vendredi 16 mai 2014

The Black Lips



On reste à explorer la sphère Black Keys. Eux aussi ont muté, mais légèrement, le garage-rockab-punk-blues-country-folk est toujours leur oxygène. L'urgence est là, le son est extra, les gars sont un poil cossards, et le Black Keys qui rôde à l'intérieur de cet opus voyou, est pour une fois le batteur Patrick Carney, production, intervention, l'esprit est là.
« Underneath the rainbow » est un très bon disque de rock, et « I don't wanna go home » un tube en puissance.


The Black Lips 2014 « Underneath the rainbow » label : vice music


jeudi 15 mai 2014

Jessica Lea Mayfield




Pour ceux qui trouve que les guitares musclées originelles manquent sur le nouveau The Black Keys, voici une artiste de l'Ohio qui envoie terrible. La guitare est Breeders, la voix claire avec quelques ondes shoegazing, les ondes Dinosaur Jr. Cette fille grunge de country rock alternatif un poil psyché moderne arrache. Le rapport avec The Black Keys ? C'est Dan Auerbach qui l'as découverte, une bande envoyée au visionnaire rock, et bim.. elle est invitée aux vocals sur « Attack & release ». Un tremplin.
Depuis, elle confirme et sort son troisième album, sans mutation aucune, du pur jus, un gros son, du jus d'Amérique du nord terreux avec des grappes de buildings au fond qui fondent sous un soleil torride.
Un disque qui sort reculé, à écouter chaudement loin d'une métropole encore visible.


Jessica Lea Mayfield 2014 « Make my head sing... » label : ATO



mardi 13 mai 2014

The Black Keys 2014


 

Les fans des premières heures vont grincer des dents, The Black Keys prend des teintes de plus en plus pop, un peu comme si, à force de travailler avec Danger Mouse, il se produisait un effet de vase communiquant. Certes la touche psyché est là pour justifier la pochette qui s'affiche bien comme la couverture d'un groupe en « The Black etc ».
Mais Dan Auerbach annonce la texture, ils perdent des aficionados à chaque opus, des puristes, mais en contre partie, ils en ramassent plus encore. Il faut dire que cet album a été conçu sur une humeur de rupture pour le leader, la mélodie est venue engloutir la fougue garage.

 
Bon, vu comme ça, on a l'impression que je grince aussi, que nenni, nul besoin de justifier la mutation ou l'évolution, moi ça me va, ça va le faire, tout est réuni, et je vous dis même que sur la première plage « Weight of love », j'entends un son Barclay James Harvest période début 70's. Sublime intro.
« In time », la deuxième plage est un tube en puissance, soul, groove à la Wanda Jackson ou Amy Whinehouse, chaloupé et dégueulasse d'humidité avec un gimmick gratte qui postillonne.
« Turn blue »... autre gimmick, autre itinéraire à hit, à condition qu'on est un été caniculaire. Efficace.
Quant à « Fever », je crois que les spots publicitaires, jingles d'émissions vont se l'approprier. Ça existe une danse « the fever 2014 gimmick TV » ? « Lonely boy » a vraiment porté ses fruits.
« 10 lovers » endosse une basse bien lourde, et ça me rappelle « Welcome to the monkey to use » des Dandy Warhols, leur mutation à eux, qui avait attiré les foudre du « Get Off ».
« In our prime », un slow progressif..si si.. terrible.
Et hop, un p'tit rockab Satus Quo tranquille pour le dessert.

 
On pourrait croire à un nouveau trio, The black keys & Danger Mouse. Mais les serruriers produisent aussi, généreusement (Ray Lamontagne, Jessica Lea Mayfield, Black Lips....), un paradoxe ?

Concentrons-nous sur cet opus faramineux, étourdissant, flanqué d'une colossale production sonore. Le nouveau Black Keys est là, luxurieux, chaloupé, mélodieux et légèrement buriné. C'est leur septième album, un compte Led Ze'plein. La toile se tisse, avec Danger Mouse. Il paraît qu'ils vendent moyen..ils vont envahir la planète... bientôt.

The Black Keys 2014 « Fever » label : nonesuch





samedi 10 mai 2014

Syd Barrett



« Pauvre Dave (Gilmour) - le genre truc de conscience que tu dois te trimbaler toute ta vie... sur fond de solos bluesy ».. C'est pourtant Barrett lui-même qui a appelé à la rescousse son ami d'enfance, pour finir l'enregistrement de son premier album solo « The madcap laughs ». Nous sommes en 1970, les premières chanson de Syd au sein des Floyd avaient quelques années auparavant chamboulé toute la planète. Malcolm Jones d'EMI s'est donc rué sur le projet et a accepté illico la proposition de l'Elfe esseulé et délabré. L'éphémère indélébile.

A tripper pendant des semaines, à vouloir saccager le projet Floyd, et à rendre chaque séance live un cauchemare, les trois autres ont fini un dimanche de concert, par ne plus venir le chercher. Gilmour tiendra la guitare à lui tout seul.
« The madcap laughs » est un disque fantôme, un objet sublime acidulé, beaucoup moins que ces premières compositions bringuebalantes, psyché, totalement dépourvues de blues. Des balades folk ici, poétiques, psyché-pop, guitares omniprésentes avec des accords habités et un médiator pas farouche.
Au départ il a convoqué les Soft Machine sans Kevin Ayers, le groupe british psyché rival des Floyd, qui eux finissent tranquille de mettre en boite « Ummagumma ». Mais les morceaux de Barrett sont complexes et très personnels, les accords et la métrique sont hyper difficiles, les temps changent suivant le chant. Les gars torturés vont s'épuiser. Pourtant, l'atmosphère générale du disque est au paisible, à la balade. Aucune règle, une écriture d'humeur gourou. Même le chant est quelquefois déglingué, « If is't in you » est un moment unique à peine croyable.
Barrett de plus en plus exigeant va foutre tout le monde dehors. Il disparaît, laisse tout en plan, il reviendra plus tard, avec Dave Gilmour.
Ce dernier nettoie toutes les bandes, balaye le Soft Machine, les deux « frangins » jouent ensembles, comme pour guérir de leurs tourments et culpabilités respectives. Syd lui, a retrouvé son vieux compagnon, il se laisse guider et repars de plus belle dans ses voyage défoncé au mandrax. Au final, un chef d'œuvre est né.


Ce disque au parquet fraîchement repeint par lui est un ovni, un album improbable, fantomatique, d'ailleurs, personne ne peut dire qui joue.. Barrett, Gilmour, Waters venu en coup de vent au passage, les Soft, Jerry Shirley des Humble Pie ?? Qu'a gardé Gilmour des bandes, du son, quelle est sa part de jeu, lui qui finissait chaque chanson devant un Barrett endormi avant la fin ?
Qui était sa petite amie Iggy l'Esquimau derrière lui sur la pochette ?
Ce disque est un mystère, un fantôme, la plus belle chanson de l'histoire, son morceau absolu « Opel » qui fut pourtant la première enregistrée pendant cette session, ne sera pas retenue sur ce premier opus solo. « Opel »... le truc récurent qu'on écoute en secret, en imaginant qu'elle n'existe pas, les jours d'humeur guttural, de respiration stressée, d'haleine avinée, des soirs de pleine lune recroquevillé derrière nos dents qui poussent. Ça aurait pu être « Golden hair », mais « Opel » m'embarque.. combien d'accords dans cette chanson ?

« The madcap laughs » est une pièce témoin de cette époque où quelques artistes calcinés faisaient frémir les cerveaux.. Roky Erickson, Gene Clark... la liste de l'influence Barrett posée sur la musique, serait aujourd'hui longue à dévoiler...le premier sur la liste Marc Bolan.

Il n'y aura plus qu'un seul album après celui-là, un concert et Syd est rentré chez sa mère sans n'être jamais réapparu au grand jour, jusqu'en 2006.


« Le monstre rose se tord vers le monstre fluide en le happant au cou. Le monstre fluide, comme il a l'habitude de le faire dans ces occasions, enfonce tous ces ongles dans le dos de son conjoint, lacérant sa chair en profondeur. Et un sang clair coule copieusement de long de leur corps unique frémissant, un sang rose qui, tombé par terre, coule et flue, et flue. » (« Contemplation », dernier chapitre du livre « Pink Floyd en rouge » de Michèle Mari).

Merci à Pax pour la phrase intro et le déclic.
Syd Barrett 1970 « The Madcap Laughs » label : EMI/Harvest





 
 

jeudi 8 mai 2014

Damon Albarn 2014



Il y a des gris bretons en larmes de plomb épousant le granit des influences lunaires; il y a des gris beaucerons qui collent au crane et au limon sans ressac aucun, pendant de longues journées; il y a le gris cotonneux clair des montagnes à deux doigts du bleu intense; il y a le gris des graviers qui grimacent sous la croûte des vague à l'âme....
Il y a le gris anglais que je fantasme comme s'il surgissait d'une évaporation insolente d'une île qui vibre depuis les Beatles et qui cherche à camoufler son secret culturel, une identité inébranlable.
 

Après avoir creusé largement sur toute la planète, Damon Albarn, un des protagoniste essentiel de la brit-pop et aux multiples projets, est revenu près de Londres pour offrir un album personnel. « Everyday robots » est gris, un gris laiteux, enrichi, fécond. Les chansons sont assoupies, sublimes et habitée d'une belle mélancolie prête à surgir.
Depuis le temps qu'il se barde d'expérimentations artistiques, Damon Albarn s'offre un album de plénitude, avec cette apothéose lumineuse « Heavy seas of love » en compagnie de Brian Eno.

 
Il y a les gris de Library Tapes qui voilent des océans de cramoisie; il y a les gris Cloud Nothing qui prennent à la gorge comme un coup de grisou; il y a le gris-gris du Dr John qui n'en finit pas d'alerter de son génie foutraque depuis des décennies; il y a les gris de Ben Watt qui laissent deviner l'éclaircie..et il y a les gris Damon Albarn, son nouveau coup de génie.


Damon Albarn 2014 « Everyday robots » label : parlophone




lundi 5 mai 2014

Hatcham Social



Vrillé, distordu, j'ai le cerveau qui mute de la chronique. Belle lurette que je n'ai pas écouté un album « gratuitement », sans sombrer dans l'obligation d'y mettre mes impressions, des mots. Et puis ce soleil depuis des semaines, cette abondance de chlorophylle et de parfums, le vent des plaines m'appelle à errer.

 
Le bulbe ankylosé, je flâne sur les sentes de la paresse, brouillé, les idées enchevêtrées. Ça fait plus d'une heure que je suis là, devant cette étoffe feuillues, cette touffe d'épineux en fleur à imaginer son chuchotement, son drone mené à la baguette par cette douce brise qui charrie des nuées de poussières de colza. Les branches se frottent comme les bras d'un chef d'orchestre ivre.
Une petite bande son de mon alcôve recroquevillée.

 
Il est pourtant bien ce disque, il commence comme un Birch Book (« Ketamine queen »), après je ne sais plus, Lo-Fi, minimal... m'en fout.
Vous savez quoi ? Hier je suis resté chez moi sans mettre un disque, peut-être la peur de ne pas avoir la force de mettre des mots sur des chansons, un son, d'écouter un album gracieusement. Il faut dire qu'une mouche vrombissait dans la carrée et faisait les cent ailes d'une fenêtre à l'autre. J'imaginais « Ummagumma ». Qu'est ce que j'adore entendre voler la première lourde mouche pourpre qui se réveille aux premières tiédeurs d'un printemps, dans une maison à demi-réveillée.
Cette fois-ci, j'ai vraiment la syntaxe qui débande, pourtant ce disque est vraiment bon, complet, un son que j'aime..il vient se blottir au fond de mon hamac à la dérive, collé à mon flan. Impossible de pondre une ligne, ça m'énerve en plus, puis cette nuée neigeuse de cerisier qui ne pense plus qu'à ces fruits me grise, je suis saupoudré.

 
Que le soleil est bon sur mon crâne.

 
Pff, ça vient pas, je vais l'écouter une nouvelle fois en débalourdant mon cerveau, et balourder mon stylo dans par dessus le chiendent.
Désolé, c'est pourtant un super bon disque qui déchire tranquille, je l'adore, il coule tout seul, il dégouline sur mon apathie. C'est une nouveauté.. enfin je crois, quelques mois,... bon, ok, dites moi si c'est chiant et lourdingue.. Y'a un camélia qui vient de s'ouvrir, l'était pas comme ça ce matin.. merde, c'est trop bête, la pochette est belle en plus.
Eh, je renaude pas les amis..je glande et flotte.. je vous assure ce disque est top.


Hatcham Social 2014 « Cutting up the present leaks out the future » label : O Genesis







dimanche 4 mai 2014

Dick Annegarn 2014



On reste chez Tôt ou Tard et on change de génération. Depuis 1997 il est hébergé sous ces tuiles là, introduit par Mathieu Boogaerts, pour une résurrection éclairée et irréversible. Avant, je ne connaissais que sa « Mireille » ou « Bruxelles ».

Sept albums plus tard, Dick arrive avec « Vélo va » sous des airs poétiques poignants, lumineux et enivrants.
Acoustique, avec des idées d'instruments pour chaque chanson, xylo, harpe.. jamais je n'ai autant été embarqué par un tel bal poétique, un manège de tendresse et d'émotion. Les mots sont étourdissants, gorgés d'humanité, rien que pour « Prune », la drupe pourpre, tout s'arrête, on est suspendu à cette petite perle à noyau, une chanson pour les école buissonnières.
« Un enfant ».... et tout ça, sans parler de « Pire », celle qui transperce, met à genou et clôt l'album, cette nouvelle merveille de Dick Annegarn.
Attention, ce disque peut embellir les âmes.

Ah oui, je vous ai déjà dit que 2014 serait un grand cru de chansons d'ici et de la francophonies ?

Dick Annegarn 2014 « Vélo va » label : tôt ou tard








Nesles 2025

  Je pars à l'envers, c'est pas la première fois. La pochette en flash et tout de suite quelque chose brille. Dominique A dedans et...