samedi 25 janvier 2020

Lina_ Raül Refree



Le vert des oliviers ne change jamais. Aux pied de ces troncs noueux celui tendre de janvier nous parle du ciel bleu. Le trèfle pied de chèvre tend ses pétales jaunes sous les orangers. Oxalis nappé pour parler aux persistants ; oliviers, orangers, eucalyptus, chênes lièges, et les pays caduques sont à poil. Quelques abeilles défient un papillon, les rayons de la Saint Sylvestre attendrissent. Au fond, le dôme de la Serra del Aire se dessine à peine.
Si l'été le figuier se la ramène en crâneux, il baisse du museau en ces jours de Capricorne, ses doigts crochus en branches arthrosées rappellent à la saison.

« Le vin réjouit le cœur des hommes ».. le parfum caramel de terre puissante dans ce raisin fait dire de belles choses, embrasse la glande lacrymale.. on s'en va errer nos cerveaux avinés au creux de Cabeço de Soudo, puis Carvalhal do Pombo, Rendufas do Meïo, Charneca da Rexaldia... le soleil tombe est l'on rentre entre amis dans les murs blancs sous les moulins da Pena. Soudain à travers le silence, une voix provient des collines, celle de Lina. A quelques vallées d'ici, Amalia remonte le Tage vers l'Espagne en passant sous Fundao. Toutes les rivières partent d'Espagne, grignotent les terres plissées vers la beauté pour finir en apothéose dans l'Atlantique et revenir gifler en ressac les côtes sous l’œil malin de la Gaivota.

Acuarela discos d'antan, le spectre vocal de la Lusitanie, duo poignant, Refree met en son Lina qui chante Amalia Rodrigues. Clavier, voix, piano, ambiance qui prend à la gorge.
Le Fado, la Saudade, c'est la mélancolie de ce qui pourrait arriver, et ce qui arriva. C'est un arbre qui pourrait perdre ses feuilles mais qui les garde. Lina n'appréhende plus rien, elle est plongée par le trouble noir et fier de Raül Refree le barcelonnais. Sans la guitarra Portuguese, les chansons défilent et nous arrachent les yeux, la poitrine a chaviré. Sombre et moderne, décalé et respectueux, tous les fantômes debout d'un puissant pays sont en suspens.

Cet album est une merveille. Bouleversant. Impossible de l'écouter en entier sans sangloter. Le Fado, c'est le silence total avant l'explosion de cris, de joie et de larmes... Je vais tenter après un verre de Cabeça de Toiro, de l'écouter en entier.

Lina_ Raül Refree 2019 « Lina_ Raül Refree » label : Glitterbeat




mercredi 22 janvier 2020

Big Thief 2019




Lo-Fi brinquebalant avec un air de bœuf glissant sur les pentes meubles. Les gars autour d'elle sont à la merci des fragilités vocales, du chant impliqué. Et puis à découper une tranche de quelque part pour qui que ce soit, "Two Hands"  se dresse sur un moment posé à des brassées des intra-muros. 

L'esgourde nous remet à notre place, celle que l'on veut pour jauger la respiration, déjeuner avec des canotiers de berges aménagées. Outre la pochette, ce troisième album des New-yorkais pétri de sensibilité authentique fait un bien fou. 
« The toy », je vais attendre un peu avant de me relever pour y retourner, vers les frondaisons qui voilent la grande ville.
C'est une chose belle cette grande dérobade. 

Big Thief 2019 « Two Hands » label : 4AD

lundi 20 janvier 2020

Patrick Siegfried Zimmer




« Memories I X » se déguste en huis clos. Peut importe le temps qu'il fait dehors. Cabot celui de la pochette. Le mien donne de la hauteur aux pressions. Soleil qui reprend du rose aux joues, à l'ombre la bruyère en fleur est encore gelée.
Les noisetiers pollinisent, les cyprès et les aulnes aussi, quelques semaines d'avance. Les chatons dansent, le vent pique un peu les pommettes. « Eternity » peut rendre heureux l'espace d'un instant, de l'autre côté de ma vitre un merle sautille sur l'herbe craquante, on dirait qu'il entend la musique.

Baladin from Germany, voix de tulle guitare nylon mélodies cristallines. Il est aussi Finn, c'est ma jolie découverte du jour, l'hiver est doux, les chatons des arbres dansent, le merle aussi.

Patrick Siegfried Zimmer 2018 « Memories I X » label : PSZ records

mercredi 15 janvier 2020

Vincent Delerm 2019



C'est aussi une bande originale de film..le sien. Tout mis en musique et en voix par lui. Et quelques reprises.
Ses tranches à lui nous collent à nous. Et pour un rien on s'en va mourir dans l'air du soir.
Il y a bien longtemps que Vincent chante notre cinéma à lui. C'est comme un disque de Souchon, on le prend pour croire vivoter et on est touché en plein sang. Humaines palpitations. Et puis qu'à cela ne tienne, nous vivons avec quelques airs anodins qui trainent et ne minent à rien, mais qui comptent tellement, dessinent et bâtissent nos os.
Je sais pas quoi trop dire en fait.. « Les orgueilleuses »... j'ai ressortis les premières balades fragiles et sensibles de Sheller.Des chansons passent en boucle.

"Panorama" pour moi à sa sortie a été étouffé par "âme fifties".. j'y peux rien, c'est comme ça... son film et sa BO viennent pousser Alain qui reste malgré tout à portée d'oreille .. Pour les tranches de vie c'est où ?? un repère qui manque, un détail que l'on cherche, une humeur dans les nuages, une voix familière de rare week end...un autre panorama . 



Vincent Delerm 2019 « Je ne sais pas si c'est tout le monde » / « Panorama »

dimanche 12 janvier 2020

Hildur Gudnadottir 2019



Cinq ans sans paysage d'elle. Le néo classique semble s’essouffler dans les bacs. Comme pour Max Richter et surtout Johann Johannsson, le nom d'Hildur Gudnadottir est devenu plus visible en bas d'une affiche de cinéma.
Je n'avais plus de nouvelle depuis l’extraordinaire tableau « Saman » en 2014. Son talent n'a pas bougé d'une corde, il est juste magnifiquement guidé par d'autres histoires de longs métrages ou de séries télé. "Trapped",« Chernobyl », et « Joker », chef d’œuvre total donc.
J'adore me créer mes images sur les musiques d'Hildur, aussi j'aurai pu être partagé si cette bande son ne m'avait pas projetée dans son monde à elle jusqu'à en oublier les scènes.. trajet apocalyptique d'un matin au casque, tout chargé de gris et alourdi de fatigue.

Tremplin pour un nouveau démarrage, mutation et revirement ?? les thèmes encordés d'Hildur viennent désormais ensorceler nos yeux.

Hildur Gudnadottir 2019 « Chernobyl » - « Joker »





jeudi 9 janvier 2020

The Stranglers 1986



Il y a sur certains albums des saveurs insolites, des affections qui font garder hors crédibilité la texture inexplicable d'un goût appuyé. Les années 80 pour moi, pas mal d'opus se détachent par une couleur, une humeur, une fantaisie à travers ce capharnaüm. Des entités bousculées, des nouveautés boudées, des sons qui zigzaguent, des écritures qui se faufilent à chiper ou pas. Imposture ou révélation. La décennie, ici et ailleurs a impacté par le dérangement, la renaissance ou l'intriguant. Virage, racolage, rempiler, remplir ou créer, opportunité, l'occasion pour bivouaquer, tout en gardant la fibre ou pas...."Under wraps" de Jethro Tull 84..impossible pour moi par exemple.
« Moonlight Shadow » .. « Loosing my religion », « In the army now », « Beds are burning », « Don't stop the dance », "I still standing" « You can call me all», « sledgehammer»... comment survivre, se fondre, muter, s'adapter, renaître ?

Comment avouer que « Dreamtime » est mon baptême étranglé, celui particulier que je préfère donc, pour le tube qui a drainé ma curiosité, pour la pochette, le son et le disque qui se détache d'une décennie chafouine et que je n’arrête pas d'approfondir maintenant.

J'entends d'ici les inébranlables.. « Always the sun ».. c'est du Stanglers ou bien ? « In the army now » du Status Quo, et « Let's dance » du Bowie... ??
Tout dépend de l'age que l'on avait, du son dans nos cellules, de l'oreille que les étoiles nous a donné pour s'adonner, des cellules que l’ouïe sensible nous a légué.

Moi, les Stranglers, c'est une grosse compile bourrée d'imparables chansons triées de 77 à 2017..et un album en entier.. « Dreatime ».

The Stranglers 1986 « Dreatime » label : epic

lundi 6 janvier 2020

Midnight Oil 1987



En survolant le plissé du Beira-alta, malgré l'hiver, j'ai vu une bande de feu balayer calmement une crête. Les flammes dansent, une fumée comme des nuages. Ce pays en a connu des ravages incendiaires.
2019 la terre brûle.... Mozambique, Californie, Amazonie, Sibérie..... Australie.

Nouvelle-Galles du Sud cramoisie, les gars chantent la fournaise, un des rares disques 80's que j'ai écouté en boucle. Classique, trop ? m'en lasse pas. La croûte incandescente.

Midnight Oil 1987 « Diesel and Dust » label : CBS

samedi 4 janvier 2020

Mike Oldfield 82



Je suis allé me suspendre dans le temps. J'ai rompu mon pacte celui de ne jamais participer à ça, j'ai anéanti ma phobie. Je suis allé voir quel temps il faisait au dessus des nuages.
Le spectacle fut merveilleux, je suis allé moi aussi polluer un peu là-haut, ma petite part du ravage. Une poignée d'êtres humains sous le soleil, juste au dessus de la fourmilière.
Une certitude flotte, on s'éloigne de la réalité. Calme et volupté. Une fuite. Une pause, un instant de lévitation loin des bataillons.
En dessous des agglomérats d'individus s'acharnent à menacer les équilibres, à ne pas ménager sa monture.
Combien d'yeux humanistes vers nous, pour des milliards de regards dans la boue ?

Les douces meringues des Monts Cantabriques ouvrent la péninsule. Plus aucun nuage. J'ai quitté la Loire des yeux, je contemple le Douro. Bientôt le beau Tage et la descente vers mes irmàos..
Pour planer et rendre musical cette dérive propulsée, j'ai mis « Five Miles Out » dans le casque. La bande-son du moment guidé par la pochette idéale, mon instant unique avant le retour à la croûte. Comment ça tient dans les airs un truc pareil ?
« Taurus II », « Orabidoo »,.. instrumentaux au son unique, celui de Mike Oldfield sur mon premier voyage en avion.

Mike Oldfield 1982 « Five Miles Out » label : virgin