jeudi 20 octobre 2022

Seb Martel - 2022

 


Je ne me souviens plus qui a dit qu'il valait mieux une guitare 12 cordes que la discorde.

Le son de cet instrument est pour moi une thérapie.Des accord qui s'égrainent comme on s'aime. De l'objet il est amoureux, Seb Martel depuis bien longtemps est en accord avec sa guitare, ici et un peu partout, son jeu se pose, inspire et construit.

Un album tombe du ciel, aucune couleur, que des nuances, des contrastes, une pluie de lueurs. Des cordes comme il peut en tomber dans un doux déluge de pluie fine, de bruine fantastique, de tendre averse, un crachin amoureux.

L'objet entre les main devient météorologique, délicat, il accompagne la toile et martèle nos sensibilités, longe les inspirations cellulaires, embrasse les cœurs. Plein de monde avec lui, des collaborations, dans les galeries, partout des guitares, celles du Musée de la Musique qu'il utilise ici, innombrables, unique collection à sa merci. Même celles enfouies dans la réserve ont été enlacées par ce musiciens hors-norme.

En pleine pandémie, Seb Martel s'est recroquevillé à la Philharmonie sous des pluies de cordes pour créer cette œuvre où ne chantent que des guitares de tout temps et quelques invités de maintenant.

 

 

Seb Martel 2022 « Saturn-63 » label : Infiné


jeudi 13 octobre 2022

Pierre Barouh - 1982

 


Le lierre d'Irlande au dessus des Cyclamens épouse les nuances de rose. Même le cèdre a déjà aspergé sa lourde poudre jaune, la saison du pollen touche à sa fin. Du séminal, du vital, la reproduction par les airs font des plantes des espèces supérieures. Depuis le temps qu'on nage, qu'on rampe à la recherche d'un liquide pour se répandre, se reproduire, patauger vers l’œuf.

Des muqueuses, le pollen s'en branle, lui c'est le vent .


Le séminal dans les airs, un peu comme la musique en fait, se nourrir sans cesse des notes et des verbes, des ondes et des vibrations. Jouir des harmonies. Nos cellules se multiplient non pas dans les airs mais sous des airs, sous influences, faut trouver le liquide.

Il n'est pas impossible que quelques mélodies, quelques phrases superbement alignés aient caressées mes brins en hélice, mon escalier vrillé de bases azotées qui n'en finit pas.


Quand j'écoute Bertrand Burgalat, il me ramène sans cesse vers Pierre Barouh. Le timbre, la voix, le chant certes .. mais pas que. L'esprit sûrement.

Et là je me dis, le pollen a fait son boulot..il flotte et féconde. Tout est cyclique, ressac, hélice, elliptique, tout tourne, tout revient, danse perpétuelle, pas rond totalement.

Des semences, rien n'a jamais été totalement pur, vierge de toute influence, toujours une trace de protéine qui traîne, un nucléotide qui se ballade, des tronches de cultivar qu'on semble avoir déjà vu quelque part, une situation déjà vécue, ou rêvée, un album comme une arborescence qui ouvre sur d'autres cosmos, des choses qui flottent inertes, d'autres qui exhalent, exaltent, qui se posent et font renaître.

Du pollen partout où que ce soit. Saravah, pollinisateur.


Pierre Barouh 1982 « Le Pollen » chez Saravah

vendredi 30 septembre 2022

Pink Floyd (2018 Remix) 2022


 

Il fallait que je franchisse le marbre au seuil, passe sous la voute de pierres de la belle boutique Art et Musique, un des disquaires de Chartres, pour que je puisse écouter « Animals ». Oui, à l’époque il y avait plusieurs disquaires dans cette vieille ville à clochers ; « La Pie qui chante », « Leguay », Pierrot et ses bacs d’occasions « Abbey Road » et puis « Art et Musique » donc, Hi-Fi dès l’entrée, vinyles et cassettes au sous-sol. Au beau milieu du temple dans lequel mes poches se vidaient, au dos d’une grande femme brune à cheveux courts et bouclés, une cabine en verre pour écouter un opus avant de l’acheter était ouverte à tous.

Mon cerveau subjugué par la pochette, mes oreilles affamées réclamaient. Les lycéens de mon espèces se bousculaient et ça grouillait de passionnés, ébullition musicale, l’œil curieux et l’esgourde aux aguets. C’est au bout de la troisième écoute à la troisième semaine, que la belle dame de la cabine me lança en rangeant la galette dans sa pochette « eh mon gars, c’est la dernière fois.. la prochaine tu l’achètes. Eh.. j’te dis ça comme ça, y’a du monde, juste y’a plein de nouveautés et je n’ai qu’une seule cabine ». C’est vrai que c’est elle qui avait le saphir en main et que pour cette troisième écoute je lui avais demandé la face B… histoire de faire le connaisseur, le dubitatif, histoire d’éviter d’acheter une daube…. Sauf que je crevais de devoir attendre quelques caillasses de plus pour pouvoir me le payer ce beau vinyle à l'usine cochonne. Pas un rond, tellement de disques sur ma liste, et cette merveille qui me nargue, ce son unique, déjà j’ai séché la cantine pour grimper vers le centre et cette cabine en verre… J’en rêve la nuit, je suis pas bien, « Animals » on est mal, cet album d’un de mes groupes que je mets au pinacle, bien au-dessus de tout… On ne détrône pas le culte de l’adolescence. Il sera en définitif, mon album préféré du groupe.


50 balais bien tassés, je passe vite fait à la FNAC Montparnasse il y a quelques jours, et sans trop réfléchir je prends le Remix 2018 d’ « Animals », sans lire, ni écouter, une petite jubilation mais totalement retenue, un contrôle de quinqua quoi. Je suis effectivement dans le déni d’émotion, pourtant Roger et David sont toujours dans la chamaille, comme à la belle époque. Des gosses .. comme moi.

Qu’est devenue cette dame à la cabine remplacée par mon téléphone Spoti à l’écoute illimité sans aucun mérite, ma cabine plate et minuscule, la bave aux lèvres en moins, le slip tout sec, les artères ramollies et la rage au fond des groles.

Je n’écouterai ce disque qu’une fois arrivé chez moi, sur ma chaine, à travers mes enceintes grandes comme des placards, comme un rituel, comme si je découvrais la chose inabordable à l’époque, solennellement, en pensant à cette cabine de verre alléchante, ce vaisseau formidable, cette alcôve fantastique au creux de laquelle je décollais quelques minutes avant de dégringoler à nouveau la rue Saint Pierre pour mon cours de physique de 13h30, bredouille et affamé. Je lui aurais mangé la bouche à cette grande et belle dame des vinyles pour qu'elle me remette "Pigs" une quatrième fois. Je crois bien en plus que je l'ai acheté en grande surface entre la charcute et le surgelé pour 10 balles de moins.

Comment ça ?? Arnaque ? Fumisterie ? buziness ? une pièce réchauffée de plus ?.. peut-être, j’m’en fout royalement...laissez-moi tranquille, j’essaye d’être gosse à nouveau, je convoque mon adolescence chevelue.. pour une soirée. Je vous laisse, j’ai un CD Remix 2018 sans bonus à la pochette transformée à écouter, comme dans une autre vie .. ce soir je suis adulescent au milieu des chiens, du mouton et des cochons.

Pink Floyd (1977/2016/2018/) 2022 « Animals »

vendredi 16 septembre 2022

Dominique A 2022

 

Mourir d'amour c 'est des conneries, ça ne veut plus rien dire, un truc naguère de poètes des temps reculés. Addiction, fixation, obnubilé en vain écroulé au pied de ce temple sans cesse farfouillé, le groin fixe à la recherche des fragrances, des poésies. Plus beaucoup de sentiments à la foi.

Et l’athée reste pétri d'émotion immergé dans cette nef, en pâmoison au creux de l’édifice religieux, le souffle court étourdi par les voûtes, abrité par les blocs, noyé par le volume silencieux. « Ce que nous disent les roches mon amour ». Et l’ardoise en flèche traverse le cobalt nuageux.

Le tourisme est un fléau, une nuisance biologique du troupeau affamé d’hôtels clinquants et de vols faciles, catalyseur de destruction lente, de bruyants épicentres nauséabonds, tous donnaient en haut en bas, et même sous la surface. Impossible de bouger son cul du canapé, de sortir de ses plaines courtes, l’horizon en fantasme, le sédentaire dévore sur son écran la moindre invitation au voyage. Tout voir, s’émouvoir sans se mouvoir.

« Le monde réel » commence comme un Mark Hollis, tout est suspendu au silence. Il flotte comme une mélopée jazz boréal, la belle chanson d’ici sur des ondes de Bed à la Burello. « Nous n’irons loin qu’avec les autres » boxe avec la misanthropie du voyageur immobile, la foi disparue du vieil agnostique. L’amour, c’est juste une question d’échelle, d’angle.

L'amour à en crever ne serait qu’un fantasme, un trompe l’œil.. je suis là à tes côtés, rassuré à l'idée de te longer au quotidien, pétrifié cent fois par tes gestes, comme on visite une église, comme on jouit d'un grand voyage lointain et immobile émerveillé par cette danse, allongé. Les semelles collées à la grasse terre brune, le cerveau a déjà quitté l’air respirable.

Vivre d’amour. Et les jours défilent. Tout respire nous.Regarde tout ce monde, vois, il n’y a personne. Septique des lettres majuscules, je bois à ton bénitier, je scrute tes landes, tes marées et toutes tes dunes. Isolons-nous du bruit mon âme, le tumulte est pour les farfouilleux, laborieux et peinge-culs, le bétail abasourdi. Mords ma peau, accroche-toi à l’écorce, ne nous délayons pas dans cet amas, je te tiens, tu me tiens pas nos belles fossettes.

Dominique A 2022 « Le Monde Réel » label : Cinq7

vendredi 9 septembre 2022

MANSET 2022


 

On a pris un sacré coup d’automne sur la couenne depuis une poignée d'heures. Des peaux qui pèlent à la pelle s'envolent comme du pollen. Nos haleines fatiguées avec. Ça souffle chaud vers ces bas nuages océaniques à la rescousse de la croûte asséchée.

 Ecchymoses à bout de bras sur les branches, la cellulose a des allures de pierre. La paume sur le tronc, comme on console un vieux pote, le remord de lui avoir dérobée son futur. Si nos larmes pouvaient arroser.
Alors dans mes bras aussi, je laisse mes enfants venir cogiter, le temps d'un éphémère abandon. Suffisamment lourd pour que le fluide magnétique passe et que l'on cause des astres.


Il est possible de faire le crustacé, de rester là, éberlué pour une louchée de secondes éternelles à contempler parmi les crabes, oubli le désastre. Tel un bulot bucolique, une fois la marée débinée, je reste à prendre l'air. Tel.


Les corbeaux me ramènent à ma Beauce, peut-être avec le bordel climatique un jour le Goéland viendra bouffer nos bloches sur ma motte. Déjà les mouettes blanchissent la coulée verte, des sardines dans le réservoir de Montsouris ?  j'y crois pas une seconde.Rien a changé, un nouveau Manset quoiqu'il arrive. Quoique l'on puisse penser. Ne rien lire, ni appréhender. Le prendre comme une respiration ou pas, on a beau déboiser, expirer, replanter comme on va à confesse, les graines séculaires enfouies guettent nos égards, notre légèreté, notre fuite. La patience inébranlable du revivifiable, quitte à passer par l'irrespirable, sourde.

En attendant, le facultatif s'étend, nous respirons timidement, la demi-molle du plexus fait rage.


Gérard Manset 2022 « Le Crabe aux Pinces d'Homme »

vendredi 2 septembre 2022

Dan Baird 1996

 


« Fiston, méfie-toi des Mephisto » m'a soufflé un vieux sage, « éloigne-toi du clan Campbell » appuya-t-il ricanant. Baird alors, tout brûle dehors faudrait pas qu'on laisse la strato se taire. Rick & Thunderbird en stratosphère, lunette ronde à se faire bannir la raie sous un haut de forme, le père Fouras en surfeur retraité a quitté son fort en paddle pour s'échouer sur la cote comme un vieux poulpe. « J'ai vu de la lumière » a t-il bavé.


Ian Gillan chante du Mellencamp, Escovedo sort suffoquant des flots avec son tuba en cuivre, les vieux berniques se dandinent autour d'un feu de palettes. Plus haut dans sa résidence des dunes, Bob Seger ricane face au vent.

Les cendres sucent le sel du sable, un feu follet menace les astres, tous les branleurs radinent. Anders attend son solo, au milieu comme surgi des flammes Dan riffe la sécheresse comme un diable, les cous perlent, les plèvres morflent, la génuflexion rode. Le brasier lève son drapeau rouge, ne pas se noyer, « On my way » et la biafine coule à flot. Tous sur le qui-vive pour faire fuir la moindre biquette et ses joufflus en intrusion.

Les arthroses hurlent à la mort, si les langues pendent c'est pas pour fredonner « Sympathy for the devil », on va plutôt mettre le chapeau de Tom Petty, puis ses lunettes aussi, danser du chamanique et se laisser cuire le cul.

Chapeau les mecs.


Dan Baird 1996 « Buffalo Nickel » label ; American recordings

dimanche 14 août 2022

Mike Campbell & the Dirty Knobs 2022


 

Je n’ai pas vu le Poa du temps passer. Ma platine ne demande qu’à cracher, ma plaine a le crâne rasé, le chaume sur le haut du caillou des âmes. Les graines perdues des récoltes ont grillées sans le moindre espoir de pouvoir germer à nouveau. Cuites à peine tombées. Hécatombe arboricole, un « été de canadairr ».

Et la foule affamée en partance. Accélération des artères, AVC d’autoroute, la fourmilière pousse, la transhumance suffocante des bipèdes en congés. Rendez-vous tous au même endroit, vous nous avez tellement manqués. Nous allons avec vous. Nous reviendrons tous ensemble.

Un carré de sable salé pour quatre, un névé disparu dans la nuit âpre, la méga lune yeute anxieuse le bleu en boule, pourvu qu’ils ne viennent pas me bousiller mes mers (ou mémère. Au choix).. « Arrêtez-vous toutes les 2 heures », obligé pour Mars il y aura une aire de repose sur ma poussière cendrée. Il faudra installer des bornes électriques pour charger le véhicule intersidéral. EDF on the moon. Les vacances de monsieur Bezos. L’espoir du Yak, l'homme moderne reluque la planète rouge.

Des colonnes de fumée sur tout le trajet, la profonde Lusitanie brûle, comme la Castille y Léon, Brocéliande, les Landes, le bel Aveyron, Zamura, même la fraîcheur anglaise se parfume des odeurs d'incendie .. le thermomètre de la bagnole fait le grand huit, Salamanque, San Sebastian, Guarda, Poitiers, puis mes pénates beauceronnes aux allures texanes.. le regard hagard de mes merles comme un Mad-Max Hitchcokien d’une planète de charognards, près à gober un œuf pour une goutte d’eau… Bientôt le déluge … ?? pour moi, ou pour nous .. allez, juste un déluge (Décidément Belin très présent).

Les péages défilent, les paysages se se débinent, dans les portières, le rond de membrane tremble. Tom Petty me manque, Mike Campbell est là et crache son « External Combustion » tout neuf. Monstres de feu, l’inéluctable flamme, lave des enceintes.

Toutes les contrées traversées ont eues raison des graminées, libres ou fauchées. Des arbres aussi. Les conifères crépitent comme des vieux microsillons . La cuisson des herbes folles, toujours droites, et fières , l’alopécie précoce des horizons. L’automne en août. Et dire que ma grand-mère nous rabâchait qu’il n’y avait plus de saison sa bonne dame. Mémé, viens voir la gueule du truc, on va danser tous les deux sur « Dirty job » crénom d’un chien.

J’ai mis les persiennes, les degrés grimpent quand même, j’ai chaud dedans, je sue dans mes murs, à mon avis Mike y est pour quelque chose.

Mike Campbell & the Dirty Knobs 2022 « External Combustion » label : BMG

Jacques Higelin 1998

  Oh la belle vie sous la pente quand gamin je suis monté sous les toits pour dormir avec devant moi les grandes plaines qui s'offraie...