vendredi 29 novembre 2024

MOIN 2024

 


J'ai raclé le fond de mon stream. Comme tous les matin au sortir du train, un golf de propositions s'ouvre à moi, il faut que je me mette un truc à écouter. Ankylosé par la torpeur du wagon juste après une nuit agitée, j'ai un laps de temps pour fouiller.

Montparnasse , 7h10 passé.


Reprendre ses esprits, juste avant de s'incorporer avec le son juste. L'agitation du quai sous les ruines du ciel pour goûter la bruine tombe, et si c'était l'inverse. L’entrepôt de mes idées encore vivantes me guide, indice, son, rictus sur un visage, texture de la salive et mon corps dans ces fringues. Quais donc, rivages abscons, escalators de fourmilière, envie retorse, je n'ai pas du tout la même vitesse que les autres.

Il faut dire que je pars bien avant l'heure, je n'aime pas la presse. Quitte à détruire une nuit de sommeil, mieux vaut lui offrir un doux décollage. Peu importe les anicroches, de toute façon il y en aura.

Alors écouter quoi ? Quel pas pour désynchroniser tout en longeant, quel débit pour m'emmener là où je vais bien souvent avec cette humeur qui fusille ma météo.

Trouver la bande pour alunir.


J'ai renâclé, les dépouilles alentours ont les mêmes visages que d'habitude. Hier il était question d'espace susurré par la pleine lune, j'avais posé mon premier pas sur un astre mort en ébullition avec « Final rescue attempt », je sortais du wagon comme on descend à la Cave. Question d'humeur. Avant hier, je luttais contre un arbre mou en avalanche fantôme de Rodoplphe, « Encore et Encore ».


Il va falloir trouver du bouillon ce matin, un truc sec, mathématique, froid avec une petit violence pour passer sur l'autre berge, souterrain cette fois-ci, ligne de métro dans la torpeur avant de resurgir et respirer à peine. S'immerger, pénétrer, sombrer un peu plus tous les matins. Allumer le néon et sourire.

Je connaissais Raime, j'ai adoré 90 Day Men dans le genre, et plus encore l'album unique de Fourth Quartet rare et précieux.

Ce matin, c'est MOIN, du RAIME avec guest. Je suis arrivé à destination. Quel pied avec exactitude, quel ajustement.

Demain ?


MOIN 2024 « You Never End » sur AD93

lundi 25 novembre 2024

Michael Kiwanuka 2024


 

Tout s'est accéléré, à vue d’œil la neige a été kidnappée. Il a fallu tenter « Small changes » pour voir les glissades se figer…flocon mirage, blanc éphémère.

À peine le temps de sortir la luge du garage que déjà son bois mangeait la purée. Michael Kiwanuka est venu d'une note ramasser toute la poudre croustillante.

Même les lueurs ont changé, le gris voûté s'est empourpré et un bout de bleu de la partie est venu chanter en chœur.

Tous ces petits changements éphémères font d'un dérèglement majeur une molle idée zoomée de surprises sautillantes, le quotidien n'est plus écrit.

Le Toine avait prévenu, les douanes se sont détendues, la Marinière caniculaire, Michael nous flanque aux nues.

Son quatrième album est une pépite.


Michael Kiwanuka 2024 « Small Changes » sur Polydor.

vendredi 22 novembre 2024

Thomas Köner 1993

 



La croûte gelée se ramollit, ventre flasque et tiède respiration. Le ciel se charge de l’halènes des Steppes, le silence gronde.

Notre limon cryogénique sous la bêtise des trottinant fond comme neige au soleil, la permanence n’est plus, l'éternel a des doutes. Il va falloir penser autrement, aimer le mou sous la semelle, comme sur mes plaines avec cette terre amoureuse qui s’accroche vainement. Meuble gras toussotant que nous sommes, revoir la boussole.

Chaque lame épaisse de glace qui craque est un tissu d’âme qu’on déchire, le bloc de gré qui s’affaisse geint et les racines dansent. La maison Pise a une autre gueule, tout croule, tout tangue sur la boule bleue pâte à modeler. La gorge d’outre-tombe râle en lave baryton. Ça gronde sous nos pieds, le ventre mou qui gazouille et croasse, des sons drones sourdent comme des respirations, des cotes craquent, la plèvre demande la parole.

Il y a une vie là-dessous, un moteur libéré, un souffle localisé qui se focalise sur le rythme dilaté.Thomas Köner a organisé la fuite sonore du pergélisol, c’était en 1993, époque où la croûte gelée tenait encore sa permanence.


Thomas Köner 1993/ 2010 « Permafrost » sur Type records

mardi 19 novembre 2024

Joe McPhee - Nation Time 1970

 


Au détour d'un pavé sur des albums par forcément dans les plus répandus des piliers de l'histoire, je chope un article sur « Nation Time » de Joe McPhee. Aux heures profondes où je fripouille au sein de IARR et McCraven, le free jazz continue à me travailler le bulbe. Et je m'enlise.

Le bouquin, c'est « Musiques, Traverses & Horizons en 400 disques » de Philippe Robert (sur Le mot et le reste), des albums étouffés par d'autres, et qui méritent tout autant et même plus très souvent. Un peu comme « L'Anti-discothèque » de Christophe Conte.

Et tout l'univers de Joe s'ouvre à moi. John Coltrane, Ornette Coleman.. du free et plus encore. Pauline Oliveros, de l'expérimental, et je rejoins le fantastique bouquin de David TOPP mangé goulûment il y a quelques semaines.

« Nation Time » est son entrée très politique en discographie, 1970 sur CjRecords (1971 pour discogs). La transe, le gingembre dans le cortex, c'est un brûlot classique complètement dévergondé.

Coincé entre IARR et Coltrane ou Davis, je découvre au fil d'une belle lecture affamée un album « culte » à la pochette sublime, avec des morceaux qui collent à « la révolte de la communauté afro-américaine » d'alors. Le trompettiste saxophoniste fou en quête d'unité de peuple fait rugir son instrument.


Joe MCPHEE 1970 « Nation Time » sur CjRecord production

samedi 16 novembre 2024

Dick Annegarn 2005


 

J’ai mis à belle veste orange pour sortir grimper sur le chemin qui surplombe le village. C’est pas trop pour qu’on me distingue ou qu’on ne me cartouche pas, nan, c’est juste que je l’aime bien cette vieille pelure roussie quand l’automne traîne l’été sous ses godasses. La gadoue porte encore en elle les averses estivales, le soleil cucul éponge, la citrouille est cuite, la gueule grande ouverte tuée par les guirlandes et les boules de Noël. Un jour on va la tartiner de frangipane. Pourquoi vouloir toujours accélérer, s’engouffrer dans le tunnel toujours plus vite.

Potiron poltron, châtaigne en cendre, cèdres délavés, Potron Minet, l’eau est là, partout, à poil les branches, plus aucune gêne et le foutre en flotte les chatons s’agitent. Aurons-nous de la neige cette année ? je vais laisser mes géraniums dehors, à force.

« Le ciel plonge depuis des semaines…. » le vivant pionce, les arbres ne sont plus qu’arborescence. On va savater mou et laisser traîner le pas, le blues des ploucs que la glaise braise. Le rouge aux joues pour mettre à jour l’humeur du matin je reviens du coteau tout crotté l’air heureux et harassé. J’ai quelques bûches aux creux des bras la braise glaise attend mon foyer, mes croquenots terreux ont des cailloux collés avec des feuilles et des asticots. Ma belle veste orange rebelle fume, c’est le mois sans tabac. Mon plan de cuisine cucurbite assez la cardamone et les topinambours m’attendent, tout est nuit, la hache courbaturée sur la chèvre est cuite, les trois petits cochons sont toujours dans le bois. Dick n'à de garde que de faire vibrer la poésie.


Dick Annegarn 2005 « Plouc » sur tôt ou tard

mardi 12 novembre 2024

Raoul Vignal 2024


 

Quand l'outremer du bleu vient dévorer son cobalt il est fort à parier que la houle va manger nos plaines. Limon ensablé et Raoul salé se pare des habits du Calexico mais pas que.

Depuis quelques années le chêne argenté de cet artiste à la Lee moustache m'intrigue. Son marbre à eu raison de moi. Comment peut-on longer de tels artistes de par chez nous sans les embarquer pour arpenter les espaces ? « Miracle argenté » je disais en 2017.. que dire aujourd'hui, « Shadow Bands » est une belle lumière automnale, je le passe en boucle depuis des jours et lui valse dans la glaise. Tous les ciels fatigués ont défilé sans bouger, clay en main, les cieux engorgés se sont tenus à carreaux pour quelques accords d’artefacts désossés.

Depuis hier, la pluie a mangé le brouillard, l'horizon est revenu, « Brimstone Skies » est juste à quelques jets de mon talus, le vaste avec lui, une trouée dans le bleu intense ensablé. Le haut des bâtiments s'est dévoilé enfin et les clochers bandent à nouveau. Le marchand de sable a déposé une belle couche de poussière ocre sur la lune à l’hallali Hazlewood endormie.

Et si pour une fois la lumière venait d'en bas. Colline éblouissante par en dessous, le sablier décolle et la dune abat-jour rayonne. Le fibre molle des grains de sable qui s'entreposent laisse jaillir l'éveil capillaire des insomniaques. Raoul Vignal fait des miracles.


Raoul Vignal 2024 « Shadow Bands » sur Talitres

samedi 9 novembre 2024

Kronos Quartet 2024


 

Avant-hier, sur le seuil du big-bang, la densité de l'univers naissant était telle qu'un son mélodieux circulait. Cette musique a catalysé la genèse, la berceuse. J'aime l'idée que nous sommes là grâce à elle. L'onde fertile, ma croyance. La musique sauverait l'homme donc... sans déconner.

Apparemment il ne l'écoute pas assez. Plutôt que de l'entendre ramoner, ramenons toutes nos émotions sur la note et l'harmonie. Captons. Table rase avec cette portée d'oiseaux qui chantent, ces notes sinusoïdales sur les branches parallèles qu'un vent hydrogène fait tanguer.

Loin des mitrailles sulfatés, la portée sur le vitrail de l'histoire mets en champs la création, le chant de bataille et chaque pensée à condition qu'elle soit à disposition pour laisser la peau frissonner sur un accord.

Il suffit de lever les yeux pour voir le ciel beau, puis le regarder avant de le contempler. Sucé et adsorbé près du Sun Ra. C'est ici, là que le nuage commence à fredonner et les feuilles chanter. Une fois au sol, elles deviennent douces percussions de verre sous nos pas syncopés, semées sur un sol de ciel absorbé qui a gardé le silence de son chant reculé, juste au dessus de nos tètes retournées.


La menace de l'horizon est un roulement de tambour, les rives ordinaires frissonnent à peine, les mots sont emprisonnés, peu importe la musique est toujours là, muette, mais sûr d'elle, de nous avoir rendu possible la vie avant-hier. Le silence dans un liquide amniotique avec ce brouhaha lointain ouvre les yeux et la respiration fait valser nos cellules. Les tablatures surgissent comme un sens exact, un acte naturel inépuisable. Lourd de vitalité, accoucher la programmation du plasma.


En bas de chez moi le ruisseau chante, plus loin un moteur toussaille, le portail municipal en fer graillonne avec la bourrasque, le Kronos Quartet va lancer son opéra rock, un houppier oscille et grince tout en haut avec son voisin, un moteur de clim d'usine ronfle au loin à peine perceptible, trois petits oiseaux et le vent dans leurs gorges s'emballe, les instruments sont là. C'est la fête.


Kronos Quartet 2024

« Outer spaceways incorporated Kronos Quartet & friends meet Sun Ra »

Shearwater 2026

  C'est une constante chez Shearwater, le grandiose. Des gros coéficients injectent dans sa pop moderne une envergure travaillée à gran...