samedi 31 août 2013

Tan or Boil




Avachi sur la rambarde, je laisse le poids du buste fléchir sur ce panorama accablé de tristesse. Je laisse choir mon ennui sur ce collier de bagnoles froides. Ces voitures m'emmerdent, qu'est ce que je m'emmerde , je sais pas quoi faire, je prends une troisième bière en espérant que ce gris mute en flatulence de licorne triste. J'ai la pensée dégingandée, la rotule stressée, si je reste immobile comme ça, je vais finir par choper des berniques. En attendant, que dalle, mais je suis où au fait, chez qui ? Ce mini parc qui se termine en eau de boudin est d'une laideur.. tiens, c'est bizarre, on dirait quelqu'un qui fait le poirier nu, une peau de dalle livide, un entre jambe négligé.

C'est bizarre ces airs nu-folk, on dirait les débuts de Devendra Banhart, la fragilité de Bevel, ou encore la dépression de Lazarus. C'est mignon, c'est doux, mais qu'est ce que je m'emmerde.. qu'est ce que j'aime m'emmerder quelquefois, laisser décanter les agitations.

Elle a pas de cul cette forme sans tronc, on dirait un aqueduc mousseux, du lichen noir qui croustille. D'habitude j'aime les sous-bois, l'ombre des arbres, mais cette langue de terre pubienne me dit rien de bon, trop de béton partout, pas assez vivace. Pas une bagnole ne bouge, même le taxi jaune ne laisse de marbre. On dirait un dimanche, si ça s'trouve on est dimanche.
Il est beau ce disque finalement, je crois qu'il faut s'ennuyer pour coller à cette musique minimale à l'encéphalogramme plat. J'aime bien avoir ce genre de disque aux apparences merdeuses, mais qu'il faut mettre à certains moments de sa torpeur mentale pour sentir la substance. Un certains malaise, à la limite du vertige somnolent.

J'ai tué trois quart d'heure en écoutant Tan or boil 2006 sur un balcon improbable... un groupe Australien produit par Preservation. Étonnant.


Tan or Boil 2006 « Seamstress in a suitcase » label : preservation
 

mardi 27 août 2013

Puhalluspello


Je suis allé à nouveau m’abriter sous la voute dentelée des marronniers grillés, avant que la lourdeur du carotène ne fasse chuter sa chevelure. L’ombre bleue noire était au rendez-vous, plus trouble encore. Roussis sous la paupière, Puhalluspello m’a raconté le orange de cette guerre perdue. Les branches violettes appelaient à l’escalade, j’ai préféré rester blotti en dessous à déguster ces cordes boisées, ces cuivres flous soufflant sur les percussions sourdes. Quelques voix fantômes sur un bruit de fond ankylosé et chamanique sont venues hanter l’alignement des troncs. Beaucoup de silence noyait le banc vert bouteille d’accordéon déglingué. Il est juste venu rompre la minuscule symphonie d’oranges acides. La chevelure est de plomb, plus pour longtemps, la Finlande s’est invitée à mes côtés toute chargée d’air frais et de senteur d’herbes sèches trempées.


Eclipse records est tombé un jour, lui aussi accablé par le poids du temps. Il a laissé cloisonner quelques opus de psychédélisme acoustiques ambiants, des univers entiers de field recordings, de circonvolutions d’instruments en filigrane. C’est engourdissant, délicatement fou, je suis en apnée cérébrale sous cette constellation sonore de feuilles cramoisies.

A travers ce rendez-vous de biologie urbaine, j’ai fait ressurgir un opus intime, sorti uniquement sur CdR en 2004 chez Eclipse-records, le label qui a vu naître Marissa Nadler, entre autre.



http://www.eclipse-records.com/catalog.html 




Puhalluspello 2004 "P"iv"ns"de" label : eclipse records

jeudi 22 août 2013

Bill Ryder Jones



Voix langoureuse, timbre voilé dans un minimalisme Lo-Fi bucolique. Les mélodies sont bien ficelées, c’est un disque comme il est facile d’en débusquer.
Pourtant, je n’arrive pas à m’expliquer ce qui fait de lui un instant exquis et différent, un opus attachant. Peut être parce que je suis abrité sous les marronniers alignés du parc de Choisy, ces arbres taillés rectangles comme une armée qui laissent une ombre grasse, comme séculaire, tellement rassurante. Sous la protection volage des Aesculus en partance, j’écoute Bill Ryder Jones et divague au milieu de la foule des parcs, des gens du monde entier, touristes ou habitants, peu importe. Un calme cérébral entre un Melpo Mene, ou un Grandaddy acoustique, un sparklehorse de square, et la fontaine brasse l’eau verdâtre du bassin, avec son odeur de matières organiques, la fontaine cyclique de fraîche cascade urbaine.
Je ne sais pas combien de temps je suis resté là à rêvasser.. sous l’ombre épaisse des marronniers, avec « The bad wind blows in my heart » comme souffle estival et le parfum des algues vertes et chaude d’un mois d’aout parisien.
Peut être aussi, parce que personne ne parle de cet artiste, qu’il surgit de nulle part, ou plutôt de cette pause ankylosée pastel, sans aucune oppression. Juste beaucoup de sincérité, de douceur simple. Un peu de pureté comme King of Convenience, une nouvelle fois.
Ah oui, j’oubliais, Billy Rider Jones est britannique et fut un membre de The Coral.



Bill Ryder Jones 2013 The bad wind blows in my heart “ label : domino




mercredi 21 août 2013

The milk carton kids


Un album lumineux, sublimement attaché à de modestes instants de grâce. « The ash & clay », leur troisième album, est tissé par les Californiens The milk carton kids, quand on aime Simon & Garfunkel, ou King of convenience.




The milk carton kids 2013 « The ash & clay » label : Anti-

http://www.themilkcartonkids.com /

http://www.anti.com/videos/the-ash-clay/

lundi 19 août 2013

Pimmon


 
« Smudge another yesterday » peut s’apparenter à une insomnie. Surnager entre deux mondes, immobile dans l’Endermonde, endormi ou pas et sentir ses muscles encore sous tension, subir dans l’obscurité des couleurs aguichantes couler sur le guichet de la rétine muselée par la paupière. C’est sentir le drone souffler à l’intérieur de l’oreille plaquée sur l’oreiller. Chasser toute présence et entendre des voix. C’est l’écluse séminifère qui s’ouvre et inonde la jugulaire, pour noyer le cerveau et blanchir les rêves.
C’est imaginer pouvoir s’afficher de quelques bouillantes permissions.
Je suis immobile, paralysé, j’écoute Pimmon et je ne sais plus si je rêve éveillé ou si je vis d’insomnie irradiée, de fourbes réalités, robot à synapses ou carcasse habitée.
L’abrasif monte, l’acidité s’invite, et les heures qui défilent deviennent insupportables, vouloir s’assommer et se dire finalement que ce nouveau monde psychédélique est une luxuriante exploration, peu importe la fatigue du jour à suivre, cette flânerie là est une narcose chimérique.
 
Et puis derrière, pas loin, il y a Ambarchi, Fennesz, Rehberg..... une belle architecture sonore.



Pimmon 2009 « Smudge another yesterday » label : preservation




samedi 17 août 2013

These new puritans



These new puritans dessine une nouvelle pop opiacée proche de Robert Wyatt. Elle est symphonique avec juste ce qu’il faut de jazz progressif pour perdre la tète tout en gardant les sens injectés et réagir à ce petit opéra trouble de chansons cinématographiques. L’orchestre est vaporeux, sous la direction d’un piano et d’une voix. Des nappes organiques, des percussions hypnotiques, c’est un endroit fragile où l’on se sent bien, quelque part, dans un paysage improbable, juste un endroit difficile à débusquer, et qu’il est impossible de retrouver quand on s’éloigne de « Field of reeds ».
« Nothing esle » est comme un doux voyage vers des nuances Chet Baker.
« V(Island song) », morceau épique qui rafle ma préférence, embarque l'auditeur d'un jazz intime vers des inquiétudes progressives. L'horizon se charge, la coque oscille vers cette ile que l'on voit à peine à travers le brouillard pétrole.... le dernier tiers du voyage est une longue dérive sur l'eau noire.
 
Un des opus les plus ingénieux de l'année.
Un autre découverte Franky.


These new puritans 2013 « Field of reeds » label : infectious music












mardi 13 août 2013

Dean Blunt


James Stewart de Xiu Xiu affrontait sa torture hypnotique sur quelques notes sombres et dégingandées. Dean Blunt lui aussi dépose son romantisme désespéré dans nos cerveaux avec « The redeemer ». C’est une danse funeste de sentiments syncopés, modernes et décalés. Sa poésie est tourmentée, les claviers sont malades, les beats trépidants et fermes, avec quelques notes de guitares pour la mélancolie. Tout résonne en prière douloureuse et merveilleusement narcotique.


Une sérieuse envie de se klaxonner la carcasse sur des contes extraordinaires. Edgar Allan Poe était –il romantique ?

Une entrée maritime asperge la buée fraiche sur un littoral brûlant, comme un vent celtique rampant sur un continent à la dérive. Organique, des douleurs Wyattiennes foulent « L’incroyable vérité » de Tellier. Un coma cinématographique injecte un endormissement veineux d’un cerveau accablé par le zénith enclume. Des chœurs solennels troublent un répondeur ténébreux, puis la voix s’éclaire sur le fantôme d’ « Atom Heart Mother ». Basse toxique, accords acoustiques, touche néo-classiques, presque tout y est pour affronter une journée de trafique lourd. Une psychanalyse.

Dean Blunt « The redeemer » label : hippos in thanks
http://hipposintanks.net/artists/dean-blunt/ 
https://www.youtube.com/watch?v=xm4b_BWQRZU 



vendredi 9 août 2013

Cocorosie



J'avais été reçu à bras ouverts dans « La maison de mon rêve » où logeaient les frangines Casady. Un rêve absolument, un peu comme on va se poser quelques instants chez les sœurs Krumbble au beau milieu de la forêt. Quel songe fantastique.
Depuis, je suis toujours allé les voir avec la même émotion, sans me préoccuper de la rumeur, de l'étiquette. C'est bien, chez les Cocorosie, je m'y sens tout chose, j'y peux rien, j'aime complètement.

Rien n'a changé donc, j'avais pas trop envie d'en parler, mais je me suis dit qu'il fallait que je vous en parle. « Tales of a grasswidow » m'embarque. Ce doux patchwork à la modernité de petites fleurs sauvages effleure mon affect, pas trop envie de partir malgré le monde tout autour... un petit tour de magie. Psyché-folk à la petite voix mélancolique qui tremble et attire tous les willows arc-en-ciel.



Cocorosie 2013 « Tales of a grasswidow » label : city slang




mercredi 7 août 2013

Marvin Gaye 71



Une pluie glaciale dégringole sur un col relevé, un visage parfait défie le ciel. Jamais une pochette de soul music n’aura été aussi mélancolique. Et pourtant il s’agit là d’un évènement considérable, un album important. La Motown en pleine récession n’était pas trop dans les cordes du matériel artistique de Marvin Gaye en cette année 71, pas trop dans la lignée politique frileuse d’une maison de disque qui allait bientôt accueillir Steve Wonder et Michael Jackson. Pourtant Marvin est très impliqué dans la vie du collectif.

 
En 1967, Detroit explose, émeutes et lente dégradation du berceau de l’industrie automobile. Les bords du Michigan grincent des rouages. C’est ici que fut enregistré « What’s going on » avec le divin « Inner city blues », la chanson drapeau du malaise qui règne alors dans les avenues et les ghettos alentours. Depuis MC5, en passant par Bob Seger (j’insiste « live bullet band » en 75 àDetroit), jusqu’à Eminem et l’explosif « 8miles » ou la récente explosion techno de Don Aptkin, cet endroit du monde est un puissant cratère toujours en activité, près à faire surgir un brûlot culturel unique, une myriade de révoltés.
1971, Marvin Gaye rebondit sur quelques évènements dramatiques, personnels et politiques. Il en sort un album engagé, un clair-obscur qui fait s’entrechoquer les mots durs d’un dégout et l’harmonie cosmique d’une musique luxueuse et luxuriante. Au milieu, la voix parfaite sur trois octaves. Il y a un fantastique équilibre des instruments, la douceur est extrême, conceptuelle, et les silences ente chaque morceaux sont inutiles. La caresse est telle, qu’on a du mal à entendre la moindre revendication derrière cette grande carrure glucosée.

« Inner city blues », maintes fois reprise, Marvin marche dans les rue de Detroit qui amorce son naufrage. Depuis … la ville a fait faillite il y a quelques semaines. Le volcan gronde à nouveau, le réalisme de la guerre, de la drogue, de la mort, de l’écologie, des ghettos et du conflit générationnel a fait naître ce chef d’œuvre absolu. La loi des finances tueuse fera t’elle naître une autre culture artistique contestataire ? d’autres artistes sous la pluie ?
 
1971, une grande année discographique, une plaque tournante pour la Motown et pour Detroit.



Marvin Gaye 1971 « What’s going on » label : Motown





mardi 6 août 2013

Chris Watson

 
C’est quand même étrange la virtualité des choses déposer sur un blog, rompre des morceaux de réalité. Puis ces absences estivales, une autre rupture encéphale par le clavier délaissé, et cette petite vitrine morcelée qui se fige aux yeux de tous.

Il est question toujours d’y afficher sa substance, son contenu choisi, trié et se sentir porté en marge de la vérité, déposer la timidité soignée, tout ce que l’on n’ose afficher au grand jour. Etendre là des bribes de face cachée, c’est un peu graver au burin des filets de certitude que la carcasse emprisonne…et puis des doutes aussi, des propositions à échanger.

Et je deviens addict de cette phase sans contrainte, cette tendre politesse que nous nous accordons tous ensembles, dénuée de tout anicroche, juste pour ne pas dire : des sentiments. Finalement, c’est ce que nous pourrions être dans la réalité s’il n’y avait pas l’oppression du quotidien, la violence de la matrice.

Existons-nous plus ici que là ? Quelle part de lâcheté, d’appel au secours, de suppliques, de mains tendues, de bouches entrouvertes ?

Rêver d’être son profil et chiner à le devenir.

La part de mystère.

Le gris bleuté lui ne m’a pas quitté, je le vois dans le jour qui fond, le soleil qui descend vers l’automne. La moisson bat son plein et l’horizon s’aplanit. Encore quelques labours et le ciel va se plomber pour venir épouse mon cerveau. Ce lundi midi, chez mon disquaire, j’ai trouvé la bande son du migrateur offensif. Chris Watson, ses paysages gris qui me donne le goût d’une solitude à fouler des roseaux, une bande son, un gospel de volatil. Des microphones placés sur des berges pour un drone vierge et une faune qui grouille. Quelle réalité prendre de cette coïncidence, le réalisme sonore de Watson embarque au plus profond de la mélancolie d’un paysage épais et frais, quand l’eau se conjugue à la terre.

Maggie Watson est à l’origine de tous les clichés… photos/mots/sons. Des saisons…Etourdissant.

Chris Watson 2013 “In St Cuthbert's Time” label : touch



dimanche 4 août 2013

Santana 83



Bling bling, boom la soirée hip, les nappes rondes et blanches sont dressées, le cristal, le champagne, piscine éclairée, faut juste faire tomber le costard et picoler plus encore, une foule d'anonymes, mais qu'est ce que je fous là... moi, c'est pas mon truc, mais j'y vais quand même, je suis invité, je me sens à reculons, travelling étourdissant de mascara à paillettes, vapeurs d'eau de parfum incohérentes. Si y'a du monde, personne va me voir, je vais me fondre..la fusion, un truc que j'adore, caméléon de paille, pacotille en veston... bah ouaih, genre mélanger le rock et le porto-ricain, la percu, la chaleur et la basse/batterie.
Y'a des yachts, la pleine lune qui dégringole, rock rupin comme une griffure, des morceaux qu'on ne veut pas entendre, des accords bateaux, du facile plage, de l'amerloque nord-sud sans cogiter, et puis un autre disque de Devapid.
Pas du tout dans les cordes du grand Santana, mais c'est 1983, une sale année pour la musique (pas les naissances :D hein mon T), pour les groupes installés. Et pourtant « Havana moon », après les trois premiers morceaux, commence à sentir la poudre, le Carlos chaud bouillant qui fait facile pour aguicher, puis envoie la sauce piri piri pour noyer dans la sécrétion. Et l'on se noie, on plonge direct..depuis le temps que j'écoute ce Lp, depuis des semaines que je me repasse la réédition, depuis le temps que je veux jouer au bilboquet avec cette lune lourde et sournoise pour qu'elle revienne sans cesse, cette décennie trouble et dangereuse qui a laissé pas mal de groupe dans les vestiaires.
Des étoiles, des sunlights, des points lumineux, des profondeurs, de la classe exotique, de la chaleur nocturne, des cocktails, du monde qui s'étiole... de la foule qui fond, du tribal, du pas trop 80's finalement, un bon disque, icône guitare à percussions molles, un piano de jazz délétère, des terrasses à balcon, une saison, l'été oblige, de l'électricité pour quelques soli, des voix embauchées classiques à la Santana, une soirée qu'on oublie facilement...
Du monde qui s'étiole... jusqu'à plus personne.... encore un moment à m'être assoupi, il n'y a plus personne, il n'y a jamais eu quiconque, je me suis assoupis sous la chaleur nocturne d' « Havana moon ». Finalement Santana aura bien garder la tète hors des eau 80's.



Caros Santana 1983 « Havana moon » label : sony




vendredi 2 août 2013

Eugene McDaniels



Opus des caisses d'été, à nouveau faire que la platine s'enflamme et colle à l'air chaud qui comprime les murs.
Eugene McDaniels a commencé à chanter dans des églises, près de son père pasteur. Sa discographie 60's est tubesque et sortira sous le nom de Gene, les 70's en tant qu'Eugene sont plus soul et jazz. « Headless heroes of the apocalypse » est quasiment son avant dernier opus.
Heavy, easy listening, dansant juste ce qu'il faut, pas trop, fait chaud, complètement 70's, soul, jazz, s'achevant sur une fin psychédélique de cris comme sur la pochette et les 10 min de « The parasite ».
Une nouvelle résurrection japonaise de chez Atlantic.


Eugene McDaniels 1971 « Headless heroes of the apocalypse » label : atlantic