Il aura bien fallu que ça arrive un jour. Il y a presque 40 ans, l'amour est venu réchauffer mon Eure avec le parfum chaud des collines du Ribatejo. Sans délaisser, j'ai muté, assimilé tout ce que j'ai pu, bu, mangé, mordu à pleine dent, vibreé, aimé, plus que je ne l'avais fait jusque là. Pleuré aussi quand ce blues saudade est venu percuter ma musique entassée. Léo Ferré, Zecafonso, le chêne et l'olivier, Barbara, Amalia et toutes ces voix féminines pleines, hautes et graves. Alegria et les larmes s'envolent, tristeza et les sanglots dégringolent. Pas une fète là-bas sans un chant qui viennent épouser les ardeurs du vin chaud de l'Alentejo, bouillant de soleil, ivre des terres rouges, affolant de sucre ensoleillé, épais comme un nectar que la lumière peine à traverser. Les éclats de rire, le silence puis la clameur torride des gorges serrées au premier silence d'un fado qui s'éteint. On se tient par les épaules et prie pour que le pire n'arrive pas, la mélancolie si jamais, la Saudade.
Le chant et la langue, mais qu'est ce que ça pourrait bien donner dans ma langue natale, c'est fait, Lizzie l'a fait. Habitée, émouvant projet merveilleusement assuré, j'en veux pour preuve mes frissons incontrôlables sur "Quase". Le dernier reniflement comme celui-là en dehors de la dernière réunion de famille, là-bas, fin juin quand la fille de ma belle-cousine est venue poser ses mains sur les épaules de son grand-père pour entonner nos larmes et fracasser nos silences, c'est Rosalia avec Carminho "Lux" et "Memoria". Je n'avais jamais sombrer d'émotions ainsi sur les plaines de ma Beauce avant de connaître les berges du Tage. "Quase" est en Portugais, alors qu'en est t-il du fado molière ? Il faut voir ma bouille quand débute "En mille notes", comment je suis aller chercher une cuvée Reserva Cabeça de toiro à 14,5% en dansant le fandango. L'Espagne a disparu d'un seul coup. Les Pyrénées ont épouser la Serra da Estrela, tous les costumes qui dansent et cet emblème que nous avons en commun, le coq. Alors je traverse le "Désert" à peine déboussolé, tout autant hypnotisé, la guitare aux doubles cordes pincées, ce son qui me balaye comme sur mes vastes plaines et sur les collines de ce pays de grand vent et de belles ivresses, tourneboulé, entre deux terres mon cœur balance ...c'est pas pour rien que la guitarra Portuguesa est en forme de larme.
Lizzie sort son deuxième album, du fado hexagonal, mais pas que. Le son est sublime, aspergé de couleurs, Fabien Martin est aux manettes, Little pour le studio, Littoral-La Navigante pour l'hébergement .

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