jeudi 17 avril 2008

Ilya.E Monosov


Alors que le printemps tarde à venir et qu’il étire interminablement son frimas gelé en venant pâlir le jaune du colza fleurissant, alors que devrait bouillir une nature féconde et juter un sol fertile, Ilya.E Monosov sort une œuvre dépouillée, décortiquée au maximum, coincée entre un folk clair et des textes psalmodiés. Le timbre vocal grave, placé au beau milieu d’un léonard Cohen jeune et un Buck65 anesthésié, alourdit l’ambiance lumineuse comme un clair-obscur.
On est sans cesse en équilibre entre un soleil timide qui essaye de percer et ce champ de colza brillamment saupoudré de givre. Le jeu de guitare est aussi placé du côté de Cohen, la production fine très acoustique est assurée par Greg Weeks qui n’en finit pas de collaborer. Monosov est de San Diego et ajoute une pierre à cette grande famille boisée. Aussi est-il hébergé par « language of stone », le tout nouveau label de G. Weeks qui abrite déjà Orion Rigel Dommisse, Ex Reverie et Mountain Home au sein duquel Monosov œuvre. Une pochette peu attirante offre un photomaton mal cadré, un gros plan instantané de l’artiste plombé par une apathie neurasthénique. Son arborescence artistique touche d’une branche le collectif eclipse-records où il vient exprimer un peu plus d’énergie en compagnie de Preston Swirnoff, lui-même fraîchement installé chez Last visible dog. D’artistes en collaborations, de labels en albums on aime se promener interminablement sur les sentiers désormais balisés du folk ressuscité.
Les chansons défilent comme une matinée fraîche et interminable, Ilya revendique clairement qu’il n’écrira jamais de chanson joyeuse, à quoi bon, les aurores ne sont que de pâles lueurs grandissantes, de douces naissances calmes et lentes. Toutes les cordes pleurent, le chant filtre à travers des brumes alcoolisées et la mélancolie par quelques percées morriconiennes épouse une beauté printanière malgré le froid nocturne qui mord encore la peau.

Ilya E. Monosov "seven lucky days, or how to fix songs for a broken heart" 2008 label = language of stone


Quand on aime Léonard Cohen; Matt Eliott; Greg Weeks; Buck 65.

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