mardi 18 décembre 2007

Annelies Monseré



Pour apprécier tel ou tel album, il existe plusieurs critères de sélection. Des critères techniques pour des musiciens affranchis, professionnels, puis des critères plus viscéraux, épidermiques pour les non-initiés, les autodidactes, ou ceux qui aiment juste écouter. Mon critère à moi passe par une mise à épreuve émotionnelle, un examen maritime infaillible basé sur une sensation celtique. Si à l’écoute d’un disque j’ai l’impression de me trouver frissonnant devant la mer en simple observateur ; si cette musique semble vouloir se poser en bande son d’un recueillement immobile face au ressasse, c’est gagné.
Ne pas voir la mer une fois dans la journée est une hérésie, une punition qu’il faut bien réparer d’une façon ou d’une autre. La musique peut palier à ce manque, guérir. « Helder » d’Annelies Monseré est de ces disques qui, dès la première écoute, projette en haut d’une falaise surplombant l’étendu infini. La voix d’Annelies en duo tantôt avec un violon, tantôt un violoncelle, ou bien un piano….c’est hors saison que la scène se passe, quand la solitude accable, quand le crachin et le vent a chassé toute autre présence humaine, quand les volets des maisons côtières sont fermés de l’intérieur. La lumière est basse, les flots laiteux et l’horizon flou. La pluie oblique nacre les doigts du sable que les vagues dessinent.
Ce n’est pas de la musique celtique, plutôt une tourmente mélancolique chantée dans son plus simple appareil. La solitude sourd du granit léché par le flot, condition sine qua non pour entrer en communion avec chacun des morceaux.
Dépouillée, transie, d’une fragilité blême la musique d’Annelies anesthésie ; un xylophone vient apporter un scintillement lumineux « here » ; un accordéon apparaît comme une petite barque qui vogue vers le large « early rising » ; « This quiet room » exclusivement vocale, dénuée de tout instrument, vient définitivement couronner la torpeur salée du disque comme un chant à la mémoire des naufragés. Le tout est un chant de sirène qui attire mollement dans la mélasse d’une mélancolie visqueuse à travers laquelle on aime s’engluer. Le disque se termine sur quelques notes répétitives de piano "wet", comme les vagues perpétuelles.

Annelies Monseré « Helder » 2004

http://www.bluesanct.com/
http://www.annelies-monsere.tk/

2 commentaires:

Mylène Gauthier a dit…

Tu me refiles ce disque quand tu peux? Je ne connais pas du tout.

Mita Ghoulier a dit…

Très belle chronique pour un très bel album ! Me fait aussi penser que j'ai pas écouté Jessica Bailiff depuis un moment, j'vais y remédier ;)
https://www.youtube.com/watch?v=u-foddoQEzE