A défaut de contempler la lune bleue, j'ai traversé le dédale de mon cerveau en plein paradoxe. Je me suis emmanché dans les tubes sonores expérimentaux de Brian Pyle sans voir que je partais à la vitesse d'un système nerveux éperonné à travers son architecture torturée, le liquide amniotique de ma tète.
Ni grise, ni rouge, ni bleue, pas de lune, juste la chape permanente de lait cendré qui postillonne, je me suis endormi avant l'éclaircie. Y'en a t-il eu ?
J'ai surement fait un voyage immergé crâne baissé pas piqué des mousquetons dans cette silhouette folle, le grand travail musical d'Ensemble Economique. Elle fut orange la lune, sur le ciel noir outremer de Denovali.
Ensemble Economique 2017 "In Silhouette" label : denovali
Transition de gris idéale, un gr-E
parfait cuit à point. Fauteuil, pommier, chambre, solitude,
précipice, Ignatus.. Tellement nous sommes dans une époque tant
attendue, tellement anticipée avant, il faut voir comment ça se
passe. Nous la voici, cette E-pok. Tellement on a voulu cette ère et
de voir en fait ce qu'il en est.... L'E-spoir et l'E-coeurement,
toute cette aigreur en l'E-coeur.
Pas tant que c'était mieux avant,
quoique, on finit par s'y sentir bien dedans avec un peu de recul, des belles images percutent nos rétines mutées, ça
dépend quoi et qu-E, mais les fléaux s'E-tendent et s'épanouissent.
Tellement content de retrouver E-gnatus. Je me souviens du gazon
tellement vert, il y a 20 ans..et puis le gris, tellement l'époque,
et pourtant « L'air est différent » …..
à quoi sert de pleurer dans l'eau, ou de bouffer les miettes de
déprime dans la barbe d'un Dieu, d'avoir un cœur de nouille dans un
corps de bœuf....
Ce n'est pas un hasard, je feuillette
les sublimes clichés de la « France abandonnée » de Sylvain
MARGAINE et aussi un recueil sur les plantes des villes « Flore
des friches urbaines » de MURATET, comme un espoir. En tapant « friche
urbaine » sur un moteur chercheur, on tombe sur des E-mages
fantastiques d'abandons comme une gueule de bois ou de béton, de
constats gris d'une époque en friche. J'adore le nouvel album
d'Ignatus (j'ai piqué ces images).
Va falloir trouver son chemin malgré
toutes les tempêtes, grises, grise, gris gris, gr'E.. E-pok E-pok
E-pok..comme un hoquet.
« Une inversion mélancolique »,
le gris colle au bulbe comme un acharnement, et pourtant cet opulent
disque à la pochette cendrée vient tout balayer. Temps de chien,
« Amour Chien Fou », Arthur H n'a de cesse de s'installer
dans le meilleur. Bien longtemps que son monde à lui embellit
quelques matinées de mon quotidien, spleen sensuel dedans, sans
pour autant que le gris ne se fasse plus gris.
Il ouvre le bal d'une année qu'il va
survoler à coup sûr, va falloir le détrôner ce chef d’œuvre
d'écriture et de mise en son sublime.
J'ai un faible pour les doubles albums,
rares par chez nous, celui là entre un gris clair et un gris foncé,
va se poser sans hésitation parmi les plus beaux. J'aime aussi les
collaborations, c'est avec Léonore Mercier qu'il a créé ce
paisible voyage.
C'est un grand moment de musique, je
prends d'un bloc abasourdi « Amour Chien Fou ».
Une place chez Kif, un pro de l'la compile, pour ma triple à moi, influence 65/85 presque strictement.. des vinyles et des chansons à tomber je trouve.
Ça tangue a n'en plus finir. La pluie
rejoint la nappe des champs délavés, ma plaine comme la mangrove,
marmelade chocolat.
Déluge sur le cerisier d'hiver en
fleur, deux ou trois mouettes crient au dessus du muséum, c'est
marée haute dans le bassin.
« Wings in the grass »
l'averse en drone, « Arms turn slowly » comme le
prunus subhirtella fleuri, « Leaves are swimming »
je prends l'eau.
Cette deuxième collaboration entre
Aaron Martin et Machinefabriek est un véritable bijou sonore.
Paysagiste et architecte.... des cordes sur la machine.. « Close
to dark ».
Vacarme de becs, étourdi par le bruit
des étourneaux sansonnets grégaires qui dévorent en horde les
graines mures des Sophora Japonica, je reste le cou cassé pour
reluquer ces passereaux intra-muros à quelques semaines des nids.
C'est un concert euphorique et hystérique, on dirait le déni des
saisons et pourtant tout tend au gîte et déjà à peine la première
lueur saisit, les becs courageux s'égosillent à souhait au jour pas
né encore.
Tout tend au printemps, des signes, des
indices, des preuves, je découvre les notes néoclassiques de
Stefano Guzzetti, je suis un peu perdu au beau milieu de ses travaux,
tout se mélange, son œuvre est une entité perdue.... « Waiting for
Spring ».
Stefano Guzzetti 2016 « Waiting
for spring » / « Leaf » label : p*dis /
stella recordings
Peter Broderick s'est enrichi de mille
talents, plusieurs cordes à son arc, ses disques sont devenus de
belles épopées néoclassiques, guitare, piano, violon. Il a aussi
appris à poser sa voix et de tout napper que quelque son
électronique ambiant. Du coup, « All Together Again »
est une œuvre complète, longue et contemplative à souhait.
Plein de couleurs sur sa palette,
quelque soit la force des vents chacune de ses notes sont portées
vers les lignes balayées. Le vent sait beaucoup de choses. Les
insectes ne sont pas encore là, du coup il a décidé d'emmener avec
lui la poussière dorée des ligneux sans fleur. Déjà les
noisetiers se répandent. Les chatons se foutent pas mal de l'hiver
le Corylus ouvre le bal.
La musique de Broderick est séminale,
des couleurs fauves dans le gris qui tient à nous.
Un peu d'Eno (« Atlantic »,
« If i were a runway model ») en plus, des ondes
de Kid A par moment (« Seeing things »), et
beaucoup de l'écriture biologique de Peter Broderick, artiste
incontournable du genre.
Peter Broderick 2017 « All
Together Again » label : erased tapes