vendredi 9 février 2018

Bashung 98



Comment encore me placer sur cette fantaisie ? Toujours à chaque écoute je monte sur mes grands chevaux et traverse passionnément toute la surface hexagonale, à la recherche de ce qui se fait de mieux. « Fantaisie Militaire » s'est glissé sur un piédestal.

Torse immergé, les mains en cercueil, le dormeur du val, mort ou vif. Un soldat sans joie au milieu du vert kaki des lentilles. Squelette endormi, baies de balle rouge comme des blessures visées, ensommeillées. Homme blessé, naissance des eaux troubles, pâleur et corps flottant, Ophélie, Angora, « ..onde calme et noire où dorment les étoiles ..» … nénuphars célestes.


Avec Fauque deux ans d'écriture, un débit de mots pour n'en synthétiser que quelques phrases, les mots entre eux vont tant charger le noyau, cette matière noire vers où tout va. Belleville et des après midi entières à cogiter, les Valentins, une ferme en Sologne pour la mise en boite, Lamy, Mortier, Lederman, puis le studio Antenna avec Lamoot, le Grand Nicolas et le Duc de Guise pour la technique, le son, les machines et le Pro Tools, avant le studio Nomis de Londres et Caple/Edwards/Baker. Le château de Miraval. « Oncle Al » avec Racaille pour le studio Davout, et le Pierce Entertainment à la Burger..... et je me disperse dans le dédale technique et historique, mais je veux savoir.


Un fils asthmatique, l'architecture glaiseuse d'un couple, mensonges, séduction et héroïsme dans le cercle d'un cirque, soldat perdu, Walhalla, la Belle aux bois dormant jusqu'en 2043, la liberté dans l'enfermement qu'on s'inflige, Yasmina, Monica, les femmes sont la vie, ode à la féminité, des vies privées et le grand air de « Dehors ». Un militaire qui perd son sang froid, le commun des mortels à la limite du supportable, Colin et Chloé écument les jours, soldats perdus, « Sais-tu que la musique s'est tue – sais-tu qu'un salaud a bu – l'eau du nénuphar – l'honneur tu l'as perdu – sur ce lit de bataille ».. et que dire de « Mes prisons » ?..je ne respire plus, ce disque reste toujours aussi suffoquant et beau.
C'est sûr, la nuit on ment.

« Effet de serre – ma vie sous verre -s'avère ébréchée.... me poser sur la branche au risque de me trouver à l'étroit... »

Je ne sais plus trop où me mettre, je devine mon socle, je croyais « Bleu Pétrole » au dessus, et « L'Imprudence » absolue... je reviens sans cesse sur la « Fantaisie Militaire » comme on dissèque sa carte génétique, fouille son arbre généalogique, comme on finit par se recueillir sur notre irréel définitif.
Le dormeur du val qui dort, c'est peut être juste le disque littéraire qui restera au delà de pas mal de choses, presque de tout ce que je pense. Après un long processus de création, des lieux et des rencontres, "Fantaisie Militaire" est là.

Alain Bashung 1998 « Fantaisie Militaire » label : barclay




14 commentaires:

RanxZeVox a dit…

Fantaisie Militaire franchit la ligne, met l'intimité en place publique. On y plonge avec méfiance, de peur de ne jamais toucher pied. D'être écorché par la roche masquée par les flots. Il est aux émotions ce que le porno est au sexe.
Fantaisie Militaire n'est pas meilleur qu'un autre, il est unique. Comme son auteur.

Keith Michards a dit…

La nuit je mens = la plus belle chanson de Bashung !

RanxZeVox a dit…

@Keith : Bijou, bijou n'est pas mal non plus.

OX Jerry a dit…

Un des plus beaux albums d'Alain Bashung si ce n'est le plus abouti . Mention spéciale à "Malaxe", "Sommes nous", "Aucun express" et bien évidemment l'incontournable "La nuit je mens". Joli billet qui fait du bien !

charlu a dit…

Yes Hugo, unique.. je lui ai souvent préféré "Bleu pétrole" à sa sortie et surtout "L'imprudence" à sa sortie aussi.. mais avec le recul ??? L'imprudence est très homogène, bouleversant du début à la fin, sans dos d'âne ni grand huit..c'est de l'émotion permanente... Bleu y'a les reprises qui me gênent, on sent trop l'urgence de finir le disque. Pourtant 9 chansons sur 11 sont ravageuses.
Bref, Fantaisie.

Kif, la Nuit je mens a travaillé Dominique A au corps. Il lui a offert "Immortel" pour Bleu Pétrole. Il en a pas voulu, il se l'ai remis dans sa culotte et l'a sortie pour lui sur "La Musique".. je crois qu'elle aurait pu être du niveau de la Nuit. Immortel par Bashung... Sinon, moi c'est "Tant de nuits".

charlu a dit…

Merci Jerry, ça fait un bail que ça me trotte, tellement impressionnant ce disque, et à lre l'histoire m'a donné le vertige, la nostalgie, la tristesse et un grand bol d'air comme à chaque fois.
D'ailleurs j'aurais dû citer ma lecture..: Pierre LEMARCHAND chez Densité Discogonie. L'album a été réalisé en deux ans, j'ai mis une heure par chapitre

charlu a dit…

http://discogonie.blogspot.fr/

Pascal Georges a dit…

Hello Charlu,
c'était il y a longtemps - un midi, chez un couple de mes meilleurs amis.
on parlait musique, création, aventure, divagations...
le repas était extra, le vin aussi.
je dois rentrer - elle me tend un cd et me dit :
"tu aimes l'inédit ? l'aventure ? ce qui ose ? - c'est pour toi..."
je m'installe dans la voiture, je mets le cd...
il ne m'a toujours pas quitté...
une sorte de choc.
merci

charlu a dit…

C'est assez bizarre ce qui gronde dans ce disque. Pourquoi lui et moins Chatterton ?? par exemple.
Le processus de création, l'état d'âme de Bashung, les rencontres et les lieux.
J'ai hésité à faire un "exposé" pour parler de Fantaisie.. et plus je lisais, plus j'avais l'impression de comprendre, de savoir, de trouver la clé. Et les maintes réécoutes encraient mon envie de savoir.

Merci à toi Pax

Tourscher Jonathan a dit…

Angora, quelle merveille de beauté. Tout en deux minutes... c'est terminal, c'est absolu.

Du grand disque hexagonal.

charlu a dit…

Yes mon T, 4 accords, du mineur, des émotions..une chanson proposée à l'arrache pendant l'enregistrement..presque la plus belle.
Tiens..la pochette qu'on devrait mettre chez tous les disquaires... comme le portrait du résident ds les mairies.

Audrey Songeval a dit…

Avec Bowie, c'est l'artiste décédé qui me manque le plus. Tout d'eux finissent sur des disques qui donnent envie d'avoir la suite et prouvent une créativité toujours là. Ce qui me sidère, c'est l âge Bashung à époque de Fantaisie Militaire: plus de 50 ans! Un âge où d'habitude on recycle avec plus ou moins de bonheur ses vieilles idées et lui avançait dans l'inconnu (et encore plus sur l'Imprudence).

J'aime aussi chez Bashung les erreurs. Il osait en faire et c'est ce qui rend son œuvre encore plus humaine.

charlu a dit…

D'accord pour L'imprudence. Vas- y éclaire moi sur le genre d'erreur ??

charlu a dit…

Tiens par exemple, je me répète, mais je trouve que de ne pas avoir choisi "Immortels" de Domnique A pour Bleu Pétrole..que c'est une erreur .. à chaque écoute jpeux pas m’empêcher de l'imaginer par Bashung.