revisité, tout est plus clair et limpide, percutant avec
voix réhaussée. « Later,
that same evening »
devient une tuerie urbaine et je danse avec les yeux qui piquent,
comme si je venais de revoir une vieille copine que je trouvais bien
moche à l’époque. IA, chirurgie, travaille sur la bande, penderie
refaite à neuf ou autre tricherie, je me pencherai sur l’aspect
technique une autre fois. Là, à l’heure où je gratte ce billet
d'humeur, je redécouvre et me rabiboche.
Il
y a quelques mois, comme j’ai le Tull dans le sang, je me suis
refait « Stormwatch »,
« A »,
« The
Broadsword and the Beats »,
les 3 albums 80’s qui viennent buter sur « Under
Wraps ».
Je ne les boudais pas autant, même s’ils ne sont pas dans mes
écoutes récurentes. Et bien, quelques tics sonores écartés, je me
suis replongé avec plaisir dans des vieux morceaux sublimes.
« Claps »
par exemple, et surtout la chialade des pores sur le sommet « Flying
colours »
(malgré le synthé quand même), mais ça n’engage que moi. Pas
encore défiguré le son comme under je me suis dis… à l’époque.
Bon, il subsiste quelques morceaux douteux, avec la flûte laissée
de côté, mais l’écluse a lâché et je suis dispo à tout
réécouter (« Paparazzi »..mon
dieu..). Ça tombe bien, une nouvelle fois un coffret complet avec
tout le travail réalisé avec live (assez dégueulasse du drum comme
il se doit)…. D’époque. « Her
love is strange »,
un vrai bonus, écarté !, quelle idée. L’album original est
proposé avec le son authentique de la batterie, ainsi que l’album
solo d’Anderson remixé par le même Soord.
Je
n’aurai pas parié un copec sur la réédition de cet opus 84 dans
le catalogue. Je pense n’être pas le seul à avoir boudé, les
critiques acharnées, Terry Ellis le boss de Chrysalis le conchie,
même des musiciens sauf le fidèle Barre. Il fallait usiner pour ne
rien perdre. C’est fait. Désormais, ce groupe est total.
Liz
s’est débarrassée de toute tension sonore, elle a déposé un peu
d’énergie à ses pieds pour laisser ses chansons épouser le
ligneux. « Three
legged dog »
à nos pieds, dénudé de tout. J’ai laissé Aldous sur le côté,
mon regard s’est éloigné du bruit général. J’ai vu Liz au
loin entre les arbres et son petit refuge dans l’ombre épaisse des
grands hêtres. La gravité de « Mt.
Nephin »,
le métronome boisé de « Where
did you go »,
la sublime envolée pop de « Black
Ulysse »,
« Vespers »
comme une oraison folk. J’ai quitté la foule, je suis allé
reprendre haleine vers ces troncs lisses et grisés par des petits
airs nylons.
Si
Jurado lasse, qu'on lui trouve un léger déficit dans les
envergures, dans la hauteur de certaines couleurs sans pour autant
l'oublier dans un coin, il y a "Birds of Paradise"
qui vient de sortir.
Si
Jason Molina manque, avec son électricité fleurie sur de beaux
élans rock secs à peine crasseux, il y a Thomas Dollbaume qui vient
de sortir "Birds of Paradise". Immédiatement
cet album a confortablement clôturé mes impressions posées sur de
solides fondations. Immédiatement tout a défilé dans une évidence
brute tout en rattrapant en plein vol quelques petites maladresses
authentiques qui ajoutent au charme. J'ai oscillé comme un Tremble
en plein vent, musique argentée, soleil aveuglant. Le trait
d'horizon porte de grosses masses cotonneuses de vert profond, juste
au dessus, les nuages imitent dans des gris bleutés et la campagne
défile sous le son américain de Thomas. Je n'irai pas jusqu'au
village voisin, je vais juste faire le tour du grand bois et revenir
écouter ça dans ma hutte. Pas trop de soucis à me faire s'il me
vient l'envie de trouver un bon disque pour la soirée. C'est du tout
cuit, bouclé d'avance, tellement de soirées bredouilles à patauger
dans les opus pour dénicher une pépite. "Birds of
Paradise", immanquablement.