BASHUNG


Mon oreiller auréolé phagocyte mes fantasmes comme un cataplasme à moutarde brûlant suçant ma fièvre. Dans ses plumes sans remords s’imbibent mes hurlements bâillonnés. Les réveils chocs où tout me monte au nez me rapellent et me râpent les sinus jusqu’à l’hallali, et là mon lit radeau, toujours amarré, tend à mouiller tant mes chimères coulent à vouloir jouir de tout. Péniblement, il faut remonter à la surface, remettre le métronome en branle pour défiler au grand jour, aux yeux des regards anonymes, noyé. Esquisser la dérive, commémorer le vide et teinter l’anthracite avec mes écouteurs en couvre-chef, soudure opportune des deux mondes pour une transition de bipède rêveur.
Des ondes dominicales pour le résident de l'Élysée Montmartre, s’attaquent à ce chantier quotidien de caler mes glandes lacrymales à ma lucidité. Jamais assez immunisé, la brèche guette au trou comme une plaie rêche baillant qu’il faut recoudre indéfiniment. C’est brûlant autour, la chair enflammé refuse de me donner la direction. Ces dimanches à l'Élysée inoculent dans mes veines une pandémie poison et ma perméabilité spleen morfle et abdique. Je pense à cette grande communion d’âmes tailladées à bouffer du chiendent les tympans grands ouverts… à quelques aficionados, Rodg, fidèle ami revigorant avec qui je partage à nos trajets perdus quelques fantaisies militaires, jouant le " Novice" quand moi je cédais à "l'Imprudence"pour me soustraire à la glue…. "force et tendresse"..un doux mélange à ce troc… " le mieux à faire dans tout ça, c'est de pleurer un bon coup ".
Mon casque encaisse et je défile dans le bouillon loin du réconfort en égoïsme pavillonnaire.


Alain Bashung " Dimanches à l'Elysée" 2009 label = barclay/garance

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