Oh la belle vie sous la pente quand gamin je suis monté sous les toits pour dormir avec devant moi les grandes plaines qui s'offraient. Dans la maison familiale pendant des années, avant de partir définitivement mon bac en poche, j'ai passé les plus beaux moments à l'étage. Puis Caen au creux d'une chambre de bonne, j'ai bâti mon corps de métier sous le toit de la rue Bayeux. Partout, ici, ailleurs, chez moi ou chez un ami, je dors bien sous le plafond oblique.
Ma chambre normande, face aux clochers de la cathédrale, pas loin de l'Abbaye aux hommes et du disquaire, seul à tout maçonner, dans ce grenier aménagé. J'ai vu le temps passer, une extrême longueur à étudier. Quelques musiques accoudé aux tuiles mouillées, en bas, un accordéon désaccordé pour chanter les soirs d'octobre.
Quelques années après dans ma maison, des grasses matinées à l'écoute du crépitement des gouttes sur le velux, je me suis molletonné la tronche.
La lumière oblique de cet abri triangulaire, l’alcôve dorénavant fait chanter le saphir et calfeutre la musique. Les tuiles, mon ancrage dans toute son intimité, le son, l'auberge pointue, loi carrez et dos courbé. C'est une chose très particulière la chambre sous le toit, un panorama où l'on caresse tous les plus beaux songes et quelques imprudences, les orages anthropophages. Toujours cette chanson me renvoie.
Jacques Higelin 1998 "Paradis Païen"

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