Pour se remettre de toutes les horreurs qu’on se gaufre depuis hier, à rebrousse poil, une pochette sublime pour un contenu qui ne l’est pas moins, le tout nouveau Daho. Du grand grand Daho.
Des chansons imparables, du groove, un orchestre, tempo rajeunis, pop-soul, une fraîcheur étonnante, fidèle à lui-même, entouré d’une pléthore d’invités, Etienne Daho signe un opus époustouflant de haute qualité, un album pour le corps… et quelle pochette.
Etienne Daho 2013 « Les chansons de l’innocence retrouvée » label : polydor
L'embarras du choix pour cette entrée
fulgurante dans la septième compagnie.
Y'avait bien le groupe post Jetrho Tull,
Blodwyn Pig qui proposait des couvertures immondes fauve de cochon à
lunette; les débuts de Smog.. lui n'a jamais été bon pour ça,
pour preuve le greffier surexposé sur fond d'orage pas beau (« Knock
Knock »); les pochettes du Pere Ubu; Faris Nourallah et ses
dessins naïfs; le tout nouveau Islands... absolument ignoble a tel
point qu'il en devient inécoutable; le premier album de Nick Cave,
sublime, mais avec un cadre vert énorme; les pochettes d'Aphex Twin
déguisé en fillette; Roger Waters et son autostoppeuse; Genesis 83
(« Mama »); et même le « Magical mystery
tour »....
Bien sûr, je vous parle là des
disques qui sont bons.
L'écart se creuse sur un opus
important, à la pochette « n'importe quoi ».. hideuse et
ridicule.
Un superbe album, terriblement
historique et placé dans les devants des disques qui ont marqués
l'histoire, le Creedence Clearwater Revival. 1970 « Cosmo's
factory ».
Le Creedence, c'est 7 albums en 5 ans,
5 multi-platinés en 2 ans, un single toutes les 12 semaines, 3
albums en 69....
Avant, John Fogerty montait groupe sur
groupe, une énergie folle, des riff rockab que son frère Tom
récupère et renvoie. C'est une grève radiophonique qui permet au
groupe de jouer « Susie Q » pour les grévistes, un buzz,
et Creedence démarre comme une furie avec du Bayou brûlant dans les
amplis. Fogerty, c'est l'urgence, c'est le 45T plutôt que le 33T,
c'est le grondement, le feu, la montée fulgurante, et déjà en 70,
après deux ans de marathon, « Cosmo's Factory » brûle
tout sur son passage. Leur plus grand succès Lp.
Creedence 70, le bayou crade et blanc,
mais avec Bo Diddley, Marvin Gaye et Little Richards dans les veines,
des relectures terreuses. Loin des lévitations cosmiques des groupes
d'époque, eux s'enlisent dans la tourbe et la terre grasse de blues
bucheron.
En ouverture, « Ramble Tamble »..
7 min de chaleur torride, l'impression qu'ils sont enragés. Une rage
politique, une lave qui se répand sur la planète, ça tonne, c'est
bon et juste, ça roule et ronronne, avec en plus l'idée de pouvoir
danser dessus, tourner et gueuler à s'en foutre la tronche contre un
lampadaire. Les vibrations sont lourdes, les coups de boules à
porter d'arcades,
Sans déconner, elle est pas meilleurs
la grappe de pinard comme ça (« I heard it through the grapevine»),
avec ce gumbo la main au paquet, du gratte poil dans le calbute, de
la lave dans les artères.... le space rock motown aurait pu naître
de cette reprise.
Creedence, monte tellement haut, qu'ils
vont chuter lourdement après « Mardi gras », deux ans
plus tard.. s'écraser la gueule pour ne voir le jour qu'en 1985..
Fogerty ne s'en relèvera jamais.. le Wilson des terres grasses.
Sommet historique, disque sublime et
bouillant, une brulure blues toxique en intraveineuse..ouaih mais
voilà... le disque est enveloppé d'une pochette foirée. A peine
croyable. Je suis un fétichiste du disque, une vilaine manie qui me
fait renifler le livret, scruter la pochette, lire les crédits, je
ne conçois la musique qu'en support Lp, avec tout ce qui va avec.
Spectateur, auditeur, fan, amateur, passionné, dévoreur..de disques
et avec en sus, le fait de ne pas concevoir la vie sans musique.
La pochette ici, ne m'aurait pas dérangée
plus que ça, s'il y avait eu dedans, une grosse musique de daube
incohérente et inhérente. La seule pochette maussade de leur
discographie, collée sur leur plus grand succès. Pas un disque à
punaiser sur le mur de sa chambre ou sur le mur historique des grands
disques. Les mecs ont une pause de complaisance terrifiante,
constipés les blues man, la moquette moumoutte rouge sent la
vieille chaussette, ou le vestiaire de cycliste. Tiens, en parlant de
vélo, y'a Francis Cabrel shooté qui pédale dans la s'moule et fait du sur-place avec un bidon blanc
muni d'embout qu'on se demande bien ce qu'il y a dedans et où il va
se le mettre. Rideau noir, poutre blanche merdeuse, tableau de composition maussade, je veux bien l'urgence, mais y'a des limites.
Ce recto ci n'est pas à l'image du son
dedans, du volcan qui gronde... juste à la vue d'une telle pochette,
j'ai envie d'écouter un best of des Charlots. J'adore les Charlots,
mais c'est pas le son des Creedence, c'est pas la même histoire.
Un disque énorme, une pochette
pourrave. J'ose à peine imaginer combien il existe de disque bien
affligeants, avec en bonus, une pochette qui ne change rien à la
médiocrité du contenu.
Creedence Clearwater Revival 1970 "Cosmo's factory" label : fantasy records
La rose de Noël, belle dans son écrin
blanc vient faire la nique aux roses et rouges qui ne peuvent
survivre aux frimas. Discrète sous les feuilles bouteilles, son cœur
à elle est tilleul, et viennent lécher la lèvre du pétale, juste
histoire de dire que cette rose là est plus proche de l'herbe que
ses sœurs reines ou princesses du ciel.
Le rose meure en vielle peau de cigale
que les vanneaux chassent par leur pointillisme nuageux au dessus des
champs retournés, des vagues faces au froid.
La blanche discrètement jaillie, avec
sa tige pleine de taches de rousseur.
J'ai un figuier qui pousse plus que je
ne l'espérais contre ma façade blanche, un parterre de roses de
Noêl s'y abrite. Tous les deux resplendissent... du blanc.
La rose blanche sort des feuilles vert
bouteilles, discrètement de la terre détrempée, celle qui s'endort
après les vendanges. La lumière est courte, le soleil en peau de chagrin démissionne. La blanche nous éclaire de son tendre abat-jour de peau laiteuse.
Je ne sais pas pourquoi, dés que
j'écoute Barbara, je pense à une rose blanche. La belle d'automne,
celle que l'on cueille en hiver. La rose de Noël.
« Le dernier présent » est
pourtant sorti l'an passé, Alexis tourne et tournoie encore sur la
platine, comme un album d'ici inéluctable et incontournable. Des
mélodies entêtantes qui tanguent et dansent, tantôt électrique,
tantôt acoustique, banjo, contrebasse, basse ou gratte.
Puis Alexis, c'est un langage, un flot,
une idée de la droite qui l'agace, les rapaces de ce monde aussi.
Je me souviens de « Antihéros
notoire » en 96, de la visibilité 2002 avec « Belle
ville »..puis du reste..puis de cette soirée à l'Usine à
Chapeau, où tout proche de lui, les mélancolies aux allures de
crooner nous on embarquées dans son manège étourdissant à
pleurer. Des âmes, des gens tourbillonnent autour d'anecdotes, de
passé, comme des contes. D'ignobles nobles, des princesses de
papier, des poètes, des empires, beaucoup de vie, de sentiments.
Les musiciens qui l'entourent sont si
attachants, tellement bons, pantalon, veste, beaucoup de talent. Une
classe. Une certaine époque nous envahi, une idée d'avant, une
écriture très attachante, de la chaleur, on est bien au pieds
d'Alexis et de son groupe. Mathieu Ballet, banane grisonante,
autoharp, accordéon, clavier, costard à carreaux noir et blanc,
lunette sombre et grosse bagouze.. il a produit cet album, ainsi que
le précédent « Les affranchis », personnage
charismatique et fantastique autour d'Alexi.
La dernière fois que je me suis trouvé
devant une scène, c'était pour boire du cerveau les dernières
chansons de Bertrand Belin. Ils sont bien les p'tits gars de chez
nous, avec leur identité culturelle, leurs choses à raconter, les
sentiments et les humeurs sur de belles mélodies.
Qu'il est bon de brancher son cerveau
et son affect pour le poète, le chansonnier, le
chanteur/auteur/compositeur, un art populaire qui plonge du côté
mélancolique, politique, dans une belle marge où nous sommes de
plus en plus à nous réunir en cachette... « on apprend
pas à un porc de cesser de se gaver .. comme un porc»...des
« petits coqs », minuscules, Nick, toute sorte de
pourrissement lent où viennent picorer des « poules
surfriquées »... des « Affranchis », des
« Ronchonchons »...
Salle comble pour Alexis HK d'une petite
ville de province, chaud bouillant, suffoquant de chaleur humaine.
« Le dernier présent », le cinquième album d'Alexi HK
qui compte parmi les grands disques et les grands artistes d'ici. Le
ménestrel travaille libre et indépendant, créé au beau milieu des
vignes nantaises.
Alexis HK 2012 « Le dernier
présent » label : la familia
Mon job est basé sur le revivifiable,
je n'avance qu'avec des cellules qui repartent sur l'agar
nourricière. A peine posées dessus, elles refleurissent,
rebourgeonnent et sporulent de plus belle. Une lampée d'eau, du
malt, des sucres et le cycle redémarre, rajeunissant le matériel
génétique.
C'est un peu le même processus qui
crèche dans mon cerveau quand je mets un vieux disque sur la
platine. Le rétro est revivifiable. « Benefit », dès la
première note, déclenche, des sons, des souvenirs, une époque en
remugles... des retours comme un cycle. L'effet est immédiat, une
vieille cellule pleine de vie se pose sur la gélose de mon affect
bulbeux, une note et tout se remet en route illico.
Je vous dis ça, car depuis quelques
jours, le Jethro Tull 70 est en réedition Deluxe, hyper bien gonflé
et revitaminé. 1970, troisième album, le blues pur s'éloigne,
l'identité créatrice s'affirme, rock psyché, blues médiévale
progressif. Les barbus sont en partance pour un « Aqualung »
à venir, une autre carrière. En attendant, « Benefit »
est un album secondaire de leur discographie, que j'aime tout
particulièrement, un quatuor en évolution permanente. Des mélodies
sont à se tordre : « To cry you a song », « A time
for everything? », un ensemble assez sombre, une période
intense avec des tronches déglinguées, et une grosse production de
45T qui offrent des bonus indispensables (« Sweet dream »,
« The witch's promise », « Teacher »..).
Le
retro fait rage depuis quelques années, je n'échappe pas à
quelques retours de vinyls ou K7 revivifiables... « Benefit »
sur la platine est mon esprit refleurit de mille notes de flûte.
J'ai surement négligé cet album à
une époque, un moment où je croyais en voyant la pochette, qu'il
s'agissait d'une bande son de western...ou de quelqu'un d'autre.
Il y a pourtant peu de chose à louper
dans la discographie de Jon Spencer. Il se trouve ici, qu'il est
associé aux deux frères Dicksinson, Luther et Cody, deux autres
hors la loi au poils rugueux.
« (Chug chug) it's not ok »
me tue.
« The man who lives for love »
est un disque à placer dans les hauteurs des super bons disques de
rock de tous les temps... aussi bon, même meilleur qu'un Stones,
aussi jouissif qu'un Frank Black and the Catholics, des allures Iggy
Pop, Hendrix.... du rock'n'roll lâché dans le garage, du rockabilly
et du Boogie, du Blues abrasif, quelques ballades, du bon rock. Une
tuerie même.
J'ai ignoré ce disque, je ne l'ai même
pas reconnu dans les enceintes de mon disquaire qui le diffusait à
fond, je connais pourtant ce son Jon Spencer blues explosion et de
l'ACME.. rien, juste scotché sur place à ruminer.. « mais
c'est quoi ça bordel ».
Ah ouaih, ok, tout me revient,....
autant pour moi, je suis out au blind test, je déconne à plein
tube. Et pourtant c'est tellement évident.
Out, pas pour longtemps, comme punition
à la lacune à remplir les latrines de mon inconséquence, je rentre
avec ce disque et le passe en boucle avec le volume sonore
nécessaire. Et je me flagelle des arrangements géniaux, des idées
sonores live excitantes, du plaisir brut qui se dégage de ce set 19
tracks extraordinaire. Je me suis enduit du crade goudronneux et couvert des plumes de mon traversin pour ne plus dormir,
traverser les ruelles de ma rue, devant les badauds baveux en bagnaude, et me suis
vautrer dans un champs pour agoniser et pigner sur le blues 10min du final
« I'm so alone ».
ps : il n'existe que deux albums sous ce nom associé. Des indispensables.
Spencer Dickinson 2006 « The man
who lives for love » label : yep roc