jeudi 30 octobre 2014

Blues Pills



Ton vernis taupe me rend dingue, c'est ce qui te définit ma belle. Combien de temps ne m'as tu pas palpée, pressée le cerveau du bout du doigt ? Ton phanère limé me brûle en dedans, autant que ton indifférence, combien de temps ?
J'ai encore la griffure de ton vernis taupe saupoudré de gingembre, combien de fois il faudra que je te dise de fouiller la terre, que ton museau aille me fouiner la motte ?
Un jour, je te couperai un doigt et je te garderai en moi, ne mets plus de vernis taupe ou je prends les ciseaux.. te garder enfouie, muse suppositoire, viens me chatouiller la gorge auriculaire. Combien de temps ne t'es tu pas faufilée ?
Je suis seul avec mon ampoule sans lumière.
 
Blues Pills 2014 "Blues Pills" label : nuclear blast
 
Imaginez Le Zep d'époque avec Janis à la place de Robert... ou alors Page/Jones avec Beth Hart maintenant....
 avec des remugles de Fleetwood Mac période Green.

mardi 28 octobre 2014

Maja Ratkje 2002



Il faut pénétrer dans sa chambre pour prendre en pleine gorge cet album guttural, respirer la déflagration et l’orgasme des vocalises de Maja Ratkje.

La plupart du temps, la voix longe les partitions, corde instrumentale à part entière, intégrée. Ici, elle est absolue, ce jeu d'organe fou construit un monde expérimental, un paysage transposé là, dans le souterrain minéral des bruits d'outre-tombe.
Nous sommes sous le niveau zéro, à adsorber le cri chanté découpé et mis en boucle de cette belle créature. C’est le monde des insectes qui grouille, élucubrations vocales d'Ummagumma en racine. Pas question de décoller, juste s’enliser dans le fourmillement hurlé des microscopies calciques.
Quelques années que je me plonge ainsi dans le limon de la norvégienne, il fallait que je vous dise l’expérience, la folie artistique d'un Elfe acoustique, une séduisante virée labyrinthique sonore juste en dessous des racines, dans des galeries phréatiques.

C’est son plus bel album je pense, le plus personnel, une Haino Keiji d'un autre continent, avec la douceur en plus.  Elle a ensuite approfondi avec le duo Fe-mail, et œuvré au sein de Spunk un groupe du même label. Appuyée par les manipulations de Otomo Yoshihide et Lasse Marhaug, la voix unique de Maja est captée du murmure au cri, dans un ascenseur, sur un toit, là où la résonnance et l'écho embélissent.
En attendant, laissez-vous happer par les chant diaboliques de chambre minérale de Maja.

Maja Ratkje 2002 « Voice » label : Rune Grammofon


 
 

dimanche 26 octobre 2014

Richard Skelton 2014



 
Ce lopin en jachère se jaunit en feinte, la chaleur de l'automne a fait naître un colza d'octobre, comme une séance d'UV pour les yeux, un petit clin d'œil pour brouiller l'hiver. Stoppé net il ne montera pas plus haut, non pas à cause du froid qui risque d'arriver, mais du jour qui baisse. Pas assez de lumière pour bander.

 
La moiteur tropicale rend nos forêts irrespirables, l'humidité est à son comble, que font encore tous ces insectes à chercher mon haleines ? Des effluves de moisissures me brûlent les sinus, l'eau est saumâtre, la boue amoureuse, la chlorophylle ne veut rien lâcher, je suffoque.
Un asthme lymphatique engourdit mes artères, je n'avance plus, je suis au milieu de nulle part, perdu.
 
Les troncs s'alignent comme une armée, je suis cerné et devient de plus en plus petit au milieu de cette grille d'écorces détrempées. Je m'éloigne de la canopée, je m'enfonce, je fouille les archives de Richard Skelton, il injecte à mon cerveau cette communion avec la fougère grasse que je n'ai pas eu depuis quelques temps. Mon cerveau se rouille, mes bogues hibernent sur la sente garrottée. Je foule et écoute, je fouille et tourneboule mon sang tourbé pour prendre l'onde sonore. Là, ici, aux alentours de la clairière sans y pénétrer, je respire le son vierge étuve du macrocosme automnal boisé.

Richard Skelton 2014 « Form themselves into streams » label : corbel stone press

 

samedi 25 octobre 2014

Moodymann



« Silentintroduction » était une véritable référence de la house de Chicago, avec l'auberge précurseur Planet E. Derrière ce projet sonore à samples, Moodymann construit des morceaux collés entêtants, entrainant pour une petite soirée aux arrangements classieux. Il est un grand pourfendeur de la great black music, aussi ses albums de qualité peuvent aussi s'écouter comme un bruit de fond sensuel et chaleureux.

 
Exubérant et radical, Kenny Dixon Jr alias Moodymann, possède une discographie précieuse. C'est Peacefrog en 2004 qui distribuera le sublime « Black Mahogani ».
A découvrir le nouveau patchwork musical Mahogani vient juste de sortir.
Je suis encore sur le cru 2004, celui que je préfère, plus jazz, plus cinématographique, moins house et qui me semble le plus approprié pour un soir festif à bulles de fin de semaine.

 
Le jazz est métissé aux boucles et aux collages, aux machines et au glamour, c'est une magnifique soirée pleine de lumières qui monte et qui tourne. Moodymann est aux platines.

Moodymann 2004 « Black Mahogani » label : mahogani music / peacefrog



mercredi 22 octobre 2014

Marissa Nadler / Sharon Van Etten 2014




 
Une autre promo, deux albums pour une seule chronique… finalement, je trouve les associations opportunes et pertinentes, comme cette passion que je voue aux binômes artistiques des grands groupes...la liste est longue.

Deux pochettes grises, deux ciels noirs pour deux femmes superbes du continent américain. Ces deux filles artistiques underground ont débuté discrètement au fil des années en perçant langoureusement dans le brouhaha des bacs.
Leurs balades à la féminité blême sont appuyées par de superbes voix, comme des chants de plaines à racoler le perdu. Je ne sais plus où je suis.

J’ai déjà parlé de Marissa depuis qu’elle est apparue chez Eclipse records en 2004, et j’écoute en parallèle le nouvel album de Sharon Van Etten qui côtoie la même couleur de cendre paradisiaque depuis 2009. Sharon est habillée d’une fripe d’écorce escarbille, avec en plus la modernité sonore de quelques arrangements programmés.
Marissa, c’est toujours cet appel des lisières, la même onde forestière quand les fantômes osent poindre leur âmes brumeuses en plein jour.


Je suis au bras des deux filles, je reste accroché à leurs cordes de belles écritures et de voix envoûtantes. Je garde toujours cette petite préférence pour cette lingerie boisée que porte Marissa. Un lichen échevelé et mystique, cette Mazzy Star des bois profonds. Mais que fais t'elle en plein milieu de la nuit dans cette forêt ?

Deux filles, deux disques délicieux.. deux labels magiques.. deux beaux disques gris à respirer.

Marissa Nadler « July » label : sacred bones
Sharon Van Etten 2014 “Are we there” label : jagjaguwar




mardi 21 octobre 2014

Paul Heaton & Jacqui Abbott



Au rayon duo en ce moment, il y a la rencontre Lady Gaga et Tony Bennett. Autant on connait les performances du crooner jazz, autant pour la Lady, on avait pas cette vision d'une envergure vocale extraordinaire. Cette fille frôle l'insolence, son talent est sans limite et les fans ont bien de la chance de la suivre. Elle est la relève de pas mal de Divas, de Cher à Madonna (un débat intéressant à suivre ici ;D). Ce duo là, c'est du grand classique USA, jazz music hall de crooner et haute gorge.
 

Mais si je vous parle de celui-ci, c'est que j'ai un autre binôme artistique dans ma besace, outre Atlantique celui-là, beaucoup moins improbable, plus évident, il s'agit de Paul Heaton et Jacqui Abbott. Elle, c'est la deuxième voix des Beautiful South à partir de 1994, lui, c'est le cerveau et la voix du groupe. Cette entité britannique est révolu, c'est une retrouvailles. Malgré tout ça ne sonne pas très Anglais, et c'est hyper bon, comme un Bonamasa/Hart version pop.
Beautiful South était un groupe que j'affectionnais, au même titre que The Auteurs. Le timbre Heaton est particulier, c'est une grande joie de le retrouver sur une quinzaine de chansons impeccables. « Snowman »..un sommet.

Paul Heaton & Jacqui Abbott 2014 « What have we become » label : EMI




 
 
 
 

samedi 18 octobre 2014

Beach Boys 73



Il fallait bien que je m'y attende un jour, être parmi la liste du pourfendeur d'injustices artistiques. J'ai reçu un de ces soirs, une enveloppe, un billet manuscrit énigmatique déposé sous la porte de mon adresse IP, une provocation anonyme de prime abord, un challenge que je croyais insoluble allait me tomber dessus.

 
Le craft ocre croustillant qui enrobait le mot était accompagnée d'une carte de visite orangée et paraphée e-w. Au recto une photo trouble. Au verso, une grifouillade « The Best BB ? ».
La paranoïa était pendu à mon porte clés qui du coup hésitait à emmancher l'orifice de la serrure, mon cerveau vrillé crachait un film improbable comme un documentaire mal foutu, des tonnes d'images comme des indices, des questions et des mecs chelous en filature. Une fois écroulé sur ma lucidité acide, j'ai planché sur ces 3B avec dans la fosse à angoisse les fans des 2 Be 3..puis l'odeur de la marée au fond de l'enveloppe, ce ressac immobile à bulot qui m'embarquait vers le littoral.. 2B ? Benjamin Biolay, c'est pas un maritime, y'avait bien Brigitte Bardot appuyé fortement par les remugles de vieille marée basse du craft taché, mais la photo au recto, c'était un vieux cliché de surfeur sépia sur fond gris de mer mitigée.. j'ai tout de suite compris... tout a dévalé, l'Everett et ses obsessions.

 
Il s'agissait bien de trouver et de diffuser ce qu'il fallait que je crois deviner et qui serait être le meilleur album des Beach Boys.
Autant dire que je me trouvais alors devant une montagne de fromage de brebis à gravir au piolet.. quasiment comme une poule devant un pot de rillettes. Qu'à cela ne tienne, bulbeuse billevesée il fut décidé que je gravisse. Comment faire.. avec quel critère, une véritable série B que ce truc malsain.. et il a quand même fallu que je me bouffe de la plage au kilomètre..que j'en écoute des chœurs primesautiers, la mélodie ensablée et de la complaisance ice-cream outre-atlantique.

 
Donc, simulant une gueule de bois dantesque, je suis allé chez un vieux pote normand, l'homme grenouille gris du débarquement, le crapaud cendré qu'on l'appelait, là où les BB étaient venus tenter de lutter contre nos Beatles dans les 60's..lui savait, il avait vécu le débarquement et voulait rester vivre près d'Omaha Beach. C'était un homme brave, impartiale, je savais que je pouvais compter sur lui via la mer laiteuse et historique. Il surfait des heures pas loin de Caen, le Brice de Nice de la Manche collé à ses rouleaux comme la rombière à ses bigoudis. Illico, une dose de Glen de cowboy entre les mains, j'ai visité sa discothèque en tisant comme un anglais.. c'était pas gagné. J'ai tout écouté, on a discuté des lunes entières. Mais rien, jusqu'à ce qu'il sorte de sa maie encaustiquée, un vinyl improbable, juste après lui avoir prononcé « orange ». Un disque qu'on ne voit pas dans les bacs.. pas le truc qu'on réédite exprès pour donner du charbon au récalcitrants... comme moi. La troisième gueule de bois comme ma barbe journalière est arrivé quand le son est paru tellement bon que j'ai cru qu'il venait d'un autre groupe. « Fais voir la pochette » je lui ai demandé...
Merveilleuse pochette, trois nuits à écouter les garçons ensablés, une céphalée carabinée.. pourquoi ne pas avoir sorti celui là en premier ? Les bouton d'or et l'herbe verte était sur sa gueule innocente et enchantée.. « mais tu connais pas cet opus là ? ».. bah nan.. mais je comprends.. la pochette..le titre.. « Holland ».. leur drapeau orange, exactement l'étiquette obus Evrett avant qu'il ne l'enlève pour mieux brouiller les pistes..ça aussi c'est bien une preuve. Il fallait à tout pris que je prenne une douche.. trois jours à bavasser, à picoler..je sentais la biquette à plein nez.


 
Je l'avoue, ça marche, même si je tombe sur une récidive « The trader» horrible ou encore « California saga/California » ..mais bon, y'a plus des masses de vague on dirait, normal, là nous sommes au Pays Bas.. y'a même quelques slide Pink Floyd sur « Steamboat » et une sublime valse harmonica et pedal steel « .. Big sur ». Le disque sonne comme une bouteille à la mer qui ne franchira l'Atlantique difficilement..et Warner est en pétard.. « We got love » n'est pas assez « plage » alors en urgence, on travail pour trouver un hit qui n'en sera jamais un.. « Sail on, Sailor » arrive pour locomotiver l'opus dont personne ne croit, même pas les USA.

Bon, il faut dire, juste pour me rassurer moi, que nous sommes dans les 70's..ça change tout..qu'il y a du sang neuf (Chaplin et Tataar), et que Brian Wilson est sur le banc de touche..présent, mais ravagé en retrait, absent, ce qui laisse une grande liberté aux autres plagistes. Il a même un projet avorté qu'on voudra bien ajouter comme un bonus Ep à « Holland » qui ne ressemble à rien.. « Mount Vernon and Fairway ».
L'histoire, le contexte me vient après, Brice de Caen encore affublé de son moule bite en écailles de maquereau me dévoile tout et je commence à prendre du plaisir à l'écoute de « Holland », comme une menace depuis des années. « Leaving this town » passe superbement comme un Billy Joel, Al Stewart, Eagles ou Elton John .. refile moi du Glen.

Le disque se traine, pas bien placé aux chart.. A cette époque, Paul lui était bien loin des rivalités Pepper/biquette, il arrive aux sommets des ventes planétaires avec « Red rose speedway ». Le nouveau départ et le deuil de son groupe d'antan, celui qui a déglingué Wilson.

Il n'empêche.. un week end de trois jours, aidé de mon vieux pote salé comme un marin, de l'iode à perte de glotte, des bulots et du boulot, des rasades terribles de whisky anglais.. des débats, des accolades, un tas de disques entassés, sans leur pochette.. et cet album qui tourne en boucle .. j'avais compris la leçon.. et je suppose que l'anonyme e-w lit ses pages pour avoir oser me pourrir la platine ainsi.. Je me suis enfoncé dans le sable, j'ai la raie en toile émeri et le scrutum comme un oursin..j'ai souffert, j'ai failli me noyer et j'ai bu maintes tasses, mais j'ai trouvé.. le meilleur album BB .. c'est le cru 73 des Beach Boys « Holland »... c'est du moins le mien, celui qui passe, celui avec lequel on m'a mis sur la voie.
« Only with you ».. superbe.

 
Bon, même si c'est pas encore l'apothéose.. je le garde ce disque et le laisse à disposition, pour le cas où les grandes marées des Pays Bas me manqueraient à nouveau.

Evrett.. la saga californienne orange est top, mais ils sont loins de chez eux, Brian est calciné.. et au blind test, j'aurai perdu..
MERCI :D

Beach Boys 1973 « Holland » label : reprise/brothers



ps..mon dieu le site..on dirait une pub de courrier indésirable d'agence de voyage low cost.. :D

jeudi 16 octobre 2014

Simon Dalmais 2014



« Ting » commence comme « The fool on the hill », et je vois déjà quelques critiques annonçant « Before and after », le nouvel album de Simon Dalmais, comme une onde Beach Boys. Vous connaissez mon goût pour la surf'music des bergeries, et je suis émerveillé par les travaux de Simon depuis son apparition en 2011 avec le sublime « The songs remain ».
Je parlais alors d'Elliott Smith, mais aussi d'une pertinence McCartney et d'une patine Tellier.

 
C'est un magnifique objet qui sort ces jours-ci, une bande son d'une ballade romantique en pleine forêt automnale, des balades violons, piano, d'arbres sans feuilles, d'un méandre de rivière lézardant quelques collines grises et ocres. De la pop de chambre à effleurer uniquement en pleine campagne, lorsque les racines ne boivent plus, qu'il faut s'emmitoufler le col et fouler un manteau de feuilles encore juteuses. C'est un automne délicat, léger, bien foutu, un qui rend heureux. « Lord » comme un JP Nataf à danser sur les chemins innocents, « Along with my son » comme une errance moderne des Beta Band.. c'est un grand disque avec beaucoup de musiciens, de la crème post estivale à rêver.
« Before and after », l'instrumental éponyme, comme pour se taire devant un endroit mousseux que l'on découvre sous un pont en pierres, juste en dessous d'un ravin qui donne sur une petite clairière psychédélique verte et orangée.. à s'y perdre.

 
Simon Dalmais propose un album extraordinaire, bien loin des Beach Boys (à la limite, vu d'un port brumeux sur « The promise »)..la plage est à 10 jours de marche de sa lisière.. en attendant, en boucle sur le terreau, « Before and after ». Une promenade à jouir absolument.


Simon Dalmais 2014 «  Before & after » label : l'autre distribution/madamelune




lundi 13 octobre 2014

Murat & The Delano Orchestra



Quoi de mieux que du cousu main pour Jean-Louis Murat, des cuivres et du banjo. C'est la collision du grand poète des monts et du drapeau rock du label Kütü Folk.

Des lustres que j'entends chez Murat le JJ Cale, Neil Young hexagonale, avec ce que l'hexagone peut injecter en plus, le romantisme, la féminité, la mélancolie, le sexe, la terre grasse … « Babel » pour le coup, et le Crazy Horse vient se greffer, avec pour chevaux fous The Delano Orchestra. Un point de rencontre exact et cohérent...un derby, un jam poétique de voisinage.

 


Un double album, face A, face B, un flan nord, une face sud, une œuvre colossale à ralentir un blog, il me faut l'immersion, une vieille bagnole à arpenter les collines plissées, esseulées et brumeuses, mettre du temps à pénétrer chaque sente en profondeur, chaque senteur de mon antre. La musique qu'il me faut ? L'acte artistique parfait ?

« Grives... beauté.. ronces..vallée des merveilles...rhubarbe..vacher..foin.. vent de pluie qui asperge.. blues.. cygnes et chèvres...chagrin violette....neige.... ferme et passion.... genet et pissenlit...  le pays où il est né ».

Leurs trompettes font de lui le Calexico des Monts d'Or, la Maison Tellier en plein Sancy.

 
Je frissonne, il pleut gris automne et tiède.. la lumière est comme il faut, une vie de campagne ordinaire.. la mienne, en écoutant la sienne, la leur..juste un peu avant que les arbres se dénudent.. et je me demande pourquoi je lutte à ne plus vouloir peindre ma tour, le pays où je suis né.
« Babel » tombe ici, juste dans mon cerveau, dans mon paysage.. je me l'accapare comme j'avais l'intention de le faire, j'y ai songé et j'y sombre...


 
Je voudrais m'isoler loin pour approcher le bœuf musqué, comment vais je à nouveau me replonger dans le trafic avec sur les épaules, cette marée d'accords mineurs. Va falloir trainer la bouse de mes groles sur l'asphalte des grandes avenues, un peu des berges de la Voise, comme une trace de Dordogne dans les rues de Paname.
Peut être le temps s'arrête, c'est exactement comme je l'imaginais. Peut être que le temps va rester sur le gris Babel, sur l'anthracite paradis, le charbon de nos mitochondries.
J'appréhendais l'automne....plus maintenant.

 
Murat épouse le fumier de ma campagne plus que jamais, je suis The Delano Orchestra depuis la naissance du Kütu cousu main.. c'est une rencontre logique et improbable.
Un énième billet sur le Bergheaud de Murat, une nouvelle bande son de ma vie de campagne quand je suis ailleurs ou quand j'y reviens, tous les jours.



Murat & The Delano Orchestra 2014 « Babel »
label : scarlett/pias


samedi 11 octobre 2014

Thom Yorke 2014



Je suis resté fixé irréversiblement sur « Kid A », impossible de bouger autrement à travers leur carrière.
Puis j'ai sauté à pieds joints sur « Eraser » pour mieux rebondir et venir à nouveau me poser durablement sur « Tomorrow's modern boxes ».
Cet album prévisible est un voyage astral, une lévitation surréaliste et un glissement huileux sur la croûte céleste, juste en dessous la voûte terrestre.

On flotte dans la piscine cosmique anthracite avec une apesanteur fluo paradisiaque.
"Nose grows some"... un sommet de haute profondeur.


Thom Yorke 2014 « Tomorrow's modern boxes » label : TY self released

jeudi 9 octobre 2014

Slow Joe & the Ginger Accident



Wouarf le petit bijou coup de foudre qui me tombe dessus et me prend par le bras avec la fulgurance du talent de ce duo là. Cédric De La Chapelle rencontre Goa Joseph et le premier album de Slow Joe & the Ginger Accident nous pète à la gueule en 2011. N'importe quelle idée musicale de « Sunny side up » est une jubilation intraveineuse, une jolie pilule de joyeuseté hyper classe.

On tombe ainsi de temps en temps sur des crus exceptionnels, un tanin salaud qui nous prend toutes les glandes. Racoleur dans tous les sens du terme, ce Slow Joe là, c'est comme tomber amoureux au premier regard. Et c'est sur « Cover me over » que tout devient sérieux et palpable, que les corps se lâchent.
Orgue, synthé, airs sépia gominés, « Long long walk » comme un air du King gospel des caravanes.. tout est délicieux, comme quand la « Brunette blonde » monte sur la piste et que tout s'emballe sur des sonorités des Doors & The Coral. Les slow 60's à faire chialer ma grand mère sont racés et ça draguent sec sur l'estrade.

« Cover me over » justement, Slow Joe revient avec un nouvel album « Lost for love », plus sombre et sérieux, moins piste de dance, violon Calexico, grave et plus complexe, moins instinctif, mais tout aussi bon, avec cette sublime chanson, mais cette fois-ci en duo avec Yaël Naïm.

Cédric & Goa, ce binôme là fait des étincelles et Goa revient de loin :
« J'ai pris de la drogue très jeune. La première fois que j'ai fumé du haschich, j'avais 14 ans. Ça m'a tellement explosé la tête que je n'y ai plus touché pendant un an. Mais la deuxième fois, c'était un bon trip, et je suis devenu psychologiquement accro. Puis quelqu'un m'a fait essayer l'héroïne, la pire des drogues. Je vous le dis : si vous essayez l'héroïne, vous ne serez plus jamais la même personne. Quand on m'a envoyé dans un centre de désintoxication, je vivais dans la rue depuis douze ans. Avant de monter dans l'avion, j'ai pris ma dose de brown sugar. Au centre, pendant deux mois et demi, je me suis littéralement senti comme un poisson privé d'eau. Je ne pouvais pas marcher, on devait me porter, je ne pouvais même pas pisser tout seul. Mais tout finit bien : si je n'étais pas passé par tout ça, je n'aurais jamais rencontré Ginger et je ne serais pas là en train de vous parler. »

Ils sont passés logiquement chez Tôt ou tard..dont voici l'annonce :
« Slow Joe, né en 1943 à Bombay, a un talent musical inné, une voix de crooner cabossé et surtout une jeunesse d'esprit restée intacte. Cédric de la Chapelle, guitariste intrépide de la scène lyonnaise, fait sa connaissance en 2007 à Goa, l'aide à constituer un répertoire de chansons inédites, s'emploie à lui former un groupe sur mesure (The Ginger Accident), produit son premier album (Sunny Side Up), dont l'accueil est unanimement élogieux et ce second opus "Lost for Love" rendant compte d'une éclatante évolution »
La pochette, on dirait un Léon Redbone cinglé de Dr John. Slow Joe à nouveau.
J'ai une préférence pour la bouteille 2011, en croyant écouter un vieux cowboy sortant du saloon pour aller droit vers ce cabaret acoustique aux vapeurs poussiéreuses mais bourrées d'idées originales quasiment bristish.
C'est un duo Franco-indien, et c'est vachement bon.



Slow Joe & the Ginger Accident 2011 « Sunny side up » label : EMI
Slow joe & the Ginger Accident 2014 «  Lost for love » label : tôt ou tard






mercredi 8 octobre 2014

Lucinda Williams



« Compassion » m'a écorché. La griffure qui garde au cœur l'émotion d'un album. Juste un ongle qui perfore le thorax avec émotion.
La suite est classique, carrosserie qui brille, solo de tiags poussiéreux, vitesse visqueuse et spacieuse, grande tradition américaine de bitume pour laquelle on est en droit d'avoir un maximum de compassion.

La Marianne outre-atlantique ? Ou la meuff de Tony Joe White ? (« West Memphis »? « Foolishness », "Everything but the truth"....).


Lucinda Williams 2014 « Down where the spirit meets the bone »
label : highway 20 records




lundi 6 octobre 2014

Marianne et Robert




Tu préfères ton père ou ta mère ?? je suis aux pieds de monuments, devant maman et papa, comment rester crédible dans la « critique » ?
Le dubitatif se répand sur l'échelle des chairs de poule, tantôt oui, tantôt non, la désobéissance, puis le moment où il faut bien avouer, débattre ou pas.

 
Je suis venu voir Robert sous des cieux d'humeur maussade, une précipitation aigrie sans envie, un jour où il n'aurait pas fallu que j'aille écouter ces palabres. L'impatience, le décalage d'écoute, une hormone mal placée, ma gueule pas bien calée sous la voute, une de ces visites qui nous fait regretter d'être venu. Même le maquillage du violon celtique de « Little Maggie » n'a rien arrangé, comme quand on retourne dans son village natal, deant la maison familiale et que quelque chose n'est pas en adéquation, et qui vient surement de soi.
Le père a beau me parler, me raisonner, me prendre par les sentiments.. aujourd'hui, j'ai envie que ma mère me regarde, envie d'aller fumer un clope avec elle au sous-sol. Des fois c'est l'inverse. Mais le cigare n'a pas de goût aujourd'hui, juste envie d'une mentholée avec ma reum dans les bas fonds diamantés. Il faut dire que Marianne vieillit bien, je la trouve de plus en plus belle. Cette pochette est une aubaine.
 

Pourtant « Give my love to London », la chanson, avait les mêmes discours que certaines de Robert sur « Lullaby... ».. les voix proches, la mélodie, la production, elle a même essayé de parler comme lui avec « Mother wolf »... Et même si le paternel a tenté de détourner l'affection avec « Embrace another fall »  ou le sublime «  Up on the hollow hill », l'ensemble reste insipide, inadapté, je ne suis pas dessus, ni en dessous, je glisse et boude.

 
Au début, j'avais besoin d'eux, je me disais, je vais aller voir les p'tits vieux de la vieille, aller fouiner chez moi pour glaner du réconfort.. et puis j'aime pas quand Marianne s'énerve on dirait Robert un poil contrarié. Si Marianne m'embarque, Robert me plante avec un son artificiellement acoustique, un poil glacé, on dirai qu'il n'y croit pas, son flot mélodieux est insipide. Et pourtant les voix sont proches, comme on a vécu avec ses parents, et que l'on écoute les cordes se sensibiliser au fil des plaisirs des années défilées.
Et puis ma mère a accueilli mes larmes quand elle m'a parlé de sad Lisa avec son « Deep water » infernal. C'est pas donné à tout le monde de savoir parler au bon moment.
Ah j'oubliais, il y a des hymnes aussi, quand l'émotion d'un souvenir nous tire l'épiderme, nous étrangle à ne plus pouvoir parler, ou quand une femme qu'on aime chante comme Marianne.
Ah oui, j'oubliais aussi, « Going home ».. c'est là que j'ai franchi le pas du seuil où j'ai vécu, là où la majorité m'a chassé comme une force centrifuge, là où j'aime revenir.
 

J'ai essayé et tenté, trois quatre fois, rien n'y fait.. aujourd'hui, Robert radote.

« True lies », je sais déjà que les mots vont suinter des yeux, que l'accolade frissonnera. La gravité des talents n'a rien à voir ce soir avec ma sensibilité, j'ai besoin d'une matrice, d'un tanin qui tatoue au héné sur l'épiderme échinocoque.
J'ai la chair de poule, Marianne.

Papa, c'est pas pour ce soir, ta fripe me froisse, ton arc-en-ciel est gris, tes manières sont feintes, t'as trop bu, tu prends des airs..je reviens, t'inquiètes, je vais fumer une cigarette avec maman.

Marianne Faithfull 2014 « Give my love to London » label : naïve
 
Robert Plant «  Lullaby and .. the ceaseless roar » label : nonesuch
 
 








dimanche 5 octobre 2014

Bob Carpenter



Le dimanche je fouille dans la caisse de rééditions, pour dénicher de grands disques aux allures dominicales. Le label No-Quarter a décidé de remettre en service « Silent passage », l'unique album de Bob Carpenter sorti en 1975. C'est du country folk, du grand classique invisible bien dépressif apparu en plein milieu de « Blood on the tracks » et « Tonight's the night », ou encore « Born to run », « Zuma », "The hissing of summer lawns", "Still crazy after all these years", « Fandango », « On of these nights »......

De l'orgue, des violons, des chansons sublimes quand on aime Cat Stevens et surtout Gene Clark.
Son chemin, album et sa carrière furent sabotés par quelques employés de la warner, et le poète canadien devait alors voir son chef d'œuvre sombrer dans l'oubli. Il n'est vraiment apparu que 10 ans plus tard.
Devant ce non succès, il se fait alors moine boudhiste à Los Angeles avant de retourner 10 ans après sur ses terres natales, malade et condamné. Il y finira ses jours.

Combien d'albums merveilleux comme celui-là, oubliés quelque part et qui finissent par revenir plus beaux encore.
Pas de bonus, « Silent passage », brut avec un superbe livret sur l'histoire maudite de ce poète canadien, est un petit trésor de country folk lyrique et mélancolique.



Bob Carpenter 1975 « Silent passage » label : no quarter







samedi 4 octobre 2014

Alt-j 2014



Je suis complètement bluffé par ce groupe. J'avais omis l'écoute du précédent, ajoutant à retardement « An awesome wave » dans le bilan annuel des meilleurs disques 2012. Je me devais de ne pas manquer celui-là.

« This is all yours » est déroutant, ultra moderne avec une intimité anthracite à foutre des couleurs primaires abîmées partout. Nara.. à peine croyable, quel bonheur de mélancolie travaillée, deux minutes d'intro pour un chant et un violon à étrangler tout amoureux de « I talk tothe wind »
« Garden of England » a une jolie tendresse ancestrale verte tendre quand « Choice kingdom » devient paradisiaque et inquiétant comme une balade de Sébastien Schuller, une messe cosmique et vaporeuse.... « Warm foothills » est bercé par les convections tièdes d'un automne torride... « Pusher » me happe, phagocyté par le murmure pop susurré à la lisière du cerveau.

Il y a même des petits pause tarabiscotée avec ce blues moderne qu'on pourrait imaginer provenir de Syd Barrett.

Puis Nara revient en épilogue, comme une belle histoire d'amour à peine dévoilée. Déjà deux albums et autant de sommets, des allures de chef d'œuvre de pop moderne conceptuelle british. Des allures d'insolence artistique.

Alt-J « This is all yours » label : infectious