mercredi 9 février 2011

Martin Angor / Laurent Barbin





Nous n'avons pas de nouvelles de Bertrand Betsh depuis son superbe « La chaleur humaine » en 2006...et pourtant Lithium records avait lâché en 1997 Le chef d'œuvre « La soupe à la grimace » et laissé présager une autre voie que celle d'artiste maudit. Ignatus a culminé avec « Le physique » et ses élucubrations pop nous enchantaient l'âme, tout comme Flop sortant des auto-productions fabuleuses, mais enlisées dans l'oubli... il est temps de nous racheter un comportement digne des talents souterrains qui sourdent de notre hexagone. Voici de quoi nous repentir, rattraper les injustices.

Le temps a déjà glissé sur C++ abrité chez « Depuis la chambre », et les années écoulées sur « Orienté objet » n'a pas suffit à faire percer ce duo couple entre Katerine des « jardins anglais », et Holden eux aussi d'ans l'ombre totale (fabuleux « l'arrière monde » 1998 ..aussi chez Lithium).

« Depuis la chambre » est un label français tenu par Glen depuis pas mal de temps déjà. Coincé entre un sublime Laurent Barbin sorti en 2009 (là encore un peu oublié), et Martin Angor à venir en mai 2011 tout à fait prometteur.
Deux dates, un espoir, deux artistes, un mélancolique, l'autre plus heureux.

Laurent Barbin métisse ses collages avec des instruments de tous horizons (houd, accordéons..) , et reste collé à sa music-box (comme pouvait l'être La Fossette en 92) pour un disque de très haute tenue. On à peine à croire qu'un tel objet soit passé à la trappe. Une formidable épopée avec une idée à la seconde. Le chant lui, est proche de Bastien Lallemant, Alex Beaupain avec un fond de timbre Caradecpromenons nous »). Bertrand Betsh est là aussi, dans la tristesse à chanter, tout comme Jacques Bertin qu'il cottoie comme un mentor, et dans les moments les plus énervés, c'est un Nougaro jeune qui est convoqué "les amoureuses". Beau comme le premier Superflu « Et puis après on verra bien ».

Martin Angor, quant à lui affiche un Bastien Lallement (« je voudrais quelquechose ») mais dans sa phase la plus joyeuse. Jérome Minière pour le ludique, Daho pour le timbre, Miossec par moment et les idées lumineusement sautillante de Flop ou Ignatus...voire Albin de la Simone. La même excitation qu'en 2003 lorsque Toma balance « Basse fidélité » sur Pop Lane à l'époque (dont le batteur de Hushpuppies était représentant avant de monter sa boutique de disques ground zéro). Toma, disque énorme, invisibilité colossale. Un poil technoïde, très expérimental, alerte et dansant, le disque de Martin Angor sort le 11 mai.
Prudence avec « mumsmums », il y a bien longtemps nous avait de la même façon donné l'espoir riche d'une passassion.
Obligé, tous ces comparatifs sont nécessaires pour parler et présenter ces espoirs, ses disques riches et prometteurs. Encore faudrait il qu'on les tiennes..nos promesses d'estimes et de récompenses.

Peut être faudrait il qu'un « cador » mette le nez là dedans, et supporte, brandisse, comme un Souchon pour De la Simone, Scheller pour Saez..
Domnique A affiche sa enthousiasme sous ce toit en ébullition. Croisons les doigts.

Malgré tous ces rappels et ces comparatifs exhaustifs, Depuis la chambre reste un projet neuf, un dénicheur de talents nouveaux, originaux et atypiques. Allez vite voir ce qu'il se passe au fond de la chambre .



C++ 2005 "orienté objet"
Laurent Barbin 2009 "depuis la chambre"
Martin Angor 2011 "martin angor"



après 3 écoutes chacun
support : téléchargement sur site.
.
.
.
Ajout du 11/02/11:
.
Permettez moi d'afficher ici la réponse mail de Glen, la matrice de "Depuis la chambre", directement inspiré du disque de Laurent Barbin dont je suis devenu accroc. Un contexte technique, des indices empiriques sur la rélisation d'un disque atypique. Je suis flatté de présenter ici, la passion, l'inspiration et l'aboutissement avec ses défauts et ses racines:
"Laurent Barbin a été la raison d'être du label. C'est le titre de son album
> qui a donné son nom au label. Il a été extrêmement compliqué à
> réaliser car ça n'était qu'une maquette au départ dont je suis tombé
> amoureux et je voulais absolument conserver les morceaux tels qu'ils
> étaient en les remixant. Sauf que Laurent n'avait pas prévu ça et ce
> fut un travail d'archéologue ou de paléontologue pour retrouver les
> traces des morceaux sur son vieil ordinateur (que Laurent n'avait pas
> pris la peine de ranger) et recomposer les fragments, puis trouver les
> bons sons avec les bons effets, les bons effets sur chaque son.
> Laurent n'y allait pas de main morte dans le traitement. Un son de
> boîte à rythmes pouvait être obtenu à partir de coups martelés sur le
> micro de son Imac, les basses épaisses à partir d'un son de guitare
> tout mince,et un seul son pouvant être transposé et démultiplié à
> l'infini pour créer des cascades de sons. Il a fallu également rouver
> une cohérence aussi avec les nouveaux morceaux. Chaque nouveau morceau
> que Laurent me fait écouter est meilleur que les précédents. Le fait
> qu'il n'ait pas trouvé l'écho que j'attendais, c'est décevant mais je
> ne regrette pas tellement j'aime cet album. Au moins il existe ! C'est
> juste pour la suite que je suis déçu. J'aurais aimé donner l'élan à
> chacun des artistes que j'ai lancés. Pascal Ayerbe continue seul et
> s'en sort plutôt bien. En tout cas, il vit de cette activité "
Une autre réponse interressante de Glen, histoire d'illustrer l'insuccès et la lutte inégale des jeunes talents indépendants à vouloir percer, exister:

"Cet insuccès n’est pas tellement incroyable. En fait, je me souviens d'un contact avec Naïve pour l'album de C++. Il leur fallait du clé-en-main lorsque j’ai proposé l’album. C'est-à-dire que l’artiste devait tourner sur scène, avoir un public... Voilà pourquoi il est extrêmement difficile de lancer un artiste qui débarque de nulle part.
La musique ne suffit pas. J’étais trop naïf de le croire et heureusement, sinon je n’aurais rien fait. Une maison de disques va investir beaucoup d’argent pour faire connaître l’artiste avec des risques de retour de plus en plus minces, donc je comprends leur position, même si cela m’énerve et m’a même rendu furieux à plusieurs reprises. Une maison de disques n’est pas là pour faire du mécénat.
Ces albums je les ai sortis avec de très petits moyens, en veillant cependant à ce que la qualité n’en souffre pas et corresponde à ce que j’en attendais idéalement. J’ai été reçu par le directeur du FCM qui m’a dit, comme s’il me faisait un honneur en me recevant : « J’ai voulu vous rencontrer, même si je pense qu’il sera difficile de vous aider. Vous m’intéressiez car vous sortez, en amateur, des disques de qualité professionnelle. » Au fil des minutes qui s'écoulaient, je bouillais, je perdais patience sur mon fauteuil, car l’issue de cet entretien était fatalement une impasse. J’avais posé une demi-journée pour rien. Cela n’a fait que confirmer qu’il n’y avait que sur moi et les artistes que je pouvais compter et que chercher à obtenir des aides, que je n’ai jamais reçues, était une simple perte de temps. "
Glen

Glen Ropars : fondateur de "Depuis la chambre". le 11 février 2011

Aucun commentaire: