samedi 2 octobre 2010

David Sylvian



La résilience est une sorte de capacité du cerveau humain à se sortir des crises plus ou moins violentes. La catastrophe est une destruction (cata) qui ouvre la porte à un renouveau (strophe), ainsi pour certains artistes la souffrance est mère de création et le traumatisme stimule le cerveau.
David Sylvian a entamé le nouveau millénaire dans la violence d'une séparation amoureuse, un traumatisme qui devra bouleverser son art et aboutir sur un chef d'œuvre, son chef d'œuvre : "Blemish". Dans la déstructuration de sa pop qui faisait sa notoriété, il a transposé ses émotions blessées dans des vocalises magnifiques et meurtries. Déstructuration musicale aussi, proche de l'expérimentation sonore, une dentelle électronique pour une ambiance introspective, somnambulique , engourdissante. Ce disque dans un espace de rupture totale garde malgré tout, l'élégance, le raffinement qui faisait la musique de sa carrière solo, l'après Japan. Loin du format traditionnel, il créa sa propre culture, un microcosme artistique unique fortement appuyée par la création de son propre label, Samadhisound, un écrin musical précieux à travers lequel gravitent quelques fidèles de jadis (son frère Steve Jansen) et de nouvelles collaborations. Chaque pièce du catalogue exprime fidèlement la politique artistique battit par David Sylvian enrichi de son passé et dont le groupe Nine Horses est le plus représentatif.
Décortiqué donc, pour mieux mettre à plat, aller chercher au fond et Blemish égraine ses désaccords, ses analyses, souffle un air de grande liberté sous la guitare de jazz dégingandée de Derek Bailey. Monument musical torturé et apaisant à la fois, une sorte de premier disque du reste de sa vie. Manafon en 2009 confirmera de façon plus sereine l'obédience classique jazz musique contemporaine de sa nouvelle vie artistique. Un autre fil conducteur de Samadhisound (en plus de l'art japonnais qui flotte chez lui depuis Japan) est le graphisme superbe, de Yuka Fujii pour "Blemish"; Ruud Van Empel pour "Manafon", à Kristamas Klousch qui confère à "Sleepwalkers" le design gothique qui se rapproche finalement le plus à sa musique intrigante, hypnotique et troublante. Ce nouvel opus est une rétrospective indispensable (à la seule condition de posséder tout le reste du catalogue) des collaborations de cette décennie passée au sein de Samadhisound.
La persévérance, la patience ont inoculé à sa nouvelle vie artistique la beauté. Un superbe disque anniversaire pour compléter les travaux solo de David Sylvian depuis "Blemish".
David Sylvian 2010 "Sleepwalkers" label : samadhisound

2 commentaires:

Blake a dit…

Hello Charlu... Article fort instructif : je ne savais pas que c'était sa rupture amoureuse - j'imagine avec Ingrid Chavez - qui avait radicalisé le travail artistique de Sylvian.
J'avoue avoir parfois du mal avec certains aspects austères de Samadishound, peut-être parce que j'ai grandi avec ses 1ers disques solo qui respectaient + le format chansons (je suis un incurable amateur de mélodies) tout en restant très exigeants. "Sleeepwalkers" me permettra peut-être d'y retourner mieux armé :-)

Sinon, rien à voir, mais si tu aimes "Des Chips et du Rosé", un des blogs de Benoît, va aussi voir "Hop Blog" également de lui, qui est plus un webzine : musiques + ciné + livres + TV + BD : un des meilleurs que j'ai trouvés sur le net. Et il répondra à tes commentaires , il adore discuter (s'il a le temps...) À bientôt ;-)

charlu a dit…

Bienvenu chez moi Blake, ça fait chaud au coeur d'avoir des commentaires et des partages. Oui, sa muse disparue Sylvian a tout mis à plat avec Blemish pour remonter peu à peu à ce don de la mélodies et des chansons parfaites.."Sleepwalkers" en est la preuve.
Je pars sur hop blog...merci bye à très bientot.

Charlu