Oh, on dirait un dimanche triste, gris
mercredi en habit dominical. Je sors de vieux vinyls, ces malandrins
de cire noire qui dansent et ondulent sur leur manège platine.
Depuis le temps que je serine avec
cette chanson de pur troubadour qui traverse les cours et les lopins
depuis tant d'années, il va bien falloir que je confesse. Angelo
Branduardi est un immense poète italien que Roda-Gil son traducteur, a attiré
jusqu'à nous.. toutes les phrases virevoltent.. la plus belle
d'entre elle que je rabâche, « la nuit semble si clair qu'on
aimerai bien mourir pour se distraire ». Comment avouer que ses
albums étaient la bande son d'une adolescence silencieuse, ou plutôt
muette, la tète embrasé d'un phare qu'on allume, pour que l'on
vienne me remorquer, quitte à s'échouer. Le silence de la campagne
a noyé les chimères que je laissais échapper de ma fenêtre. La
chevelure me rassurait et les airs dansaient comme pour raconter ma
vie au vent des plaines, des immenses hurlements muets. Du colza à
la boue de ma campagne, des troncs bavards aux fermes à grandes
cours j'avais envie de « jeter mon cœur aux poules ».
C'était bon et doux, habité par
l'absence, le pas grand chose. L'ennui souvent à des saveurs
douillettes. J'ai pu laisser murir, par la musique, la peinture qui
me brûlait les veines. Il y a « si longtemps déjà » et
« Les arbres ont grandi ». Comment peut-on écrire une
telle pureté. La même approche des paysage que Murat, en plus
médiéval. Je tiens de là, mon amour pour la musique et la nature.
Danse planétaire, exotique,
ancestrale, le voyage .. « Sans aucun doute ».. un hymne.
Je l'adore aussi.
C'est férié, un vrai temps de
Beauceron, des remugles de pochettes d'albums. Je lâchais
quelquefois ma mansarde pour enfourcher mon 49.9 et partir chercher
des vinyls de Branduardi chez un oncle peintre, à quelques
kilomètres de tortueuses départementales. Ça sent bon un vieux
disque, je leur faisais prendre l'air, une promenade au vent de ma
bécane, dans un sac US kaki authentique. Les 33T rentrent dedans,
c'était bien. Il y avait en plus dans ces pochettes là, des odeurs
de térébenthine et d'huile de lin qui m'ont imprégné la gorge et
brûlé les doigts.
Angelo Branduardi a toujours eu un
certains succès en France, 1979 et 1980, des grosses ventes avec
« La demoiselle » et « Va où le vent te mène ».
Il sort en 1981 un album intense, sans
succès aucun, son plus beau, dans la plus pure tradition champêtre
médiévale Branduardi « Confession d'un malandrin ». Ce
disque débouchera sur un triple Lp « Concerto » épique
et très très rare, pas distribué en France je crois. Angelo depuis
quelques années et une poignée de disques n'est plus diffusé ici,
dans nos bacs frileux. C'est surtout que Roda-Gil n'est plus. En
France, Angelo n'est rien sans Etienne.
J'ai le 33T devant moi, la corne
d'abondance à souvenirs, ne vous moquez pas, c'est un grand disque
de solitaire. Je ne sais même pas si c'est « inécoutable ».
Le bleu roi intense brille, je crois que je vais peindre.. malt et
bleu-roi.
« Et vive les malandrins...
mandrins et baladins » :D
Angelo Branduardi 1981 « Confession
d'un malandrin » label : musiza
http://branduardi.chez.com/confession_dun_malandrin.htm
http://branduardi.chez.com/