On quitte le jaune vif pour un beige
laiteux, psychédélique une fois de plus. Le soleil est voilé, la
chaleur toujours là. La voix nonchalante colle à merveille au
clavier anesthésié et la batterie étouffée. Ankylosé et
faussement mou, cette sage radiation berce et injecte de doux ciels à
peine bariolés.
« Inner Journey Out » est
cohérent jusqu'au bout, t'en veux ??? régulier, fidèle aux effets
promis. Il réconforte par la dilatation, pupille ou plafond, le
rythme est un rock lancinant, c'est un nouveau petit bijou de chez
Sacred Bones, des balades à travers des collines nacrées, crèmes à
peine mordorées, des ondes Velvet mou avec Hope pour Nico, du Floyd
60's bluesy avachi, avec pour enfumer tout ça des idées pop des
90's.
C'est un mantra psyché folk un poil
blues quand le coca ressemble à une noyade. Ce disque est très très
bon à tel point que j'ai du mal à me souvenir des précédents,
plus durs il me semble.. tout est flou comme cet opus de froide
canicule 100% New York.
J'ai yeuté à travers le judas et j'ai
vu la lune avec la tronche cyclope de Desireless, une grimace
édentée, un maquillage de craie dégoulinant comme un tipex sur mes
jaunes déboulonnés. Ses cils de limailles ont piqué mes paupières,
la pertinence de Sean a rassuré mes assuétudes et la basse
infernale de Les Claypool a révulsé mon œil.
Cette voix familière n'arrange en rien
cette syncope musicale, ce rictus rétinien, un REM en transe jusqu'à
la peau.
Sean a de qui tenir. Il connait bien le
psyché barré maîtrisé... The Ghost of a Saber Tooth Tiger
(rencontrant Primus en tournée et son bassiste Les)... Mystical
Weapons... The Claypool Lennon Delirium, et pour preuve, toutes ses
collaborations s'étendent en mots comme un diagnostique médicinal
opiacé.
Delirium, cadmnium.. du jaune vif, des
oufs.
La batterie est sèche, les guitares
dégoulinent, tout à l'air extrêmement bien vissé chez eux, un
trip fauve bien contrôlé. Et avec tout ce génie musical délirant,
il est pas impossible que Captain Lariat soit le fils à peine caché
du Sgt Pepper.. et devinez qui est en jaune sur la pochette ??
Ce disque est énorme, toxique et
contagieux. Lennon/Claypool.
The Claypool Lennon Delirium 2016 "Monolith of Phobos" label : ATO
Au creux des clous quelque part avenue
du Maine, je suis tombé sur un écrou. Impossible de lui donner un
age, un quelconque numéro de clé, molette ou pas. Il est à peine
rouillé et ici, tel un scarabée d'entre deux lignes blanches
parallèles, un boulon est tombé.
A quel moment s'est-il lourdement
déposé là, le peu de rouille laisse un maigre indice sur la date
de son naufrage. Il est beau en plus ce con d'écrou sans côte
aucune, j'ai toujours été un piètre métreur en ferraille. Quelque
chose de déboulonné se balade quelque part dans le creux du bassin
parisien, peut être pas loin d'ici, ou déjà sur une artère
bouchonnée, pour aller où ? Aucun véhicule en rade sur les
créneaux de la gaité, aucune carcasse écrouée par la panne. Quel
engin sans cette pièce ?
Plus personne ne jette des boulons,
surtout de cette taille dont je n'ai pas la moindre idée de la côte.
C'est surement un chargement perdant sa quincaillerie, un oubli de
benne ou un échafaudage voisin au risque de pourfendre quelques
crânes passants et de fragiliser l'escabeau lâchant un mousqueton.
Une hanche qui craque, un boulon en
pétage de câble au beau milieu des clous ?
Quelque chose de déboulonné
vadrouille quelque part, loin surement, un truc qui flotte peut-être
déjà trop loin, une breloque qui branlicotte. Mais j'ai pas les
côtes, ni la moindre idée du diamètre, je le vois bien gros cet
écrou à peine oxydé.. un putain de camion surement.. un bus .. ah
merde, la ligne 91 avec les vibrations des pavés pour une carlingue
de la ratp c'est risqué. Mais les pavés ne sont plus là, ils sont
nappés par le pétrole, enrobés sur panam.
Peut-être une scène de ménage, elle
dévisse. Elle lui jette tout ce qu'elle trouve sous la paume, sa
caisse à outils, parce que lui est une belle ordure, elle s'en
doutait un peu. Il ne resterais que ça de la caisse jetée, ce gros
boulon lourd que l'aspirateur municipale n'a pas pu aspirer ? Ou peut
être c'est lui qui a jeté sa collection dépotbrico, parce que elle
qu'il aime vient de se barrer, ou n'est déjà plus là.
Dur, la vie est une jungle, fait chier
ce boulon, j'vais rater mes trains avec cet écrou sans côte. Je ne
sais pas si je le pousse du pieds vers le caniveau ou si je le
récupère pour l'exposer, ou le montrer à d'autres. Il est dodu et
beau, mais qu'est ce que je vais en faire ? Il a surement dû rouler
comme une petite boule en mode octogo pour venir faire le Beatles là
d'entre les clous.
Merde, mes trains... eh c'est peut être
un boulon ferroviaire flottant, expulsé par la crémaillère d'une
loco au dessus de ces putains d'immeubles pas beaux que même une
antenne magnétique de terrasse n'a pas réussie à choper.
Il faut vraiment que je dévisse mon
casque avant de perdre le pas, il est encré là, à diffuser son son
depuis que je tournoie autour du boulon, j'en pète un ou pas ? Peut
être je devrais revenir demain matin pour voir si l'écrou a résisté
au trafic, s'il subsiste ou si une roue bien vissée ne l'a pas
envoyé bouler sur d'autres clous.
Je pense à lui, le beau boulon sans
côte, comme une capucine figée dans les énergies fossiles. Dans
mon casque, Kevin Ayers cherche un dédale pour se faufiler à
travers les méandres de mes anxiétés. Il revient des Baléares, un
retour à Londres avec plein de chansons juste pour lui, pour les
mettre en boite au studio Abbey Road.. tout près des clous
mythiques. Syd Barrett n'est pas loin, un singer-songwriter
déboulonné, du folk dépouillé, désorganisé, avec un boulon en
moins.
En partance du Wilde Flowers, lâchant
le Soft Machine, d'une légère allure déboulonnée, « Joy of
a Toy » défile en boucle dans mes oreilles, comme un truc qui
tourne pas rond, et que c'est pour ça que c'est aussi bon, du moins
là, maintenant, à enjamber pour la énième fois ce lourd écrou à
peine rouillé, échoué sur une artère, comme un disque « Harvest »
jaune et vert en plein milieu d'un promontoire bitumé.
Improbable crooner pop, invisible,
poétique, psychédélique, bon et déboulonné.
Une fois n'est pas coutume, un petit
billet technique pour vous parler de mon désarroi. Tous mes liens
voisins ont disparu. Ce n'est pas un geste d'humeur de ma part, une
volonté de faire le vide, du jour au lendemain les gadgets « ça
se passe à côté » se sont volatilisés, chffuitt plus rien,
seul au monde.
Impossible non plus, de les recréer un
à un, le gadget « lien » et qq autres aussi me sont
interdits, invisible après « enregistrement ». Alors que
d'autres subsistent.
Voilà, j'ai beau être un mauvais
élève en comm, je vois pas l'intérêt d'utiliser mes pages sans
vous à mes côtés. Ya t-il un pro qqpart ?? moi je nage, un à qui c'est déjà
arrivé ??
Mes buis pètent le feu, loin d'être
cuit à l'ombre des cèdres bleus qui peut être les protègent des
regards jaloux, des parasites menaçant, des articles qui alarment.
C'est joli un buis, j'y tiens beaucoup, et à peine je coiffe ses
petites feuilles grasses vert-bouteille qui narguent les parcs et les
haies taillées. Personne ne doit savoir que mes trois boules de
buxus à l'ombre des cupres resplendissent. Même pas peur mes buis.
Feu! Chatterton, Jeanne Cherhal en
bonus nous content le nanard 79. Son album à lui vient de
réapparaitre rajeunit, le grand « Pouvoirs » avec des
paroles comme à dire aujourd'hui. Et puis c'est Nanard, comme un
buis beau qui résiste aux rumeurs, aux buzz et autres saloperies
depuis quelques décennies.
« La peur c'est le chantage du
pouvoir ».
Bernard Lavilliers 1979 « Pouvoirs »
label : barclay
Une autre folk, une autre lumière,
plus fraîche, plus automnale, impressionniste, celle qui baisse aux
jours qui tombent.
C'est son deuxième album à lui,
depuis sa séparation d'avec Joy Williams, sa compagne avec qui il
formait le duo The Civil War.
Même sans elle, il a gardé la
délicatesse, l'écriture bleu clair comme le ciel de la pochette, un
ciel cobalt que l'automne va faire adorer, puis regretter jusqu'à le
supplier pour qu'il ne ne disparaisse pas avec le mercure en berne.
Séparés comme le couple
artistiquement proche Angus & Julia Stone, c'est avec des allures
de Piers Faccini que John Paul White continue son chemin folk doux,
même s'il s'encanaille un peu sur « Fight for you » ou
se fait racoleur sur « Hope I die ». Mielleux, doux,
langoureux, extrêmement lumineux comme Minor Majority, ou Spain, JPW
va surement passer l'automne à nous ouater le moral.
John Paul White 2016 « Beulah »
label : single lock
Je me souviens très bien de Benjamin
Clémentine déboulant de Londres avec son génie musical et quelques
Ep dans la sacoche, ses chansons parfaites, son premier disque
fulgurant.
Tel Clémentine, Salami débarque avec
un album exquis son premier aussi, du folk pop bourré de plein de
belles choses, une folie pure hyper contrôlée, un étourdissant
manège boisé comme les débuts de Devendra Banhart, comme un
songwriter touché par la grâce.
Pas interdit que cet objet musical
d'une rare intelligence viennent bousculer au plus près des pôles
positions tous les meilleurs albums de cette année qui part vers sa
lumière la plus mélancolique.
L . A Salami 2016 « Dancing with
bad grammar » label : sunday best / camouflage