Sparklehorse, Curt Cobain, Tom Waits,
tous sont d'accords, Daniel Johnston est le plus grand songwriter.
Thomas Vinau entend de lui une « voix
douce d'un lapin dont on a enlevé la peau », comme « des
ballades qu'un Beatles chanterait s'il se retrouverait coincé au
fond d'une crevasse glacée ».
Daniel dessine ses pochettes lui même,
il chante comme on siffle à travers un ventilo, comme un sansonnet
blessé et ses chansons sont très loin d'être d'en être la roupie,
de la couille de mite. « Cathy Cline » m'a toujours
renversée, des larmes au bord du rire, ou peut être c'est mon
sourire qui sanglote, elle resplendit dans les chagrins. Une myriade
d'albums jusqu'à celui-ci, puis beaucoup moins après.. qu'est
devenu Daniel Dale Johnston ?
C'est un clochard céleste, parmi les
76 dessinés par Thomas Vinau. Son livre est un gouffre de poésie,
de la prose sur quelques poètes et artistes vagabonds, la beauté
des gens qui sont devenus des étoiles, ceux qui se sont consumés.
« L'homme de terre est une
vieille patate qui n'en finit pas de germer ».
Il y a dans ce recueil de portraits
les esprits écorchés de Mark Linkous, Robert Wyatt, Gil Scott Heron,
Syd Barrett, Billie Holiday, Chet Baker..... et Daniel
Johnston. Ce livre est beau, ces clochards bouleversants, tous me
tombent dessus à l'heure où l'ignominie est de retour, ou des
visages d'enflures nauséabondes dégoulinent sur les médias, les
burnes à urnes à des années lumières des poètes abîmés par la
grâce, réapparaissent avec les cartables. Il va falloir se
déconnecter absolument pour ne pas sombrer, je coupe, je m'en vais
causer avec le fou du village, celui qui devrait siéger à la mairie, et
je dévore ces trognes burinées, ce livre de Thomas Vinau qui
fait ressortir quelques pépites discographiques. Un livre, des
esprits célestes, un disque.
Daniel Johnston 1999 « Rejected
Unknow » label : new improved music
Un bail que je cherchais une raison au
silence de Badly Drawn Boy. C'est en découvrant Max Jury de l'Iowa
que la question est revenu.
Un petit blanc bec tout pertinent et
tout fleurissant qui sur le chemin quotidien peut aspirer avec juste
une mélodie, le jus noir humain que nos congénères invisibles
laissent baver sur le bitume.
Il n'est pas interdit de se décorer
d'un sourire sur « Beg & craw » en regardant cette
fille à bicyclette qui passe comme si de rien n'était, ou ne fut,
alors que dans ses sillons fleurissent des phrases muettes avec des
envies de bouches. Un air et hop, le retour à l'adolescence, celui
qui colle à la peau du cou de teenager qui sommeille.
Je m’arrête dans l'ombre épaisse
d'un marronnier impatient de lâcher ses bogues et repasse en boucle
cette ode à la légèreté estivale, finalement pas aussi gaie que
le mercure qui s'affole.
J'ai retrouvé Badly Drawn Boy sans
bonnet, en plus jeune en fringues amerloques gospels("Princess"), avec les mêmes
idées de pop tueuse et sincère. Même sont petit côté
Robbie Williams que je vois plus comme un Elton jeune, ne me dérange
pas plus que ça .
Max Jury 2016 « Max Jury »
label : marathon artists
Des cendres du Black Crowes ont jailli
des pépites seventies, je gratte, fouine et suis la poussière. Dans
la famille Robinson, je demande le frère, Chris.
Son autre groupe CRB avec quelques
nouveaux membres vient de sortir un album aux remugles CSN et ceux d'une
autre fratrie, celle des Doobie. Le son southern prend des allures de
funky boogie, ça groove et ça sent la côte Ouest.. « Narcissus
soaking wet » introduit « Anyway you love, We know how
you feet » et ouvre les pistes infinies sur un hymne routard
heureux à danser sans cesse vers le soleil couchant.
L'arborescence éclatée d'un groupe
formé il y a 25 ans n'en finit pas de fleurir... brother.
Chris Robinson Brotherhood 2016 « Any
you love, we know how you feel »
Je me suis huilé dans l'ombre,
histoire de me rafraîchir les fringues. J'ai l'air d'un chacal que
la pomme effraye, la douche attendra. Pourtant c'est pas les degrés
qui devraient faire fuir le jet. De toute façon le jour se lève et
une combinaison de guitare basse dégueulasses me souffle à
l'oreille des idées de flemmarde crépusculaire. Ce soleil là n'a
aucune réponse, à force de me vautrer sous ses persiennes,
j'ai fini par me le mettre en mode poussière répétitive, comme ces
grains de conifères que j'aspire à grand poumon. Au Cedrus du grand
cèdre remarquable, j'ai toujours cédé.
« Wich way your wind blow »
dans le fagot, juste histoire de prévoir quelques branches sèches
pour chauffer l'hiver à deux pas d'ici.
En attendant, je bous sous ce plomb
humide tiédeux, impossible de me rafraîchir. Mon collier de poils
me démange, ma chemise neuve jamais lavée schlingue à des lopins d'ici comme
ma vieille pelure imprégnée d'adoucissant qui ne tient pas ses
promesses.
Dans mes oreilles résonne un Robinson
riche des 70's comme j'aime, et je somnole, j'hibernatusse mon écoute
dans le flou le plus total. Mais y'a quand même une vieille odeur
qui persiste .. là, derrière le sapin.
Je flotte, je tangue, la poussière
jaune de conifère sur les sinus. Le chèvrefeuille étrangle mon
lilas, manquerait plus que le houblon remplace mes burlats.
Un disque avec un corps de rêve, des
pecs de cinglé enveloppés par une peau satinée, du mollet, des
hanches, du poil et un appentis pour rouler des épaules le galbe
ravageur.
Jam, Riff, reins protéinés, de la
sueur des chevaux fous, l'échine trempé, les cervicales bétonnées,
l'américana du suédois défonce outrageusement. La gorge est
puissante, la chaleur comme un Xavier Rudd, la rotule langoureuse et le fessier en acier à la
Black Keys. Anders Osborne, c'est la rudesse
de la colonne et le moelleux du galbe, mouillé, enfumé, blanc comme
un cul bronzé, romantique et bandant..ne vous fiez pas à la
pochette, ce disque est une vraie salouppe.
« Old Counry »..en boucle,
volume au maximum, comme une obsession salope.
Anders Osborne 2016 « Flower
Box » label : back on Dumaine records
Les USA tenaient enfin LEUR groupe, 1968
et l'Angleterre de l'autre côté explosait son répertoire. Un
troisième disque pour les Doors, la confirmation fait son chemin.
Paul Ferrara s'est accroupi sur le toit
de sa voiture pour le cliché gardé en cover de « Waiting for
the sun ». On pourrait croire à une quelconque bordure d'une
route, un talus anodin, une halte à la va-vite histoire de boucler
une séance photo pour un album qui ne sera pas celui qu'on montrera
en premier dans la discographie des Doors. Pourtant que « Love
Street » est belle.
Il suffira que le photographe se lève
pour découvrir en arrière plan, toute la profondeur des environs du
Laurel Canyon. Les USA tenait là aussi un de leur endroit mythique
culturel et musical. La liste des artistes qui ont fait l’histoire
de la musique outre-atlantique dans ce creux aride est illimitée, de
Neil Young à Zappa, de Jonathan Wilson au Red Hot, de Joni Mitchell
à Dusty Sprinfield......John Mayall.
Enfouie derrière les quatre membres
qui écrivent leur mythe à grande vitesse, toute une vallée se
dévoile, la zone urbaine de Los Angeles et San Fernando Vallez. John Desmore habite dans un garage sur Utica Drive et Paul Rothchild le boss d'Elektra et le producteur des 5 premiers albums des Doors crèche un peu plus bas, sur Ridpath Drive. Le
soleil est trouvé, il est là, au creux de cette sécheresse
encastrée, sur la cime d'un endroit du monde fécond, Morrison
dévoile un visage livide, habité, c'est leur séjour dans la côté
Ouest des USA. Music made in L.A.
Les endroits, les contextes, Liverpool,
Detroit, le château d'Hérouville, Laurel Canyon... des épicentres
d'où jaillissent la musique et l'histoire des disques.
The Doors 1968 « Waiting for the
Sun » label : elektra
Le rendez-vous était pris, le 10 juin,
coup d'envoi, le sifflet au taquet dans un stade bondé. L'arène des
gazons ras, un terrain facile pour lui. Il en a connu des stades
depuis le fameux Shea Stadium.
Le 10 juin j'étais là pour la sortie
de « Pure », comme un gamin, être le premier pour chiper
l'objet, pil poil à l'ouverture de Darty & Co.
Fier comme un poux, je suis allé
zigzaguer parmi le rayonnage terne de ma grande surface culturelle,
le jour même de la livraison du coffret.
Facile à trouver, facile aussi de
errer dans ces rayons dévidés, seulement après, il fallait
ressortir du gourbis, et là, c'est pas la même salade. Comment
s'extraire de ce merdier fnaqueux !!! j'vais quand même pas
appeler mes parents ..le p'tit charlu est attendu à la caisse numéro
4..dépéchez-vous..l'a pas l'air bien.
J'ai donc suivi les issues, j'ai
regardé la foule à la recherche du dernier Mika puis j'ai trouvé
les bandes bleues qui guident en trois zigzags désorientés vers les
caisses, l'issue fatale. Pupitre 4 je me suis arrimé sans sac, sans
carte de fidélité, sans envie aucune sauf celle de garder mon objet
à moi que si on me le pique j'envoie les bourre-pifs. Qu'est ce que je fout dans ce mouroir. Ah ouaih, c'est pour Paulo.
Mon code postale ?? mais nan je
veux pas un sac Lapin Crétin... ma carte ?? j'en ai pas...
laissez moi sortir.... j'ai pas pris la bonne caisse ?? pourtant
la voix off m'a guidée, c'était la 7 ??.. je sais que la 1
faut la carte « one ».. nan j'ai déjà un sac.....je la
veux pas la carte, suis là juste pour une seule fois.. 10 euros pour
3 ans ?? 3 ans !!?? 3 ans à revenir ici de
son plein gré???!!
j'ai suivi les bandes bleues comme on
m'a dit, j'en ai même le tourni, j'ai tout vu, des piles, des Musso,
des Levy, des « Mon voisin est un connard », ou « Ma
belle mère une truie violette »... des portes clés en forme de surf avec les initiales BB dessus, des jeux
carambar pour l'apéro, un crayon « les mignons », une triple
compile Sinatra que c'est même pas Noël, le dernier Pagny, Pancol,
Pignol, y'a aussi un bouquin pour élever ton gosse, "L'informatique pour les nuls"et des recharges
cafetières sans nanoparticule dedans, deux volumes sur « comment
gérer ton ado » juste à côté des DVD "Termnator"... et ça c'est après deux virages
seulement le long des promontoir-pailles.. le dernier, il faut juste attendre qu'on t'appelle, juste
le temps de regarder ce qu'ils ont dans les mains, les caprinés
d'avant et ceux d'après qui passent au pupitre numéroté. Zigzag
dans cette prairie d'acariens de moquette acariâtre. La prochaine
fois je viens avec un GPS...ah merde ils en vendent aussi.
Rien à battre, dans les paluches, j'ai
le dernier Paulo... une compile certes, mais le dernier Paulo. Jamais
une pochette comme celle-ci. Bubar Paul en clair-obscur qui observe, la période la plus
existante de l’histoire... celle que tout le monde décortique
comme une finale de coupe du monde perdue, the compile 4 CD sans
inédit aucun, mais peu importe, j'ai ramé, j'ai fait le parcours
et suivi les bandes bleues tendues en zigzaguant pour arriver devant
le guichet sans sac, sans carte, sans code postal, ni la taille de
mon slip, juste j'ai franchi le chemin des agneaux avec ses 5 virages
de vide grenier culturel, épié par cette chenille derrière moi qui
matent le truc que j'ai dans les mains eux aussi.
Y'a des gens cheloux qui me suivent,
ils achètent ce que personne ne veut, oups, ce que tout le monde
achète, mon tricot de laine me rassure, y'a même pas un bouquin sur le
tajine tellement ils sont mijotés ces visiteurs fidélisés.
J'ai payé, j'ai l'objet, je me
faufile, j'ai presque pas dit non à toutes les questions de la
caissière hyper gentille aux yeux vitreux... elle n'a même pas eu
un rictus labiale quand j'ai posé cette objet sur son tapis
démagnétiseur !! cette pochette magnifique.
Je suis sorti de cette grande surface
fouillé pour la 3ème fois, sans qu'on me dise... « eh man...
moi aussi j'adore Paulo Guy... » Yo... rien à battre, j'ai mon
parcours combattu, j'ai lâché de la caillasse à la fnac juste
parce que dans mes paluches sans sac j'ai la quadruple compile de
Paul McCartney 2016 et que lâcher de la fraîche là, c'est un
combat, une faiblesse, une douleur. Et là, tout craneux, comme un gamin, j'ai même pas mal.
67 morceaux, rien de neufs, juste le
fait que des morceaux de « Wild Life », « Press to
Play » ou « London Town » sont enfin dans une
compilation, 4 CD mérités, un superbe objet à faire stopper un
blog, un bouclage. Il fallait bien un tour à la fnac pour rentrer vidé en
guerrier, se poser pour déguster le son de « Pure ».