mardi 30 avril 2013

Devendra Banhart 2013



Devendra a ôté son large collier de hippie pubescent et a coupé court sa chevelure de poète boisé. Du coup, les fleurs fushia au pollen acide qui poussaient dans sa barbe musicale sont aussi tombées.
Très loin des terres bariolées de Michael Gira qui l'a accueilli en 2002 pour la sortie de son premier album, le texan propose un album de comptines pop glabres, un poil sophistiquées. Même sa voix de troubadour champêtre s'aplanit, semble se mêler aux airs guillerets. L'espace d'un nouvel album il dévie sa marche forestière de sentiers herbeux vers une route de bitume pour un pèlerinage frais et fruité, une folâtre insouciance.
Fini le pollen, la corbeille de fruits déborde, à la manière de Fabio Viscoglio. « Your fine petting duck » prend même des allures intimes de « Baby it's you » des Beatles.
Léger, efficace, méconnaissable, Devendra Banhart s'approche des villes...allégé de barbe et d'herbe.




Devendra Banhart 2013 « Mala » label : nonesuch
http://www.devendrabanhart.com/
http://www.nonesuch.com/artists/devendra-banhart

https://www.youtube.com/watch?v=gqGUM1TrJgk&list=RD02TArE1y4D_NU








dimanche 28 avril 2013

Pink Floyd 77





La condition humaine ramenée à de simples animaux, avec comme esprits britanniques conducteurs Margaret Thatcher et Mary Whitehouse. Nous sommes en 1977, les Pink Floyd sortent « Animals », un album sombre et puissant contre la morale, en pleine morosité sociale anglaise, une crise naissante qui continue à sévir. Un hurlement froid contre toute sorte d'abus. Plus encore, le punk naîtra en parallèle, et le Floyd s'en tirera bien face à la montée tsunami des Sex Pistols.

Le contexte: les Floyd reviennent des sommets Dark Side et de Wish you are here, et pendant la tournée de Wish, deux morceaux sont en essai, « Raving and drooling » et « you got to be crazy » qui deviendront sur l'album à quelques paroles prés, « Sheep » et « Dogs ».
« Animals », c'est le début des anicroches, le planétaire a porté ses fruits mais il fallait assurer la suite, une période où le groupe n'a plus rien à prouver. Le leader théorique, Waters, affiche ses tendances de dictateurs artistiques, jusqu'à la pochette qu'il a conçu à lui seul : Une usine au sud de Londres, des hélicos, pas de montage photographique comme conseillé, un vrai cochon gonflable géant entre les cheminées d'une manufacture mythique et polluante. C'est une galère technique, 8 cinéastes et 11 photographes, un tireur d'élite pour le dégonflage, la prise photo n'est pas celle que Waters voulait car le lendemain des premières sessions, une tempête arracha le dodu rose de ses amarres et, devenu libre, il fera la une des quotidien dans toute l'île britannique. Ce gros budget gadget sera renforcé sur scène, avec avion vrombissant et cochon enfumé. Tout cet arsenal embrume la musique du groupe et inflige au publique un spectacle chaotique et cauchemardesque. « The wall » confirmera.
Pourtant la musique s'affiche plus humaine, chaleureuse, deux morceaux retravaillés, et une déclaration d'amour de Waters à sa compagne « Pig on the wings ». C'est réellement la transition Waters.
C'est aussi les débuts des déboires avec le public, Waters crache sur un Montrealais excité, la dépénalisation de la marijuana à Manhattan enveniment la soirée, agitation générale, incidents techniques... le Floyd a toujours eu des prestations scéniques, 1977 est aussi une transition technique pour une volonté d'envergure qui ne cessera de croître.

La dictature de Waters était telle que les autres membres ont sorti en cette période de fatigue, leurs albums solo respectifs, des remèdes, des échappatoires.. 1978.
Dorénavant ils ont un budget, et ils se payent un studio 24 pistes au Britannia Row pour quelques mois. Un autre calendrier de tournées se dessine, avec en première partie « Animals » et « Wish you are here » en deuxième. Snowny White, le fin guitariste, s'ajoute au quatuor et se rapproche de Gilmour. Il assume la basse et la guitare, laissant Waters totalement libre pour gérer ce set épique et planétaire. Tout le monde se laisse faire, finalement ils veulent seulement jouer et ils jouent bien. Mais rien ne va plus, le pire reste à venir.
Un tournant donc pour un groupe dont les musiciens sont relégués à de simples instrumentistes, mais qui cartonne dans les ventes, dans cette période de naissance punk.
Pour info, « Raving and drooling » et « You've got to be crazy » sont disponibles sur le cd bonus de « Wish you where here » réédition 2011. Le reste du concert Wembley 74 est proposé sur la réédition de « Dark side.. ». Distribution très discutable.

Personnellement, je suis parti acquérir « Animals » juste après avoir dévoré « The wall » pendant des mois d'adolescence. Un disquaire chartrain possédait une cabine en verre munie d'un casque pour les écoutes. J'ai fini par me faire virer par la patronne qui gérait la platine. J'écoutais "Pigs" en entier, finalement le seul nouveau gros morceau du disque. Puis se faire une idée rapide sur un album des floyd avec les interminables intro demandait de monopoliser la cabine en verre de longues minutes, exactement comme l'on squattait les cabines téléphoniques. J'ai fini par acheter ce vinyle quelques mois après, quand j'eus amassé les 35 francs nécessaires. Je l'ai toujours, objet et pochette extraordinaire, historique bancal mais disque formidable.
 



Pink Floyd 1977 « Animals » label : harvest

jeudi 25 avril 2013

Endless Melancholy






La pointe du Décollé à quelques criques du Guesclin, toujours cette brume à la marée montante, cette morsure en débarquement acouphène. Dans les terres à quelques lopins, c'est l'été.

Sur la plage, la chair est saisie, la peau est encore chaude et caramélisée par les infra-rouge, les notes de piano elles, saisissent la gorge et donnent au paysage apocalyptique doux, une lente invasion floue d'êtres surréalistes, les zombies de la plage, la douceur des frimas émeraudes granités.... outremer, ocre et blanc de titane. Le groin en poupe, l'iode dans les sinus, j'ai dans le casque « Music for quiet morning » d'Endless Melancholy.
Il est 17h00, je rêve, je ne suis plus d'ici. Des lumières aux lueurs, la métamorphose des coefficient est un spectacle biologique qui n'a rien pour me déplaire. La musique, la bande son.
Tous à peine croqués qui avancent... si ça s'trouve, le monde n'existe plus.
 


Endless Melancholy 2012 « Music for quiet morning » label preservated sound
 
http://endlessmelancholy.bandcamp.com/album/music-for-quiet-mornings




mercredi 24 avril 2013

Annie Butor - Léo Ferré






Je suis sur la plage, face à l'île du Guesclin, le drone de la marée montante injecte un engourdissement que la brume éblouissante semble vaporiser sur mes tempes. L'air est chaud, le large froid, le nébuleux est un voile de délicatesse qui hydrate le cerveau. Tout enveloppe le cris des enfants qui creusent le sable, érigent des tours à meurtrières qui frissonnent devant l'écume du jour.
 


Le dos appuyé sur le granit, je lis « Comment voulez-vous que j'oublie... » d 'Annie Butor.
Madeleine et Léo Ferré 1950-1973, ou une des plus belle histoire d'amour à travers la poésie, la musique, l'art, le temps d'une histoire épique et d'une muse. Toute chargée d'anarchie et d'intelligence exigées, la petite Annie, fille de Madeleine témoigne et nous offre la vérité, son témoignage, une plongée improbable.
Le trouble est total, le château de l'île du Guesclin en face, avec lequel je saoule depuis très longtemps ma tribu, comme on emmène voir le Mont Saint-Michel, rayonne. Les anecdotes, les viscères d'un bonheur qui devient douleur se mettent à nus. On glisse, on regarde, on mate et reluque « notre » Léo différemment, on est happé de l'intérieur, voyeur affamé, je suis très troublé et m'enlise dans le sable semoule qui s'humecte par en dessous d'eau salée. Ce livre est une délicieuse descente dans la réalité d'un laps de temps d'un de nos plus grands poètes.
Des tonnes de questions me montent à la gorge comme la marée coincé entre Saint Malo et Cancale. Que laisse t-on ? L'éducation, la création, quelle violence à nos proches, quelles absences. Que restera t-il ?
Je lis « Comment voulez-vous que j'oublie .. », j'écoute en vrac Léo qui chante Aragon, Verlaine, Malarmé, Rimbaud.... je retrace le parcours, je m'enfonce.


Annie Butor 2013 « Comment voulez-vous que j'oublie... » éditeur : Phébus.

https://www.youtube.com/watch?v=vxG6dnfIYMQ


 


vendredi 19 avril 2013

Kadavar



Allez, on reprend du poil de la bête, on passe à plus sérieux. Du jam jerk à la Black Sabbath, Led Zep, Black Mountain, White Stripes ou Dead Meadows, complètement 70's.
Rien de neuf, les montagnes sont toujours là qui menacent, les taupes creusent et poussent la motte. Par les racines on bouffe la tubercule, ce nouveau brûlot blues-rock guitare/basse/batterie va remuer la terre. Le ciel reste menaçant, cendres ou nuages peu importe, quand ça brûle c'est en bas que ça se passe. Le soleil est noir et le passé une histoire ancienne, le sage est pourpre, les amazones armées jusqu'aux dents et la créature injectée. La Femme m'a bien chauffé les esgourdes.
Tremblez myopes gens, la grande herse de Kadavar retourne tout sur son passage. Le monde brûle, Kadavar fournit le gazole.... métalorgie.



Kadavar 2013 « Abra Kadavar » label : nuclear blast 2012 « Kadavard » label : tee pee













jeudi 18 avril 2013

LA FEMME



En flânant sur les boulevards de paname , j'ai une fois encore assisté à l'innommable. Une bourgeoise a fait les cent pas sur le trottoir derrière le trou de balle de son chien, un sac plastique à la main. La commissure tendue, le ienche en question a achevé la mission pour laquelle il réclamait l'asphalte, en poussant des canines et bavant de la babine. D'un gestuel ganté et chorégraphique, la dame affable a empoigné l'étron moelleux et chaud de son royal canin, laissant sur le bitume une auréole fumante comme un crachat glaireux.

Gente dame à manières qui doit choper la queue de sa noce d'or avec la moue en sus.

Acte de civilité certes, mais preuve d'une lente dégradation flagrante de la dignité humaine ultra-contemporaine, le capitalisme normatif, et dire que l'on n'aime plus l'être humain.
Malaxe..malaxe le cœur de l'automate.. le thorax, mais pas la poussée de Max bordel de climax.
Il est assez fréquent de tomber sur une telle scène sur une grille d'arbre, ou en pleine avenue. Souvent on me souffle la misanthropie, et même si je lutte, je me dis que c'est quasiment foutu.

J'ai vu un tas de papiers sur LA FEMME. Magic évidemment, les inrock of course, et je crois savoir qu'ils sont passé au grand journal, la nouvelle messe, yeah. Et ça date pas d'hier.
Même pas encore sorti du cul du chien que la mémère réclame, le sac plastique en guise de gant. Le buzz était annoncé bien avant qu'on entende. Quelle vie de chien..pas moyen de débourrer tranquille. La plage..... arff, si tous les chiens du monde chiaient sur le sable, y'en aurait des mémères avec les doigts qui puent.
Rien contre le groupe, même si les MLF devraient porter plainte, mais les buzz nous poussent à écouter, à s'abîmer le bulbe.... en tout cas belle pochette.
"Isabelle a les yeux bleus, les yeux bleus Isabelle a...."

La Femme 2013 « Psycho tropical Berlin » label : disque pointu

Lisa Germano 2013



Il faut l’avoir connue, entraperçue à la lumière du soleil pour se permettre d’aller s’asseoir près d’elle, sur le petit banc en pierres à l’ombre du grand marronnier. Rompre sa solitude n’est pas chose facile, juste s’asseoir et se délecter du spectre de son regard triste. Lisa Germano s’effiloche, elle trouve le monde bien moche. Des remugles d’enfance, le composte cérébral est gorgé de petites notes de piano fantomatiques parasitées par les ondes de téléphone portables. L’air est lourd, presqu’orageux, elle garde pourtant sa capuche cerclée de fourrure, dissimulant un visage blême et attristé.

Lisa Germano nous attire toujours plus en profondeur, l’aesculus saupoudre les pensées de son jardin d’hiver où elle cultive sa pépinière flamboyante, son atelier où elle peint, son petit bureau en bois blanc écaillé sur lequel est posé son automatique. Ses petites symphonies de poche sont comme sa poupée au visage de porcelaine. Hyper fragilité, ultra intimité. Les minutes s’égrainent, l’odeur des graviers réconforte et soigne cette méchante gueule de bois.

John Mellemcamp group, Capitol, 4AD, un album avec Howe Gelb (le sublime OP8) .. un séjour chez Michael Gira (Young god records)…. Badman recordings.. la peau de chagrin d’une visibilité discographique, la profondeur des choses en échange, un joli troc. Les chansons ici sont des rêveries acidulée de canfre à la cannelle.

Cet exil ombragé est une invitation troublante, une douce impression d’être le seul à entendre ces murmures, à condition de venir s’asseoir sur le petit banc en pierres recouvert de mousse.



Lisa Germano 2013 « No elephants » label : badman

http://www.lisagermano.com/

http://badmanrecordingco.com/catalog/index.php?main_page=index&cPath=4_42





Shearwater 2026

  C'est une constante chez Shearwater, le grandiose. Des gros coéficients injectent dans sa pop moderne une envergure travaillée à gran...