Howe Gelb avec son portrait noir et
blanc sépia des temps anciens, m'a envoyé directement sur une
pochette similaire, une autre musique traditionnelle nord américaine
qui sort aussi ces jours-ci. Josephine Foster, dans une même ligne
de pochette de photo vieillie, sort un petit bijou de folk
intemporel, une plongée dans les temps anciens de saloon, piano bar,
banjo, pedal steel, voix belle et surannée....
Elle aussi possède une discographie
conséquente, elle aussi raconte sa terre, l'ouest de jadis, des
temps encore plus reculés que le gospel d'Alela Diane, une autre
pochette aux couleurs anciennes. 2005, Josephine Foster apparait sur Locust
records avec son troublant « Hazel eyes, i will lead you »,
un véritable coup de foudre.
Puis son acidité est à son comble sur
l'unique passage fauve dans l'auberge Bo'Weavil en 2008.
Depuis, chez
Fire records elle avance document dans son diaporama jauni par le
temps et la lumière, après un duo formidable avec le Victor Herrero
band où elle revisitait déjà des temps reculés, un discret
« Blood rushing » l'an passé, elle arrive à nouveau
avec sa vision psy-folk traditionnelle. Lyrique avec des mélodies
étourdissantes, la petite félibre du Colorado raconte l'histoire
renouvelée, chante ses racines, embringue avec toute sa délicatesse
et sa poésie ancestrale.
Josephine Foster 2013 « I'm a
dreamer » label : fir
Un samedi soir se dessine jour qui
dégringole de plus en plus tôt, avec une envie de se coller à la
bûche qui crépite, de s'injecter un carburant Glen décennal pour
faire tourner le moteur, doucement. La pluie glacial est tombée sur
nos fronts comme une punition lacrymale, il va falloir taper dans une
discographie grasse, un routard et bourlingueur d'écorce pour
remettre le cerveau dans la bouillotte.
Toujours aussi boisé, acoustique, Howe
Gelb revient pour la énième fois nous réchauffer les os et l'âme.
Et puis là, il y a une foule de potes autour : Bonnie « Prince »
Billy; Andrew Bird; KT Tunstall; M Ward; Thoger Tetens Lund; Steve
Shelley....
Le feu de camp est dans la cheminée,
tout le monde autour pour un recueillement folk.. avec un sommet sur
« Picacho Peak », juste sous les chœur gospel, un peu
comme Cohen sur « Ten new songs ».
Depuis 1991 Howe Gelb bâtit son art
sans aucune fausse note, il est aussi la racine d'arborescence OP8,
Calexico, Amor Belhom duo, Giant Sand ….. un grand monsieur vient
de sortir un autre grand disque.
Howe Gelb 2013 "The coincidentalist" label : new west records
Il faut bien se rendre à l'évidence.
Ici le temps s'arrête. « For the world » fait table rase
de toute fioriture discographique. Balayer tout sur son passage comme
une tempête d'automne décollant même les feuilles scellée sur la
terre détrempée.
Remettre en question, se défaire et
enlacer le tronc noueux, croquer quelques rameaux pour sucer la sève
d'outre tombe.
Des indices, des avertissements, Dom et
Yom, des piqures de rappel, Bowie, Dylan, Wyatt, des cordes à
pleurer, puis l'on trébuche sur l'harmonica, le piano bar quelque
fois Neil Young ou le maladif Daniel Johnston. C'est surtout un album
qui peut pétrifier.
On est peu de chose, « For the
world » nous en souffle la fraîcheur. Et s'il ne restait que
ce disque là, absolument de tous les temps, toutes les météos, les
humeurs. De quel siècle, quelle décennie, de quelle cellules ces
mitochondries jutent t-elles ?
Sans les avertissements amicaux,
j'aurai pu croire à un rêve.
Merde, fallait-il aller si loin dans
l'échelle des âges pour dévoiler autant de beauté pure, fallait
t-il un vie entière pour composer un tel album, « combien de
souffrance pour une mélodie » …
Si je me suis abîmé sur le retour
tardif de Bill Fay l'an passé, je suis littéralement abasourdi par
cet providence psyché folk acoustique de songwriter buriné.
Mon pépé de l'au delà, si je pouvais
t'entendre pleurer la fêlure penché sur ton banjo.
Le cerveau imbibé, la gorge sèche
post biture à la recherche d'une respiration, j'écoute cet album
sans pouvoir l'ôter de la platine.. en boucle depuis des heures.
Tout le monde s'est évaporé. Un monde parallèle ? jamais la
mélancolie n'a été aussi savoureuse, comme une lente injection. Ne
dites rien à Dylan..il ne va pas survivre à ça.
L'automne, le vrai est ici au seuil de
la lourde, j'ai même pas eu le temps de fendre mon bois. C'est gris
à crever, venteux comme une gifle, humide à pourrir sur place,
froid à se faire corbeau. Et la lumière dans tout ça ? La lumière
elle provient d'Ed Askew. Une prière.
Champêtre, boisé, celtique... et
remerde, comment survivre à "So" ?
A travers un univers de fable doucement
excentrique, Luke Haines offre avec « Rock'n'roll animals »,
une épopée courte de pop acoustique et psychédélique. Son nouvel
album arrive dans une indifférence assourdissante. Il est pourtant
un élément indispensable de la Brit-pop.
Sa carrière solo qui fait suite à The
Auteurs et Black Box Recorder, est assez décousue, alternant
soundtrack, coffrets, compilations et autres projets. C'est un conte
ici qui révèle toute l'histoire fragile de ses racines anglaises,
de sa ville.
Une poésie de magicien, et des
mélodies de baladin.
Luke Haines, plus que jamais se situe
entre le romantique baladin Chris DeBurg, et le songwriting ténébreux
et habité de David Tibert (Current93).
Un conte dandy folk pour les grands
enfants.
Luke Haines 2013 « Rock and roll
animals » label :
Une chaleureuse soirée de fraternité
amicale a fait honneur à un opus de chansons d'ici, la bande son, le
point culminant de nos rires, échanges, de nos regards qui en disent
long sur la vie, de nos mains sur les épaules.
Et puis il faut bien dire, que le choix
du disque de Pascal Mathieu ne fut pas anodin, notre passion commune
pour la chanson d'ici nous a placée sur un limon favorable, ce même
limon fertile que nous aimons.
Des tranches de quotidien à la pelle,
des sentiments, de belles choses et des bouts de nous que l'on peut
croiser et rencontrer: « l'azalée de Daisy, un désir moins
le quart avec ton goût dans ma bouche, avoir au fond du gicleur un
genre de poussière, on transpire en commun, y'a Zola qui vient
danser dans un vieux café, des caleçons du dimanche qui grattent,
et puis s'aimer d'amour est un pléonasme.... si j'ai une érection,
c'est en ta direction.
...sept milliards de jumeaux pas
vraiment ressemblant, sept milliards d'animaux, avec des sentiments.
Dégager de l'étang ou de ses
méninges, en gros têtard pour aller se plaquer vers le fandango ou
le concerto et se faire ramoner le compteur.
C'est tellement bon, c'est tellement
humain qu'il ne faut pas se retourner, y'a toujours un psychiatre qui
nous suit. Yala vie en tout cas, des fatigues, on ne ressent plus
d'amour pour nos congénères. On se ballade dans les rues de Paris
ou d'ailleurs et l'on croise tant de monde... » (phrases
tirées du disque)
On se rapproche sur une même table
avec des amis, et l'on croise tant de monde à rester là, on en aime
tant, qu'on est tellement fragile de ne pouvoir en aimer autant et
plus encore. Pourtant on transpire tous ensemble à les aimer.
Hypothermie, tachycardie, bradytruc polyglotte et machin chose.
« Sans motif apparent » est
présent dans les bacs, son précédent « Routines
aventurières » date de 2008. Avant, dans des temps reculés,
c'était le punk qui accaparait Pascal Mathieu. Aujourd'hui, là,
tout de suite, c'est un grand album de chansons d'ici sans motif
apparent mais qui embarque dans une danse populaire franche, acidulée
et populaire, jusqu'au dansant titre éponyme.
Lui c'est les mots... aux notes, Claude
Mairet envoie son jeu à lui, celui qui a aussi fait les temps
troubles et beaux des années 80. Il est à la composition, ainsi que
Florent Marchet pour une chanson. Enzo Enzo est parmi les chœurs,
Claude Mairet aussi, et pour les nostalgiques ça se sent dans la
gorge et nos oreilles.
« Avec Daisy».. je sombre.
« Daisy et des idées, des azalées, des zippo, pottames, un
zoo, des accords de guitare sèche comme la Betty du Nanard, le
hasard et les herbes ». Et si j'offrais une forêt à ma
Sylvie. On est tous le tarzan de sa Jeanne.
Les accords acoustiques de Claude
happent illico, sa voix au fond, rappelle jadis. Qui aurait pu rêver
d'un tel duo sur nos platines, une telle justesse ? De telles
présences sur scène, puisqu'ils tournent ensembles... des mots, des
notes, un passé, de grands artistes, une rencontre fraternelle et
artistique. David mon frère, si on travaillait ensemble ?
Pascal Mathieu est passé au limonaire
l'année passée, il est en tournée dans toute la France avec Claude
Mairet et ses accords ingénieux. Un rendez-vous à ne manquer sous
aucun prétexte, tout comme l'album.
Et si l'un perçait et l'autre
revenait...et s'ils étaient tous les deux indispensables ?
Certes, « On se voit lundi »,
ou « Désir moins le quart » sonnent très Thiéfaine,
celui d'avant. Claude étaient aussi aux notes, à la guitare, au
chœur, derrière un nom.. l'album de Pascal Mathieu, intelligent,
sentimental et poétique, est dans les bacs et même sur les
promontoires, et c'est une grande nouvelle, puis finalement ils sont
tous de la même famille.
Pascal Mathieu 2013 « Sans motif
apparent » label : troll's production
« Open », le nouvel opus de
The Neck, est une autre déclinaison sonore qui peut déclencher une
construction architecturale, picturale, une toile. 70 min à fouiller
les processus, la composition, la palette.
The Neck, c'est le pianiste Chris
Abraham, le batteur Tony Buck, et le bassiste Lloyd Swanton... ils
sont accompagner ici par Emma Nilsson au monochord et de James Waples
pour la bass drum heads.
Décomposition, dissection, jazz
improvisé étendu à travers un grand espace acoustique. Milles
choses et quelques belles inspirations peuvent lentement nous
pénétrer à l'écoute de cette épopée improvisée.
The Necks commence à offrir une
discographie abondante. Jamais déçu, ce travail empirique de haute
tenue est une aventure artistique très inspirée. Aussi beau que
«The newton plum » de Bed (ici d'ailleurs 2001), ou
«Juxtaposition » de Radian (thrill Jockey 2006).
Réellement un pur chef d'œuvre. Il me
semble après coup, être parti très très loin avec cette musique.
Une nouvelle bande son picturale vient
d'être composée par Burkhard Stangl. Réverbérations, distorsions,
résonance... les techniques nécessaires pour peindre la musique,
pour noyer les notes de guitare claire dans la lumière et le
contraste, le temps s'arrête sur la création.
« Unfinished » propose une
vision sonore du peintre William Turner. Une fois encore, on pourrait
choisir notre propre interprétation, notre intersection artistique
entre peinture et musique, faire coïncider les ambiances et les
textures via notre ressenti. Stangl égraine ses notes dans le
silence, l'espace et les jeux de lumières. Un léger field
recordings vient lier les couleurs, et pénètre le lin.
Hyper contemplatif, devant une toile de
Turner, une lumière puissance d'un paysage calme et reculé, devant
un processus créatif.
Il y a Fennesz aux manettes, ça se
passe chez Touch.
Burkhal Stangl 2013 « Unfinished.
For William Turner, painter. » label : touch