mercredi 12 novembre 2014

Sylvie Simmons



 
Le gris sylvestre s'est rougit de fougères bronzes et la brume s'est dorée. Elle est anglaise aussi, mais de racine seulement, sa vie est outre-Atlantique, journaliste musicale. A force d'avoir côtoyer Neil Young, Léonard Cohen pour en avoir écrit la biographie, Sylvie Simmons a dû être contaminée par l'onde folk..prendre un peu de radiation solaire. Le dernier interview de Johnny Cash six mois avant sa disparition, c'était elle.

C'est hors du temps, très beau, elle sort un album boisé avec Howe Gelb à la gérance.
Vashti Buyman, Linda Perhacs, Karen Dalton.. je dépose Sylvie Simmons à leurs côtés.
Le folk se joue au ukulélé avec une voix qui rappelle Marianne Faithfull jeune.
C'est une belle nouveauté de chez Light in the attic, le grand pourfendeur des résurrections, qui s'attelle à cette nouveauté folk.


Sylvie Simmons 2014 « Sylvie » label : light in the attic





lundi 10 novembre 2014

Jon Allen



Le folk épure revient comme une crue dodue au gros débit doux, un ruisseau puissant qui charrie le limon des collines et irrigue la forêt la plus épaisse.
La recette est idéale, mélodies, voix, accords avec des arrangements pop. Et on peut inverser pop et folk. C'est très simple, efficace, beau comme ce ruisseau de n'importe quel continent, qui coule et dévale les vallées country. Impossible de savoir si nous sommes à l'orée du jour, ou à sa chute.
Et puis la soul surgit comme un rayon solaire qui pénètre la brume végétale (« Get what's mind »).

 
Je pense à Gene Clark, Eagles, Van Morrisson, aux balades de Bob Seger, Xavier Rudd, Terry Calier même.. et pourtant, Jon Allen est anglais, et la rivière qui glisse dans la forêt est britannique. De la pop, country, folk, soul.. un disque parfait.
 

Laissez vous aller, je vous promets que ce disque est une bouffé d'air, claire et limpide.
A l'écoute de « Falling back », je suis capable de partir quelques nuits à humer les parfums d'escampettes, même si elles ne durent que quelques minutes. J'ai ce qu'il faut en bas de chez moi, la forêt détrempée, la casque, de ballade en balade et « Deep river » de Jon Allen.

Jon Allen « Deep river » label : monologue records




dimanche 9 novembre 2014

Laetitia Sadier



L'écoute du troisième album de Laetitia Sadier me renvoie vers les mondes pop de Broadcast, Pram, Holden, Movietone avec des ondes désuètes de Bertrand Burgalat et le timbre de Jeanne Balibar, puis logiquement vers Stereolab son ancien groupe.

 
Avec cette écriture, ce son, ces idées talentueuses, cette assurance d'un grand disque de qualité, il ne faudrait pas qu'elle reste dans l'ombre et les remugles de son CV artistique. Son identité s'impose, sa carrière solo est affirmée. « Something shine » est un album pertinent, juste, exactement au bon endroit d'une crique sans soleil, d'une mer sans horizon, d'un visage flou avec cette musique extraordinaire de pop vintage, jazzy, du 70's soft et tendrement psychédélique, presque une rêverie. Synthé retro, dissonances, basse Gainsbourg, couleur d'automne pastel, ondulations, « Something shines » est une belle évasion grisâtre, une flânerie musicale attachante.
« Then i will love you again » un sommet.


Laetitia Sadier 2014 « Something shines » label : drag city



jeudi 6 novembre 2014

Papa M



Ma petite route de campagne se néglige, je roule sur des houppes d'herbes sauvages en plein bitume abîmé, des bosses et des nids, c'est mon trajet édénique du jour qui décline.

Juste à gauche de ma tempe, la lune basse répand sa lueur d'ocre mou sur les miroirs meubles des fossés goulus. C'est un endroit sans réverbère ni luminaire, c'est en plein milieu d'une terre grasse gorgée de pluie, de reflets d'automne, des restes de maïs, des flaques, des ravines aux allures de vieux folk.
L'eden du soir c'est cette lune crayeuse léchant l'horizon, bavant sur le capillaire départemental, le trajet s'allonge, Papa M s'est coiffé du bonnet Bonnie Prince, c'est un grand disque de blues plombé, de balades sombres et acoustiques, c'est une virée dans ma campagne sans fioriture.


Puisque nous sommes à observer Neil d'en bas, Papa M de Slint et de Tortoise, a gratté la lune sous les cieux d'un folk ensorcelé, venimeux, toxique, terriblement génétique...un folk lunaire il y a quelques années, perdu sur le pétrole étalé et granuleux des lacets de plaines, aux entrailles desquels viennent perdurer des mèches d'herbes sauvages.

« Whatever mortal » est un disque perdu, comme une pleine lune qu'on ne regarde pas. Cet opus est dans mon crane depuis sa sortie 2001.. Will Oldham et Tara Jane O'Neil sont invités. David Pajo est le cerveau. Ma plaine resplendit de cette pastille blanche, et la bande son de cet itinéraire c'est « Whatever Mortal » de Papa M.
« Over Jordan » et « The unquiet grave » sont des pépites folk paradisiaques à se perdre sur les sentes goudronné d'une campagne perdue.

Papa M 2001 'Whatever mortal » label : domino



mercredi 5 novembre 2014

Neil Young 2014



 
Malgré les paroles affligeantes, j'aime énormément « A man needs a maid » sur « Harvest ». Du coup, ce petit miracle est un pur bonheur. Neil Young avec un orchestre, comme la récente virée symphonique de Peter Gabriel, et on touche au sublime, une beauté absolue, aussi bien orchestrée que pour les versions solo, parce qu'en plus, l'émotion des chansons est à tomber.
Neil Young est en roue libre, bavard, s'essaye à tout et atteint un nouveau sommet.

 
Je vogue en pleine symphonie, à la dérive tout en sachant où je vais, et comme pour JL Murat, je ne suis pas plus étonné que ça, qu'un monument nous tombe dessus cette année, increvables et inégalables. C'est du domaine du biologique, des saisons, j'aime cette idée du cyclique inéluctable, des équinoxes discographiques, un album par an avec du talent. Mais comment au bout de tant d'années, trouver encore et encore des nouvelles compositions, sublimer à nouveau l'écriture, l'impression que tout est fait déjà..et pourtant ce disque là est un miracle. Pas de place pour les réticents, ceux qui ne vont pas aimer Neil Young et son orchestre, il y a un deuxième album avec uniquement lui qui passe du piano à la gratte, seul, une autre lumière, la même beauté.

Il va falloir trouver des mots pour cet opus fleuve, ancestralement séminale.
Murat / Young..de quoi passer l'hiver au chaud.


Neil Young 2014 « Storytone » label : reprise



Dev, tu voulais des chansons avec symphonie, Neil l'a fait, un plein album, rien à jeter, tout à prendre.

lundi 3 novembre 2014

Wings 1975



Je profite de ce lundi sans soleil pour me répandre un peu sur quelques infos Macca. Et puis il faut bien le dire, le séminaire JSF des cinglés de skeuds me manque. Qui d'autre, et quoi d'autre pour justifier de ma part quelques divulgations sur Paul ?

 
Voilà, nous sommes le 3 novembre 2014 et sortent aujourd'hui, dans la lignée des rééditions de ses albums, et faisant suite à l'hémorragie de résurrections depuis la Box Beatles 2009, « Wings at the speed of sound » et « Venus and Mars » dont j'ai déjà parlé ici.


Les média d'alors avaient reproché à Paul une certaine dictature au sein des Wings. Entre parenthèse, quoi de plus naturel.. Denny Laine & Co, c'est pas Lennon& Harrisson.

Ceci dit, après quelques opus monumentaux et le boulot fait pour la reconversion libre du Beatle, il décide de produire un album de groupe et on retrouve Denny Laine au chant, ainsi que Linda, Jimmy McCullogh et Joe English. Une nouvelle fois, le disque est propulsé aux premières places des charts. Les médias, les mêmes, lui reprochent la dispersion, de ne pas avoir assez maîtrisé l'opus par lui-même. Et pour une fois, je suis d'accord avec la critique. Je n'ai jamais eu d'admiration particulière pour les voix de Joe, Jimmy et Denny. C'est même carrément limite. Et pourtant les chansons sont particulièrement séduisantes et mélodieuses. Qu'à cela ne tienne, cela ne se reproduira plus.

 
Nous sommes alors au mi-temps des 70's, le plus gros est passé pour les Wings, cet album « secondaire » dans la discographie est un magnifique petit objet recroquevillé, avec une certaine couleur attachante. « Secondaire » dans l'ensemble, car à la première place de chacune des faces, il y a deux de ses plus gros hits. Les imparables « Let'em in » et « Silly love songs ». Juste quelques airs à siffler partout, n'importe quand, indélébiles à flâner du matin au soir.

Il ne reste plus beaucoup d'albums à sortir avant que Paul prenne sont définitif envol solo. « Wings at the speed of sound » est une pièce tout à fait charmante, une récréation de haute qualité, facile avec du gros matériel d'écriture, comme d'hab.

Allez les p'tits gars... vous auriez mis quoi comme thème pour la sortie d'un tel album ?

Juste, pour calmer les vannes et les acharnements de mauvaises foi, à propos de la dernière plage de cet album « Warm and beautiful », Elvis Costello aura avoué qu'elle est une des plus belles chansons d'amour jamais composées.
Dans le CD bonus, il y a une version John Bonham de « Beware my love ».. sublime rock travaillé, tendu au bord de la rupture, mais avec le contrôle nécessaire pour en faire un jam diabolique et langoureux.

Wings 1976 « Wings at the speed of sound » label : universal/mpl
 
 

samedi 1 novembre 2014

Scott Walker & Sunn o)))



Sunn o))) est aussi aller farfouiller la terre. Ce Goth lourd vrombissant a creusé le limon pour rencontrer l'histoire, venir percuter Scott Walker.
Les amateurs respectifs vont se hérisser.. ou adorer.. un peu comme si, en surface de la croute terrestre, Lou Reed allait chanter avec Metallica.

 
Faut-il ne pas être fan des deux tètes du monstre pour apprécier cette collaboration ?
Je les écoute régulièrement pour des raisons différentes, la rencontre me fascine, c'est une curiosité rare et improbable, c'est puissant, grave, une véritable sorcellerie musicale.. tiens David Bowie pourrait aussi aller chanter au sein de Swans, ou David Sylvian collaborer avec Boris...
Y a t-il osmose entre les deux mondes, le timbre se marie t-il avec les accords lourds, comme un romantisme métallique, la menace est t-elle embellie par le chant terriblement humain ?

« Brando »..sublime comme un Crimson d'opéra ravagé par un drone métal... chef d'œuvre.

 
C'est un choc de deux générations, de deux mondes artistiques contraires, c'est une curiosité, une expérience à ne pas manquer.

Scott Walker & Sunn o))) 2014 « Soused » label : 4AD


Dominique A 2026

  Tranquillement l'évidence. Un sentiment de grande facilité, la maîtrise travaillée et plein de doutes chassés. C'est surtout cet...