vendredi 5 décembre 2014

Current 93 1996/2007


 

Les hallucinations gothiques et romantiques se répandent comme une expérimentation diabolique en pleine cathédrale. Les peurs et les angoisses, comme des lamentations acoustiques gracieuses et fantomatiques. C'est un baladin fou des contrées abandonnées par les corps que les esprits ont chassé, pour leur épargner la beauté d'un paysage qu'il faut mériter, un paysage qui peut d'un instant à l'autre sombrer dans l'apocalypse. Le chant du bien et du mal.


« Where the long shadows fall », la première pièce inédite du premier cd, s'étalent sur 18 minutes, c'est une lente complainte sur un son de grande dimension. Une voix de femme en boucle semble sortir d'outre-tombe, d'un vieux phonographe que personne ne peut empêcher de tourner. Une basse très lente et une guitare inquiétante sont les serviteurs de la voix spectrale de Tibet.

 

« All the pretty horses » est la pièce discographique central et officielle de cette session 96, « All the pretty little horsies » et la chanson éponyme sont une des plus belles complaintes néo-folk de Tibet.
La guitare sèche, la flute, tout chante, danse et provient d'un siècle que l'on a oublié. C'est un carnaval sombre avec des lueurs d'espoir.
C'est un album concept, un opéra gothique et acoustique, et toujours derrière, comme un papier peint ancestral usé qui se décolle, une onde de berceuse pastorale comme un drone de nappe sur laquelle des visages valsent.
 

« Le vert de l'herbe et le bleu du ciel sont immenses et terrifiants... et les oiseaux tombent autour de nous ».
 

Murmures ou chants inquiets, D.Tibet habite ses écritures dark-folk. La paranoïa touche à son comble sur « The inmost light » et « Twilight twilight nihil nihil » rempli de revenants. Logorrhée mortifère sur un drone putride à la Swans. Le cauchemar est en route, mais il sait aussi nous consoler avec cette chanson éponyme et Nick Cave à la voix. Il est comme ça le cerveau de Current 93, il endort, vous engourdit, vous effraie et vous console, un suceur de cerveau, un briseur de rêve d'enfant, un embellisseur d'enfer.
Un tableau paradisiaque avec des arbres morts qu'on finit de contempler sous des chants grégoriens.





 

Le troisième album, cette autre pièce dantesque inédite de 22 minutes, est une célébration nostalgique, une incantation grouillante d'esprits et bourdonnantes de field recordings, avec la voix de la femme du phonographe qui revient dans un écho encore plus lointain. Sommet d'introspection, « The stars are marching sadly home » vous emmène sur des chemins au retour incertain, chutant sur une berceuse angoissante de Shirley Collins.

 

Le dehors est un gris glacial sans vie, le sourire denté de Mogwai m'a dirigé vers les abîmes 90's de Tibet, vers cette pièce rare rééditée en 2007, l'œuvre intégrale de ce qui s'appelait en 1996 « All the pretty little horses ». Les facultés du corps sont gelées, l'esprit taupe creuse et farfouille dans les galeries labyrinthiques de mon cerveau. Pas d'autre moment que celui-ci pour que les émotions abondent à l'écoute de ce triple album diaboliquement paradisiaque. Un grand moment

Current 93 1996 / 2007 « All the pretty little horses » / « The inmost light »
label : durtro





 
à Régine ma marraine et Guy mon parrain (...qqchose - 2014)

6 commentaires:

Mylène Gauthier a dit…

J'adore Current mais là, j'ai aucun moral pour écouter cela. Il faut être fait fort. Merci.

Chris a dit…

Ah je connaissais "All the pretty little horses" sans doute le 1ère version dont tu parles, mon frère me l'avait mis sur CD et c'est le seul que j'écoutais...mais comme dit Mylène, il y a des moments plus propices que d'autres pour cette musique si prenante...

charlu a dit…

Je ne l'ai pas non plus Mimi.. :5

Cool le frangin Chris..le "All the pretty.." est effectivement sorti en 96.. la version 2007, c'est avec 2 bonus terribles et "terrtifiant" ;D

Mylène Gauthier a dit…

T'es masochiste Barlu. ;)

Carl a dit…

"un drone de nappe"... Mais où vas-tu chercher tout ça?

Francky 01 a dit…

J'avais l'album "All the Pretty Little Horses", chef d'oeuvre de Dark-folk/néo-folk en mode expérimental et gothique !! Mais là, tu nous gâtes avec cette version rassemblant 2 autres EP : "Where The Long Shadows Fall" (95) et "The Stars Are Marching Sadly Home" (96).
Avec l'ami Charlu, c'est noël avant l'heure !!
Et comme souvent, ton texte est très inspiré et poétique.
Merci.
A +