jeudi 6 octobre 2011

Gérard Manset 76












Orion pointe ses trois rois au petit matin frais. La fraicheur de la nuit avec sa cargaison de parfums enterrés le jour par un automne lourd. Les oies ont dessiné l'isocèle il y a quelques jours, elles annoncent. Les champs de maïs disparaissent, privant le grand lièvre de sa dernière cachette. Il ne manque plus que le rouge gorge sortant de nos futaies pour que l'été soit mort définitivement.

Inéluctablement le froid arrive, bientôt tous ces corps vont grelotter aux arrêts de bus, les frimas glisseront sous les cuirs noirs, raffermissant les chairs. Le fauve se recroquevillera sous les duffelcoats anthracites, le fushia, le mauve, les bleus de Pruce capitonné. Et les cadmium primaires aussi, plus rien, que fringues d'encre.


Mais au fait, que fait le rouge gorge tout ce temps où il faut soleil ? Où se cache t-il avant que la Toussaint ne sonne ? Pourquoi attend t-il que la neige ait neigée? Le merle moquerait-il si fort pour qu'il disparaisse en une seule nuit? Faut-il que nos vitres aient givrées pour qu'il sonne au matins d'hiver ?
Le merle ne moufte plus, le collier vermillon attends son heure. Les vers sont meilleurs lorsqu'ils glissent sous les feuilles mortes..espiègle compagnie familière à l'affut de nos dents qui ratissent l'érable à nos pieds.
« Mon âme est noire et les espoirs gisent gelés..pleurez oiseaux de février, sinistres frissons des choses », le genévrier va crépiter.. « tout n'est que silence, tout s'invente, nous ne sommes déjà plus ».

J'attends le rouge gorge pour lui tirer les verts du nez, et je scrute l'ombre du cerisier où le merle n'est plus, frileux, je guette et je passe cette bande son précise, Gérard Manset qui chante le rouge gorge comme Murat chante la mésange bleue. Quelle chanson, quelle saison qu'octobre, quel album..mais où était donc passé le rouge gorge tout ce temps....

Une des plus belle chanson de Manset persiste sur des compilations numériques. La vraie, l'originale, on ne la trouve que sur le vinyle 1976 « Rien à raconter ». Un de ses nombreux disques amputés, redistribués. Dernière piste de ce 33T épique, « rouge gorge » est devenu une pièce maîtresse de la version cd de « Il voyage en solitaire ».

Cet album vient juste après son énorme succès 75 "Il voyage en solitaire".. histoire de briser illico les honneurs..."on croit toucher du doigt le paradis, on en sort abîmé, on en sort sali, gardez-vous des honneurs.. de ce monde ci, de l'éclat..de ce monde là."

Gérard Manset 1976 « Rien à raconter ».
merci à Jimmy et Puzzledoster pour les clins d'oeil Manset.
www.manset.fr




1 commentaire:

Lidia a dit…

Charlu

Ta chronique est une ode a la nature.Tu as une maniere tres cinematographique de t'ecrire.En plus,Manset est mon adolescence.
Merci pour la decouverte ou redecouverte de ce grand homme.
On en redemande sans moderation de ces chroniques la.

Au plaisir
Bye