Une basse roublarde roule sa bosse sur
la route tracée d'un jazz-soul de derrière les fagots. Tout vient
s'agglutiner autour, grossir la marche entêtante et incessante..les
peaux, les percussions, la guitare jazz, flutes, sax, trompettes,
clavinet et organ. Billy Cobham, Grover Washington, Marvin Cabell,
George Davis... tous dansent autour de Lonnie Smith sur ce petit
album rarissime et remarquable.
Sony en 2001 a eu la bonne idée de
remettre en circuit ce sixième album de l'organiste, « Mama
Wailer » sorti en 71 sur kudu kudu, nouveau label jazz d'alors.
A ne pas confondre avec Lonnie Liston
Smith, un autre claviériste du Cosmic echoes.
Le notre ici, Dr LS, se fera surnommer
par la suite Turbanator, changement de look pour une grande carrière.
En attendant, un petit bijou de soul-jazz de dimanche matin, un
itinéraire précieux, relax, totalement 70's.
Lonnie Smith 1971 « Mama wailer »
label : kudu kudu
Quelques heures de marches plus loin, la vallée a limé ses galbes, la lumière s'est tue et les formes se sont dilatées dans la turbidité sonore. L'échine est douloureuse, les muscles raides, la sueur perle toute chargée d'angoisses et de toxines. Des jours de marche sur la charpente.
La nuit, le bruit de la nature ou de la ville est décuplé, le silence impose, la musique se met à hurler jusqu'à la sirène d'une tronçonneuse, et si le corps est à nouveau exclu de la symphonie, le crane lui est calé sur un tronc noueux.
Le voyage n'est pas fini chez Touch, Mika Vainio & Joachim Nordwall reprennent la cordée. Le rêve continue, à la limite du cauchemar, n'ayez pas peur, puisque vous avez la tète bien posée sur l'écorce d'un tronc billot immense dont on ne voit pas la cime. La température a repris de la hauteur, des claviers sont dilatés, des larsen requinqués..l'ambiant est dégluti par les esprits vagabonds du fantomatique terrestre menaçant.. celui qui rampe et brûle, juste parce qu'il est possible d'échouer sur une mégalopole éteinte et qui gronde au loin.
Dans une forêt de sapins, lorsque la
température descend sous les -40°C, l'écorce claque net sous la
pression du tronc qui bombe le torse. Un concert de percussions
résonne alors dans le silence blanc d'une large vallée enneigée.
Le jazz improvisées du grand nord.
Éveillé, je n'aime le silence que la
nuit ou en pleine nature, au beau milieu de nulle part, plongé au
cœur de son silence, là où toutes les musiques naissent. Le
moindre clapotis, ruissellement, le plus petit froissement de
feuilles est un chant. Le vent donne sa gorge en drone étourdissant
et les bruits d'animaux en boucle entonnent des sérénades vastes et
intimes, noyées dans de vertigineuses résonances.
J'imagine ce bruit anhydre d'écorces
cédant, ce concert acoustique et boisé qui engourdi et émerveilles
comme un chant de sirène.
Chaque Field recording dans mon casque
me rappelle à ces rêves, pour jouer avec le silence de ma boite
crânienne, l'injecter, juste ce qu'il faut pour laisser les bruits
alentours chanter et jouer avec mon imaginaire, même un petit
souffle urbain lointain peut apporter quelques touches analogiques.
C'est une invitation au rêve.
Le corps est paralysé, exclu et le
subconscient embrasé, impliqué. Si les rêves sont incontrôlables,
les rêvasseries, flâneries et autres partances surréalistes elles,
me sont palpables, juste à l'écoute d'une bande sonore, ou d'un
refuge au cœur d'un paysage vierge ou reculé.
Ma vallée m'enchante et si je veux à
nouveau frôler sa substance, j'écoute un album Touch records, cet
épicentre rêveur de son envoutant.
Si Patrick Watson est un maître en la
matière, Bruce Gilbert est au même titre et sous le même toit, un enchanteur sonore.
Merde, un pigeon ce midi, m'a jeté un
morceau de pain. Je passais là, près de lui et son groupe de
hardeurs au cou déjanté, et pof, d'un coup de bec sec il m'a envoyé
cette mouillette immonde sur les grolles.
Je dois vraiment avoir une tète de
clochard aujourd'hui, ou alors les pigeons ont pitié de nous, le
monde à l'envers, un peu comme ma soif croissante de vieux disques.
Alors que les bacs se chargent d'une pléthore de nouveautés, moi je
suis à l'affut de vieilleries, de raretés, et j'arpente, fouille et
fouine dans les caisses poussiéreuses. D'ailleurs, j'ai incrusté
pour la première fois un bilan rééditions, coffrets, résurrections
musicales.
Il n'empêche, avec ce top 2013, j'ai
discrètement dépassé la 1000 ème chronique en 6 ans de labeur :D
Bon, on arrête les synthèses, les
congrasturbatoires, et on repars au turbin.
Et bien justement, en parlant de rétro
et de trésor déniché, un petit cru pas dégueux d'une grande
année, et en hommage à mon Pap's, mon fournisseur officiel de
disques 69. Des caisses entières par hélico je vous dis.
Je devais avoir de grosses esgourdes à
la naissance, je bouffe des brouettes d'opus de cette année
sextraordinaires.
Ted Nugent, le fantastique guitariste
de Detroit, en est à son troisième album avec le groupe The Amboy
Dukes. 1969, l'album « Migration » est magnifique, bien
au dessus du lot.
Ça commence par un instrumental
sublime « Migration », un rock blues façon BJH first
avec un son Mike Oldfield, des idées prog en substance, un poil
heavy, du Sabbath, du Cream à la papa..cool.
« Prodigal man », on taille
dans le vif, riff, gimmick, heavy et il ne reste plus que le Sabbath,
Led Zep, et pourtant, ils gardent une petite touche à eux, son,
prog, solo, Ted œuvre et Rusty Day à la voix assure un max.
« For his namesake », bim,
les pattes d'eph, orgue, basse en folie, des vocalises à la Beach
Boys, et toujours l'endiablé Ted avec sa guitare aiguisée...puis
derrière les mecs, c'est pas des manchots.
« Good natured Emma »,
funky torride, ils emballent et racolent...délire et liberté,
sérieux et pro.. j'aurais jamais cru tomber sur une perle de ce
calibre quand je suis allé racler les fonds de caisses, juste avant
me prendre le morceau de pain du pigeon insolent.
« Inside the outside »
retour au Cream,
« Curb your elephant »
glisse vers la soul...un très grand disque du genre, y'a de tout
dedans, Stones, Rare Earth.... de la grande liberté live brut et
inconsciente.. du 69 quoi.
En attendant les cargaisons de
nouveautés pour la nouvelle année, je me perds sur quelques disques
perdus.. The Americain Amboy Dukes 1969 sur Mainstream records, 1991
sur Repertoire réédition... Les débuts de Ted Nugent avec un album
collectif magmatique et dévastateur.
69..poil au dent.
The Amboy Dukes 1969 « Migration »
label : mainstream/repertoire.