mercredi 8 février 2012

Shearwater



Shearwater a toujours eu un penchant pour la faune, quelle soit des airs, maritime et des contrées qui les accueillent. Des félins cette fois-ci, des hyènes et des singes et les arrangements rugissent. Le son gronde loin du boisé habituel, loin du chaleureux folk à la verticalité marine ou aérienne. Jonathan Meiburg montre les griffes, le son se refroidi, se durcit, s'emballe, les bêtes ici sont empaillées, comme sur la pochette d'Interpol sur « our love to admir », même froideur, même saccades. Fini les puffins et les freux.


Le garde forestier ornithologue est devenu taxidermiste. Jonathan depuis sa collaboration avec James Stewart de Xiu Xiu a dû endurcir son art, a séché la sève. Et pourtant les mélodies sont là, l'ardeur et l'émotion biologique, on la retrouve sur « insolence ». Menaçant plus qu'émerveillé, le nouvel album de Shearwater gronde comme ces animaux dominants, marque son territoire fermement bien loin de « la dame et la licorne» que j'avais sacralisé.
Comme Iron & wine, Shearwater chez Sub pop a perdu de son folk et s'est « urbanisé », laissant l'émotion pour une envergure technologique musicale, une rugosité, une nervosité rock en décalage avec ce cerveau des grands espaces, une allure autre qui pourrait froisser les habitués et ravir les blasés de l'écorce.

Shearwater 2012 « Animal joy » label : sub pop
échelle de richter : 6,5
support cd
après 1 écoute

www.shearwatermusic.com
www.subpop.com



lundi 6 février 2012

"Gallardon de papier Joseph" 7 février 2012




















Stephan Micus 2004 "life" label : ECM

Limousine


Délicieuses contines théâtrales et cinématographiques allant flirter avec Air de « Virgin suicide » et son saxo langoureux (« cosmos »), Vincent Gallo période « When » (avec « drianke ») et Brian Eno pour les étendues. Un peu de post rock cristallin dès l'intro du disque « la gaviota », ou sur « ondine » et surtout « the reindeer », rappellent à la mélancolie et donnent une envergure plus grave. Un léger esprit jazz vient habiter ses plages synthétiques et cuivrées. Une ambiance feutrée, proche, que l'on peut s'approprier au générique de notre film à nous, la bande son d'une journée paresseuse, du quotidien flemmard, terminé sur une note pop aérée « dude ».
Quelques groupes d'ici brillent dans un jazz-pop alourdi de post rock gracieux, je pense à Nlf3, Centenaire, Don Nino, Manuel Bienvenu, LeCoq.
Dans Limousine, il y a le compositeur et saxophoniste de Poni Hoax. Ils sortent leur deuxième album « II » après sept ans de silence.

Billet complet chez Benoit.

Limousine 2012 « II » label : le taxi prod
www.myspace.com/limousineband
échelle de richter : 7,5
support cd
après 2 écoutes










dimanche 5 février 2012

Mississippi John Hurt




Le terreux du côté de l'oncle Sam pour mettre en scène la tombée de la nuit sur cette plaine saupoudrée. Le foyer exalte, la braise de charme est généreuse, tout crépite. Des racines traditionnelles, du blues folk country, histoire de réchauffer un peu l'âme. Du finger picking rocking chair façon JJ Cale, de l'espièglerie boisée façon Léon Redbone. Sauf que là, c'est Mississippi John Hurt, une branche souterraine des terres américaines. Le ciel dominical exsude le plomb sur le sol qu'il a façonné en miroir, juste pour lui redonner ce teint blafard. Le son est minimal et chaud. Un bon Mississippi John Hurt pour finir cette journée d'hiver au coin du feu.


Mississippi John Hurt 1963 « Today! »
distribiteur : vanguard


échelle de richter : 7,1

support location

après 1 écoute







Crescent




La neige ouate les esgourdes dans un gris engourdissant. Pas d'embellie dans l'azur, et pourtant le ciel se fait aveuglant. Tout dort, une attente acouphène, l'onde ramollit les pensées et l'on végète dans un jazz visqueux, baigne dans une mélasse acoustique sans agressivité aucune.


Matt Jones tape sur des verres de vin, joue de la guitare espagnole, Jasper Larsen lui est concentré congas et maracas d&éfinitivement ramolis, Kate Wright (des Movietone) claque sa basse endormie. Enfin, quelques cordes ensommeillées et xylophones délétères sont assurés par Sam Jones.
Crescent est un groupe sombre culte, « By the roads and the fields » couvert par Fat-cat en 2004, leur avant-dernière opus avant l'utlime "Little waves" en 2007, un jazz dub anthracite quand la nuit tombe sur des plaines neigeuses, un groupe dans une transition apaisée, logé à Bristol, une introspection acoustique étourdissante.


Introverti, contemplatif, monotone, transe cérébrale de cortex engourdi, hibernation des utopies, juste s'acagnarder pour prendre la dérive au creux des reins, bercé par quelques notes fausses pour mieux dévier encore sur les multiples itinéraires bis, vers l'acidité soft d'un son toxique et moelleux.
J'ai toujours placé Crescent et Hood sur un même palier abyssal. Deux groupes révolus, Hood sort son intégral en coffret, Crescent lui, a disparu des paysages nocturnes, rien depuis 2007.



….metal & china bowls, brass pineapple, bongos, humming, drum kits, saxacorder.... une évasion musicale en bricolage psychédélique, létale et revigorant, glacial et visqueux, cet épilogue anglais est un véritable trip neigeux, une sombre coulée dans le gris bleuté, le cryo-jazz dépressif réconfortant.

Crescent 2004 « By the road and the fields » label : fat-cat
www.fat-cat.co.uk
échelle de richter : 8
support cd
après 100 écoutes












Nick Cave & Warren Ellis





Un autre Nick Cave pour un dimanche avec la neige en plus. Paysage ouaté, la voix en moins. Jour caverneux jouant avec le capitonné, collaboration avec Warren Ellis pour un colossal travail cinématographique réuni sur un double cd. Vu d'ensemble sur ce magnifique jeu néo-classique, classique, expérimental et ambiant.
« White lunar » pour un dimanche crayeux, un horizon crémeux, une toile de fond sibérienne.

Nick Cave & Warren Ellis 2009 « White lunar » label : mute
échelle de richter 9
support gravure audio
après 2 écoutes
http://www.mute.com/
www.nickcaveandthebadseeds.com/home
















samedi 4 février 2012

Anna Ternheim




Écouter un nouvel album d'Anna Ternheim, c'est comme aller chez une vieille copine juste pour recevoir un peu de réconfort, quelques confidences familières et se dévoiler. C'est pas le genre de fille à faire du grabuge, du ramdam dans sa vie, comme Dido par exemple, son plus proche clone médiatique outre atlantique.
Anna Ternheim, c'est une fidélité réconfortante inébranlable, peu importe ceux qui prétendent que c'est toujours un peu la même chose. Elle est rassurante, douce et pleine d'espoir...une des plus belles folkeuses penchées sur le traditionnel américain, malgré son identité scandinave. Ses mélodies bercées sont à se tordre de douleur.
« Living on a may day », le dernier album en date, avec sa touche travaillée, et le son recroquevillé, m'avait touché en plein cœur par sa rupture mélancolique et son originalité. La même émotion qu'en 2004, à la découverte de son premier album « Somebody outside ».
Ici, Anna nous rappelle au glusosé, au classique de son art avec une belle production et de jolis arrangements. Bande-son idéale pour un hiver ensoleillé avec de fins musiciens liés dans le dosage. Un léger voile sur ses cordes vocales, une vision folk complètement éclaircie par des constructions mélodiques imparables, une approche sentimentale, une fidélité acoustique et une identité sensible qui injecte un bien-être à chacune de ses visites chez elle. Accords mineurs, capo sur le troisième fret, des ballades au creux de quelques vallées vertes et fraîches, avec de l'eau qui ruisselle, d'inconsciences chafouines et de séduction nue.



Anna Ternheim, le gîte, l'appel pop d'une sirène boisée, un refuge unique peu fréquenté et pourtant si accessible. Un sentier à trouver entre forêts et rivages.
Matt Sweeney traine ici avec sa guitare, Will Oldham en invité vocal, et une pléthore de musiciens délicats. Je suis très amoureux d'Anna, sa façon de me parler.

Anna Ternheim 2012 « The night visitor » label : universal


www.annaternheim.com
échelle de richter : 7,9
support cd
après 4 écoutes

















une ancienne (2009):



Dragonflies (Dhani Harrison & Nigel Godrich) 2026

  En arpentant les allées bizarres de ce petit jardin adapté, je me suis interrogé, sans n'avoir jamais vu à ce point l’anomalie nature...