dimanche 31 mars 2013

Murat Toboggan




Les accords floconnent, lancinants, réguliers, doucement, comme quand il neige, un gimmick de cordes ouatées, chute lente d'écho en couches de chants en charpie de voix troubles superposées, et le rideau de tulle épais s'abat d'une lenteur. Chaque note est chargée d'eau glacée, chaque battement de cœur est figé par le son acouphène du drapé qui s'abat.
La vitre est givrée, « aimer c'est être aimé », le cœur en chair armée a beau bâtir des cloisons scellées, la vanité et les saisons viennent enduire la texture des sentiments. Et si l'émotion véritable n'étais qu'un grand gouffre marin ?
« Et quand passe la neige en tourbillonnant ».. le ronronnement se fait attendre, « chat noir suppliant.. que l'espoir laisse au printemps chanter la grive en tourbillonnant »... L'hiver se traine,il y a quelques jours je ne supportais plus, je me console avec « Toboggan ». « Le froid de l'hiver est cruel ».. comment savait-il qu'il allait nous cuir l'épiderme jusqu'à la gerçure cérébrale.
La biologie, la vie, la Belle... ma Belle... entraperçue au détour d'un chemin longeant la ferme vivante d'une basse court et d'un clapier mordoré. « Belle » et cette note légère en boucle qui dessine sur un visage la beauté que l'on imagine devant un alignement mégalithique.
La nuit, la nature se dirige vers le ventre des mères, devant les tanières, apprend à s'orienter au beau milieu des marais humaines. Des cristaux attaquent l'œil en scintillements de glaciers lointains.


Chaque album de Jean-Louis Murat est une teinte dans la fêlure, la lueur et la lumière. Si l'on a l'impression que rien ne bouge, c'est ne plus imaginer que la neige légitime peut dicter la mélancolie au forsythia qui lutte. La chandeleur est une étape lumineuse que le flocon ignore, bien fait pour nous, mathyr capitaliste.
Et les cuivres graves au loin sonnent l'alali comme on entonne un chant sombre des horizons carbones, juste piqués de quelques flèches éphémères séculaires.
Des cordes douces pour l'âme, des jeux de voix pour l'amour, des cuivres arrière plan pour le contraste, et le clavier nébuleux de Slim Batteux pour le ciel.

On a pas idée comment l'on glisse sur la poésie, on a beau nous prévenir sur le dérèglement du ciel, nous dire que le vrai poète se faufile dans les collines en VTT, que le chemin des poneys peux se poudrer, que les Mont d'Or se blanchissent comme nos tempes. C'est pas pour autant qu'il faut se morfondre comme je le fais dès que la froidure s'abat sur mes tempes.
« Toboggan » vient comme un pote de toujours pour me dire, me chuchoter que la boue froide des lopins de nos âmes est une virée dominicale emmitouflée et encapuchonnée jusqu'au cœur.
 
Extrême solitude, l'envie de garder la terre collée aux crampons tout en pensant au cœur de cette fille au vent sec, à l'odeur du bois coupé, cette poule d'eau frileuse.
Une nouvelle introspection qu'il faut garder précieusement..je veux des couleurs immortelles...

Orion résiste, et semble vouloir rester devant cette acharnement à nous saupoudrer la chevelure. Je n'implore plus le ciel, Murat chante l'hiver.
Son dernier album est un nouveau régal, hivernal, intime et lent, pas de batterie, ni de basses, juste la terre et le vent de collines, des angoisses comme un leitmotiv..que du jeu, des nuances et des teintes, quelques accords de guitares engourdis, un piano calfeutré, et des cuivres tellement papier peint qu'on oublie qu'ils sont là pour nous mijoter le bulbe.
Qui est près pour la culbute ?

Je suis planté dans le 19 ème siècle, impressionnistes littéraires et d'huiles, et le troubadour qui pense que l'amour est fait pour les héros happe ma nostalgie, et comme il faut rompre avec les contraintes, on s'isole, on regarde le froid mordre et le sucre glace voltiger. Murat est le seul.
Peut on encore fumer une clope, mettre la main au cul d'une fille, pisser dans la rue, l'asepsie est une tendance, le plat un appas. Tellement d'artistes sucent le rond rond et boivent l'eau tiède.. Murat est le seul, juste dans la langue, la note et l'invitation terreuse et vitale. La profondeur.
Laisser dans l'ombre, attendre en espérant desjours meilleurs .. déconfiture, détripotage.......débâcle extrasensorielle.


Jean Louis Murat 2013 « Toboggan » label : PIAS/scarlett




samedi 30 mars 2013

Eleh




Gamin, j'étais subjugué par l'astronomie et le cerveau accaparé par l'infiniment grand. Je passais alors des heures la nuit à scruter la voute. De fil en aiguille, le cartésien m'a lâché et la physique fait défaut. Mon métier aujourd'hui, c'est l'infiniment petit, un signe moi qui ai le vertige. Pourtant la hauteur existe toujours quand je suis collé à l'objectif pour observer les canopées aspergillaires.
Quelle chevelure rasta-brune cet aspergillus niger qui jaillit de l'agar-agar caramel. Une purée de malt non fermenté fait bander et tanguer ses arbres virulents de troncs fragiles et fins, et si les alvéoles pulmonaires se rebiffent à leur contact, les yeux eux s'émerveillent comme s'ils étaient collés au hublot d'un satellite géostationnaire, à regarder la forêt amazonienne.
Touffe brune, mousse noire sur fond crémeux de miel, une simple ecchymose d'orange fait naître un monde végétal organisé sous la voute concave d'une lentille microscopique.



Tout est rond, boucle, ellipse, rien ne déroge aux cycles, à la biologie dictatoriale, le matériel génétique s'envole dans le ciel et se noie dans le cytoplasme, cellules ou grains de pollen. Nous tournons en rond et revenons sans cesse au même endroit, quelque soit la fréquence. Les convections, les saisons, les menstruations, la desquamation, la méiose, circonvolution, quartier de lune, spermatogenèse.... et même si nous fuyons le temps qui passe, l'horloge biologique est le seul chef d'orchestre.
J'ai dans mes oreilles la bande son d'un monde micrométrique, le film sonore des cycles biologiques à balayage électronique, un monument bruitiste intracellulaire immobile. Les cellules communiquent entre elles et s'il existait un micro microscopique pour capter les textures, on entendrait ceci. Si l'on sait écouter les étoiles, Eleh et son épopée sonore nous plongent dans la communication trépidante des cellules aspergillaires brunes. Nos oreilles transmettent à notre cerveau l'insignifiance de nos yeux, l'aveugle réalité des mondes parallèles. Boucles biologiques, pulsations, modulations, battement, fréquences, membranes, périodes, drones et grouillements.. le son du cosmos cytoplasmique.


Gamin j'avais la tète au dessus des nuages, l'infini noir me happait. En grandissant, j'ai fait un voyage immobile inversé, vers l'infini blanc du monde moléculaire, cet autre univers galactique. Et s'il y avait une autre vie quelque part, sur un astre atomique, sur un neutron astéroïde. Gamin … je n'ai jamais eu les pieds sur terre, et j'ai surement dû me croiser quand je suis allé des années lumières aux nanomètres. Je ne sais pas quand. Eleh où s'éloigner de soi, collapsus immobile. La boite crânienne est une capsule prête pour le décollage. La réalité des choses n'est pas un mystère, le zéro de l'échelle est un point de départ, nous sommes tous à la croisée de l'abysse et de l'ordonnée, je me laisse décanter vers l'infiiment petit.

Eleh vient de regrouper dans un triple album deluxe édité en 1000 exemplaires, un assemblage sonore, une expansion de tonalités, une profonde synthèse, un travail d'introspection sonore à la profondeur rarement atteinte. Un voyage dans un monde parallèle que l'on définira selon son imagination. Cette heure et demi peut rendre fou si l'on prend le temps de se laisser pénétrer par u autre monde.
Eleh se ballade depuis 1998 de Touch à Important, ses deux agences de voyages surréalistes.



Eleh 2013 « Retreat, return & Repose » label : important.
http://importantrecords.com/imprec/imprec369







vendredi 29 mars 2013

Luca Sapio



On garde l'air ensoleillé de Josh Rouse, sauf que sur ce littoral là, les degrés celsius ont gravi les échelons et les petites amourettes ont pris du plomb dans l'aorte.
Les guitares injectent des yeux torrides et les cuivres arrondissent les hanches. Quatre notes et ça tangue grave, la gorge ne s'égosille plus de sourire innocent. Cette histoire, c'est du sérieux, un peu plus de douleur dans les cellules, et le désir orchestre le rythme. Le blues moite met du vent dans la chevelure féline.
Luca Sapio est italien et héberge dans ses cordes vocales des substances de Ray Charles, Ben Harper, Curtis Mayfield, ou Shawn Mullins et Shane Murphy pour la couleur de peau.
Si avec Josh Rouse, nous foulions le sable chauffé par le soleil du zénith, avec Luca Sapio, nous sommes assis sur le muret panoramique, au crépuscule, devant un coucher de soleil magnétique à chercher les mots pour lui dire que j'arrête de vivre pour elle.
Je découvre cet artiste en plein manque de canicule. Le soleil monte et chauffe le dos, mais l'air est toujours froid.. Luca Sapio, une énorme surprise soul pop de la botte italienne.



Luca Sapio 2012 « Who knows » label : ali bu mayé


 

jeudi 28 mars 2013

Josh Rouse



Depuis que Josh Rouse a troqué son Nebraska natal contre les collines ensoleillées de la Castille, sa musique s'est éclaircie d'un azur arachnéen.
Une pop à flâner, des ballades insouciantes, la musique de « The happiness waltz » prend des allures luxuriantes et légères. Pas de fantôme tropical ici, pas de mélancolie ténébreuse non plus, de la pure romance pop façon Paul Simon avant que Graceland ne l'emmène sur d'autres terres.
Une virée chaleureuse pleine d'oxygène et l'on croirait passer des vacances au milieu d'un groupe d'amis à la recherche de petites amourettes sans conséquences. Le cerveau en chemisette de lin, la nuque rougie par un soleil taquin, les poumons pleins d'iode, le dixième album de Josh Rouse est un pur appas, un instant de légèreté sans pour autant pencher du côté mièvre. « The happiness waltz » est un album qui tient bien la route et "This movie's way too long" se dessine déjà comme un tube d'été... puis "A lot like magic" aussi ... etc


Josh Rouse 2013 « The happiness waltz » label : yeproc
http://www.joshrouse.com/
https://www.youtube.com/watch?v=VUByYdaTeVY



mardi 26 mars 2013

Songs:ohia 2000



Il y a quelques temps, j'ai choisi un morceau de « Ghost tropic » pour le Jukbox de chez Jimmy, histoire de pleurer dans ma bière.
« Ghost tropic », « Vahiné ma soeur .. la vie n'a pas plus d'épaisseur que la feuille de l'arbre... »
 

Noir absolu. Tendu comme un océan.
Slow core, slow blues.
Noir recto verso, noir in vivo.
Slow life.
Intime incantation.


Songs:Ohia 2000 « Ghost tropic » label : secretly canadian








dimanche 24 mars 2013

JL Murat 2013 - expo




Complètement coincé entre ma sortie VTT, des airs de poète ménestrel qui m'accapare le cerveau, une expo locale et le prix de "la route du blé" pour moi le beauceron, mon cerveau est un labyrinthe grisé par les arborescences humaines de tout horizon.
J'expose deux toiles depuis deux jours dans mon village, l'une d'entre elle a raflé un prix, le chéri de ma grande m'a déposé le dernier Murat en vente prématurée dans la ville la plus proche.. Murat le vététiste du Mont d'Or, le poète, l'artiste, cette journée est troublante..il fait toujours froid dehors, 4°c, c'est pas loin qu' « Il neige », et avant de m'écrouler, j'écoute en boucle « Amour n'est pas querelle ».
Bizarre d'aimer autant d'individus quand on est un solitaire.


Jean Louis Murat 2013 « Toboggan » label : pias/scarlett

samedi 23 mars 2013

F.S.Blumm & Nils Frahm



Ce disque là est un déconcertant paysage pointilliste. Les notes minuscules dansent un menuet intime de chambre et les notes délicates s'égrainent en flottant, comme la poussière de pollen qui se réveillent doucement après une éternité de peaux hérissées près du zéro celsius.
L'aulne, le noisetier et le cyprès soufflent leur poussière féconde, marimba, trompette, vibraphone et clarinette viennent siffler leurs couleurs
Égrener, semer.. des particules qui engendrent, de la poussière fine qui susurrent aux oreilles la mitose, une certaines idée de floraison. La jachère va se farder de teintes fauves.
Erased tapes vient percuter Morr music, Nils Fraham en duo avec F.S Blumm, guitare, piano, des invités, des idées printanières, j'ai jamais senti une telle fraîcheur depuis Flim chez Tomlab.
Quelques palettes nabis et naïves se construisent autour de cette musique bicéphale.
« Music for wobbing/music versus gravity », une fleur jaune de cadmium et son abeille dansent , « Music for lovers/music versus time » et les cuivre appellent au cobalt pur du ciel sans voile.

Ce double album bleu et jaune est un jeu formidable entre deux paysagistes rêveurs, un néoclassique jazz dépouillé, d'une candeur contagieuse. Hypnose.

Un délice à guetter le réseau aéroporté des grains pollens accrochés aux mollets d'apidés.



F.S.Blumm & Nils Frahm 2013 « Music for lovers-music versus time / Music for wobbling-music versus gravity ». Label : sonicpieces

http://www.sonicpieces.com/sonicpieces016-2.html
en écoute intégral sur le site.



Arab Strap 2026

  Une langue purée sur des idées embrumées, " You you you " se frotte à Baxter Dury en plus crade. Le dancefloor pue des reins. Ch...