mardi 16 octobre 2012

Mono



La grand retour du post-rock ? Juste avant la réapparition du Godspeed, une autre entité du rock qui gronde sur des étendues est revenue nous parler d’envergure. Mono sort un nouvel opus fidèlement abrité par Temporary residence, un voisin artistique de Constellation.

Plus mélodieux cette fois-ci, plus proche de la surface terrestre. Cinématographique même, avec de grands espaces symphoniques. Quelques airs de guitares rappellent Mike Oldfield et la plaine crachin Sigur Ros. De l’érosion et des embellies. Une patine de cordes lyriques qui donne de la lumière au post-rock rugueux qui a fait la gloire du collectif japonais né il y a dix ans.


Mono 2012 « For my parents » label : temporary residence
http://temporaryresidence.com/artists/mono
échelle de richter : 7
support mp3
après 1 écoute







lundi 15 octobre 2012

Godspeed You! Black Emperor


La clé de contact prête pour le grand vol. Un bail que le zingue n'avait pas vrombi, que le moteur n'avait pas pulsé ses tour-minutes. Et pourtant ça démarre au quart de tour, la mécanique bien huilée. Bâché, rangé, garé dans le vieux hangar, le beau Dakota 87 loin du train du soir, sort ses ailes reluisantes, le moteur est nickel, toujours aussi puissant, l'hélice aussi ferme, prêt pour les envergures et les hauteurs.
Vitesse fulgurante, lente ascension vertigineuse, chute tétanisante, le cœur de la machine s'accroche à la carlingue, rien de défaille, la pression artérielle maintient le cape. La syncope guette, les cordes sont tendues comme des convections suffocantes, les tempes battent mais la veine tient bon. Longtemps que nous n'étions pas monté aussi haut. Jusqu'à l'apesanteur.

Pas besoin d'hélium, d'aéronef ou de capsule pour une telle expérience, peu importe la stratosphère et les hauts budgets inutiles, l'onanisme scientifico-médiatique... A quoi sert d'aller ci haut pour ne rien voir, ne pas prendre le temps de regarder, si ce n'est pour contempler les reflets bleus, la texture des nuages, le noir galactique et l'appel de la brume....rester à bouffer des yeux cette opportunité panoramique et oublier l'exploit et la technicité.
Godspeed est là, de retour pour nous montrer le galbe de l'horizon, sa fesse bleutée et ses nébuleuses blanches vues d'en haut. « Allelujah! Don't bend! Ascend » est un nouveau voyage immobile, strictement vertical. Celui de monter là où il n'est plus possible d'aller depuis qu'ils ont rangé le vieux zingue GYBE dans le hangar. Une décennie sans toucher les étoiles, avec ces longs moments contemplatifs avant la chute libre. Le protocole est simple, se coiffer d'un casque Hi-Fi et tourner la clé de contact « play »... et c'est parti... c'est reparti. L'équipage ?? le même..Amar, Bryant, Cawdron, Menuck, Moya, Trudeau....... ..le voyage ? Pour tous.

Godspeed you! black emperor 2012 « Allelujah! Don't bend! Ascend »
label : constellation
http://cstrecords.com/cst081/
échelle de richter : 9
support cd
après 3 écoute







dimanche 14 octobre 2012

Jacques Bertin



 Difficile d'aborder un tel artiste, de trouver des mots pour traduite l'émotion injectée à l'écoute d'un vinyle de Bertin. Comme une balade un dimanche après midi gris, dans un parc. Borelly. « Jets d'eau, jeux d'oiseaux tranquilles, acte petit jeté aux oiseaux... ».
Le temps imbécile, la terre, toujours une terre qui colle aux semelles. Des granges, des tonnelles, la pudeur des sentiments divulgués, la tristesse dans une chanson, comme un bateau mort sur un fleuve... Un fleuve. Paroisse, rivière, des chansons comme des paysages, des prairies avec des fêtes étranges. Un tourbillon de personnages au milieu de remugles d'enfance. Des douleurs et une humilité à faire pleurer. Dandysme romantique en sentiments purs et forts, mourir aux genoux d'une femme très douce.
Jacques Bertin depuis 1967 offre sa musique très loin du brouhaha, sans concession aucune, à bichonner de torrides et fidèles passionnés...loin très loin du tumulte.

Des textes poignants et attachants.

« Le grand bras, les îles... » et je voudrais redevenir cet enfant qui passe.. de longues promenades au bord de la Loire, faire le tour de l'île d'or et sentir les peupliers géants. Ce lit merveilleux, ces remous..la paix.
Un accordéon à Chalonnes. Des couleurs. Toujours du calme. Un soir d'automne, le dimanche. Du blanc, du vert, du roux et du gris, des tètes penchent... un orgue mélancolique et d'éternelles chutes de feuilles.


Pour l'instant, c'est ma Beauce et l'horizon bouché. Des tonnes d'eau dégringolent, une caisse de disques chutent dans mon cerveau, viennent épouser ma léthargie. Recueillement, à la pointe nue de l'averse ma mélancolie.
J'ai retrouvé la date du concert de Leny Escudero, là où j'ai rencontré Renaud, du Leny contre du Bertin/Corringe. C'est en fait le vendredi 2 octobre 98. On s'est perdu de vue, il me reste toutes les bandes chrome avec les vinyles dessus.
Merci Renaud jadis, merci la pluie aujourd'hui.

« Je suis l’âme de tout le monde et je suis toute
l’âme du monde : la braise qui dans la soute
chante. J’ai transformé le vieux doute en voilier
je suis l’oiseau blessé qui ne tombe jamais »


Jacques Bertin 1993 « La blessure sous la mer » label : velen ..pour en choisir un.
http://velen.chez-alice.fr/bertin/index1.htm















" Survivant" 13 octobre 2012 71x51


"Abrité 14 octobre 2012 90x60


Julos Beaucarne 75


L'écluse est ouverte, les albums défilent comme le déluge de la voûte plombée. Hémorragie automnale, tout y passe, de Corringe à Bertin en passant par Vasca et Beaucarne.
Le temps s'arrête sur la mémoire des roses, petite comptine médiévale romantico-mélancolique.
Julos Beaucarne est l'emblème de la poésie chantée Belge, écologiste, comédien, baladin engagé, sculpteur, il a beaucoup œuvré pour la francophonie (il chante en Français et en Wallon et s'est beaucoup rapproché du Québec). Julos Beaucarne entre montage, chansons, révolte, tendresse, humour, monologues.. et une colossale discographie (quarantaine d'album dont le dernier vient juste de sortir).

On s'arrête en 1975, sa compagne vient d'être assassinée par un déséquilibré à la chandeleur de cette année là. Un album profondément troublant, plus que les autres évidemment. Et puis dedans, il a « De mémoire de rose ».


« Il faut s'aimer à tort et à travers ».


Julos Beaucarne 1975 « Chandeleur 75 » label : les éditions Louis-Hélène)
http://users.skynet.be/julos.beaucarne/index.html






samedi 13 octobre 2012

Michel Corringe


Bucheron des villes, Corringe a détruit ses premiers enregistrements. Sabotage, autodestruction, punition, beaucoup de poètes coléreux comme lui se sont abîmés à vouloir gueuler bien haut. Muselé par l'indifférence, Corringe s'est naufragé la tronche sur son art rejeté, comme un Fanon, un Léveillée... la voix Lavilliers Ferland Dassin de timbre puissant à la Ferrat.
Garagiste aussi, restaurateur, Beatnik d'ici, ce mec est un vagabond volontaire, dont « La route » est le point discographique culminant. Un peu de tout ça dans ce disque, plus tard c'est Roda-Gil qui lui écrit quatre chansons, ici, c'est Danyel Gérard. Nous sommes en plein dans les grands crus de la chanson française pure souche seventies. L'identité profonde.
« It's raining like a vache qui pisse », le goût des autres, je reviens de dehors avec mes godasses boueuses, des bûches plein les bras. Le foyer crépite pour la première fois cet automne.. du gris à n'en plus finir.. « la tète en vrille »..la « tète vide »..la tète grise. Crever comme un chien, tout seul, pour aller retrouver les siens.
1970 un grand classique « La route ».. un disque improbable, incroyable, témoin d'une époque franchouillarde millésimée. Il vase, ça crépite, ça gueule, des tranches de vie d'un pays où le « malheureux est roi ».



J'ai découvert Corringe en 1999, j'attendais dans ma voiture l'ouverture de la salle de concert. Dans le poste à cassettes gueulait Lenny Escudero, « La planète des fous » avec des 45T enregistrés. Un autre fou à tapé à ma vitre pour me demander éberlué la provenance de ces chansons inédites en 33T. Nous avons parler d'artistes français pendant des heures, je lui ai filé les Escudero inédits (K7 enregistrée)..il m'a proposé Corringe et Bertin, toujours en cassette. Quel cadeau...
Je me suis rué sur l'édition CD 2008 de « La route » (« Les paumés » à l'époque), une pochette grise avec son chien... « Les Saintes Marie »..Lenny aussi a chanté ça.
Michel Corringe est un fou furieux baladin extraordinaire.. l'histoire du « petit gars ». Merci pour l'aiguillage Jeepee ;D


Michel Corringe 1970 « La route » label : magic records




Thalia Zedek - Carla Bozulich - Elizabeth Anka Vjagic

  L'effet Wagner a opéré. Les longues barbes sont restées au pied de la cascade pour chanter à l'unisson de la gorge et du poitrail...