Je ne me souviens plus qui a dit qu'il
valait mieux une guitare 12 cordes que la discorde.
Le son de cet instrument est pour moi
une thérapie.Des accord qui s'égrainent comme on
s'aime. De l'objet il est amoureux, Seb Martel depuis bien longtemps
est en accord avec sa guitare, ici et un peu partout, son jeu se
pose, inspire et construit.
Un album tombe du ciel, aucune couleur,
que des nuances, des contrastes, une pluie de lueurs. Des cordes comme il peut en tomber dans
un doux déluge de pluie fine, de bruine fantastique, de tendre
averse, un crachin amoureux.
L'objet entre les main devient
météorologique, délicat, il accompagne la toile et martèle nos
sensibilités, longe les inspirations cellulaires, embrasse les
cœurs. Plein de monde avec lui, des collaborations, dans les
galeries, partout des guitares, celles du Musée de la Musique qu'il
utilise ici, innombrables, unique collection à sa merci. Même
celles enfouies dans la réserve ont été enlacées par ce musiciens
hors-norme.
En pleine pandémie, Seb Martel s'est
recroquevillé à la Philharmonie sous des pluies de cordes pour
créer cette œuvre où ne chantent que des guitares de tout temps et quelques
invités de maintenant.
Le lierre d'Irlande au dessus des
Cyclamens épouse les nuances de rose. Même le cèdre a déjà
aspergé sa lourde poudre jaune, la saison du pollen touche à sa
fin. Du séminal, du vital, la reproduction par les airs font des
plantes des espèces supérieures. Depuis le temps qu'on nage, qu'on
rampe à la recherche d'un liquide pour se répandre, se reproduire,
patauger vers l’œuf.
Des muqueuses, le pollen s'en branle,
lui c'est le vent .
Le séminal dans les airs, un peu comme
la musique en fait, se nourrir sans cesse des notes et des verbes,
des ondes et des vibrations. Jouir des harmonies. Nos cellules se
multiplient non pas dans les airs mais sous des airs, sous
influences, faut trouver le liquide.
Il n'est pas impossible que quelques
mélodies, quelques phrases superbement alignés aient caressées mes
brins en hélice, mon escalier vrillé de bases azotées qui n'en
finit pas.
Quand j'écoute Bertrand Burgalat, il
me ramène sans cesse vers Pierre Barouh. Le timbre, la voix, le
chant certes .. mais pas que. L'esprit sûrement.
Et là je me dis, le pollen a fait son
boulot..il flotte et féconde. Tout est cyclique, ressac, hélice,
elliptique, tout tourne, tout revient, danse perpétuelle, pas rond
totalement.
Des semences, rien n'a jamais été
totalement pur, vierge de toute influence, toujours une trace de
protéine qui traîne, un nucléotide qui se ballade, des tronches de
cultivar qu'on semble avoir déjà vu quelque part, une situation
déjà vécue, ou rêvée, un album comme une arborescence qui ouvre
sur d'autres cosmos, des choses qui flottent inertes, d'autres qui
exhalent, exaltent, qui se posent et font renaître.
Du pollen partout où que ce soit.
Saravah, pollinisateur.
Il fallait que je franchisse le marbre
au seuil, passe sous la voute de pierres de la belle boutique Art et
Musique, un des disquaires de Chartres, pour que je puisse écouter
« Animals ». Oui, à l’époque il y avait plusieurs
disquaires dans cette vieille ville à clochers ; « La Pie
qui chante », « Leguay », Pierrot et ses bacs
d’occasions « Abbey Road » et puis « Art et
Musique » donc, Hi-Fi dès l’entrée, vinyles et cassettes au
sous-sol. Au beau milieu du temple dans lequel mes poches se vidaient, au dos d’une grande femme brune
à cheveux courts et bouclés, une cabine en verre pour écouter un
opus avant de l’acheter était ouverte à tous.
Mon cerveau
subjugué par la pochette, mes oreilles affamées réclamaient. Les
lycéens de mon espèces se bousculaient et ça grouillait de
passionnés, ébullition musicale, l’œil curieux et l’esgourde
aux aguets. C’est au bout de la troisième écoute à la troisième
semaine, que la belle dame de la cabine me lança en rangeant la
galette dans sa pochette « eh mon gars, c’est la dernière
fois.. la prochaine tu l’achètes. Eh.. j’te dis ça comme ça,
y’a du monde, juste y’a plein de nouveautés et je n’ai qu’une
seule cabine ». C’est vrai que c’est elle qui avait le
saphir en main et que pour cette troisième écoute je lui avais
demandé la face B… histoire de faire le connaisseur, le dubitatif,
histoire d’éviter d’acheter une daube…. Sauf que je crevais de
devoir attendre quelques caillasses de plus pour pouvoir me le payer
ce beau vinyle à l'usine cochonne. Pas un rond, tellement de disques sur ma liste, et
cette merveille qui me nargue, ce son unique, déjà j’ai séché la cantine pour
grimper vers le centre et cette cabine en verre… J’en rêve la
nuit, je suis pas bien, « Animals » on est mal, cet album
d’un de mes groupes que je mets au pinacle, bien au-dessus de tout…
On ne détrône pas le culte de l’adolescence. Il sera en
définitif, mon album préféré du groupe.
50 balais bien tassés, je passe vite
fait à la FNAC Montparnasse il y a quelques jours, et sans trop
réfléchir je prends le Remix 2018 d’ « Animals »,
sans lire, ni écouter, une petite jubilation mais totalement
retenue, un contrôle de quinqua quoi. Je suis effectivement dans le
déni d’émotion, pourtant Roger et David sont toujours dans la
chamaille, comme à la belle époque. Des gosses .. comme moi.
Qu’est devenue cette dame à la
cabine remplacée par mon téléphone Spoti à l’écoute illimité
sans aucun mérite, ma cabine plate et minuscule, la bave aux lèvres en moins, le slip tout sec,
les artères ramollies et la rage au fond des groles.
Je n’écouterai ce disque qu’une
fois arrivé chez moi, sur ma chaine, à travers mes enceintes
grandes comme des placards, comme un rituel, comme si je
découvrais la chose inabordable à l’époque, solennellement, en
pensant à cette cabine de verre alléchante, ce vaisseau formidable,
cette alcôve fantastique au creux de laquelle je décollais quelques
minutes avant de dégringoler à nouveau la rue Saint Pierre pour mon
cours de physique de 13h30, bredouille et affamé. Je lui aurais mangé la bouche à cette grande et belle dame des vinyles pour qu'elle me remette "Pigs" une quatrième fois. Je crois bien en plus que je l'ai acheté en grande surface entre la charcute et le surgelé pour 10 balles de moins.
Comment ça ?? Arnaque ?
Fumisterie ? buziness ? une pièce réchauffée de plus ?..
peut-être, j’m’en fout royalement...laissez-moi tranquille,
j’essaye d’être gosse à nouveau, je convoque mon adolescence
chevelue.. pour une soirée. Je vous laisse, j’ai un CD Remix 2018
sans bonus à la pochette transformée à écouter, comme dans une
autre vie .. ce soir je suis adulescent au milieu des chiens, du mouton et des cochons.
Mourir d'amour c 'est des
conneries, ça ne veut plus rien dire, un truc naguère de poètes
des temps reculés. Addiction, fixation, obnubilé en vain écroulé
au pied de ce temple sans cesse farfouillé, le groin fixe à la
recherche des fragrances, des poésies. Plus beaucoup de sentiments à
la foi.
Et l’athée reste pétri d'émotion
immergé dans cette nef, en pâmoison au creux de l’édifice
religieux, le souffle court étourdi par les voûtes, abrité par les
blocs, noyé par le volume silencieux. « Ce que nous disent les
roches mon amour ». Et l’ardoise en flèche traverse le
cobalt nuageux.
Le tourisme est un fléau, une nuisance
biologique du troupeau affamé d’hôtels clinquants et de vols
faciles, catalyseur de destruction lente, de bruyants épicentres
nauséabonds, tous donnaient en haut en bas, et même sous la
surface. Impossible de bouger son cul du canapé, de sortir de ses
plaines courtes, l’horizon en fantasme, le sédentaire dévore sur
son écran la moindre invitation au voyage. Tout voir, s’émouvoir
sans se mouvoir.
« Le monde réel » commence
comme un Mark Hollis, tout est suspendu au silence. Il flotte comme
une mélopée jazz boréal, la belle chanson d’ici sur des ondes de Bed à la
Burello. « Nous n’irons loin qu’avec les autres »
boxe avec la misanthropie du voyageur immobile, la foi disparue du
vieil agnostique. L’amour, c’est juste une question d’échelle,
d’angle.
L'amour à en crever ne serait qu’un
fantasme, un trompe l’œil.. je suis là à tes côtés, rassuré à
l'idée de te longer au quotidien, pétrifié cent fois par tes
gestes, comme on visite une église, comme on jouit d'un grand voyage
lointain et immobile émerveillé par cette danse, allongé. Les
semelles collées à la grasse terre brune, le cerveau a déjà
quitté l’air respirable.
Vivre d’amour. Et les jours défilent.
Tout respire nous.Regarde tout ce monde, vois, il n’y a
personne. Septique des lettres majuscules, je bois à ton bénitier,
je scrute tes landes, tes marées et toutes tes dunes. Isolons-nous
du bruit mon âme, le tumulte est pour les farfouilleux, laborieux et
peinge-culs, le bétail abasourdi. Mords ma peau, accroche-toi à
l’écorce, ne nous délayons pas dans cet amas, je te tiens, tu me
tiens pas nos belles fossettes.
On a pris un sacré coup d’automne
sur la couenne depuis une poignée d'heures. Des peaux qui pèlent à
la pelle s'envolent comme du pollen. Nos haleines fatiguées avec. Ça
souffle chaud vers ces bas nuages océaniques à la rescousse de la
croûte asséchée.
Ecchymoses à bout de bras sur les
branches, la cellulose a des allures de pierre. La paume sur le
tronc, comme on console un vieux pote, le remord de lui avoir dérobée
son futur. Si nos larmes pouvaient arroser.
Alors dans mes bras aussi, je laisse
mes enfants venir cogiter, le temps d'un éphémère abandon.
Suffisamment lourd pour que le fluide magnétique passe et que l'on cause des astres.
Il est possible de faire le crustacé,
de rester là, éberlué pour une louchée de secondes éternelles à
contempler parmi les crabes, oubli le désastre. Tel un bulot bucolique, une fois la
marée débinée, je reste à prendre l'air. Tel.
Les corbeaux me ramènent à ma Beauce,
peut-être avec le bordel climatique un jour le Goéland viendra
bouffer nos bloches sur ma motte. Déjà les mouettes blanchissent la
coulée verte, des sardines dans le réservoir de Montsouris ?
j'y crois pas une seconde.Rien a changé, un nouveau Manset
quoiqu'il arrive. Quoique l'on puisse penser. Ne rien lire, ni
appréhender. Le prendre comme une respiration ou pas, on a beau
déboiser, expirer, replanter comme on va à confesse, les graines
séculaires enfouies guettent nos égards, notre légèreté, notre
fuite. La patience inébranlable du revivifiable, quitte à passer
par l'irrespirable, sourde.
En attendant, le facultatif s'étend,
nous respirons timidement, la demi-molle du plexus fait rage.
Gérard Manset 2022 « Le Crabe
aux Pinces d'Homme »
« Fiston, méfie-toi des
Mephisto » m'a soufflé un vieux sage, « éloigne-toi du
clan Campbell » appuya-t-il ricanant. Baird alors, tout brûle
dehors faudrait pas qu'on laisse la strato se taire. Rick &
Thunderbird en stratosphère, lunette ronde à se faire bannir la
raie sous un haut de forme, le père Fouras en surfeur retraité a
quitté son fort en paddle pour s'échouer sur la cote comme un vieux poulpe. « J'ai
vu de la lumière » a t-il bavé.
Ian Gillan chante du Mellencamp,
Escovedo sort suffoquant des flots avec son tuba en cuivre, les vieux
berniques se dandinent autour d'un feu de palettes. Plus haut dans sa
résidence des dunes, Bob Seger ricane face au vent.
Les cendres sucent le sel du sable, un
feu follet menace les astres, tous les branleurs radinent. Anders
attend son solo, au milieu comme surgi des flammes Dan riffe la
sécheresse comme un diable, les cous perlent, les plèvres morflent,
la génuflexion rode. Le brasier lève son drapeau rouge, ne pas se
noyer, « On my way » et la biafine coule à flot. Tous
sur le qui-vive pour faire fuir la moindre biquette et ses joufflus
en intrusion.
Les arthroses hurlent à la mort, si
les langues pendent c'est pas pour fredonner « Sympathy for the
devil », on va plutôt mettre le chapeau de Tom Petty, puis ses
lunettes aussi, danser du chamanique et se laisser cuire le cul.
Chapeau les mecs.
Dan Baird 1996 « Buffalo Nickel »
label ; American recordings
Je n’ai pas vu le Poa du temps
passer. Ma platine ne demande qu’à cracher, ma plaine a le crâne
rasé, le chaume sur le haut du caillou des âmes. Les graines
perdues des récoltes ont grillées sans le moindre espoir de pouvoir
germer à nouveau. Cuites à peine tombées. Hécatombe arboricole,
un « été de canadairr ».
Et la foule affamée en partance.
Accélération des artères, AVC d’autoroute, la fourmilière
pousse, la transhumance suffocante des bipèdes en congés.
Rendez-vous tous au même endroit, vous nous avez tellement manqués.
Nous allons avec vous. Nous reviendrons tous ensemble.
Un carré de sable salé pour quatre,
un névé disparu dans la nuit âpre, la méga lune yeute anxieuse le
bleu en boule, pourvu qu’ils ne viennent pas me bousiller mes mers
(ou mémère. Au choix).. « Arrêtez-vous toutes les 2
heures », obligé pour Mars il y aura une aire de repose sur
ma poussière cendrée. Il faudra installer des bornes
électriques pour charger le véhicule intersidéral. EDF on the
moon. Les vacances de monsieur Bezos. L’espoir du Yak, l'homme
moderne reluque la planète rouge.
Des colonnes de fumée sur tout le
trajet, la profonde Lusitanie brûle, comme la Castille y Léon,
Brocéliande, les Landes, le bel Aveyron, Zamura, même la fraîcheur
anglaise se parfume des odeurs d'incendie .. le thermomètre de la
bagnole fait le grand huit, Salamanque, San Sebastian, Guarda,
Poitiers, puis mes pénates beauceronnes aux allures texanes.. le
regard hagard de mes merles comme un Mad-Max Hitchcokien d’une
planète de charognards, près à gober un œuf pour une goutte
d’eau… Bientôt le déluge … ?? pour moi, ou pour nous ..
allez, juste un déluge (Décidément Belin très présent).
Les péages défilent, les paysages se
se débinent, dans les portières, le rond de membrane tremble. Tom
Petty me manque, Mike Campbell est là et crache son « External
Combustion » tout neuf. Monstres de feu, l’inéluctable
flamme, lave des enceintes.
Toutes les contrées traversées ont
eues raison des graminées, libres ou fauchées. Des arbres aussi.
Les conifères crépitent comme des vieux microsillons . La cuisson
des herbes folles, toujours droites, et fières , l’alopécie
précoce des horizons. L’automne en août. Et dire que ma
grand-mère nous rabâchait qu’il n’y avait plus de saison sa
bonne dame. Mémé, viens voir la gueule du truc, on va danser tous
les deux sur « Dirty job » crénom d’un chien.
J’ai mis les persiennes, les degrés
grimpent quand même, j’ai chaud dedans, je sue dans mes murs, à
mon avis Mike y est pour quelque chose.
Mike Campbell & the Dirty Knobs
2022 « External Combustion » label : BMG