jeudi 12 décembre 2013

Grahm Nash 71



On peut pardonner à Graham Nash la discrétion de ses albums solistes et le peu de répercutions médiatiques du grand compositeur de chansons épiques. Sa carrière collective a légèrement camouflée son travail personnel (peu d'albums solo il est vrai).

Il n'empêche, en 1971, il sort son premier album sous des envergures pop qui transportent très très haut dans l' « harmonisphère ».
Élégant, raffiné, une voix haut perchée, « Songs for beginners » est un opus de compositions d'un artiste expérimenté. Le son, qu'il a produit lui-même est grandiose.
Pedal steel, violon, envolées électriques, hymnes pop, chanson engagée (« Chicago ».. son hit), Jerry Garcia des Grateful dans le set, son acolyte Crosby à ses côtés..il y a de l'ampleur rock historique dans une humble discrétion, exactement comme un autre sublime disque pop: « No other » de Gene Clark.



Quelques grammes de discrétion pour un immense plaisir musical.



Graham Nash 1971 « Songs for beginners » label : Atlantic

 
 
 

mercredi 11 décembre 2013

Lavilliers 2013



Ce vieux baroudeur de Nanard revient sans cesse comme le ressac. Son 20 ème album est ici, maintenant, moins politique, plus poétique. La musique plus synthétique, moins chaude, quoique. Un peu plus rock, c’est sûr. Il n'envoie pas directement, il ratisse large et accuse sans accuser… tu n’y est pour rien mon frère.. des mecs du troisième couteau qui reviennent, et qui sont la cause, ou grâce à qui, nous sommes dans la fatigue, la médiocrité, la mort et tant de misère. Il est question du grand pouvoir avec lequel nous collaborons inconsciemment et qui décime des populations entières. « Scorpion » ou « Baron samedi ». Ils sont des millions. Des mecs plébiscités par ceux qui crèvent, des rapaces qui pillent via le système, mais que tout le monde regarde avec un recul abyssal.

C’est moins instinctif, plus raffiné, moins exotique, plus synthé… qu’est ce qu’on l’aime le Nanard.

Il y a le retour de New York, la plaque tournent du mal qui mute, du vaudou, des esprits, et puis il y a l’art, et toutes les questions de la création face à la misère, de la musique face à la solitude, de l’impuissance de l’artiste devant les faits et l’élément naturel, même si c’est exactement ça qui fait son charme. Ils survivent, juste, aux catastrophes, comme Haïti et la création qui en jaillit. L’artiste est créatif, vivant, mais aussi destructeur et morbide. C’est du cristal…des pulsions, quoiqu’il arrive. « Que peut l'art » ?

Il y a une berceuse pour enfant, une chanson pour sa mère qui n’est plus et un texte de Cendrars de 26 min qui prend au tripes, qui laisse sur le carreau et allume le cerveau. Et sur des principes assez durs, il pose des violons, des contrebasses, enveloppe tout dans un écrin Nanard pour nous câliner le cœur de ces souffrances que l’on subit tous à échelles différentes.

Il y a Jack l’éventreur d’un nouveau genre, moderne. Il y a beaucoup de vague à l’âme, d’inspiration, autant dans les voyages que dans la peinture. Il y a des touches électro et du cinématographique. Il fait ressentir l’émotion d’un seul trait, une seule image, en quelques mots. Sa vie à lui est toujours bouillonnante, toutes ses épopées l’éloignent plus encore de la quiétude intellectuelle, de l’embourgeoisement qui nous morve au nez. Nanard est un camaïeu puissant et infatigable, il est noir de monde.
Nanard est un écorché raffiné qui nappe le brutal en ondes harmonieuses. Il est pas précieux Nanard, il est féminin et sensible, il recherche l’harmonie. Même les idées les plus violentes sont lissées par les notes. Il aurait été facile de collé des guitares dures sur les pinces du scorpion.

Chaque album de Bernard Lavilliers est un rendez-vous avec lui et toutes les âmes qui l’entourent et l’inspirent.


Finalement, on est tous des scorpions.



Bernard Lavilliers 2013 « Baron samedi » label : barclay





 


mardi 10 décembre 2013

Arbouretum 2013



Arbouretum est un groupe alternatif rock qui œuvre sous les tuiles chaudes et épaisses de Thrill Jockey depuis 2002. Dave Heumann est un ancien collaborateur de Bonnie « Prince » Billy et fondateur de ce quatuor de Baltimore.
Latitude, le label arborescent de Southern records, offre sous des emballages prestigieux à 1000 exemplaires, des libertés pour chaque groupe qui aspire à offrir un set live précieux, court, sous des latitudes précises.

46° 59* 42.86 » N / 85° 7' 39.22 » W

C'est ici précisément, que les quatre morceaux rares d'Arbouretum ont été réalisé.
La voix John Cale/Damien Jurado, des claviers psychés étendus, des guitares ambiantes, de l'incantation (« Early morning rain »).. du blues habité (« The wreck of the Edmund Fitzgerald »), du rock, de la pop à la sauce Arbouretum (« Carefree highway »), mais à un endroit précis sur la planète.. cet endroit unique, comme cet instant enregistré dans une totale liberté, loin de tout.
Et puis toujours cette pochette d'ocre épais que l'on ouvre comme un rituel et que l'on referme sous des bruits intimes de frottements cartonnés.

Jubilatoire, libre, récréatif et précieux.


Arbouretum 2013 « A gourd of gold » label : latitude


dimanche 8 décembre 2013

Bee Gees 74



Brian Epstein un jour a vu débarquer les frangins australiens sur l'île britannique où les parents Gibb avaient pris refuge. Lui déjà était dans le débit dingue des Beatles depuis un certain novembre 61 dans les caves de Liverpool. Il a sèchement rejeté en bloc les Bee Gees pour mieux se consacrer à ses poulains préférés.
Il se sont tracés à un chemin à eux, plus lent, plus solide, hyper mélodieux, avec des singles à la pelle. D'un quintet, ils sont passer au trio pour avancer inéluctablement vers les grandeurs dance floor qu'on leur connait.
Avant les paillettes, il y a eut quelques albums passés sous silence, discrets, entre l'opéra rock sublime « Odessa » 69 et l'ultime disque qui pourtant avait déjà quelques teintes disco: « Main course » 75.
Les japonais viennent de rééditer merveilleusement tous les albums en réplique vinyl fidèle (sauf bizarrement « Trafalgar » de cette période là), et notamment le très rare « Mr Natural », pour les fans des Bee Gees des débuts.

 
« Mr Natural » est un grand disque avec tout d'eux dedans, et l'on sent monter la sauce, la récupération disco qu'ils ont transcendé, à une époque où leur discographie populaire commençait à s'essouffler. Sauf pour les amoureux des albums des Bee Gees, je parle de ceux qui n'aiment pas danser, comme moi.
Il y en a pour tout le monde dans cet opus 74, du Barry, du Robin, Maurice en grand musicien dans l'ombre concocte des mélodies sublimes. La chanson éponyme est un hymne Bee Gees de tous les temps, « Charade » un dessert, « Throw a penny » une langoureuse virée aux dents blanches sous un wurlitzer discret, et débouche directe sur un dance rock pop endiablé « Down the road ». Puis on tombe comme avant, sur des ballades à crever avec la voix de Robin « Voices », puis d'autres promenades romantiques Barry « Dogs » ou « Lost in your love ».. cliché certes, mais qui annonce l'icône à moumoute. Et comment ne pas résister à l'envolée « Can't let you go ».. Puis...voilà le dancefloor qui s'allume, cuivré, lourd, décadent, hurlant.. torride « Heavy Breathing »... la machine se met en route. Arif Mardin est aux manettes, il s'occupe entre autre à ce moment là, d'Aretha Franklin.

 
La phase 75/79 reste inversement anecdotique pour moi, même s'il m'arrive d'en écouter quelques morceaux. Je reste un explorateur de la première décennie, et un jour, je ferai un billet sur leur épique double album 69 qui m'a mis la tète à l'envers à la découverte, sous mon saphir des quatre faces d'« Odessa ».

En attendant, nous sommes en 1974, un grand cru Bee Gees pour les dimanches soirs quand le soleil peine à lécher les faitières, quand on a des envies de bistrot alors que tout le monde s'apprêtent à partir en boite...où en reviennent.


Bee Gees 1974 « Mr Natural » label /RSO-Reprise2013






vendredi 6 décembre 2013

Sylvain Chauveau 2013



J’aimais beaucoup lorsque Sylvain Chauveau embellissait les blancs avec ses notes de piano néo-classique, un peu moins les drones d’encéphalogramme plat de son pseudo « On ». Je n’ai pas suivi son hommage à Depeche Mode, mais plutôt plongé sur sa collaboration avec Felicia Atkinson.

 
A propos de son nouveau projet, je reste dubitatif et partagé (c’est bon signe). « Kogetsukai » est un assemblage sonore sur lequel il pose au hasard ou pas, des phrases, des mots, d’une voix monocorde. C’est un concept improvisé, ou réorganisé après déstructuration de tout format musical. Il ne reste que des sons, piano, programmations.. et ses idées exprimées comme un cycle, posées au gré des courbes cérébrales.
Avec l’esprit des musiques nouvelles de John Cage, et notamment son attirance pour les jardins asiatiques, Sylvain chauveau met en son, sa quiétude devant le jardin zen de Kyoto. Il dévoile sa vision abstraite et transpose son inspiration vers sa création sonore.

Je suis accroché par son interprétation énigmatique, mais cette création me ramène terriblement vers « Blemish » de David Sylvian, qui a construit en 2000 la première pierre de l’édifice Samadhisound, sur le même principe de concept abstrait. D’autant plus que la voix est similaire. Sylvian s’était associé au guitariste Derek Bailey pour triturer et dépouiller la structure musicale et en faire un tableau magique et mystérieux duquel je ne suis toujours pas revenu.
Peut être mon enthousiasme aurait été plus franche, si j’avais découvert « Kogetsukai » avant « Blemish ».
Finalement, malgré l’envergure et la partance contagieuse de ce disque, je crois, comme pour Dakota Suite, que je préfère les phases instrumentales de Sylvain Chauveau, avec les pochettes de paysages brumeux et mélancoliques. Je vais surement regretter un jour cette frilosité immédiate. « Kogetsukai » va murir et faire son chemin dans les méandres de notre cerveau concassé. Ce disque peut à tout moment devenir absolument génial.

Sylvain Chauveau 2013 « Kogetsukai » label : brocoli





jeudi 5 décembre 2013

Godspeed You Black Emperor ! : cst003


 

Je suis entré dans cette surdimension en 1999, j'affecte particulièrement les albums de Godspeed et de Silver Mt Zion, surtout au début. D'ailleurs, les premiers albums respectifs son assez similaires, la même texture sombre et poétique, des ambiances aux même lueurs.
Au fil du temps, ils ont appuyé leur particularité.. tralala d'un côté, vrombissement de l'autre.
Nous sommes, en cet automne frileux, coincés entre le dernier Godspeed et le Silver à venir.


Indélébile, un tatouage cérébral.



Revenons à 1997, sur le carton bordeaux au verso est inscrit en lettre d'argent cst003. Troisième pièce du catalogue Constellation, bouleversant. Une poésie à foutre par terre, de l'acoustique, les accords de Moya, et puis les douces envolées du collectif: Thea, Jesse, Thierry, Bruce, Colin, Efrim.... douces les envolées, pas encore les puissances de réacteurs. Une musique belle, des idées de post prog ambiant, expérimentation dans l'écho, la résonance. Le collectif est en partance pour des espaces ténébreux, mais beaux.
Ici, on entend du Floyd Meddle, Ummagumma, du Cerberus Shoal des débuts, mais surtout une patine, une signature unique, un esprit qui va gonfler au fil des années, prendre de l'altitude, gronder plus encore, faire frémir et vrombir les cranes. C'est d'autant plus émouvant, que sur ce disque, les Godspeed sont juste un groupe de bouche à oreille, qu'ils s'élancent pour décoller irréversiblement.
C'est un isolement, un recul intime vers la source; xylo, violon, voix, ukulélé, cornemuse, véritable épopée habitée, un moment particulier dans l'histoire de la musique.

 
Je dis ça , car j'ai trouvé dans un bac, au hasard, le vinyle bordeaux en question, avec dedans, une enveloppe, des documents, un penny écrasé par un train, dont la locomotive est dessinée dedans sur un craft d'ocre brûlé. Sur la loco inscrit « For the reverend Gary Davis ». Les rails sont tordus devant, impasse ferroviaire, sans issue. Sur la pochette, une photo unique est collé en plein centre. La mienne, les essieux de la loco.
Je dis ça parce que je suis en train d'écouter les deux faces noires de «f♯ a♯  » et que je suis à des années lumière de mon cerveau, ou alors j'y suis encore et c'est lui qui se fait aplatir comme un penny qui s'envole en ovni.




Qui était le vendredi 1er octobre 99 au théatre de l'Olympia de Montreal pour voir décoller le zinc ? C'était à 1004 Sainte Catherine à 20h, pour 10 dollars..une nuit seulement.
Je fouille, je plonge dedans, je m'y transpose...avec que le saphir sur l'infini, se pose sur le dernier sillon et colle le son à perpétuité, lancinant, paralysé, une onde industrielle d'une banlieue... le corps est lourd, le cerveau vidé, le saphir tourne à jamais.

 
Je suis un fidèle de Godspeed, même si j'ai une tendresse particulière pour les premières créations. Je suis sorti du disquaire comme un gosse qui vient de gagner l'ultime bataille d'une fin du monde virtuelle.. dans sa tète. Je me suis fait porter pâle aujoud'hui, je suis resté collé à mon saphir.



Godspeed you black emperor ! 1997 «f♯ a♯  » label : constellation






lundi 2 décembre 2013

500 mg


 
Une unité pondérale comme pseudo, scinder le gramme et tout alléger des fioritures.
Se débarrasser des adjuvants, des excipients, ne garder que la texture, l'atome et son électron.

La musique précieuse de 500mg est séminale.


Finger-picking et multi-instrumentaliste, Michael Gibbons égraine ses accords comme on draine un cerveau souterrain. 500Mg raconte la nature, peu importe l'époque, chaque saison a sa lumière et son gris. Il y a juste l'horizon qui trace, et découpe à la base des bois d'ocre violet, des dégradés de terre molle plaquées par des ciels à grande vitesse.

Ultra lente mobilité sous le vent gris-mauve.

Écouter « Vertical approach » de 500 mg, c'est débusquer une clairière où le soleil pénètre sans état d'âme, d'où s'échappent toutes les convections qui aspirent le sang vers les cimes. Et l'on se sent flotter très haut, le spongieux mis à sec sous la racine limon.
Le psyché, quand il est boisé, c'est un peu comme un Zeppelin qui décolle sans bouger, ankylosé, engourdi, plaqué et léger.

Le muscle piqué du tsé-tsé, électrique ou acoustique, cette aventure habitée est un abandon bandant vers le néant, un Six Organ of Admittance des isthmes à bosquets pour se vautrer dans le terreaux. La nuque posée sur une vieille souche, l'échine avachie sur la fougère tiède et détrempée, le rondin dans ma nuque pénètre et oscille de plaisir sous les dernières feuilles qui me recouvrent.

Fallait pas mordre le coulemelle.


500mg 2004 « Vertical approach » label : eclipse records



Opus Kink 2026

  Tant que ça, ça sent qu'ils sont british ? Pas besoin d'aller vérifier l'identité de cette jouissive découverte, il y a cett...