vendredi 1 octobre 2010

Cerberus Shoal / Big Blood



Musique foutraque, pop en vrac, expérimentation libre, Cerberus Shoal a œuvré pendant plus d’une décennie à nous offrir des albums aventureux. Surfant sur plusieurs labels, groupe à géométrie variable, leur collectif fut un terrain d’accueil à toutes les curiosités créatives. Le dernier album en date « The land we all believe in » 2005 semblait affirmer une carrière fructueuse atypique et achronique, sans annoncer la moindre pause dans ce déballage artistique underground et abondant. C’est pourtant la dernière folie offerte, car depuis les membres éparpillés se baladent dans un jeu de piste ardu laissant le colosse Cerberus Shoal traîner chez quelques âmes férues et collectionneuses (et je pense à comme Madeleine, avec qui la chasse aux disques du grand Cerbère était un véritable sport).
J'ai découvert Cerberus Shoal quand la trompette y faisait encore rage. Aussi, le superbe « Make winter a driving song » résonne encore comme un magnifique hymne de rock planant, et sous les vapeurs délétères du gimmick cuivré apaisant qui passait chez mon disquaire, je tombais alors amoureux et emportais dans ma besace la réédition du chef d'oeuvre post-rock progressif « ...and farewell to hightide » 1996. Temporary residence hébergeait alors ce groupe de Boston jusqu'en 2001 avec la sortie du double « Mr. Boy dog ». « Homb » 99 et « Elements of structure / permanence » 97 entre les deux sont aussi des chef d'œuvre (totalement introuvables).
Le grain de folie dont je parlais au début est apparu sur « Mr boy dog » certes, mais surtout sur « Crash my moon yacht »...une sorte de post rock donc, mais piqué de Zappa et d'ambiances mystiques qui dévoila alors véritablement le visage du monstre à trois tètes. Une queue de dragon, des serpents un peu partout sur le corps, nous nous approchions à pas feutrés des portes de l'enfer pour ne jamais plus s'en éloigner. Une lyre en arme, c'est la musique qui endormit le Cerbère et laissa béante l'entrée des ténèbres. Orphée envoûteuse musicienne, Sibyles de Cumes en charmeuse opiacée, tout fut alors permis et la sortie de trois albums fondamentaux bouscula nos platines d'une grande liberté pop : « Bastion of itchy preeves » 2003; « Chaiming the knoblessone » 2004; " The land we all believe in" 2005 . A la suite de cela, les portes de l'enfer ont dû se refermer sur le Cerbère, mais les chœurs hurlent encore à pleine gorge avec la même force que Thee silver Mt Zion période tralala.
Les tètes coupées, les cerveaux du Cerbère errent depuis dans la marge la plus totale. Sous le nom de Fire to Fire, hébergés chez Young god records (M Gira , autre diable, a mine de rien hébergé les restes du Cerberus Shoal), quelques protagonistes du groupe se sont retrouvés en compagnie du folkeux Micah Blue Maldone pour un superbe disque « The orchard » 2007..une très belle surprise. Chris Sutherland, le bassiste et créateur, s'est caché chez Digitalis l'an dernier pour sortir avec l'aide d'une autre tète Caled Mulkerin (présent depuis le début), pour un disque intime, coincé entre Van Morrison et Devendra Banhart période young god records (tiens, encore !!!). C'est enfin à travers time-lag, un label aussi acide que digitalis, que Colleen et Caleb sous le nom de Big Blood, donnent les dernières nouvelles des vestiges de Cerberus Shoal. Colleen Kinsella au chant s'en donne à cœur joie, elle ne figurait jusqu'en 2001 que dans l'artwork, puis véritablement au sein du groupe (même chez Fire to fire) à partir de 2003. C'est exactement ce graphisme si particulier à Cerberus Shoal qui m'a mis la puce à l'oreille quant au contenu de « Dead songs » sorti il a quelques jours ..il va falloir être à l'affût pour suivre encore plus loin le travail de ses membres dispersés.
Pour finir cette épopée musicale, quelques albums d'une extrême rareté ont figuré ponctuellement dans les bacs, le premier et éponyme en 1994 (disponible en cd en 2004 agrémenté du morceaux « rain » version épique de 40 min) et de nombreuses collaborations sous forme de split : « the life & times of » avec les Magic Carpathians; « the whys and hows » avec les herman dune (incroyable); « the ducks and drakes » avec les guapo et enfin le sublime « he vim & vigour » avec Alvarius B.
Il est fort à parier, à force de parutions isolées des membres séparés, que les lambeaux du Cerbères vont se ressoudre un jour à sortir un opus fou, et faire resurgir des bas-fond coralliens le monstre à trois tètes.


Big Blood 2010 "dead songs" label : time-lag
quand on aime : cerberus shoal

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