La grand retour du post-rock ? Juste avant la réapparition du Godspeed, une autre entité du rock qui gronde sur des étendues est revenue nous parler d’envergure. Mono sort un nouvel opus fidèlement abrité par Temporary residence, un voisin artistique de Constellation.
Plus mélodieux cette fois-ci, plus proche de la surface terrestre. Cinématographique même, avec de grands espaces symphoniques. Quelques airs de guitares rappellent Mike Oldfield et la plaine crachin Sigur Ros. De l’érosion et des embellies. Une patine de cordes lyriques qui donne de la lumière au post-rock rugueux qui a fait la gloire du collectif japonais né il y a dix ans.
La clé de contact prête pour le grand
vol. Un bail que le zingue n'avait pas vrombi, que le moteur n'avait
pas pulsé ses tour-minutes. Et pourtant ça démarre au quart de
tour, la mécanique bien huilée. Bâché, rangé, garé dans le
vieux hangar, le beau Dakota 87 loin du train du soir, sort ses ailes
reluisantes, le moteur est nickel, toujours aussi puissant, l'hélice
aussi ferme, prêt pour les envergures et les hauteurs.
Vitesse fulgurante, lente ascension
vertigineuse, chute tétanisante, le cœur de la machine s'accroche à
la carlingue, rien de défaille, la pression artérielle maintient le
cape. La syncope guette, les cordes sont tendues comme des
convections suffocantes, les tempes battent mais la veine tient bon.
Longtemps que nous n'étions pas monté aussi haut. Jusqu'à
l'apesanteur.
Pas besoin d'hélium, d'aéronef ou de
capsule pour une telle expérience, peu importe la stratosphère et
les hauts budgets inutiles, l'onanisme scientifico-médiatique... A
quoi sert d'aller ci haut pour ne rien voir, ne pas prendre le temps
de regarder, si ce n'est pour contempler les reflets bleus, la
texture des nuages, le noir galactique et l'appel de la
brume....rester à bouffer des yeux cette opportunité panoramique et
oublier l'exploit et la technicité.
Godspeed est là, de retour pour nous
montrer le galbe de l'horizon, sa fesse bleutée et ses nébuleuses
blanches vues d'en haut. « Allelujah! Don't bend! Ascend »
est un nouveau voyage immobile, strictement vertical. Celui de monter
là où il n'est plus possible d'aller depuis qu'ils ont rangé le
vieux zingue GYBE dans le hangar. Une décennie sans toucher les étoiles,
avec ces longs moments contemplatifs avant la chute libre. Le
protocole est simple, se coiffer d'un casque Hi-Fi et tourner la clé
de contact « play »... et c'est parti... c'est reparti.
L'équipage ?? le même..Amar, Bryant, Cawdron, Menuck, Moya,
Trudeau....... ..le voyage ? Pour tous.
Difficile d'aborder un tel artiste, de
trouver des mots pour traduite l'émotion injectée à l'écoute d'un
vinyle de Bertin. Comme une balade un dimanche après midi gris, dans
un parc. Borelly. « Jets d'eau, jeux d'oiseaux tranquilles,
acte petit jeté aux oiseaux... ».
Le temps imbécile, la terre, toujours
une terre qui colle aux semelles. Des granges, des tonnelles, la
pudeur des sentiments divulgués, la tristesse dans une chanson,
comme un bateau mort sur un fleuve... Un fleuve. Paroisse, rivière,
des chansons comme des paysages, des prairies avec des fêtes
étranges. Un tourbillon de personnages au milieu de remugles
d'enfance. Des douleurs et une humilité à faire pleurer. Dandysme
romantique en sentiments purs et forts, mourir aux genoux d'une femme
très douce.
Jacques Bertin depuis 1967 offre sa
musique très loin du brouhaha, sans concession aucune, à bichonner
de torrides et fidèles passionnés...loin très loin du tumulte.
Des textes poignants et attachants.
« Le grand bras, les îles... »
et je voudrais redevenir cet enfant qui passe.. de longues promenades
au bord de la Loire, faire le tour de l'île d'or et sentir les
peupliers géants. Ce lit merveilleux, ces remous..la paix.
Un accordéon à Chalonnes. Des
couleurs. Toujours du calme. Un soir d'automne, le dimanche. Du
blanc, du vert, du roux et du gris, des tètes penchent... un orgue
mélancolique et d'éternelles chutes de feuilles.
Pour l'instant, c'est ma Beauce et
l'horizon bouché. Des tonnes d'eau dégringolent, une caisse de
disques chutent dans mon cerveau, viennent épouser ma léthargie.
Recueillement, à la pointe nue de l'averse ma mélancolie.
J'ai retrouvé la date du concert de
Leny Escudero, là où j'ai rencontré Renaud, du Leny contre du
Bertin/Corringe. C'est en fait le vendredi 2 octobre 98. On s'est
perdu de vue, il me reste toutes les bandes chrome avec les vinyles
dessus.
Merci Renaud jadis, merci la pluie
aujourd'hui.
« Je suis l’âme de tout le monde et je suis toute l’âme
du monde : la braise qui dans la soute chante. J’ai transformé
le vieux doute en voilier je suis l’oiseau blessé qui ne
tombe jamais »
L'écluse est ouverte, les albums
défilent comme le déluge de la voûte plombée. Hémorragie
automnale, tout y passe, de Corringe à Bertin en passant par Vasca
et Beaucarne.
Le temps s'arrête sur la mémoire des
roses, petite comptine médiévale romantico-mélancolique.
Julos Beaucarne est l'emblème de la
poésie chantée Belge, écologiste, comédien, baladin engagé,
sculpteur, il a beaucoup œuvré pour la francophonie (il chante en
Français et en Wallon et s'est beaucoup rapproché du Québec).
Julos Beaucarne entre montage, chansons, révolte, tendresse, humour,
monologues.. et une colossale discographie (quarantaine d'album dont
le dernier vient juste de sortir).
On s'arrête en 1975, sa compagne vient
d'être assassinée par un déséquilibré à la chandeleur de cette
année là. Un album profondément troublant, plus que les autres
évidemment. Et puis dedans, il a « De mémoire de rose ».
Bucheron des villes, Corringe a détruit
ses premiers enregistrements. Sabotage, autodestruction, punition,
beaucoup de poètes coléreux comme lui se sont abîmés à vouloir
gueuler bien haut. Muselé par l'indifférence, Corringe s'est
naufragé la tronche sur son art rejeté, comme un Fanon, un
Léveillée... la voix Lavilliers Ferland Dassin de timbre puissant à
la Ferrat.
Garagiste aussi, restaurateur, Beatnik
d'ici, ce mec est un vagabond volontaire, dont « La route »
est le point discographique culminant. Un peu de tout ça dans ce
disque, plus tard c'est Roda-Gil qui lui écrit quatre chansons, ici,
c'est Danyel Gérard. Nous sommes en plein dans les grands crus de la
chanson française pure souche seventies. L'identité profonde.
« It's raining like a vache qui
pisse », le goût des autres, je reviens de dehors avec mes
godasses boueuses, des bûches plein les bras. Le foyer crépite pour
la première fois cet automne.. du gris à n'en plus finir.. « la
tète en vrille »..la « tète vide »..la tète
grise. Crever comme un chien, tout seul, pour aller retrouver les
siens.
1970 un grand classique « La
route ».. un disque improbable, incroyable, témoin d'une
époque franchouillarde millésimée. Il vase, ça crépite, ça
gueule, des tranches de vie d'un pays où le « malheureux est
roi ».
J'ai découvert Corringe en 1999,
j'attendais dans ma voiture l'ouverture de la salle de concert. Dans
le poste à cassettes gueulait Lenny Escudero, « La planète
des fous » avec des 45T enregistrés. Un autre fou à tapé à
ma vitre pour me demander éberlué la provenance de ces chansons
inédites en 33T. Nous avons parler d'artistes français pendant des
heures, je lui ai filé les Escudero inédits (K7 enregistrée)..il
m'a proposé Corringe et Bertin, toujours en cassette. Quel cadeau...
Je me suis rué sur l'édition CD 2008
de « La route » (« Les paumés » à
l'époque), une pochette grise avec son chien... « Les Saintes
Marie »..Lenny aussi a chanté ça.
Michel Corringe est un fou furieux
baladin extraordinaire.. l'histoire du « petit gars ». Merci pour l'aiguillage Jeepee ;D
Michel Corringe 1970 « La route »
label : magic records