dimanche 23 décembre 2007

The sleeping years







C’est en 1998 que Catchers dirigé par Dale Grundle et hébergé par le collectif Setanta se dissout entraînant avec lui quelques années de silence. C’est sous le nom de The sleeping years que l’auteur-compositeur revient à la charge trois ans après, avec des compositions en attente mais pas de label.
C’est finalement en autoproduction que sortent les trois mini-albums de Sleeping Years. Trois petits bijoux de chansons pop léchées et peaufinées en objets rares et quasiment introuvables. Il suffit d’avoir entre ses mains un tirage du concept cartonné et numéroté pour comprendre la diffusion restreinte. Le dernier d’entre eux, « clocks and clones » est emballé dans une pochette qui se déchire en pointillés sur 360 ° . L’intérieur est un poster sur lequel les paroles sont proposées ainsi que le disque habilement coincé dans un découpage ingénieux. C’est devenu une évidence, la musique se dématérialise, le support cd tend à disparaître. Cette dangereuse mutation qui gronde a fait naître une certaine résistance et un artisanat acharné chez beaucoup d’artistes pour redonner de la valeur au support musical. Des concepts uniques pour un seul label, une ligne de conduite pour un groupe, et je repense à Constellation ; Intr-version ; Fonal ; Hapna ; Kranky ; Young god; Digitalis ; mais aussi aux premiers pas de Dominique A quand il fabriquait manuellement avec l’aide de Françoiz Breut les pochettes de ses premiers 45T … Tout faire soi-même, de la première note à la couture du carton de la pochette de "Setting Fire to Sleepy Towns", deuxième ep de The sleeping years.
Et la musique dans tout ça … et bien pas de changement révolutionnaire depuis Catchers à part peut être une voix plus maîtrisée et un jeu de guitare plus aéré. De Setanta il ne reste qu’un voisinage très proche de Tram ainsi que des artistes comme Evan Dando ; Josh Ritter ; Mason Jennings et Richard Hawley dont le toucher pop s’apparente au lyrisme de The sleeping years dans sa vision la plus aérienne.
« Clocks and clones » est magnifique comme un morceau de The Beautiful South quand leur ballade d’alors flirtait avec Philippa ; Sue ; Jennifer and « .. whoever »…. De la folie douce de Paul Heaton il ne reste ici qu’une maîtrise parfaite des mélodies et l’élégance certaine dans l’art de produire de belles chansons populaires. La chanson éponyme de l’album « Setting Fire to Sleepy towns » est tout aussi belle et teintée juste assez de mélancolie. D'impression plus large et plus personnelle, "clocks and clones" me fait penser à une très belle chanson d'une autre époque (1976), d'un artiste éphémère Al Stewart avec "Year of the cat" chanson fabriquée avec la même fibre lyrique, puis plus récemment Peter Von Poelh, "the story of the impossible" à la sensibilité exacerbée.
Les 3 mini-albums du groupe sont des éditions limitées ,tirés à 750 exemplaires, quelques uns sont encore disponibles dans les bacs, mais le premier, « you and me against the world »à 500 exemplaires reste épuisé et absent des rayons indépendants.

http://www.sleepingyears.com/

mardi 18 décembre 2007

Annelies Monseré



Pour apprécier tel ou tel album, il existe plusieurs critères de sélection. Des critères techniques pour des musiciens affranchis, professionnels, puis des critères plus viscéraux, épidermiques pour les non-initiés, les autodidactes, ou ceux qui aiment juste écouter. Mon critère à moi passe par une mise à épreuve émotionnelle, un examen maritime infaillible basé sur une sensation celtique. Si à l’écoute d’un disque j’ai l’impression de me trouver frissonnant devant la mer en simple observateur ; si cette musique semble vouloir se poser en bande son d’un recueillement immobile face au ressasse, c’est gagné.
Ne pas voir la mer une fois dans la journée est une hérésie, une punition qu’il faut bien réparer d’une façon ou d’une autre. La musique peut palier à ce manque, guérir. « Helder » d’Annelies Monseré est de ces disques qui, dès la première écoute, projette en haut d’une falaise surplombant l’étendu infini. La voix d’Annelies en duo tantôt avec un violon, tantôt un violoncelle, ou bien un piano….c’est hors saison que la scène se passe, quand la solitude accable, quand le crachin et le vent a chassé toute autre présence humaine, quand les volets des maisons côtières sont fermés de l’intérieur. La lumière est basse, les flots laiteux et l’horizon flou. La pluie oblique nacre les doigts du sable que les vagues dessinent.
Ce n’est pas de la musique celtique, plutôt une tourmente mélancolique chantée dans son plus simple appareil. La solitude sourd du granit léché par le flot, condition sine qua non pour entrer en communion avec chacun des morceaux.
Dépouillée, transie, d’une fragilité blême la musique d’Annelies anesthésie ; un xylophone vient apporter un scintillement lumineux « here » ; un accordéon apparaît comme une petite barque qui vogue vers le large « early rising » ; « This quiet room » exclusivement vocale, dénuée de tout instrument, vient définitivement couronner la torpeur salée du disque comme un chant à la mémoire des naufragés. Le tout est un chant de sirène qui attire mollement dans la mélasse d’une mélancolie visqueuse à travers laquelle on aime s’engluer. Le disque se termine sur quelques notes répétitives de piano "wet", comme les vagues perpétuelles.

Annelies Monseré « Helder » 2004

http://www.bluesanct.com/
http://www.annelies-monsere.tk/

Les p'tites écoutes du dimanche après midi














L’élan freiné par une poignée grisâtre de critiques qui ont entaché la sortie de « the adventures of phosthorse and stillborn » je n’ai eu l’occasion d’écouter ce troisième album des Cocorosie que maintenant. Bien fait pour ma pomme, piègé, arnaqué, je sais pourtant qu’il ne faut juger que par soi-même. Il faudra m'expliquer pourquoi tant de critiques s’acharnent à attendre d’un artiste qu’il évolue dans la logique artistique d’un succès amorcé ; notamment ici « la maison des rêves » en 2003. Ce troisième album est excellent, la même évasion dans le monde barré et baroque des deux frangines (autant que leur site à visiter de toute urgence) . Moment très agréable, avec deux sommets ; « Promise » et « Raphaël », et avec la même impuissance (ce qui explique peut être l’aigreur des critiques) de coller à cette musique une quelconque étiquette. Vivement conseillé donc.


Ping-pong dominical entre deux pseudos, deux styles propres à la carrière solo de Charles Black Thompson. D’un côté 27 ballades pop/blues en continu sur le double album de Franck Black « fast man raider man »; ça roule, c’est régulier, ça arrache pas la gueule, ni soulève les pavés, on est juste bien dedans… puis, pour monter d'un cran, une visite vers son côté nostalgique des pixies, le très bon BlackFrancis « bluefinger », avec "Lolita" en boucle, et l’époustouflant « threshold apprehension » qui balance le pavé cette fois-ci. Quelques heures agréables passées avec le passé et qui me rappelle malgré tout que le sommet de la carrière de CBT reste collé à l'époustouflant disque blues « black letter days » de 2002…une fusion entre Neil Young et les Stones, matinée de blues (pléonasme ??) que je mets immédiatement sur la platine histoire de finir crescendo.


Les fètes de Noël sont là, c’est peut être le moment opportun d’écouter quelques petites contines enfantines à travers un objet étonnant, produit par Stuart Stapples qui participe aussi à ce disque magique et doux "song for the young at heart". Un casting épatant pour dérouler les pièces musicales et quelquefois récitées du conte « the lion and Albert » écrit par Marriott Edgar. C’est très plaisant, y’a du monde, et ça marche aussi pour les grands. Petit tuyau de fin d’année.
Cocorosie 2007 "the adventures of phoshorse and stillborn"
Frank Black 2007 "fast man raider man"
Black Francis 2007 "Bluefinger"
"Song for the young at heart" 2007 (Marriott Edgar; produced by Stuart Stapples)

dimanche 16 décembre 2007

Huiles sur toiles troisième page.




Le hangar 1998 (12F)


La débâcle 2006 (15P)

HRSTA








Comment présenter un article « coup de cœur » en restant le plus crédible possible, impartial et honnête ?!!?? Il va falloir lutter pour dénuer les compliments de tout préjugé. Mais comment, en ayant bâti sa culture musicale autour de Pink Floyd ; King Crimson ; du post rock ; du rock prog ou autre appellation musicale basée sur le planant, la tension sourde, les ambiances spacieuses, la mélancolie électrique… dénigrer l’essence qui suinte de « ghosts will come and kiss our eyes », le troisième opus de HRSTA . Depuis que mes oreilles traduisent les ondes sonores en frissons épidermiques, je promène cette musique via mon cerveau comme un sacerdoce, une chose naturelle qui ne fâche à aucun moment.
Quand s’ajoute à cela une signature vocale et sonore (le son de la guitare) qui le suit depuis les débuts de sa carrière solo, on porte infailliblement aux nues ce disque fétiche, un objet idéalisé en œuvre d’art….placé bien haut sur les étagères.
Je me souviens juste du choc quand j’ai eu entre mes mains et dans mes oreilles le premier album de HRSTA , « l’éclat du ciel était insoutenable » (pochette de droite) ; la guitare de « city of gold » qui pleure et l’accordéon qui danse autour. Ce déclic qui m’a poussé vers l’obsession de connaître tout le catalogue et d’être à l’affût de toute nouvelle provenant du label Constellation ; Alien8recordings et Fancy (premier label de Hrsta). Il est quand même important de signaler que Constellation reste un des plus beaux labels sur le circuit, tant au niveau politique, philosophique, artistique qu’au niveau graphisme et impression des pochettes. Sans oublier qu’avec Alien8, ils offrent une formidable ouverture sur les communautés juive et japonaise ( Black Ox Orkestar et Keijo Haino par exemple)
A l’époque donc, les morceaux, la pochette extraordinaire, la rareté dans les bacs qui excite les collectionneurs, me rendaient définitivement fan et amoureux ; le sublime « 21-87 » comme une complainte de Thalia Zedek ; comment expliquer qu’il est possible de pleurer sur une chanson alors qu’on a déjà un genou à terre, quand arrive le dixième morceau, « Lucy’s sad » ; comment contenir l’impatience de retrouver Hrsta en 2005 avec « Stem Stem in stereo » comme pour me rappeler que le Floyd coule dans mes veines: les deux genoux sont cette fois-ci à terre quand le fantôme de « let there be more light » réapparaît à l’écoute de ce très saucerful of secret « swallow’s tail ». Le chant de Mike résonne comme un écho des couplets monocordes de Waters 39 ans auparavant.
La voix de Mike justement est devenue familière à l’écoute du troisième album sorti cette année. Un retour comme l’aboutissement d’un art en constante progression. Un microcosme de musiciens est venu se greffer autour du guitariste-chanteur Mike et cette fois-ci l’ensemble est très homogène, plus concept que les deux premiers, les nappes guitare/piano viennent s’entrechoquer et fusionner faisant oublier le drone suggéré auparavant. Tout devient clair, fluide, évident, extrêmement puissant dans l’art de contenir une tension sourde.
La reprise très surprenante d’une chanson des Bee Gees « holidays » qui vient clôturer l’album comme un rappel à l’ordre, afin que l’on ne se noie pas trop dans les racines de cet arbre sonique, pour que l’on garde un moment le lien avec la surface, le monde des « vivants ». Une branche accroche les hits sur laquelle la voix de Mike vient confondre celle de Robin Gibb, les affres et la rugosité fragile en plus. On déduira facilement que la voix de Mike est une arme infaillible, le cœur de l’identité d’HRSTA.
J’épargnerai le détail d’une arborescence complexe (que l’on trouve un peu partout sur toutes les chroniques) qui lie musiciens, labels, groupes et albums afin de mieux poser l’attention sur cette œuvre très aboutie qui compulse toutes les influences enroulées autour de ces racines constellées. Aborder Constellation via HRSTA est le meilleur moyen de se faire une idée de ce qui se passe dans les couloirs de l’hôtel-2-tango. Une synthèse d’un collectif en ébullition, une vitrine fidèle.
HRSTA 2007 "ghosts will come and kiss ou eyes" (pochette gauche)

http://www.cstrecords.com/
http://www.hrsta.org/

jeudi 13 décembre 2007

Anna et Pal







Anna Ternheim 2004 :« somebody outside »
Anna Ternheim 2006 :« separation road » chez universal / telescopic
www.myspace.com/annaternheim


A la question « quelle musique idéale pour un dimanche matin ?? » je réponds sans hésiter Minor Majority et Anna Ternheim. Un dimanche matin c’est quoi ?? Un moment de flottement, de fuite, d’anéantissement, une pause entre les abus de la veille et l’ennui à venir d’une après-midi infailliblement vide. On prend le temps qu’il fait dehors comme un fardeau, attiré par les draps encore tièdes et, le temps d’appuyer sur la touche « play », de se préparer un café, on y retourne pour mieux ressasser les chimères amoureuses, le spleen d’une semaine difficile. C’est le moment où l’on sort les disques « clichés » sans aucune pudeur ni honte. On a de quoi tenir la matinée avec ces deux doubles albums de chansons lisses et limpides que le cerveau réclame. Chacun de leur côté, les deux pièces maîtresses discographiques sont assez identiques dans leur ensemble .... mais a-t-on envie d’entendre autre chose ?
Cela fait une bonne dizaine d’années que la Scandinavie s’affirme comme ayant sa place dans les incontournables de la musique internationale, et dans tous les domaines, hard (Burzum ; Gorgoroth..) electro (Royksopp; label Rune Grammofon,..), rock (Madrugada, Kent..), country folk (le regretté St Thomas ; King of Conveniensce; label Hapna ou Fonal). Puis la pop avec les albums de Minor Majority provenant de Norvège, et Anna Ternheim de Suède, de la variété internationale dans son plus bel habit académique… refrain/couplet, belle voix, superbe production, nappe de guitare folk ou de piano, trois à quatre minutes maximum.
Comment expliquer que certains disques passent dès la première écoute, vous transperce l’épiderme, s’installe dans le cerveau et dans le coeur comme une évidence jusqu’au point de remettre certaines chansons en repeat inlassablement et d’y revenir sans cesse tellement chaque pièce des albums vous caresse dans le sens du poil. Bande son des moments de mélancolie douce, de matinées brumeuses, endolories par quelques idées romantiques.
Si Minor Majority ondule modestement entre REM et Tinderstick, Anna semble s’apparenter à Dido pour son timbre vocale et pour la façon d’aborder les interprétations. Difficile donc de décrire un tel son simple, d’obédience sentimentale… mais le dimanche n’est–il pas aussi un jour saint, quand les doux airs romantiques de Pal Angelskar rappellent un certain disque religieusement beau, déjà oublié et que l’on a aimé de la même façon, le « Believe » de Spain en 2001. Entrecroisement amoureux, mariage vocal idéal entre Anna et Pal pour les dimanches démissionnaires.

Minor Majority “ up for you & I “.. 2004
Minor Majority “reasons to hang around” .. 2006
Label : Reverb records / vicious circle
http://www.minormajority.no/ (des extraits de tous les morceaux du groupe en écoute sur ce site)
http://www.viciouscircle.fr/

lundi 10 décembre 2007

Nancy Elizabeth (battle and victory)




La musique folk a pris des tournures incontournables depuis que Devendra Banhart a quitté Young Gog Records pour se réfugier plus largement chez XL recordings. Incontournable à tel point que plusieurs labels à consonances électro ont proposé dans leur catalogue quelques opus de musique traditionnelle acoustique. Du son boisé pour réchauffer les univers numériques, Gravenhurst chez Warp ; José Gonzàles ou Findlay Brown chez Peacefrog ; Skallander chez Type ; The Isles chez melodic et Nancy Elizabeth chez Leaf records.. Même le magazine TRAX , au grand étonnement des fervents lecteurs des premiers jours, a cédé du terrain et ouvert sa palette musicale à Herman Dune et Faris Nourallah.
Mancunienne de 23 ans, son folk vacille entre époque médiévale française et Amérique traditionnelle des années 70. Parmi les innombrables filles qui s’expriment dans cette langue de musique traditionnelle et régionale, Nancy affirme fermement sa différence, son caractère trempé de troubadour celtique par sa voix claire héritée de Joni Mitchell et voisine de Laura VEIRS, et par l’utilisation de harpe à 22 cordes, de bouzouki, d’harmonium indien….On se prend à rêver, et on se promène sur les chemins de campagne accompagné des ménestrels de Jethro Tull et des malandrins d’Angelo Branduardi.
A un moment où l’on peut se perdre dans l’opulence bouillonnante des bacs folk, quelques artistes viennent mettre les pendules à l’heure, après Joanna Newsom l’année dernière, Nancy Elizabeth, cette année, revigore et réajuste les indispensables acoustiques.
Les cordes scintillent, celles de la harpe coulent à flot, celles du bouzouki cinglent dans un ensemble féerique au plus profond duquel on aime se perdre pour y rencontrer les Willows d’un monde perdu. Puis des cuivres et un accordéon viennent valser au beau milieu de cette épopée celtique. Une chanson pop étourdissante vient épicer la mélancolie douce de l’album et nous montrer que Nancy sait aussi composer des tubes en puissance (Coriander). On replonge alors dans les nimbes psychédéliques et spirituelles le temps d’un instrumental inquiètant (8 brownlegs). Alors la voix se duplique, la guitare se branche et les ballades se succèdent, évidentes et magnifiques (electric ; brown legs ; weakened bow…). Un orgue apparaît ponctuellement au service d’un autre instrumental vaporeux (what is human). Les tambours grondent (hey son), la voix doublée devient chœur religieux alors que le chant perd de son âme diaphane pour finir plus grave dans les teintes de Sinead O’Connor (batlle and victory).
Le concept de la pochette est aussi féerique que le contenu musical, perdu entre un monde celtique frais et fauve à la fois et une petite cabane au beau milieu de la forêt.

CV artistique : Timbreland recordings est le label indépendant de Manchester qui a hébergé son premier ep en 2006, « the wheel turning king ». Nancy Elizabeth CLUNLIFFE, de son vrai nom, a commencé à composer à l’age 14 ans. Quelques apparitions live au Green man festival aux côtés des A Hawk and A Hacksaw, dont ils partagent le même label, mais aussi en compagnie de James Yorkston (baladin écossais chez domino records) et Tunng (static caravan et full time hobby rec).

Nancy Elizabeth “battle and victory” 2007 (leaf records)

http://www.nancyelizabeth.co.uk/
http://www.timbreland.co.uk/
http://www.theleaflabel.com/
www.Posteverything.com/leaf

samedi 8 décembre 2007

Huiles sur toiles (deuxième planche)



Le chalet (2001 : 12F) Marée basse ( 2001 : 15P)
L'église d'Hermeray (1999 : 12P)















Le moulin et la barque (2000 : 15P)
L'épaule et la flèche (2000 : 12P)



VincenD




Huiles sur toiles (première planche)

Un chemin (15F : 2003)


Le vieil homme (12P : 2002)
La barque (10P : 2002)

....Vice versa (suite)


La mélancolie se dessine-elle ? Dimanche 2 décembre, Libération consacre son portrait final à Dominique A afin de restituer à juste titre l’actualité très chargée de l’artiste. Ainsi Christophe Losson affirme que « sa musique se dessine » et que « ses dessins se chantent ». Parmi cette actualité gonflée à bloc, un recueil de BD autour de quelques chansons depuis LA FOSSETTE jusqu’à L’HORIZON, propose une fois de plus un parallélisme entre deux arts, le dessin, plus particulièrement la bande dessinée, et la chanson. Ce formidable tourbillon artistique de l’inspiration pourra à nouveau être mis à épreuve, de la même façon que l’on a pu s’interroger la dernière fois sur le lien très étroit qu’il pouvait exister entre la chanson et la littérature. Monsieur A récidive et met en pâture plusieurs titres aux inspirations picturales de dessinateurs favoris. Dominique A est aussi un amateur de bd, les journaux de bord archivés sur son site en témoignent.
On pourra apprécier le talent de chacun, les styles différents et imaginer une fois encore ce qui a pu déclencher de tels dessins. Une chanson entière résumée sur une planche unique, un condensé graphique pour un texte. Autant la nouvelle pouvait étaler le format étriqué du poème chanté, autant l’exercice difficile du dessin unique est un travail de synthèse extrêmement complexe.
Certaines chansons imposent des mouvements géographiques et temporels et l’on peut croire que l’astuce habile de composer le dessin en plusieurs fenêtres restitue au mieux l’évolution et la mobilité du texte (Peyraud ; Lizano ; Bézian ; Duprat ; Delacroix ; Murat). Dessin unique, bande dessinée, deux choix d’expression qui dansent l’un près de l’autre. Le dessin unique impose avec puissance une vision choc et instantanée. Le choix est-il à chaque fois judicieux ?
Image fidèle au texte, avons-nous imaginer ces clichés dessinés en écoutant les chansons ? Que ferions-nous dire à nos crayons s’il fallait croquer un des titres, le résumer par quelques traits ? Encore un bel exemple d’inspirations entrecroisées, de déclics artistiques.
On peut alors se demander si l’oppression, l’angoisse, l’anonymat, la peur d’être surveillé par des chiens ressort du dessin de Joél Legars (Douanes). Ces pornographies glaciales maintes fois chantées (pour la peau ; le commerce de l’eau ; oublie) sont elles révélées sur la planche ?? Savourez les textes, rappelez-vous des refrains, appréciez les traits en fredonnant la mélodie, souvenez-vous du Bowling, la nouvelle de Brigitte Giraud, lire, écouter, regarder la planche de François DUPRAT…. Et ma fille intéressée par cette arborescence culturelle, ayant reconnu l’auteur graphique de « Bowling », me montre une Bd du même auteur et se laisse à rêver d’une éventuelle chanson sur « Léo Cassebonbons ».

Dominique A est l’artiste le plus inspiré pour faire s’entrechoquer les différents arts et moyens d’expression. Que déclenche t-il dans le cerveau d’un artiste qui l’écoute ? Qui d’autre que lui propose autant à la culture en générale ? Tourbillon artistique.. Que reste t-il à créer comme ondes parallèles ? l’art culinaire ? un plat « pour la peau », une vodka Dobranoc, ou un dessert « en secret » …..

VincenD


DOMINIQUE A (textes illustrés) Editions Charrette
« quelques traits, inspirés pas de délicieuses notes et mots de Monsieur A »

http://www.commentcertainsvivent.com/
editions.charretteanadoo.fr

De la musique à la littérature et vice versa






















Quelle similitude peut il y avoir entre ces deux arts en apparence très différents ? Les processus de création peuvent s’entrecroiser de déclics, d’inspirations communes pour des formats différents : des romans résumés en chansons, un titre ou une phrase développé en nouvelle… chiper l’inspiration pour s’exprimer de multiple façons.

Je ne saurai jamais pourquoi les disques et les livres sont les parties centrales de ma vie, je ne pratique aucun des deux, aucune composition, aucun texte, je suis juste spectateur. Aucun enseignement, aucun parti pris donc, juste des ouvertures, des curiosités et une gourmandise abyssale. Le temps imparti à explorer les bacs et les étagères est quasiment obsessionnel. Je ne saurai jamais non plus pourquoi la musique plus que la littérature happe plus violemment encore tous mes sens.
Mais les deux sont-ils étroitement liés ? La fuite qu’ils procurent est-elle la même ? L’état d’apesanteur dans lequel le cerveau se plonge à chaque lecture ou à chaque écoute provient-il de la même source ? Les romans chantent-ils ? Les écritures fredonnent-elles des ambiances différentes ?


Un « objet » fabuleux semble proposer quelques éléments de réponses, quelques clefs afin de mieux cerner les automatismes de constructions d’une chanson, d’un texte ou bien les deux. Les liens étroits des phrases qui claquent comme des mélodies et des mots chantés comme on résume une nouvelle. L’extrême difficulté à construire une chanson est d’exprimer dans un minimum d’espace toute une histoire en épousant les notes qu’on lui associe.
Dominique A met à disposition une expérience inédite. Avant de finaliser ses chansons, il a réuni autour de son album « tout sera comme avant » des d’auteurs contemporains afin qu’ils élaborent une nouvelle pour chaque titre de chanson :

« Beaucoup de livres, de littérature en particulier, m’ont inspiré des chansons. Pour des raisons que j’ignore, parfois telle phrase, telle expression, parfois un simple nom, semble jaillir de la page alors que je suis en train de lire, comme si les mots faisaient écho à une vieille idée en moi, ou à un souvenir.
L’idée d’un détournement de ce procédé, pour aller de la chanson à la littérature, m’est apparue en cours d’élaboration du disque. Pour avoir liés ces dernières années quelques liens amicaux avec des auteurs français, et pour avoir constaté qu’ils étaient au moins aussi intrigués par le processus d’écriture de chansons que moi par celui d’écriture littéraire, je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de les amener à réagir sur ces titres de chansons correspondant à ceux du disque en chantier et distribués aléatoirement, un pour chaque, et sans autre indication que le titre lui-même, avec l’idée de donner ainsi au disque un faux jumeau sur papier
. »

Evidemment il est très intéressant d’écouter et de lire, de prendre de front ces deux processus de création. A chacun alors d’aller pécher les quelques outils qui aideront à résoudre ou pas la cohabitation émotionnelle de ces deux arts.


Je voudrais m’attarder sur le texte de Brigitte Giraud, inspiré du titre « le bowling ».
Expérience d’ailleurs appuyée par la parution récente d’un recueil de nouvelles ;« l’amour est très surestimé » une des phrase de la chanson de Dominique A, « Surestimé » sur l’album remué 1999 . La pioche est cette fois-ci inversée. Ici, le contenu est connu, la mélodie dévoilée. Quel a été le déclic pour cette collection de nouvelles autour d’un constat très réaliste de l’amour au sein du couple ? le titre, la phrase, le texte, la mélodie, ou la chanson dans son entier ?
Pour revenir à l’expérience du « Bowling », on peut se demander si quelques pointes d’idées viennent se rejoindre autour de cette volonté commune de « dégommer ». Les mêmes mœurs sociales rodent autour de ce bâtiment, il n’y a plus de repère, ni dans la nouvelle, ni dans la chanson. La même mélancolie habite ce défouloir sportif, ce cliché instantanée de quelques heurts relationnels, d’amour difficile…

Dominique A s’est lui même adonné à cet exercice, proposant pour un même titre deux formats différents. Deux sujets opposés pour une même phrase. Les sombres chimères d’un noctambule mis en chanson, contre un sujet beaucoup plus concret. Il annonce écrire en général « avec l’idée du son des mots avant celle de leur résonance ». Une contrainte de plus par rapport à l’auteur « pur » qui n’a en tète que son sujet à développer.
Il semble évident qu’un format long doit laisser des ouvertures plus évasives et quelque liberté de développement. La contrainte architecturale d’une chanson est un jeu plus difficile, l’auteur doit écrire à travers sa portée, doit faire coller son phrasé à la mélodie qu’il a en tète. Et si l’inverse est vrai aussi, on peut facilement imaginer la difficulté de mettre de la musique sur un texte ou un poème qui vient avant la mélodie ou qui existe déjà. Comment Léo Ferré peut il exprimer avec une telle torpeur, une telle viscosité plongeante les couplets d’ « âme, te souvient-il ? » pour rebondir sur cette petite mélodie scintillante au piano ? Ce plongeon grave était il dans l’esprit de Verlaine lors de l’écriture du texte ? Chacun sa façon de construire son art. Beaucoup de musiciens ont mis Verlaine en musique de façon différente.
Si l’univers discographique de Léo Ferré nous est familier, il est assez troublant de se pencher sur « Des armes », un des rares textes qu’il n’a jamais mis en musique, et que Noir Désir a chanté en 2001 sur une vocalise et une envolée lyrique puissante. Cette composition inédite du groupe est-elle digne, fidèle ou décalée de ce lourd héritage artistique ?
La plupart des autres nouvelles ont des directions très différentes. L’inspiration très personnelle de « revenir au monde » avec une version littéraire très crue de Arnaud Cathrine sur la vie d’un adolescent. Une mise au point somptueuse d’Arno Bertina (« le fils d’un enfant »), avec des échanges magnifiques entre souvenirs et généralités, comme un ressasse lancinant, vient se comparer à la scène très réaliste et très personnelle de la chanson. Dobranoc, peut être la plus belle chanson de l’album et qui vient épauler douze ans après la complainte « sous la neige », offre un binôme à des années lumières de cette chanson tragique. Comment faire tournoyer des vies par des inspirations différentes autour d’ « éoliennes » ou de « clés » ? Qui est Mira ? Laquelle de la folie ou de la mort fait parler à des gens qui ne sont pas là ? Que faisons-nous pendant que les enfants jouent ?

Une fois encore je ne compose ni n’écris, mais quel serait mon processus de création s’il fallait le faire ? Je suis peintre amateur, je travaille d’après photo. Voilà donc ma tourmente, toujours ce processus de création, le déclic de l’inspiration. Lorsque j’étale de la patte sur le lin tendu, j’ai toujours dans les oreilles des musiques qui me semblent en adéquation avec ce que je veux retranscrire. Qu’en est-il à la fin de cette mise en condition, le son a-t-il vomi sa couleur sur la toile ?… une photo, une maison, une phrase, une chanson, un tableau… Je rêve quelquefois qu’il puisse exister quelque part un endroit unique où viendrait s’épouser les supports avec pour seul fil conducteur l’émotion épidermique commune d’une seule inspiration…..et si un livre pouvait être mis en musique et chanté juste en dessous de son tableau à travers lequel on pourrait dérober les mêmes contrastes, un seul déclic offrant plusieurs directions. Où s’arrêter, sur quel support, je me demande même s’il existe une boisson alcoolisée ou pas qui pourrait venir appuyer définitivement cet étourdissement artistique et sensoriel à travers laquelle on lirait et traduirait tout le sens originel des créations affichées.
Si d’un mot peut naître une chanson, une bicoque en ruine peut-elle engendrer une toile ou un cliché photographique aux couleurs et aux contrastes différents ? La maison peut-elle voyager géographiquement ou simplement changer de couleur. Une phrase peut elle déclencher la même histoire sombre qu’une mélodie mélancolique …..Lisez, écoutez, je vous laisse seul juge de cet étourdissant mystère de l’inspiration et de la création.


Merci à Sylvie, Maryline et Armel.



réf :
« L’amour est très surestimé » - Brigitte Giraud – éditions Stock 2007
« Tout sera comme avant » : coffret livre/cd –Dominique A – labels 2004
« Remué » - Dominique A – label lithium – Dominique A - 1999