dimanche 6 janvier 2013

Allen Toussaint



Une planète est née aux premiers jours du siècle dernier, le Jazz, Ferdinand Jelly Roll Morton le clamait haut et fort. La nouvelle Orleans, le berceau, la terre féconde d'une vie culturelle qui continue à balancer.
La Nouvelle Orleans, c'est aussi le berceau d'Allen Toussaint, pianiste, chanteur, compositeur, arrangeur... C'est avec une flopée d'amis et d'invités qu'il reprend des standards du cru.
Duke Ellington, Thelonious Monk, Django Reinhardt, Sidney Bechet... Marc Ribot à la guitare, trompette Payton, clarinet Byron..et Allen Toussaint au piano. Du blues classieux en jazz lumineux, Eddy chantait « hier encore j'avais deux amis ».
Le vent au point mort laisse le gris brouillard s'emparer du temps et de nos tempes. Intemporel, lutter contre l'humidité ambiante, de la clarté, un label ensoleillé (Nonesuch), Joe Henry aux manettes, strictement acoustique.
Je ne sais plus où je suis, je ne sais même plus quel temps il fait dehors, mon Glenlivet décante, la cheminée agonise, la lumière sent la frangipane. On va laisser mourir ce dimanche trop lourd.

Allen Toussaint 2009 « The Bright Mississippi » label : nonesuch
http://allentoussaint.com/
http://www.nonesuch.com/artists/allen-toussaint




samedi 5 janvier 2013

Recul : les 5 de l'année





Bilan 2012


5 albums par ici:
Dominique A « vers les lueurs »
Nicolas Comment / Xavier Waetcher « retrouvailles »
Alexis HK « le dernier présent »
Lou Doilon « places »
Benjamin Biolay « vengeance »


10 pilliers :
Neil Young « psychedelic pill »
Jethro Tull « Thick as a brick 2 »
Nits « malpensa »
Dr John « locked down »
Bob Dylan « tempest »
Patti Smith « banga »
Leonard Cohen « old ideas »
Joe Bonamassa « driving towards the daylight »
Tindersticks « the something rain »
Rich Robinson « through a crooked sun »


10 indépendants:
Rover « rover »
Mark Lanegan « blues funeral »
Bill Fay « life is people »
Swans « seer »
Godspeed you! Black emperor « allelujah don't bend ascend »
Gravenhurst « the ghost in delight »
Mount Eerie « ocean roar / clear moon »
Band of holy joy « how to kill a butterfly »
Michael Kiwanuka « home again »
Alt-j « an awesome wave »


10 instrumentaux:
Hildur Gudnadottir « leyfou ljosinu »
Fabio Orsi « the new year is over »
Greg Haines « moments eluding »
Machinefabriek « colour tones/stroomtoon/secret photographs/lichtung/deep fried..) (7 albums en 2012)
Valgeir Sigurdsson « architecture of loss »
Raime « quater turns over a living line »
Brian Eno « lux »
Nils Frahm « screws/stare »
Edvin Aarset « dream logic »
Fennesz « on invisible pause / aun »

vendredi 4 janvier 2013

Alt-j





.A force de voir des pochettes un peu partout, on finit par glisser dessus et laisser le buzz en surface. Les bilans dithyrambiques de fin d’année m’ont quand même poussé à découvrir l’album d’Alt-j et entrer dans cette pochette merveilleusement minérale. Je signe à mon tour, je m’ajoute et m’aligne au flot.
Je n’ai pas pu résister à cette circonvolution colorée. Le nuancier explose, la palette est grande ouverte et l’arc-en-ciel éventré. Tout est flamboyant et de la sève féconde dégouline de ce miracle pop. Un raffinement sonore, des idées lumineuses fourmillent de ce patchwork mordoré. Les mélodies ciselées épousent une voix libre. Les références pleuvent et cette pyrotechnie de notes nous emmène sur les terres folles de Flotation Toy Warning, Patrick Watson, Get Well Soon, vers une expérimentation luxuriante et sucrée. A l’écoute de « An awesome wave » je pense immédiatement à la folie douce de Beautiful South, ce merveilleux groupe anglais qui nous a offert de poignantes chansons pop dans les 90’s.
La mélancolie est à peine effleurée, la joie suggérée et les sens se bousculent. Et si l’intelligence de l’écriture demeure, c’est au sein des nervures biologiques et des connections minérales multicolores. Dichotomie de tissu cérébrale dévoilant la quintessence ou photo satellite d’un fleuve qui pénètre dans les terres, l’album d’Atl-j flotte quelque part entre le divinement petit et l’infiniment grand. Véritable richesse libre, défouloir pop.
Pour l’occasion des prix décernés, « An awesome wave » est réédité ces jours-ci avec un DVD ajoutant à la magie, une heure d’interview et d’images bariolées.

Alt-j 2012 « An awesome wave » label : infectious
http://soundcloud.com/alt-j/sets/an-awesome-wave/
http://altjband.com/




jeudi 3 janvier 2013

Grand jeu sans frontière V



C'est reparti, 4 sessions par an, la première gronde et se prépare.. la liste est prète, mais les candidatures restent ouvertes pour quelques jours encore. N'hésitez pas à venir. Laissez un commentaire chez Jimmy ou ici, je lui transmettrai.
Je vous laisse avec lui :

En admettant que les Mayas se soient fourvoyés, nous pourrions peut-être envisager de remettre le couvert pour une 5ème édition du Grand Jeu Sans Frontières Des Blogueurs Mangeurs De Disques. Les folies débuteront le lundi 21 janvier pour s'achever en apothéose le samedi 2 février (avec un post tous les deux jours). Cette fois-ci, c'est notre ami VincenD (alias Charlu) qui nous a concocté les sujets (y'en a des fastoches et d'autres qui devraient vous offrir de chouettes nuits blanches !). Les inscriptions sont ouvertes à l'adresse habituelle. Je vous attends nombreux et enthousiastes !

dimanche 30 décembre 2012

"E la neve va" (29 décembre 2012 )


 
J'arrive et m'assois sur mon galopin XXL, j'ai le pas ankylosé, une envie de brèves grasses de zinc crade, de mots qui dégoulinent. Le tabouret migraineux me faisait de l'œil, somnambule à baver la pompe à mousses. J'ai la cogite ourlée, la gorge qui descend des Monts d’Or. La musique de fond n'est pas adéquat, allergisante, comme ma respiration, cette ruelle de neige fondue. Le barman n'est pas un mélomane des comptoirs, ni un fan de Tarantino, quel idiot de ne pas trouver la bande-son de ses fûts. Enrhumé de la tourbe, ignare de l'accordéon, peigne-cul de l'âme celte. Le son chaud des cuves de cuivre en ébullition aurait dû injecter.
 
Je reste quand même et je me dis que si j'avais un rade comme celui-là, j'y accrocherais mes toiles, celles qui ne sont pas encore faites. Ce vieil homme fidèle près du tiroir caisse prend une Carolus brune avant la pinte de Bittburger, comme pour se rincer, se laver avant de rentrer, effacer la moindre trace de plaisir. Nom d'un chien la pluie accélère les pas des passants, et ces deux ados qui combinent le vide de leurs mots avec le haut brouhaha qui bourdonne. J'aime plus que tout les averses, les refuges, la pause. Même les fleurs se ferment sous la pluie. « Combien de roses avortent avant d'avoir parfumé » ?
 
Merde, ils disent tous que c'est bientôt la fin du bal, on n’est pas encore le 21. Et puis j'ai pas fini mon bock, y’a pas la presse, y'a pas eu le temps que tu me donnes des nouvelles de moi.
Le drone de bistrot capitonne et les verres accrochés en haut du zinc me regardent avec leurs petits yeux de chauve-souris. La lumière plonge, et le plongeur me scrute comme si j'étais un chevalier moderne dégringolant de la Gaieté. Il voit mes paupières orties, mes inondations de silice, la mansuétude de mes mansardes crâniennes.
Ma tulipe Duvel garde la trace des strates de mousse, comme les rondins de troncs, chaque année bue est un cercle d'une gorgée affichée. Galbe de verre à la gorge d'écume, la marée est basse et je suis assoiffé de peau, de marécages, de cœur trempé et de toison pataquès.
Marcel Kanche, Philippe Léotard ou Allain Leprest, random de ma pochette à CD, seul je me manque. Ces mecs sont là pour me rappeler à moi. La solitude rend égoïste.
Juste en face, les chambres de l’hôtel vacillent, des corps dansent au dessus d’un lavabo, il pleut et c’est le commerce de l’eau. La vitre embuée et codée dévoile la besogne putassassière, et l’anthracite toxique s’empare des âmes. Des remugles de pissotières jaillissent des fournaises. Je lape ma dernière lampée de levure houblonnée, j’ai un point rouge sur le fond de l’œil, une lumière qui clignote, je suis sur la réserve..il faut que je rentre.



samedi 29 décembre 2012

Rory Gallagher 90



« Fresh evidence » est ma pièce fétiche de Rory Gallagher pour plusieurs de raisons. Mais avant toute chose, il faut rectifier un détail, la pochette de la réédition n'est pas celle d'origine, le vinyle montre un vrai visage, à l'époque où il enregistre son dernier album studio. La photo du cd réédité en 1998 est anachronique. En 1990, les abus commence à se lire dans son regard, mais colle à merveille avec la texture du disque et le contexte. « Fresh evidence » arrive comme une urgence, une survie. Un silence discographique (un seul album depuis 82) laisse Gallagher seul avec ses démons depuis des années, l'alcool et les médocs. En 1990 la main tendue par son frère Donald le propulsera à nouveau sur scène avec cet album qu'il trainera jusqu'en 95.
Un immense cru 1990 de blues boisé, cuivré, tourbé se dessine comme un aboutissement. Un cliché de studio vieilli, une insolence guitaristique qui culmine sur « Middle name » et « Heaven's gate ». Un accordéon et un harmonica souffle un air chaleureux et pas moins de neuf musiciens sont derrière Rory qui lui use de Dulcimer, Mandoline, de Sitar et de ses riffs torrides habituels. Trempé, lourd et imbibé, rock appuyé, blues infernal, j'écoute « The loop» et me dit qu'il a une patate d'enfer pouvant sur un solo, rétrograder Stevie Ray Vaughan... et je repense à la politesse d'Hendrix. Ça doit être bon d'être le meilleur guitariste du monde .. C'est à Rory qu'il aurait fallu demander ça.
Si son jeu de guitare nous dévore la carotide, la basse de Gerry McAvoy nous bouffe le bide (écoutez la démarrer sur « Middle name »). Rock jusqu'au bout, l'album vient s'écraser sur le bouillant « Walkin' wounded » et le mélancolique « Slumming angel ». Une canaille avec des ailes d'ange.. dernière chanson discographique de Rory Gallagher. Un adieu.
Je garde les deux inédits de la version cd (extraodinaire « Bowed not broken »), mais reviens sur la pochette du vinyle, indissociable des chansons de « Fresh evidence ».


Rory Gallagher 1990 « Fresh evidence » label : capo/RCA
http://www.rorygallagher.com/
http://cradle-rock.blogspot.fr/ (blog de Gallagher pour les fans mélomanes d'ici)










Dominique A 2026

  Tranquillement l'évidence. Un sentiment de grande facilité, la maîtrise travaillée et plein de doutes chassés. C'est surtout cet...