mardi 31 décembre 2013

Bryan Ferry 87




Allez, on retourne dans le passé pour terminer le présent.



Un album « festif » pour en finir avec cette année..un album qui me tient à cœur, je l'écoute depuis si longtemps. Une fête sombre, avec l'esprit noble et le regard plein d'humilité, du dansant et du décadent, de l'humidité.. Suave, alcool et isolation..attendre que ce moment passe..danser tout seul dans sa tète en imaginant. S'embuller la rétine, s'emballer le chibre, se malter le sous-sol, s'acidifier le bulbe... et se finir sur les vapeur vodka de « Bête noire », cette sublime chanson qui vient clore l'album du même nom.. de toute façon, il n'y a plus personne dans mon champs et mon regard est à marée basse, amarré à basse altitude.. « Day for night ».

C'est de la soul, du funk, de la pop, de l'exotisme, du glamour, du reggae bancal (« New town »..chanson sublime et toxique).. des remugle Roxy à la sauce Ferry, c'est du hyper bon, la classe absolue. Ce disque est un écrin, un grand moment 80's... c'est pour dire.
« Bête noire », un disque noir et or, sombre et doré.. un dance floor carbonisé de paillettes. Un must.



Bon réveillon à tous... "KISS & Tell"


 

Bryan Ferry 1987 « Bête noire » label : virgin
 
 
 

lundi 30 décembre 2013

Marie Modiano


Cette année, Marie Modiano a sorti un livre et deux albums, un en anglais « Ram on a flag » et un en français « Espérance mathématique » où elle psalmodie ses poèmes sur les notes de Peter Von Poelh. C’est sur ce dernier travail déroutant et beau que je suis resté englué. Rythmique et cohérent, son folk poétique m’a embarqué très loin dans un tourbillon gracieux et tristounet. Un doux sourire mélancolique exprime ses douleurs, ses doutes, ses souffrances, mais aussi des instants amoureux liés à des endroits de passages, là où tout le monde peut se rencontrer et se percuter ou pas… des rues, des gares, des hôtels. Il y a beaucoup de sincérité et d’abandons nostalgiques.

La musique quant à elle est complètement au service des mots et de la voix de l’écrivaine. « Espérance mathématique » est une œuvre rare, peut être la plus originale de l’année, elle est le résultat troublant d’une collaboration artistique entre un homme et une femme, une complicité, un mariage dévastateur.

Cette femme me turlupine depuis pas mal de temps, « I’m not a rose » et « Outland » sont encore à danser dans un coin de mon cerveau. « Espérance mathématique » vient chambouler ce pop-folk d’alors, un world-spoken absolument émouvant et poignant, trop rare pour ne pas être acclamé haut et fort.



Marie Modiano 2013 « Espérance mathématique » label : nest & sound / différant.


dimanche 29 décembre 2013

Détroit



Je suis d'une autre planète, d'une autre contrée, un endroit où la musique et l'art m'interdisent la réalité des choses. Des colis de skeuds dégringolent sur mon lopin terreux..de la nourriture. J'arrache la cellophane comme un con à poil affairé à ma faim, affamé. Je suis emprisonné sur mon île, avec des couleurs et des paysages de sons, j'y peux rien, je suis un touriste ravagé de plein gré, un naufragé volontaire à la dérive, à la merci d'un chant de sirène.

Que ce disque est beau, ce duo à regarder droit dans le soleil ou vers l'horizon..de toute façon, sur mon île, je ne sais faire que ça. Je me faufile dans d'étroits passages.

Merde que ce disque est beau. Pour rien au monde je ne voudrais retourner sur la terre, sur un continent.


Detroit 2013 « Horizons » label : univer-sal

samedi 28 décembre 2013

De la Jolie Musique



A fouiller les opus de cette année pour peaufiner un bilan musical le plus fiable possible, et palier aux actes manqués, je me suis mis à écouter :
Aline..pouarrff j'écoutais pas ça à l'époque déjà, alors revenir sur Tenue de soirée une nouvelle fois, bah nan (je crois que j'ai déjà vécu la chose cette année avec La Femme);
j'ai découvert Julien Gasc donc;
j'ai réessayé Helena Noguerra histoire de réessayé, la même déception qu'il y a quelques mois..j'avais pourtant adoré le précédent;
Puis je suis tombé sur un album du mois que plébiscite un mensuel qui met aux nues bobos les albums précédemment cités : De la jolie musique.
 

Le son 70's m'a tout de suite dressé l'échine, puis les idées musicales aussi, la production, la cohérence de ses ambiances. Je pense à Little Rabbit et Pierre Bondu, tous les deux œuvrent sous d'autres noms maintenant, à Nicolas Comment aussi.

Une intro néoclassique cinématographique et tout démarre, il se « lamente à l'eau » alors que « Losange » rappelle à Jacno... de la pop avec des violons, des interludes, la basse « Mémoire tropicale » embarque vers l'homme à tète de chou et des idées Burgalat. Même « Métamorphose » pourrait ressembler à du Tellier.

 
Beaucoup de références une fois de plus certes, mais toutes ces choses m'arrivent à l'écoute de « Mémoire tropicale », un superbe album distingué, harmonieux, languissant, une jolie pop de chansons d'ici, et malgré tout, très personnel et qui entre directement dans un bilan hexagonal jamais définitif, mais qui murit.

De la Jolie Musique 2013 « Mémoire tropicale » label : sauvage records
 
 
 

Julien Gasc



Bertrand Burgalat, malgré quelques difficultés à faire perdurer son abri Tricatel, approche une notoriété qu'il fait bon côtoyer. Jef Barbara est apparu ainsi que Chassol, April March est réapparue auprès des Aquaserge, autre groupe du label, au sein duquel Julien Gasc œuvre (ainsi que chez Hyperclean).

Le premier album bricolé de Julien Gasc sonne très Tricatel, de cette école particulière et rétro, et sort dans une discrétion phénoménale, en très peu d'exemplaires.
Tantôt vaporeux comme Robert Wyatt  Nos coeurs sont en toi »), tantôt barge comme Katerine, souvent punk Lo-Fi comme « La Fosette », Holden dans l'ambiance, introverti ou exubérant, quelques fois chanté comme Sylvain Vannot, particulier comme une Tellier, ce disque est d'une fragilité élégiaque. Curieuses, atemporelles, les chansons virevoltent de styles en ambiances, avec au cœur, une certaine idée de l'innocence, solide et puérile.

Il peut arriver que l'on sente gêné à l'écoute d'une telle liberté toxique et instable, mais une fois immergé dans son huit clos d'envergure, on se sent happé et séduit.

Julien Gasc 2013 « Cerf biche et faon » label : 2000records
 
 

jeudi 26 décembre 2013

The Brockingtons



Cette petite perle soul à la pochette merveilleuse est sortie en 1971 sous le label Perception/today et sous la production du jeune Patrick Adams. C'est aussi les débuts du pianiste Julius Brockingtons, il signera par la suite deux albums sous son propre nom.
Un joyau soul donc, bluesy avec même des petits airs pop, funky et jazzy avec une voix extraordinaire métissée et puissante, tenue par Miss Brockington. Jamais édité en CD, très peu de chose sur Julius et son piano, cet opus se déguste avec une certaine idée de privilège, de réel plaisir et les crépitements de fond.
L'orgue de « Please come back » ou « Eye doctor » est complètement atemporel....cuivres, piano, violons, guitare basse batterie... d'époque.

Quant à la pochette, elle fut réalisée par James Martin Stulberg et Reginald Wickham, comme toutes celles de cette auberge là. Extraordinaire photo, superbe grain crée par une réticulation produite avec une variation de température brutale lors du développement. L'effet est superbe, tout comme ces deux corps enlacés.


The Brockingtons 1971 « The Brockingtons » label : Perception / Today

 
 

lundi 23 décembre 2013

Leontyne Price



Pour le coup, ici, il n'y a que des clichés Noël, des chansons classiques pour cette période scintillante. A l'aube de sa carrière, la belle Leontyne Price a sorti son Christmas album, sous la direction d'Herbert Von Karajan avec le Wiener philharmoniker. Karajan, c'est lui qui l'a découvert en 58 lors d'une audition au Carnegie Hall.
Autant dire que le sommet, la crème de ce style est atteint avec cette gorge, une splendeur totale qui m'emmène directement vers mon enfance, lorsque mon grand-père ténor, mettait du classique est des grandes voix lyrique. Celle-ci est soprano, avec un timbre particulier, solide, sombre, comme une basse veloutée. C'est le début pour elle, une récréation avant Verdi. Que du classique.

Cet album est réapparu dans les bacs il y a quelques jours, j'ai le lyrique dans le cerveau pavlov, ça me fait bizarre, je suis partagé et c'est beau quoiqu'il arrive, poignant.. et puis juste pour un soir, une voix, des chants, dans l'air ambiant.


Bonnes fêtes à tous....
Je vous embrasse.



Leontyne Price 1961 « Christmas with Leontyne Price » label : decca








dimanche 22 décembre 2013

Mark McGuire



Le guitariste du groupe electro/ambiant/drone, vient de s'adonner à l'exercice du disque pour Noël. Pas de mélodie traditionnelle reprise, pas de comptine musicale avec des cloches ou des clochettes, Mark McGuire égraine juste des notes de guitares acoustiques ou électriques, comme on passe sur un mur blanc des bobines de film familiaux.
Des clichés, des voix d'enfants, d'adultes aussi, des photos, un sentiment de grande légèreté et de douceur planante, « The sounds of Christmas » est en fait une bande son enregistrée en 2006 pour ses amis et sa famille uniquement. Dead oceans a eut la bonne idée de ressortir ces jours-ci, ce témoignage nostalgique, cette tranche de vie que l'on regarde avec lui.

Mark McGuire 2013 « The sounds of christmas » label : dead aoceans


jeudi 19 décembre 2013

Ben Lukas Boysen


Je n’ai pas vu le film pour laquelle cette bande originale lui est consacrée, et à l’écoute de « Mother nature », les images me viennent toutes seules, je plonge dans ma propre salle obscure où viennent s’épanouir un clair-obscur, des longues étendues nuageuses plombées.


Du néo-classique planant se pose sur des drones poignants comme de lourds paysages habités par des vents gris et des collines qui grondent. Des heures de marche à travers des lumières fatiguées, une communion avec la désolation, j’avance dans ce désert humain. Je pourrais marcher des jours entiers ainsi avec cette musique comme seul compagnon de route. J’en rêve de ce pèlerinage naturel sombre, comme une fuite. Je ferme les yeux..j’y suis.



Ben Lukas Boysen 2013 « Mother nature » label : hymen

 

mercredi 18 décembre 2013

Billy Paul



Wouarfff, le coup d'vieux..je viens de me prendre un coup de massue sur l'occiput ... mais un bon fou rire en échange.
J'ai laissé trainer mon disque de Billy Paul 72, cette anthologie de la soul, là, à portée de vue. Mes ados ont chipé la galette en croyant découvrir un single ou un disque inconnu de Will I Am..que moi j'appelle William. Bien sûr, au bout quelques minutes de discution, et de « non ..rien à voir avec la famille de Sean Paul non plus !!! pffff », j'ai posé illico « Me and Mrs Jones » à fond la caisse en entamant un déhanché un poil abîmé par des lombaires en vrac... bah ils connaissent et découvrent l'objet. C'est pas passé pour une pub un jour ??

Bon, d’accord, l’album n’est pas un must incontournable, et « Me and Mrs Jones » est LE hit qui l’a fait connaître et emmène chaque amateur qui entame le débat, mais cet album ci reste une pièce importante dans l’histoire de la soul. Malgré une discographie épaisse, Billy Paul reste le chanteur de « Me and Mrs Jones », mystérieux et discret depuis.

C’est un album homogène tiré vers le haut par sa voix particulière et une production luxueuse. Sucré, soft, sensuel et bien chaloupé, « 360 degrees » se laisse glisser vers une écoute classieuse, calibrée avec des arrangements grandiloquents. Le disque est d’ailleurs passé comme on déguste tranquille un gros dessert hyper sucré.
Pour l’anecdote, William est passé ce soir là sur les écrans pour sa promo live in France… tiens, les pépères, mettez moi un peu du Will I am, histoire de voir l’évolution de la soul dans l’histoire, le R’n’B de maintenant.. voir si le Black Eye Peas a de beaux restes. Puis histoire de dire aussi que je suis pas un vieux crouton :D


Billy Paul 1972 « 360 degrees » label : philadelphia international.



mardi 17 décembre 2013

Matt Elliott 2012



La bouche saturée de houblon, la gorge écumant comme un littoral de grande houle, chaque album de Matt Elliott est une véritable plongée dans une cuve cuivrée qui fermente. La mélancolie de cet ancien Third Eyes Fondation n’en finit plus de se noyer, de charrier le jus de la terre. La « mélalcoolie ».
L’eau des racines, le grain, le soleil torché et la levure pour le cerveau, cette drogue douce noie les cellules dans son liquide amniotique. La lymphe de mon chardon Gordon me brûle les lèvres, la ruby écossaise dégouline sur la pochette de « The broken man » et dans ma tuyauterie. Les écluses lâchent et le dernier opus de Matt Elliott est une prière narcotique qui embarque lentement, surement, comme des fûts de cervoise en intraveineuse.
 
Ses disques sont improbables, jusqu’au dernier souffle de la toxine amère. Piano lacrymal, violon coupe gorge, guitare fière et douloureuses, slave ou hispano. Hispano comme dans le final de « Oh ! Well » des Fleetwood. L’effet est imparable, l'enlisement profond. C’est pas de l’ectasy, du crack ou un speed, c’est de la mélasse, divinement belle. Des sables mouvants happent vers des océans de bières. Si quelques uns vont s’endormir à l’écoute de cette BO mortifère, d’autres vont y plonger comme pour une incantation dorée non filtrée, triplement fermentée.
L’alcôve de Matt Elliott est profonde et charrie des tonnes de blessures. Elle draine toutes les inondations du monde. Son terreau imbibé fait jaillir des fantômes phréatiques que la brettanomyces a délavées.
« Dusted flies » emmène jusqu’au plus profond de « Famous blue raincoat »  de Cohen.
 
La gordon a pris des goût d'asphalte, le dureté du bitume, le chardon goudronné par la Finest Chrome 10,5%vol, Gordon ténébreuse XXXtra strong. Les creux abyssaux ont projeté l'homme écrasé sur la route près du littoral. Le tissu écossais bleu et vert s'est noirci, comme une menace. Le ciel s'est assombri.
 
Dramatique, beau, soporifique et alcoolique. L'océan lèche des terres imbibées.


Méfiez-vous de « Broken man », il est extrêmement contagieux.



Matt Elliott 2012 « Broken man » label : icidailleurs





samedi 14 décembre 2013

Angèle David-Guillou



« Kourouma » est un remède au tumulte, une contemplation de chambre, romantique et mélancolique.
Cet ange de piano magique œuvre pour elle depuis quelques années, Klima ou Angèle. Cette fille est un délice.
Angèle se terre de plus en plus, s'isole, s'enfonce et nous aussi, avec elle, moi en tout cas. Pourtant l'envergure de Klima était beau à voir chez Peacfrog. Puis chez secondlanguage, elle a offert un aperçu de son intimité avec« Serenades & Serinettes » 2010.

Son intimité ici est nocturne, presque total.

Et si l'on acceptait son invitation de danse blanche dans sa chambre plongée dans la pénombre ? Si l'on tournait à colin maillard à travers des jardins fleuris et se mettre à genou devant ses dentelles laiteuses et ses parterres de roses de Noël. « Kourouma » est une invitation.
Sans sa voix, sans ses fleurs ou son synthé qui remplace quelquefois le piano, sans sa discrétion, on pourrait penser à Yann Tiersen des débuts (« Hesperides »). Et puisqu'elle est là, l'intimité est poussée à son comble. Sonates, ballades, Chopin ou Piano Magic, peu importe, pourvu que le cœur de cette lueur nous absorbe de tendresse engourdissante. Le papier peint est désuet, rare, la lumière est épaisse, à peine dévoilée.
Je ne sais pour quelle raison Angèle David-Guillou se dérobe dans ce huit-clos musical d'émotions contemplatives. Il n'empêche, je suis entre ses murs, hypnotisé, envouté, engourdi par la douceur de ses notes, paralysé dans son alcôve.

De toute façon dehors, c'est noir, froid, sans horizon ni ciel. La porte est entrouverte et laisse fuir cette pâle ondée diaphane du chevet blanchâtre. Cette douce chaleur ancienne d'un poêle qui fait vaciller les Gardénia tombant sur de la porcelaine.

Piano Magic et son arborescence est un trouble sentimental mélancolique depuis des décennies. Le rameau Angèle part vers des délicatesses absolues.




Angèle David-Guillou « Kourouma » label : village green
http://www.villagegreen.tv/#project_kourouma_50
http://www.juno.co.uk/products/angele-david-guillou-kourouma/502674-01/




vendredi 13 décembre 2013

Bob Seger 80



La musique est une fois de plus venue attaquer de front ma nuit habitée. C'est de ma faute, fallait pas ressortir des vieilles galettes comme ça, le goût d'une madeleine m'est revenu aux papilles.
Ceci dit, dans mon rêve, j'avais les cheveux longs, comme dans les 80's, des boots en daim, mal rasé et je participais à un jeu musical télé eighties... J'ai passé le blind test haut la main, glorieux et le torse bombé, le poil dépassant de la charrette à carreaux, je me suis hissé en final. Partagé entre le kitch et le rocker, la salle et le décor m'encourageaient sous des sunlight fauves aveuglants.

Évidemment à ce niveau là, les questions allaient devenir pointues...mais même pas peur derrière mes lunettes de biker pleine de moustiques collés... j'ai posé mon poing bagué sur le buzzer, relax et confiant, le menton fatal.

Attention …. !!!!!!!!!

« Je suis un des plus beau disque de rock américain avec dedans une ballade pour faire le tour du monde en gran torino, Chris Campbell à la basse, Alto Reed au sax et Drew Abbott à la gratte, j'ai vu apparaître Dr John en guest star clavier sur « Horizontal bop », j'ai été numéro 1 au billboard 1980..... »
Bimmm, j'ai explosé le buzzer d'une grosse baffe de la paume.. :

« Against the wind » de Bob Seger. Je gagnais la finale.

Une émeute dans la salle a englouti les techniciens se précipitant pour réparer mon pupitre défoncé par ma fougue. Pourtant j'avais la réponse sur « la plus belle ballade pour faire le tour du monde »... facile, y'en a même trois dans ce disque là... « Against the wind », mais aussi « No man's land » et « Fire lake »... eh eh ..fastoche.
L'a fallu quelques vigiles pour m'extraire des filles hurlantes et en short court me congratulant de leur fougue hystérique. Après avoir recouvré mes esprits et retiré quelques cheveux et fils de jeans de shorts coincés entre mes dents, j'ai pu enfin respirer, me recoiffant d'un coup de tète en arrière, essuyant la buée sur mes lunettes et ma lèvre en sang, j'ai pu pousser mon cri rauque de vainqueur en rut, avant de partir au galop sur mon canasson sauvage... c'était le levé du jour dans les marécages.. j'ai fui ce monde de brut, la chevelure contre le vent, bravant des no man's land pour rejoindre le lac en feu.


5h52.. reBim, une bombe atomique est tombée pil poil sur ma monture alors que l'horizon était à moi. Le radio-réveil me montrait le réseau ferroviaire, cette autre monture qui allait bientôt m'engouffrer dans le gris béton systématique.
Par terre, au pied de mon lit, le vinyle de Bob Seger and the silver bullet band 80 « Against the wind » de la veille et dans la glace, mes tempes dégarnies et les valoches sous les yeux. Faut que j'arrête ces conneries, écouter des vieux machins comme ça.. même la bibliothèque de Paris l'a foutu en réserve central tellement y'a plus personne qui loue ça. J'espère que ça va pas trop se voir, ou plutôt se sentir, le canasson ou le bourbon.

J'adore ce disque. J'adore cette voix rauque de Detroit, cet icône rock made in USA. Un grand disque dans la carrière de Bob Seger.

Bob Seger 1980 « Against the wind » label : capitol




jeudi 12 décembre 2013

Grahm Nash 71



On peut pardonner à Graham Nash la discrétion de ses albums solistes et le peu de répercutions médiatiques du grand compositeur de chansons épiques. Sa carrière collective a légèrement camouflée son travail personnel (peu d'albums solo il est vrai).

Il n'empêche, en 1971, il sort son premier album sous des envergures pop qui transportent très très haut dans l' « harmonisphère ».
Élégant, raffiné, une voix haut perchée, « Songs for beginners » est un opus de compositions d'un artiste expérimenté. Le son, qu'il a produit lui-même est grandiose.
Pedal steel, violon, envolées électriques, hymnes pop, chanson engagée (« Chicago ».. son hit), Jerry Garcia des Grateful dans le set, son acolyte Crosby à ses côtés..il y a de l'ampleur rock historique dans une humble discrétion, exactement comme un autre sublime disque pop: « No other » de Gene Clark.



Quelques grammes de discrétion pour un immense plaisir musical.



Graham Nash 1971 « Songs for beginners » label : Atlantic

 
 
 

mercredi 11 décembre 2013

Lavilliers 2013



Ce vieux baroudeur de Nanard revient sans cesse comme le ressac. Son 20 ème album est ici, maintenant, moins politique, plus poétique. La musique plus synthétique, moins chaude, quoique. Un peu plus rock, c’est sûr. Il n'envoie pas directement, il ratisse large et accuse sans accuser… tu n’y est pour rien mon frère.. des mecs du troisième couteau qui reviennent, et qui sont la cause, ou grâce à qui, nous sommes dans la fatigue, la médiocrité, la mort et tant de misère. Il est question du grand pouvoir avec lequel nous collaborons inconsciemment et qui décime des populations entières. « Scorpion » ou « Baron samedi ». Ils sont des millions. Des mecs plébiscités par ceux qui crèvent, des rapaces qui pillent via le système, mais que tout le monde regarde avec un recul abyssal.

C’est moins instinctif, plus raffiné, moins exotique, plus synthé… qu’est ce qu’on l’aime le Nanard.

Il y a le retour de New York, la plaque tournent du mal qui mute, du vaudou, des esprits, et puis il y a l’art, et toutes les questions de la création face à la misère, de la musique face à la solitude, de l’impuissance de l’artiste devant les faits et l’élément naturel, même si c’est exactement ça qui fait son charme. Ils survivent, juste, aux catastrophes, comme Haïti et la création qui en jaillit. L’artiste est créatif, vivant, mais aussi destructeur et morbide. C’est du cristal…des pulsions, quoiqu’il arrive. « Que peut l'art » ?

Il y a une berceuse pour enfant, une chanson pour sa mère qui n’est plus et un texte de Cendrars de 26 min qui prend au tripes, qui laisse sur le carreau et allume le cerveau. Et sur des principes assez durs, il pose des violons, des contrebasses, enveloppe tout dans un écrin Nanard pour nous câliner le cœur de ces souffrances que l’on subit tous à échelles différentes.

Il y a Jack l’éventreur d’un nouveau genre, moderne. Il y a beaucoup de vague à l’âme, d’inspiration, autant dans les voyages que dans la peinture. Il y a des touches électro et du cinématographique. Il fait ressentir l’émotion d’un seul trait, une seule image, en quelques mots. Sa vie à lui est toujours bouillonnante, toutes ses épopées l’éloignent plus encore de la quiétude intellectuelle, de l’embourgeoisement qui nous morve au nez. Nanard est un camaïeu puissant et infatigable, il est noir de monde.
Nanard est un écorché raffiné qui nappe le brutal en ondes harmonieuses. Il est pas précieux Nanard, il est féminin et sensible, il recherche l’harmonie. Même les idées les plus violentes sont lissées par les notes. Il aurait été facile de collé des guitares dures sur les pinces du scorpion.

Chaque album de Bernard Lavilliers est un rendez-vous avec lui et toutes les âmes qui l’entourent et l’inspirent.


Finalement, on est tous des scorpions.



Bernard Lavilliers 2013 « Baron samedi » label : barclay





 


mardi 10 décembre 2013

Arbouretum 2013



Arbouretum est un groupe alternatif rock qui œuvre sous les tuiles chaudes et épaisses de Thrill Jockey depuis 2002. Dave Heumann est un ancien collaborateur de Bonnie « Prince » Billy et fondateur de ce quatuor de Baltimore.
Latitude, le label arborescent de Southern records, offre sous des emballages prestigieux à 1000 exemplaires, des libertés pour chaque groupe qui aspire à offrir un set live précieux, court, sous des latitudes précises.

46° 59* 42.86 » N / 85° 7' 39.22 » W

C'est ici précisément, que les quatre morceaux rares d'Arbouretum ont été réalisé.
La voix John Cale/Damien Jurado, des claviers psychés étendus, des guitares ambiantes, de l'incantation (« Early morning rain »).. du blues habité (« The wreck of the Edmund Fitzgerald »), du rock, de la pop à la sauce Arbouretum (« Carefree highway »), mais à un endroit précis sur la planète.. cet endroit unique, comme cet instant enregistré dans une totale liberté, loin de tout.
Et puis toujours cette pochette d'ocre épais que l'on ouvre comme un rituel et que l'on referme sous des bruits intimes de frottements cartonnés.

Jubilatoire, libre, récréatif et précieux.


Arbouretum 2013 « A gourd of gold » label : latitude


dimanche 8 décembre 2013

Bee Gees 74



Brian Epstein un jour a vu débarquer les frangins australiens sur l'île britannique où les parents Gibb avaient pris refuge. Lui déjà était dans le débit dingue des Beatles depuis un certain novembre 61 dans les caves de Liverpool. Il a sèchement rejeté en bloc les Bee Gees pour mieux se consacrer à ses poulains préférés.
Il se sont tracés à un chemin à eux, plus lent, plus solide, hyper mélodieux, avec des singles à la pelle. D'un quintet, ils sont passer au trio pour avancer inéluctablement vers les grandeurs dance floor qu'on leur connait.
Avant les paillettes, il y a eut quelques albums passés sous silence, discrets, entre l'opéra rock sublime « Odessa » 69 et l'ultime disque qui pourtant avait déjà quelques teintes disco: « Main course » 75.
Les japonais viennent de rééditer merveilleusement tous les albums en réplique vinyl fidèle (sauf bizarrement « Trafalgar » de cette période là), et notamment le très rare « Mr Natural », pour les fans des Bee Gees des débuts.

 
« Mr Natural » est un grand disque avec tout d'eux dedans, et l'on sent monter la sauce, la récupération disco qu'ils ont transcendé, à une époque où leur discographie populaire commençait à s'essouffler. Sauf pour les amoureux des albums des Bee Gees, je parle de ceux qui n'aiment pas danser, comme moi.
Il y en a pour tout le monde dans cet opus 74, du Barry, du Robin, Maurice en grand musicien dans l'ombre concocte des mélodies sublimes. La chanson éponyme est un hymne Bee Gees de tous les temps, « Charade » un dessert, « Throw a penny » une langoureuse virée aux dents blanches sous un wurlitzer discret, et débouche directe sur un dance rock pop endiablé « Down the road ». Puis on tombe comme avant, sur des ballades à crever avec la voix de Robin « Voices », puis d'autres promenades romantiques Barry « Dogs » ou « Lost in your love ».. cliché certes, mais qui annonce l'icône à moumoute. Et comment ne pas résister à l'envolée « Can't let you go ».. Puis...voilà le dancefloor qui s'allume, cuivré, lourd, décadent, hurlant.. torride « Heavy Breathing »... la machine se met en route. Arif Mardin est aux manettes, il s'occupe entre autre à ce moment là, d'Aretha Franklin.

 
La phase 75/79 reste inversement anecdotique pour moi, même s'il m'arrive d'en écouter quelques morceaux. Je reste un explorateur de la première décennie, et un jour, je ferai un billet sur leur épique double album 69 qui m'a mis la tète à l'envers à la découverte, sous mon saphir des quatre faces d'« Odessa ».

En attendant, nous sommes en 1974, un grand cru Bee Gees pour les dimanches soirs quand le soleil peine à lécher les faitières, quand on a des envies de bistrot alors que tout le monde s'apprêtent à partir en boite...où en reviennent.


Bee Gees 1974 « Mr Natural » label /RSO-Reprise2013






vendredi 6 décembre 2013

Sylvain Chauveau 2013



J’aimais beaucoup lorsque Sylvain Chauveau embellissait les blancs avec ses notes de piano néo-classique, un peu moins les drones d’encéphalogramme plat de son pseudo « On ». Je n’ai pas suivi son hommage à Depeche Mode, mais plutôt plongé sur sa collaboration avec Felicia Atkinson.

 
A propos de son nouveau projet, je reste dubitatif et partagé (c’est bon signe). « Kogetsukai » est un assemblage sonore sur lequel il pose au hasard ou pas, des phrases, des mots, d’une voix monocorde. C’est un concept improvisé, ou réorganisé après déstructuration de tout format musical. Il ne reste que des sons, piano, programmations.. et ses idées exprimées comme un cycle, posées au gré des courbes cérébrales.
Avec l’esprit des musiques nouvelles de John Cage, et notamment son attirance pour les jardins asiatiques, Sylvain chauveau met en son, sa quiétude devant le jardin zen de Kyoto. Il dévoile sa vision abstraite et transpose son inspiration vers sa création sonore.

Je suis accroché par son interprétation énigmatique, mais cette création me ramène terriblement vers « Blemish » de David Sylvian, qui a construit en 2000 la première pierre de l’édifice Samadhisound, sur le même principe de concept abstrait. D’autant plus que la voix est similaire. Sylvian s’était associé au guitariste Derek Bailey pour triturer et dépouiller la structure musicale et en faire un tableau magique et mystérieux duquel je ne suis toujours pas revenu.
Peut être mon enthousiasme aurait été plus franche, si j’avais découvert « Kogetsukai » avant « Blemish ».
Finalement, malgré l’envergure et la partance contagieuse de ce disque, je crois, comme pour Dakota Suite, que je préfère les phases instrumentales de Sylvain Chauveau, avec les pochettes de paysages brumeux et mélancoliques. Je vais surement regretter un jour cette frilosité immédiate. « Kogetsukai » va murir et faire son chemin dans les méandres de notre cerveau concassé. Ce disque peut à tout moment devenir absolument génial.

Sylvain Chauveau 2013 « Kogetsukai » label : brocoli





jeudi 5 décembre 2013

Godspeed You Black Emperor ! : cst003


 

Je suis entré dans cette surdimension en 1999, j'affecte particulièrement les albums de Godspeed et de Silver Mt Zion, surtout au début. D'ailleurs, les premiers albums respectifs son assez similaires, la même texture sombre et poétique, des ambiances aux même lueurs.
Au fil du temps, ils ont appuyé leur particularité.. tralala d'un côté, vrombissement de l'autre.
Nous sommes, en cet automne frileux, coincés entre le dernier Godspeed et le Silver à venir.


Indélébile, un tatouage cérébral.



Revenons à 1997, sur le carton bordeaux au verso est inscrit en lettre d'argent cst003. Troisième pièce du catalogue Constellation, bouleversant. Une poésie à foutre par terre, de l'acoustique, les accords de Moya, et puis les douces envolées du collectif: Thea, Jesse, Thierry, Bruce, Colin, Efrim.... douces les envolées, pas encore les puissances de réacteurs. Une musique belle, des idées de post prog ambiant, expérimentation dans l'écho, la résonance. Le collectif est en partance pour des espaces ténébreux, mais beaux.
Ici, on entend du Floyd Meddle, Ummagumma, du Cerberus Shoal des débuts, mais surtout une patine, une signature unique, un esprit qui va gonfler au fil des années, prendre de l'altitude, gronder plus encore, faire frémir et vrombir les cranes. C'est d'autant plus émouvant, que sur ce disque, les Godspeed sont juste un groupe de bouche à oreille, qu'ils s'élancent pour décoller irréversiblement.
C'est un isolement, un recul intime vers la source; xylo, violon, voix, ukulélé, cornemuse, véritable épopée habitée, un moment particulier dans l'histoire de la musique.

 
Je dis ça , car j'ai trouvé dans un bac, au hasard, le vinyle bordeaux en question, avec dedans, une enveloppe, des documents, un penny écrasé par un train, dont la locomotive est dessinée dedans sur un craft d'ocre brûlé. Sur la loco inscrit « For the reverend Gary Davis ». Les rails sont tordus devant, impasse ferroviaire, sans issue. Sur la pochette, une photo unique est collé en plein centre. La mienne, les essieux de la loco.
Je dis ça parce que je suis en train d'écouter les deux faces noires de «f♯ a♯  » et que je suis à des années lumière de mon cerveau, ou alors j'y suis encore et c'est lui qui se fait aplatir comme un penny qui s'envole en ovni.




Qui était le vendredi 1er octobre 99 au théatre de l'Olympia de Montreal pour voir décoller le zinc ? C'était à 1004 Sainte Catherine à 20h, pour 10 dollars..une nuit seulement.
Je fouille, je plonge dedans, je m'y transpose...avec que le saphir sur l'infini, se pose sur le dernier sillon et colle le son à perpétuité, lancinant, paralysé, une onde industrielle d'une banlieue... le corps est lourd, le cerveau vidé, le saphir tourne à jamais.

 
Je suis un fidèle de Godspeed, même si j'ai une tendresse particulière pour les premières créations. Je suis sorti du disquaire comme un gosse qui vient de gagner l'ultime bataille d'une fin du monde virtuelle.. dans sa tète. Je me suis fait porter pâle aujoud'hui, je suis resté collé à mon saphir.



Godspeed you black emperor ! 1997 «f♯ a♯  » label : constellation






lundi 2 décembre 2013

500 mg


 
Une unité pondérale comme pseudo, scinder le gramme et tout alléger des fioritures.
Se débarrasser des adjuvants, des excipients, ne garder que la texture, l'atome et son électron.

La musique précieuse de 500mg est séminale.


Finger-picking et multi-instrumentaliste, Michael Gibbons égraine ses accords comme on draine un cerveau souterrain. 500Mg raconte la nature, peu importe l'époque, chaque saison a sa lumière et son gris. Il y a juste l'horizon qui trace, et découpe à la base des bois d'ocre violet, des dégradés de terre molle plaquées par des ciels à grande vitesse.

Ultra lente mobilité sous le vent gris-mauve.

Écouter « Vertical approach » de 500 mg, c'est débusquer une clairière où le soleil pénètre sans état d'âme, d'où s'échappent toutes les convections qui aspirent le sang vers les cimes. Et l'on se sent flotter très haut, le spongieux mis à sec sous la racine limon.
Le psyché, quand il est boisé, c'est un peu comme un Zeppelin qui décolle sans bouger, ankylosé, engourdi, plaqué et léger.

Le muscle piqué du tsé-tsé, électrique ou acoustique, cette aventure habitée est un abandon bandant vers le néant, un Six Organ of Admittance des isthmes à bosquets pour se vautrer dans le terreaux. La nuque posée sur une vieille souche, l'échine avachie sur la fougère tiède et détrempée, le rondin dans ma nuque pénètre et oscille de plaisir sous les dernières feuilles qui me recouvrent.

Fallait pas mordre le coulemelle.


500mg 2004 « Vertical approach » label : eclipse records