mardi 9 février 2021

Gisèle Pape - 2020


 

Les humains sur les plaines s’entassent comme des batons de mikado. Sur les peines aussi. L’ère est au dépistage, elle, c’est « Le chant des pistes », juste l’horizon à peine ondulé, le monde entier. Dôme, collines, coteaux ou galbes à pister quitte à suivre l’invisible.

« Caillou » est une toile impressionniste, un minimalisme à reliefs, des ondulations pour une osmose bucolique. Gisèle fixe les regards sur un son vital, des parfums courbes et minéraux, une contemplation saphir.

J’arrive le long de mes plaines criblées de silex, Gisèle tape mes tempes sourdement et j’entends Balibar, Arielle, Emily Loiseau voire Breut avec la ligne sèche et vitale d’une fossette. « Peau fine » comme une danse lacrymale à la Bertrand Betsch.

Aime-moi caillou, la mélancolie appelle aux lueurs, la lumière nous suit, le long de la piste, au plus profond des étendues.

De sa musique elle a fait la bande-son de ses films expérimentaux, elle est la mienne entêtante sur mon trajet qui va de la ville vers mes plaines, « Ritournelles électroniques » et je m'éloigne de la foule..j'arrive marcher à nouveau sur mes cailloux. Field recording derrière ces rêveries intimes et poétiques. Des émotions camouflées elle me bichonne, ma petite richesse du jour.

Un EP en 2016, un paquet de 1ère partie, voici son premier album.



Gisèle Pape 2020 « Caillou » label : Finalistes / Paule et Paule

http://www.giselepape.com/



dimanche 31 janvier 2021

The Czars - 2005

 


Plaine délavée, fossés pleins, les champs en marmelade, tout ruisselle, il n'en finit plus de pleuvoir. Je fouille des vieux disques et je tombe sur quelques bijoux oubliés. The Czars n'est plus, John Grant œuvre tout seul, en 2005 sur Bella Union, comme un adieu, ils ont laissé sur la route une petite douzaine de reprises, toutes à tomber. Cette collection débute avec la plus belle des lumières, le traditionnel « Black is the colour » Nina.

« For Emily »  Paul Simon … « You don't know wht love is »..et la pluie peut bien tomber.

The Czars 2005 « Sorry I Made you Cry » label : bella union

jeudi 7 janvier 2021

Elvis Perkins - 2020

 


Déjà presque 15 ans « Ash Wenesday », l'éblouissement folk 2006.

Cette autre cime d'Elvis Perkins en plein creux de vague 2020 illumine nos angoisses. S'il y avait un bilan annuel à proposer, le tiercé le lorgnerait. Je parle d'une pop moderne, celle qui surtout ici conjugue le folk baroque, les accords lumineux, le majestueux des harmonies, la country psyché avec une voix de fond Lennon fils, des cuivres à s'envoler de la croûte gelée pour se sécher les larmes aux ondes tièdes des hauteurs bariolées, des ballades au piano plaintif, de l'intime acoustique en petit country sophistiqué.. « The half life », « Mrs & Mr E » Townes Van zandt en duo avec Adam Green ..


Je veux bien un confinement de plus s'il faut inlassablement se ravager les glandes avec des disques comme celui-ci.

Malgré des priorités discutables, le dérèglement des dispositifs de l'homme moderne qui oblige la bureaucratie à faire des choix, l'anxiogène des ondes n'aura pas empêché quelques petits joyaux de sortir et d'arriver à nos oreilles... Celui-là en est un, « rescapé ».


« Ash Wenesday » avait mis la puce à l'oreille, cet Elvis là est à lorgner. « Creation Myths » depuis quelques jours est le bouclier en boucle du gris compact des jours, mon pied-de-nez à ma télé pas allumée.


Elvis Perkins 2020 « Creation Myths » label : MIR

mardi 5 janvier 2021

Keith JARRETT 2020

 



Doigts crochus et main d'arthroses, comment fait Keith Richards pour jouer encore comme ça ? Le pirate aux yeux malicieux, le cuir cuit comme un marin, ses doigts courent encore sur le manche.

Ceux d'un autre Keith ne cavaleront plus sur le clavier. La main de Jarrett démissionne, son corps ne transmet plus les blanches et les noires au bout de ses doigts.

1968 son premier album, 1964 pour Richards au sein des Stones.. mais depuis combien de temps jouent-ils ?? les os et les vaisseaux s'usent comme les arbres et les navires.


Keith Jarrett ne jouera plus devant nous. En attendant, en 2016 il faisait à nouveau rêver, c'était à Budapest. Le concert intégral sur ECM.


Keith Jarrett 2020 « Budapest concert » label:ECM 

https://www.ecmrecords.com/artists/1435045745/keith-jarrett

mardi 22 décembre 2020

Vincent GALLO "When" 2001


La boucle lancinante du cuivre qui introduit l'album pourrait justifier à elle seule, la présence de « When » chez Warp.

Nous sommes des cérébraux dit-on, je suis décérébré par ces gris automnaux. Ce disque suprasensible est une lente descente dans l'intimité sexuelle d'une soirée plombée par le vide amorphe. Force thérapeutique puissante, moi qui ne suis pas sucré, cette injection de saccharose me brûle le cuir. « honey » n'a jamais atteint un minimalisme érotique aussi pénétrant. Allongé dans la pénombre, sur le plancher, le gloomy « blue valentine » de la guitare slow jazz distille un goutte à goutte analgésique. Un sédatif aux oppressions. Un album de dimanche soir, que dis-je, un album de couvre-confiné.
 
 
Le trouble des accords électriques sont des rêveries sentimentales, la basse des caresses virtuelles. Les absences de chant sont des silences où tout se lit, tout se délie. Tout ici vampirise, aspire la moelle, c'est l'heure de la tétée. Chaque expiration enfonce le corps un peu plus dans le sol. L'haleine, chargée du vin d'hier est un souffle d'automne. Abandon intensif dans la candeur intuitive des notes qui endorment. Tout est plus beau ainsi, dans la brume et le trouble. La vérité n'existe pas, tout est roman.
Sublime moment opiacé suspendu aux ondes de Vincent Gallo. 2001, album important, intemporel, une urgence molle.



Vincent Gallo 2001 « When » label : warp

vendredi 11 décembre 2020

Jane Birkin 2020

Lacrymale, émouvant. Tout le temps et à chaque fois. Birkin chante dans mon huis clos, toute cette grise journée que le vent, la pluie et le froid emballent de tulle argenté. Elle me panse, j’ai toujours le pincement au cœur quand j’entends Jane chanter. Il est vachement beau celui-ci.. Faut dire que Daho est là, Pierrot aussi. Les arrangements sont des joyaux.

Qu’est-ce que je dis, il est à tomber celui-là.. Je vais le garder pour moi, en boucle, tout au long de cette magnifique journée froide à se confiner, grise à crever, pluvieuse à chialer. Du baume à l’âme, de belles petites vagues au cœur, une larme de ballade, un doux sanglot chaleureux. Birkin est revenue, j’ai de la buée sur les yeux.

Jane Birkin 2020 « Oh ! Pardon tu Dormais.. »

mardi 8 décembre 2020

Tin Machine



Y'a plus dégueux comme récréation. Sûrement il fallait péter le tremplin, gifler le destin, et mettre fin à cette moyenne période qui lui a quand même valu des sommets... « Let's Dance », « Never Let me Down » et « Tonight » … conjurer les nues, un coup pied au cul Tin Machine avant le grand retour 1993 en grande pompe avec le frais et grand « Black Tie White Noise ». Des soirées entre potes pour conjurer le succès planétaire.... changer de nom pour quelques temps, une grande respiration et repartir.

Tin Machine donc, trois ans, quatuor de folie, du bouillon plein les enceintes, du jeu en plein ciel sans retenu, juste hyper contrôlée propre, du sale aussi, les frères Sales, et surtout le génie Gabrels qui continuera à longer la route.

« Heaven's in here », « Prisoner of love » .. mais déjà, rien que pour la reprise suffocante « Working class hero ».

Costard cravate, look à la Eastwood avec petite barbe de trois jours. Bowie. On passe à autre chose pour un temps. Il y aura deux albums studio, un live et basta.

Tin Machine.. icône se fondant, villégiature comme des semblants de vacances, se régénérer, un congés revigorant tel Paulo dans The Fireman et que sais-je.. Tiens..Paulo, John.... 40 ans au lieu de 80 pour lui, tragédie planétaire. « Working class hero ». Bowie, Tin Machine.. la tète m'en tourne. Bowie avait un regard appuyé sur Lennon. 


 

Tin Machine 1989 « Tin Machine » label : EMI 

 



 


Thalia Zedek - Carla Bozulich - Elizabeth Anka Vjagic

  L'effet Wagner a opéré. Les longues barbes sont restées au pied de la cascade pour chanter à l'unisson de la gorge et du poitrail...