samedi 29 novembre 2014

William Sheller 94



On reproche souvent aux artistes de ressasser, de toujours rester cloîtrer dans leur caisse, de les voir là où on les attends. Et pourtant, il suffit qu'ils aillent voir ailleurs pour qu'on leurs reproche l'inverse.

J'aime William Sheller et sa discographie « habituelle », lorsqu'il tire la musique vers le haut en incorporant du classique dans sa pop. Et j'ai été fracassé par son opus 94 « Albion ».

Cette année là, je me suis rendu à l'Olympia pour voir la performance de cet ovni psychédélique rock. J'ai retrouvé sur scène une formation classique, sans les barges d'Albion. Et même, seule « La navale » fut reprise. J'ai alors déduit que cet album studio était un écart, une parenthèse, une récréation. C'est un phénomène que j'aurais bien voulu vivre en live, tellement le disque m'avait plongé dans des écoutes compulsives.

« Albion », c'est un disque rock anglais, enregistré en Angleterre, avec Steve Boltz à la guitare entre autre, et la guitare ici est ravageuse, l'ensemble acidulé et grunge. Des chef d'œuvre flottent comme ça, « On vit tous la même histoire » (basse et solo guitare infernal), « Les enfants sauvages », « Maintenant tout le temps », « Comme on n'oublie pas »... et « La navale ». C'est du Sheller dans l'écriture, comme dans un vieux rock'n'roll, mais avec une autre palette, une batterie lourde, du puissant et du brut, du saturé frôlant le hard, avec en bonus des expérimentations proches des délires Beatles N°9 ou strawberry les plus acides (« Ridefarm en Albion », ou « Relâche »).

Je voulais voir les enfants sauvages sur scène, ce disque restera une expérience unique, je voulais voir Sheller déranger, bousculer, j'ai vu un sublime concert à l'Olympia et je me garde « Albion » comme un délire surréaliste que j'ai vécu un jour comme ça, sur une autre planète, une boule électron libre où les artistes auraient plein pouvoir.

Évidemment, cet album n'est pas dans les nues des ventes, est-ce le prix de l'expérimentation, de la prise de risque ? Et j'imagine les grimaces à l'écoute de cette brûlure hexagonale sorti juste après le grand succès de Sheller e solitaire.
« Albion » n'a jamais été joué sur scène, et j'avais déjà imaginé quelques versions albionesque de quelques standards de Sheller qui auraient pu se jouer ce soir là, à l'Olympia en octobre 94.... « Excalibur » sur scène, celle de l' « Ailleurs », ravagé par un Sheller déchainé et gothique.

C'est un album vaincu, c'est un chef d'œuvre unique dans une discographie d'un de nos plus grand génies musicaux.
Brandir « Albion », c'est hurler en sourdine, c'est serrer le poing en le gardant au fond de sa poche. Il a 20 ans, et je l'écoute avec toujours la même jouissance.

William Sheller 1994 « Albion » label : philips





jeudi 27 novembre 2014

Keaton Henson



Il neige des pétales de carotène. Une forêt entière est dans mon huit clos, c’est lent et doux, une beauté sans âge, caressant et je me laisse recouvrir sur « Healah dancing ».


La mélancolie en brumisateur approche ses plus belles hauteurs, il fait noir, brumeux, tout est humide et je laisse mes pensées s’atomiser.

Keaton Henson 2014 « Romantic works » label : oak ten records





mardi 25 novembre 2014

Hubert Félix Thiéfaine 2014



Paul Celan a dit « ..infime caillou philosophal, en remontant le fleuve, les signes interprétés à mort, à néant... »



Charles Trenet « Bonheur fané, cheveux au vent, baisers volés, rêves mouvants »

Pétrarque « Celui qui peut dire comment il brûle, ne brûle que d'un feu médiocre »




Jean-Paul Sartre a dit « Tout anti-communiste est un chien ! »

Léon-Paul Fargue « J'ai été l'enfant qui tombe, et qui se fait très mal, et qu'on relève avec une gifle »

Marcel Proust « L'amour devient immense, nous ne songeons pas combien la femme réelle y tient peu de place »


 

Lucrèce a dit « O race infortunée des hommes... »

Louis-Ferdinand Céline « Alors je vous prie! Ma statue! Mon square! Mes esplanades! Ma ville! Célinegrad! Célinegrad au fait! »

Federico Garcia Lorca « ..parce que je ne suis ni un homme, ni un poète ni une feuille, mais une pulsation blessée qui sonde les choses de l'autre côté.. »

 


Hubert Félix Thiefaine a dit « Le fou a chanté XVII fois, les yeux croisés sur son perchoir, une vérité au bout des doigts, une lampe entre les mâchoires.. » 1969.



Aujourd'hui, il dit « La stratégie de l'inespoir »... son 17ème album.


Hubert Félix Thiéfaine 2014 « Stratégie de l'inespoir » label : sony


dimanche 23 novembre 2014

Richard Skelton 2012



Le son et la biologie comme le souffle et la vie, et les matériaux chantent dès qu'on les effleure. Débarquer ou atterrir, se poser quelque part comme un alunissage.
Avancer vers le nord sans savoir où s'arrêtera l'épaisseur du gris. Le son est un albédo des terres gorgées de froid, des sols ondulés vers l'horizon tendu, et la brume emporte tout, comme un pollen musical dont les notes vont fleurir d'autres landes arides. C'est à perte de vue, c'est une vie qui drone la végétation circumpolaire, entêtante, cyclique comme les vents et les saisons.
La genèse rabâche et revient, sans cesse, le temps s'allonge dans les ages, la boucle s'étend. La révolution est une gamme répétitive et « Scare tissue » une minute de lumière qui change et resplendit, une onde éphémère.

 
Le dessin est flou, la note juste et dilatée, le cycle parfait, Richard Skelton a composé cette nature là sur plusieurs années. Un échantillonnage avait été proposé chez Type records en 2009, une bande annonce pour ce voyage sonore vers le nord de l'Angleterre. L'œuvre totale, c'est « The complete landings ». Des morceaux de 35 min, mais aussi 2 min quand la lumière perce la voute nuageuse pour quelques instants.
 
Environ 150 minutes pour décrire ce film formidable d'une nature vierge et vaste, bien plus au nord d'où nous sommes, un chant qui nous appelle, une symphonie terrestre, une cathédrale sonore balayée par le blizzard.
Richard Skelton est très prolifique, au côté de cette montagne sonore est sorti en 2012, un autre album consistant, "Verse of birds".

Richard Skelton 2012 "The complete landings" label : sustain-release




vendredi 21 novembre 2014

Thomas Belhom 2014



Les rendez-vous avec Thomas Belhom sont toujours des moments privilégiés de grandeur artistique. Il suit son chemin de musicien bricoleur exigeant, sa construction acoustique sans frontière. Si Murat est notre Neil Young national, lui est notre Calexico.
C'est un artisan du son, il peaufine ses architectures boisées comme une mosaïque... bois, nacre, terre cuite, glaise et carton... cordes, souffles, peaux tendues, sable.
Il a cousu tout cela pour la cohérence d'un album concept, une intimité intense, reculée et mélancolique.

 
Xavier Plumas vient chanter sur « Souvenirs hantés », Bruno Green est au mastering, on imagine les débuts de Tiersen, mais avec plus de dimensions et de discrétion. « Maritima » vient de sortir, un nouveau rendez-vous familier, sensible et terriblement sensitif.

Thomas Belhom 2014 « Maritima » label : ici d'ailleurs



http://leschroniquesdecharlu.blogspot.fr/2012/09/thomas-belhom.html

mercredi 19 novembre 2014

Macy Gray 2014



J’ai fondu sur Kelis, aucune raison pour que je ne craque pas sur le nouvel opus de Macy Gray. A peu près la même chose à dire, haute qualité de compositions, de son, et un album ouvert à tout, sans barrière, un certain talent au service du R’n’B ou qu'on appelle aussi le néo-soul. « The way » est une bombinette qui fait imploser l’organisme à retardement. On écoute, on adhère, et interpelé on y revient comme une perversité remuante qui nous lâche plus.

Une fois de plus, je me suis laissé amadoué par mon tuyauteur de new R’n’B qui envoie.. merci Echiré. Il est pas impossible que j’aille fouiller parmi ses huits albums précédents.

Macy Gray 2014 « The way » label : Happy Mel Boopy Touring Co

mardi 18 novembre 2014

Alan Hull / Ernie Graham




Dans la corne d'abondance des résurrections, deux auteurs des îles britanniques injectent un blues de songwriter folk à la limite du rock troubadour. Cette décennie là, la corne est pleine, une pléthore de pépites à ressortir auprès de Paul Parrish, Bob Carpenter, Gene Clark, Harry Nilsson...
C'est bourré de poésie, c'est d'époque, aussi, nous sommes avec Alan Hull et Ernie Graham, et ils fument tous les deux.

Alan Hull, c'est un flou temporel noyé par les effets rétros qui vont s'étendre sur plusieurs années encore. C'est grisant d'inconscience rock, celui sur lequel mon affect musicale est posé depuis des lustres.
Il est anglais, né en 1945, et a sorti 8 albums entre 73 et 98, « Squire » en 1975 est un bijou de rock folk se rapprochant de Lennon, Elton John, Al Stewart, ChrisDeBurg, Billy Joel et du CSN. C'est poétique, sec, du ménestrel psychédélique à flute. Indispensable.

Alan Hull 1975 « Squire » label : warner bros

Ernie Graham est irlandais, né en 1946, il a joué avec Hendrix, les Floyd et Soft Machine. Sa discographie est dispersée, avec comme nom de groupe Eire Apparent ou Clancy. Son unique album solo sorti en 1971 est éponyme. C'est un autre troubadour d'époque, il transmets la fièvre d'arpenter les sentes champêtres à dévaler sur des paysages de blues rural. C'est aussi un poète avec des ondes Fleetwood Mac début 70's, ou Clapton quand il habitait au 461 Bd Ocean. Il y a même une virée celtique avec violon, le superbe « Belfast », entre le CSN à nouveau et les Pogues. Ernie est plus chlorophyllien, plus proche de l'air, tout en gardant un œil sur la country de son littoral.

Ernie Graham 1971 « Ernie Graham » label : liberty






Jacques Higelin 1998

  Oh la belle vie sous la pente quand gamin je suis monté sous les toits pour dormir avec devant moi les grandes plaines qui s'offraie...