jeudi 28 février 2013

Jacco Gardner


 
Un manège insolent tourne depuis quelques semaines sur les platines fauves. Le saphir psychédélique enivre les cerveaux pop comme savait le faire Syd Barrett en plus éloquent, le petit grain de folie en moins. Une multitude d'instruments transporte les arrangements vers des profondes vallées de chlorophylle roussâtre. Le dernier groupe a m'avoir troublé de la sorte s'est volatilisé depuis. The Coral et leur apparition éponyme en 2002 avait déclenché une danse follement poétique, féérique et pourtant pop, un tourbillon coloré, bariolé comme un Broadcast, ou un Pram.
Que sont devenus The Coral ? Jacco Gardner est là pour rappeler à l'ordre, l'épopée fleurie, la chanson parnassienne et cosmique, la féminité des accords aussi séduisante que Bardi Johansson (Bang Gang) ou Peter Von Poehl... et surtout l'extravagance artistique de « Chemistry is what we are » des Simian, aussi disparus.
Ce sont les couleurs qui fleurissent et les accords pollinisent sur « Cabinet of curiosities ». Une petite insolence du moment, un instant magique et en guise de synthèse, j'aurai pu juste mentionner le label : Trouble in mind.

Jacco Gardner 2013 « Cabinet ofcuriosities » label : trouble in mind.
http://troubleinmindrecs.com/bands/jaccogardner.html
http://www.jaccogardner.com/
http://open.spotify.com/artist/5RfKXXQQn2OhZiT5iSggZn
http://www.deezer.com/fr/artist/4325244

mardi 26 février 2013

XTC 82


Nan, vous ne rêvez pas, je vais bien m'atteler aux 80's le temps de quelques lignes et histoire reprendre l'idée des potos « Ne nous fâchons pas, mes années 80 ». Oui, il m'arrive d'écouter des albums de cette décennie impitoyable pour les groupes déjà sur les rails et qui veulent adapter leur matériel artistique à ce chamboulement organique de colère sombre (ma pire déception à l'époque, c'est le King Crimson 80's..jaune, bleu, rouge...).
Ceux qui sont nés de ce son et de cette politique ont pris le problème dans le sens inverse, avec un esprit différent. Il fallait du sexy, une riposte.

A 9 ans, j'ai vu tout se transformer et « mes » groupes imploser, toute en me ruant sur Police, Roxy Music et Eurythmics puis c'est tout (bizarrement j'étais fou du disque noir des Communards). Un peu fâché j'ai boudé, boycotté et je rageais même lorsque ce disque 82 est sorti et que j'ai découvert dans les 00's, alors que les 80's revenaient à la charge avec les Strokes. Il aura fallu que j'attende ce revival pour arrêter de bouder et commencer à explorer cette petite révolution culturelle.
The Smith, Wire, Cure, Joy Division et … XTC sont arrivés à moi sur le tard..et y'a encore du boulot. Bon, je vais pas vous dire non plus que je rentre en extase devant ce son de hangar un peu distant et froid, mais j'ai récupéré une bonne caisse de disques devenus « écoutables ».
Eh, je vais pas non plus vous faire un billet sur « Press to play » de Macca, mais le cerveau du groupe abordé ici est de la même texture, Andy Partridge est un génie absolu de la mélodie, à tel point que XTC est peut être le groupe le moins sombre de cette période là et le fmabeau de la Pop post-Beatles. Si les arrangements sonores sont froidement 80's, les rythmes eux sautillent et roulent leurs bosses, c'est gai comme du Joe Jackson.
Et puis finalement, y'a un paquet de disques à prendre, l'étagère s'alourdit, j'ai fait ma mauvaise tète en attendant des jours meilleurs, 2001 avec un raz de marée de groupe retro 80's, et le plus excitant à mes yeux, Interpol. Tout en faisant mon travelling arrière, je me dis finalement que les 90's , bah c'est peut être pire encore.

J'accroche donc le thème des 80's à celui des british où je suis à fond en ce moment, pour vous présenter un excellent disque de 1982, le cinquième du groupe et pas le plus défendu. Après le Tear for Fears du père Tonio, voici « English settlement » des XTC, déjà défendu par le gars Djimmy, plus acoustique, une touche de world, pop-rock- légèrement punk ska - un poil new-wave...... histoire de raviver le débat (au suivant :D ??).
XTC est un groupe majeur dans l'histoire de la british pop, j'aimerais énormément le relais qu'ils passeront à REM juste après ce disque qui marque la fin d'une première partie de carrière des XTC (Partridge subira un burn out sur la tournée 82, après qq années folles sur scène).

J'ai déjà fait allusion au phénomène Partridge, de 2002 à 2006, il a sorti en huit volumes des albums de démo/nouveautés, tous dévoilés dans le plus simple appareil, hallucinante collection de pépites pop, du matériel musical à l'état pur.

XTC 1982 « English setllement » label : virgin


dimanche 24 février 2013

Wings 78



Quoi ? Je m'applique à restituer un parcours touristique sans aucune obsession musicale particulière. Je suis fasciné par les architectures, les monuments, les pierres, les passages piétons....les vieux quartiers retirés, d'ailleurs si quelqu'un sait où se trouve la rue où des petites maisons anglaises typiques dans lesquelles hébergent les Beatles dans « Help » ..je suis preneur.

Oui, alors, les monuments, il en existe un extraordinairement perché au dessus de la Tamise, fier et flamboyant comme ma tour, dans le pool of London, le Tower Bridge. Un rempart, la porte qui donne accès aux contrées anglaises, les bocages, les vertes collines habitées de petits villages de briques cramoisies ou brunes.
La Tamise ici, tangue au gré de la marée, et Ian McCulloch se barre des Wings, ainsi que le batteur Joe English, juste après l'immense tube celtique « Mull of Kintyre ». Il y a bien longtemps que les Wings n'avaient pas été un trio. C'est chose faite, et pour l'occasion, ils partent enregistrer un album sur un bateau.

Marée haute, marée basse, une face ensoleillée, une grise, croisière ou fog.

« Mull of Kintyre » juste pendant que l'album se finit près des îles vierges à défaut de la Tamise (le disque devait s'appeler « Water wings »), une paternité de plus, une décennie lourde de musique pour le groupe qui arrive à sa fin, 79, comme en 69 .. « Abbey Road ».. une nouvelle fin se dessine.
L'enregistrement de ce disque là a commencé à Abbey Road et finit dans les eaux d'Hawaï donc. Vacances, boulot... un album très partagé sur trois bateaux remplis de matos.... l'étranger, le trio, comme la tourment exotique de « Band on the run ».

Paul quant au départ des deux membres des Wings : « Ils ont fait tout leur boulot avant de partir. Ils étaient sur le bateau et Denny et moi avons terminé l'album ensemble. Il y a quelques années, je me serais inquiété du départ de n'importe qui. Il n'y a plus de nécessité à le garder tout le temps. Je suis bien plus intéressé par la musique et si on peut le faire comme ça, peu importe comment ça doit se faire ».
Doutes, aigreurs, mais toujours l'obsession du travail musical.

Tout le monde sature de la discographie hyper tubes des Wings, la paternité, les vacances, l'hyper qualité pas trop aguicheuse du disque, les média vont zapper cet opus 78.
Clair-obscur... des claviers de brouillard, une décennie 80's terrible qui gronde et s'approche, des lassitudes, bingo, le disque s'offre librement, pas de francs succès, on peut se le garder pour soi sans rien dire à personne...parce que sérieusement, ce disque est de très haute qualité, juste avant (sans compter « Back to the egg ») la nouvelle carrière solo de Paul qui continue encore.
Soin extrême à la production, intelligence des arrangements...puis des chansons:
« I'm carrying », composé assis sur le pont arrière du bateau en pleine mer.. purement Macca.
« Café on the left bank » inspiré d'une escale rive gauche à Paris avec Lennon (j'adore cette chanson)
« Girlfriend » composé en pensant aux Jackson five, jamais il n'a chanté aussi haut, Michael Jackson le reprendra hyper facile qq temps après... avant la rencontre.
« With a little luck » le hit.
« Name and adress » en mode Elvis (chanson qu'il avoue avoir écrite avant la mort du King)
« Deliver your children », guitare aigüe que « Girl » ou comme le Ukélélé d'Rem.

Perso, j'écoute ce disque paisiblement, en imaginant que je suis le seul (j'en connais un qui ne possède que celui là AH hahahahah il se reconnaitra). Mais à partir de « Famous groupies » inclue, je prends un pieds terrible, une transe, et bizarrement, c'est la face ensoleillée.. jusqu'à la dernière note du très Pogues-rock « Morse moose and the grey goose »... véritable monument rock-psyché-pop-disco-funk-sombre.

Une face grise, une face pastel... Patrick Coutin parlait de ce disque dans Rock'n'folk :
"Au pays d'Alice, le diable aurait-il fait une percée avec le temps et les rides ? Wings a voulu ( car ils sont trop fins musiciens pour que cela soit un hasard) briser la quiétude et la paix de sa musique. Cela reste du McCartney, oui, mais les lignes mélodiques sont imperceptiblement torturés, démolies par en dessous, comme si le trouble contenu devait quand même témoigner. Ecoutez et lisez le très simple « Deliver your children », vous y trouverez la marque d'un égarement qui fait plaisir à voir".

Le punk arrive, « Back to the egg » achèvera les ailes, le tracé n'est pas près de s'arrêter. Un disque à l'écart que l'on peut s'approprier en tant que fan de l'écossais.

Ça va passer, je vous promets, et puis faut que je garde des album de Paulo pour les jeux sans frontière :D.. en attendant, et puis j'arrète (sauf si vous hurlez pour que je continue !!! hein ??!!! rien entendu...) voici un album fétiche pour les fans de Macca, pour plein de raison. Des sentiments confus, un groupe bien huilé.. un des moins prisés de sa carrière. Un album très celtique.
Sur la pochette interne, les paroles, et en papier peint, des petites Tower bridge, turquoises d'un côté, rouge carmun de l'autre.... j'adore les monuments.



Wings 1978 "London town" label : mpl









vendredi 22 février 2013

Beatles 69 : Abbey road


 
Un vieux fantasme me turlupinait depuis quelques décennies: les fameuses bandes blanches étaient elles bien clouées sur notre planète, n'y avait il que la mer pour protéger ce temple ?
La chose est faite, en fakir, j'ai foulé les clous, marché sur la braise, surfé sur l'histoire.

A défaut d'enlever ses chaussures, mon fiston a pris une de mes clopes avant que je ne la respire, la gorge serrée par l'émotion. Je ne m'explique pas ce phénomène, du recul sur cette foule qui bloque la circulation tendue et je me dis que ça m'aurait bien plu à 15 ans de venir ici, époque où je dévorais les vinyls enregistrés à Abbey Road, et où les Beatles n'avaient pas la même vitrine marketing qu'aujourd'hui.

St John's Wood happe comme un trou noir planétaire, on n'y peut rien, et puisque j'aime déraisonnablement les Beatles, j'ai pris comme prétexte la passion sans borne de mon fils pour le quatuor, afin de m'y emmener, d'arpenter ce quartier résidentiel de Londres. C'est exactement le moment du séjour où nous nous sommes le moins parlé.

Ici, sur ce rond-point mythique, j'ai compris la texture de ma culture musicale.
Depuis que j'écoute MA musique, j'ai un pieds en France, l'autre en Angleterre et, les burnes qui trempent dans la manche, je yeute les states. Je crois que ça résume bien le bordel.

1969 (comme par hasard), les clous, la sérénité professionnelle, offrir au monde entier qui ne se doute de rien un ultime album dans toute sa splendeur. Personne alors n'imagine les souffrances intrinsèques, même « The end » ne suffit pas comme indice.

Quel formidable continent que cette île.

Une impression de grande qualité, de travail et de concentration, George Martin accepte de revenir une dernière fois, à condition que les esprits se calment. Une face contient un morceau de 20 min, la première fois dans l'histoire, mais les Beatles n'en sont pas à leur premier baptême, ils ont déjà inventé la world en incorporant la sitar, le hard avec « Helter Skelter », et mis des paroles sur la pochette avec St Peppers....

Dedans, quelques nouvelles compo, mais pas trop. Beaucoup de morceaux proviennent du retour des Indes en 68, des chansons qui sommeillent, les autres seront utilisés pour les carrières solo de chacun d'entre eux, en 1970. Tout le monde accepte l'invitation amicale et pacifiste de Paul McCartney qui bosse comme un fou pour faire un chef d'œuvre de clôture, qui boit et fume excessivement pendant une semaine pour se buriner la voix et offrir un « Oh darling » épique.
John est au sommet avec « Come Together » et « I want you ».. George lâche ses deux plus beaux morceaux, « Here come the sun » et « Something ». Même Yoko se tait (c'est pour dire) sur son lit de fortune aménagé spécialement pour elle... John, acceptera même cette chanson pour mémère typiquement Paulo, « Maxwuel's silver hammer ». Tout le monde prend sur lui parce que tout est fini.

Moi j'entends là un sommet de qualité musicale dans le son et le jeu. Ils sont tous très bons, ils ont enfin une gueule. Cet album final peut résumer l'effervescence contrôlée des quatre cerveaux.

Dans mes souvenirs, « Abbey road » c'est avant tout une pochette, une situation, un tableau, avant le son. J'ai plongé dedans, j'avais 15 ans, je n'ai rien fait pour que mon fils bassiste et guitariste gaucher me chipe cet album (ainsi que tous les autres) et tire la couverture à lui. Il n'empêche, c'est lui qui marche sur les clous à 15 ans, la clope à la main, la chaussure bien lassée, la basse Hofner en porte-clé.
Dans le présent, j'ai marché sur les clous d'Abbey Road, il y a quelques jours, comme un gosse, en louchant sur les studios blancs juste sur la gauche, et je reste là, à errer dans les rues alentours en badaud.



Beatles 1969 « Abbey road » label : apple






 
 
 
La photo qui me fascine ....
 
 
 

jeudi 21 février 2013

Endless Boogie




 
Ça chlingue dans la caverne, le glabre est prié de ne pas entrer, et tout au fond des échos des Stooges, Black Keys, ZZ Top. Des guitares cradingues montrent les crocs et diffusent leur sauvagerie molle à l'écorce rugueuse. Du Rock'n'Roll blues boisé gras comme on aime, avec une pointe de psychédélique wah-wah piqué de petites accélérations.
Un gros qui tâche pour le réveil traine savate, le volet à peine entrouvert..prendrai la douche un autre jour.



Endless Boogie 2013 « Long island » label : no quarter



dimanche 17 février 2013

Nick Cave 2013


 
Après avoir trier ses talents, assouvi tous ses projets ces dernières années, Nick Cave offre la maturité, musèle son extravagance avec « Push the sky away », une sagesse de gris lumineux. Dès la première écoute, les veines sont accaparées, paré au vénéneux, je me laisse prendre, on aime ce doux produit qui distille à l'intérieur, on en redemande à chaque fois. Les bad seeds sont chamboulés (Blixa et Mick absents), Warren Ellis est là, son formidable opposé avec son touché magique, un binôme artistiquement excitant. Du coup, ce disque prend des allures de Tindersticks.
Je retrouve la candeur de « No more shall we part » sans l'omniprésence du piano.
« Water's edge », à la basse « Echoes », du Johnny Cash cinématographique, un drame Cave dont lui seul à la recette.

Il n'y a jamais eu de fausse note dans la discographie de Nick Cave, juste quelques préférences, on prend ce que l'on ressent. A la première écoute de « Push the sky away », j'ai l'impression d'écouter un disque formidable, le coin de cerveau que j'aime le plus chez lui, un disque de crooner goth, country glauque touché par la grasse, des ballades meurtrières. La fulgurance est dans la mélodie, un recul et une synthèse de toutes les expériences précédentes. C'est un album qui va prendre en patine, devenir gigantesque au fil des ans et des écoutes. Une chose importante, la puissance d'une trace indélébile que l'on ressort juste pour se réajuster l'âme. A la première écoute, il se passe beaucoup de chose pour la suite, pour la récolte des fruits à venir.
Il y aura surement des tonnes de choses à dire sur cet opus crépusculaire, dans quelques années. Lumineux.


Nick Cave and the bad seeds 2013 « push the sky away » label : bad seed ltd


vendredi 15 février 2013

Pink Floyd 67


 
« Le monstre rose se tord vers le monstre fluide en le happant au cou. Le monstre fluide, comme il a l'habitude de le faire dans ces occasions, enfonce tous ses ongles dans le dos du conjoint, lacérant sa chair en profondeur. Et un sang clair coule copieusement le long de leur corps unique frémissant, un sang rose qui, tombé par terre, coule et flue, et flue. »

Abbey Road N°1, juste en face du Sergent poivre N°2. La nouvelle mode en 67, c'était de passer beaucoup de temps en studio. Quatre mois pour un jeune groupe, c'est énorme à l'époque.
Le joueur de pipeau aux portes de l'aube et le sergent poivre avec son groupe des cœurs solitaires, Joe Boyd/Norman Smith et George Martin, John Lennon et Syd Barrett.. des diamants fous....... la légende se dessine.
Syd chez les Roses, du Pink Floyd rouge pour la dernière fois, des histoires dans l'espace ou en contes de fées.. un grand besoin de liberté au sein d'une entité déjà avortée, mais inéluctablement lancée.
On attendait tout de lui, sauf de lui permettre sa liberté. On voulais sucer sa moelle, lui faire vendre des disques, alors que le petit Roger Barrett était juste « beau, joyeux, aimé de tous, débordant de talent »... et libre.

 
Syd Barrett au sein des Pink Floyd, c'est une certaine idée de beauté, un grand guitariste post-blues côtoyant les astres psychédéliques, un monde d'artistes étudiants underground, de la musique froide et cérébrale. Là, tout le monde s'affole, dont une myriade de fans comme Bowie ou Bolan. De l'acide à foison, mais uniquement pour Syd, les autres déclineront toute responsabilité culturelle du mouvement. Un mythe, celui de la quintessence adolescente, la légende de la bicyclette avec dans le bidon, l'ergot du seigle. Du blues électrique cosmique, acoustique, une intimité, un pays, l'Angleterre intersidérale.
Aucune contrainte possible pour lui... le mot « avant-garde » vient d'être inventé.
Juste peu de temps après, l'appartement de Douglas Field qui héberge Syd à Earl's Court Square, sera repeint en bandes rouges et bleues, une autre histoire qui coule et flue.
« Lucifer Sam »... riff implacable euphorique, « Can't get satisfaction » peut s'aligner. Des couleurs que l'on découvre. « Flaming », « Matilda mother » beaux à crever, puis le jazz collectif de « Pow R. Toc H » qui part en couille, déjà planant, déjà zoologiquement barré. Les Beach Boys auraient dû s'inspirer de « Take up thy stethoscope and walk » et auraient peut être pu niquer les Doorsb (nan je déconne)...du grand blues LSD. Et les gnomes respirent le bien être avec les « r » que l'on roule sous la langue au chapitre 24.
 
A l'heure du retour des musiques psychédéliques, le socle ici de sang claire qui coule le long de nos corps... coule et flue, et flue.....
Et dire qu'à l'époque de ma première écoute, je fut éberlué par cette location de Lp, je n'avais dans les esgourdes que Dark et Wall.
« Avant garde » ça veut dire quoi ?? qu'on imaginais pas à l'époque ce que serait un simple 33T ?... je dis ça, j'ai repris aujourd'hui mon vélo, avec dans le sang une giclée de ventoline, un caché de paracétamol, du powerade, et du pain de seigle sans huitre, et je respire à plein poumon l'ergostérol des cellules végétales multicolores et j'ai vu des choses extraordinaires. .


Pink Floyd 1967 « The piper at the gates of dawn » label : EMI

2011 « Pink Floyd rouge » édition : seuil (merci Djeep)

Bevel


 
Jamais la musique n'aura autant porté sa couleur.
J'avance sur la départementale et je découvre ma tour éclaboussée du soleil couchant. Les flans cervus, les pierres sont maquillées de dume, il y a bien longtemps que je ne suis pas rentré avec le jour. Et quel jour ! Une véritable incantation folk, des lumières inédites depuis un millénaire, comme une renaissance.
La pâmoison freine les aiguilles du compteur, les berges meubles m'obligent à tenir la route, mais le ciel a des dentelles de soufre trop soyeuses pour garder le cap.
« Once a pond » et tout s'arrête. Immobilisé sur le bord de la route, je vois tout vivre et le champ détrempé est une marmelade de terre battue. Que sont devenus Bevel, Via Nuon et ses compagnons. Jagjaguwar est une auberge de contemplation, j'ai perdu l'habitude d'aller y trouver le réconfort.
Une myriade de musiciens sont présents sur « Where leaves block the sun », pourtant tout est clair, délicatement dosé.
Si les balades acoustiques de Bevel ont des allures celtiques à la James Yorkston, c'est sous un flamboyant couché de soleil qu'elles diffusent la lumière. Une touche d'exotisme palimbro (« Siberian sunrise »), des parfums de carotène automnal danse avec la mélancolie de « Through reflection inhabits », le carnaphe noble des nuages juste au dessus de moi se mêle au souffle de cobalt empourpré, et j'écoute « Saint Peter's burg » pleurer devant les flaques potirons qui s'enflamment.

La voix tremblote comme Mike Moya, l'émotion pique son fard d'oranjaime délavé..qu'est devenu Bevel, beau comme un Lazarus.  
Tout s'éteint, il est temps de redémarrer, juste assez de route pour remettre cette miraculeuse chanson de neuf minutes, « Once a pond ».



Bevel 2001 « Where leaves block the sun » label : jagjaguwar






mercredi 13 février 2013

Macias 63


 
Djeepee Adamo, Dev Macias..je resors des vinyls. Voici le premier Lp (mini 33T) d'Enrico Macias 1963 sorti chez Pathé, juste après ses deux premiers 45T. Un petit bijou du paternel que j'ai très souvent entendu.
On reste dans le sud avec dix chansons françaises d'époque yéyé, à la touche arabisante...un rayon de soleil. La guitare n'est pas loin de la guitara portuguesa de Coïmbra.

Enrico Macias 1963 « Enrico Macias » label : pathé marconi


mardi 12 février 2013

Ben E. King / Aretha Franklin / Roberta Flack .. une soirée d'hiver




De l'Atlantic ancien pour souffler sur la braise. Le fado a chauffé le dedans, mais le ciel reste gris. Lisboa me manque tant. Rien n'y fait ici depuis des mois. La voute opaque, je ferme les volets très tôt malgré la gorge vaine d'hallali du piaf. La chandeleur aurait dû nous donner la foi des jacinthes, mais cette tige tilleul n'est pas bouteille. Elle jaillit du bourbier bien pâle.
Seule ma tour tient tète à l'anthracite, même si elle bande pleure-misère. Je la regarde à travers la vitre détrempée au coin de laquelle trois moisissures à tètes brunes sont la seule preuve de fleuraison. Et ce blé d'hiver qui vacille au vent comme une barbe de puceau.

Il va falloir passer aux drogues dures, sortir le barbecue et mettre le feu à la viande, se griller le scrotum. Au ras des pâquerettes, le lombric se tortille à jouir comme un con de vermicelle aveugle dans la boue froide, sous l'œil lubrique du corbeau. Il faut juste lui dire qu'il suffit de trois notes trois disques et trois jambes pour se sentir à nouveau flambé de foudre et frappé de soubresauts tocs. L'échine répond, une danse du soleil, allongé sur le parquet à clics, dilaté par l'humidité, on implore le soleil de cesser sa moue pisse-vinaigre. Trois albums de trois en trois pour chasser le regrattier frileux.. 1967, 1970, 1973.... et basta !
Je plonge dans ma chaudière et entame une brasse coulée contre les cendres épaisses, au fond desquelles un foyer sépia brille encore, du crawl sur le parquet, du tanin dans la gorge, le gouvernail plein sud.
Tout le monde peut s'aligner, même les Fugees, même Suzanne,.....
 Puis il y a Aretha avec son écriture, son piano, elle-même, la braise ..la pyromane....
.
 

Je suis inanimé dans un incendie....



Ben E. King 1967 « What is soul? »
Aretha Franklin 1970 « Spirit in the dark »
Roberta Flack 1973 « Killing me softly »

label : atlantic.










lundi 11 février 2013

Touch 30


30 ans a œuvrer pour les plus belles sonorités musicales, il fallait bien un tel casting...



Chacun apporte sa vision sonore. Les expérimentations se suivent dans une limpidité chaotique, celle d'un voyage cérébral à grande vitesse. Tous les paysages défilent.. débit d'un ruisseau, ambiances urbaines, ondes hertziennes capturées, piano fantôme, bruit ferroviaire, chants d'oiseaux ou orage... acide ou alcalin.... évaporations ou brulures.
Il suffit de connaître chacun d'entre eux pour attribuer leurs visions. Comme à son habitude, dans cette formidable agence de voyage, le trajet se fait aussi bien à la verticale qu'à l'horizontale, et si le doux clapotis de rivière donne soif, la haute stratosphère juste après le méandre injecte le vertige.
 

Field recordings ou drones, fraîcheur ou ténèbres, chlorophylle ou ciel noir d'étoiles, les 70 minutes anniversaires est une fidèle vitrine, un condensé indispensable.
Pour l'occasion, une double clé usb est en vente en 50 exemplaires.. la même chose outrageusement démentielle. Qu'est ce que je donnerai pas pour les avoir.



Touch. 2013 « 30 years and counting »










vendredi 8 février 2013

Ana Moura


 
Du noir à nouveau, mais pas sur la pochette, sur la palette, dans les veines. Ici, là bas, c'est une couleur, celle qu'on interdit dans les cours de peinture académiques. Petit bout d'Europe, ardeur des regards. Le noir flamboie devant le blanc et le cobalt brûlés de lumière.
Le pas lourd hivernal, j'ai le sourire d'Ana Moura dans les écouteurs. C'est triste un fado, pourtant le ciel se lève sur cette mélancolie vitale. Quelle culture plus mélancolique dans cette beauté ensoleillée ?
Pas la peine de s'emballer, d'éclabousser, la terre s'occupe de tout, les plis de Ribatejo maternent et des mains la couvre. Tout est enfoui, profond, le cœur et la gorge. Il s'agit là de mettre en veilleuse sa turgescence, sa supériorité, une humilité féconde intrinsèque comme le seul coin exotique du vieux continent se dessine dans la discrétion. Et pourtant quelle force!
 

Mes frères, les soirées fado à chialer son échine me manquent, le sourire généreux des frangines aussi. Février, le niveau du sablier qui m'éloigne le plus de vous.
Le fado est une corrida, du corps à corps fraternel, une danse des sentiments les plus nobles. D'ailleurs une guitare est née de ces larmes. Celle de Carlos Paredes. C'est le silence absolu, celui qui avoue. C'est l'explosion des cœurs, des larmes, des mains sur les épaules, des accolades, juste quand la dernière note se meurt sur les petits pavés de L'Alfama. Le fado est un pèlerinage spirituel extrêmement charnel, un vague à l'âme qui chope les viscères.
« Amor afaito »... l'amour est un feu... fogo, c'est plus joli.. dans « feu » il y a la détonation, « fogo » c'est uniquement la flamme.

Allez, mes potos d'ici, je sais qu'il y en a qui aiment. Ana Moura, la nouvelle diva du Portugal parmi Misia, Bevinda, Maria Joao, Cristina Branco..la grande Amalia, pourtant Ana chante à la manière du fado des chansons qui ne sont pas issues de cette culture. Un album ouvert au grand publique donc.

La peau est une texture interdite depuis des semaines, des bouts de pommettes à peine dévoilées, le cerveau gelé, l'hiver arrive à son point culminant d'insupportable, sadique il use de sa position crâneuse de calendrier pour pincer plus encore, pour laminer les bronches. Ma carcasse emmitouflée étouffe.
Ana chante à Paris demain soir au café de la danse. Du coup on la voit dans les bacs, ce formidable disque de fado moderne. Je l'ai chipé, l'hiver n'a rien vu, je l'écoute en cachette comme on va se griller dans les salons d'UV, ou pour une thalassso del corazon.

A bras ouverts vous m'avez pris, à coeur ouvert je vous aime.


Ana Moura 2012 « Desfado » label : universal







jeudi 7 février 2013

Robi


 
Encore une pochette noire, j'y peux rien, l'hiver me tape sur le plexus. Une joie gelée, un hiver qui s'allonge sans tenir compte du velours de nos essences.
« L'hiver et la joie » nous noie dans ses eaux glaciales. Tout ce temps sur nos rides qui creuse, ces saisons qui nous abîment.

Comme j'étais amoureux d'Arielle, la « Mortelle » allongée dans la neige.
 
Du synthétique syncopée, « On ne meurt plus d'amour » en puissant hit qui tire l'album avec assurance. Un rythmique sombre et dansant comme Poni Hoax. On se rend vite compte que tout le reste est bon aussi. Et cette puissante basse lourde qui nous lèche la plèvre. Normal, Jeff Hallam est derrière, et aux compositions, ce fou joyeux qui tangue avec son instrument.
 
Qu'est ce que je suis amoureux deJeanne Balibar quand elle se laisse Slalomer en Dame pour un disque, ou sur un « Paramour » posé à mon chevet.
Balibar, Arielle, les cordes graves des lueurs de Jeff Hallam, la noirceur nerveuse... une ombre qui plane celle de Dominique A, invité ici pour un duo.



A défaut de n'avoir le recul pour être amoureux, Robi tombe, en ce jour de froidure et de vide, comme un coup de foudre. La bande son des doubles écharpes et triples couches de tricots, d'une chaleur inoculée dans l'arrière cour de nos tripots.
Un univers, une recette qui fait mouche. Une voix, une basse. Grave et sensuel.
Jean Louis Murat disait "on n'aime plus d'amour".. Robi pense qu'on en meurt plus.



Robi 2013 « L'hiver et la joie » label : les disques de joie




Chroniqué chez Papa.

mercredi 6 février 2013

Adam Green & Binki Shapiro


She & Him, Mark Lanegan & Isobel Campbell, Dylan & Baez, Cash & Carter, Gainsbourg & Birkin, Angus & Julia Stones, Obama & Beyoncé, Peter & Slaone, Stone & Charden, Simon & Garfunkel, Britta & Dean, Plant & Krauss, The civil war, The Velvet & Nico, Nancy Sinatra & Lee Hazlewood
 

Adam Green & Binki Shapiro 2013



Le crooner s'acoquine, une fraicheur pop, un album presque parfait. Une autre réussite, aussi belle qu'un Sinatra/Hazlewood ou Campbell/Lanegan.










Merci à Rondo pour sa collaboration :D

lundi 4 février 2013

Raime



Une musique de huit clos s'élève à travers une douleur molle, une contorsion figée de torture paralytique. Sans pouvoir bouger on entend la créature se mouvoir un plancher au dessus. Le grenier craque, la trappe grince et le plafond ondule sous le pas lourd et robotique d'une menace. Aucun mot ne sourd, juste un rituel ténébreux près à nous rompre l'échine. Le glauque en cycle boursouffle la peau, impossible de bouger devant ce minimalisme mortifère.
Le son est contagieux et l'angoisse diffuse jusqu'à ce que les couleurs s'éteignent, que tout tende vers l'anthracite tordu de dub toxique.
A moins que l'on soit étendu sur la plafond et que l'innommable se répande en dessous. La sueur salit le front et vient buriner la clavicule, c'est sûr, je suis sur un sol à l'envers.
Raime est une danse macabre, figée sur un mouvement inconfortable, c'est une machine qui s'empare des murs, on n'y peut rien, de la robotique minimal lancinant.
Et pourtant, ce ténébreux intime est cinématographique, comme un western gothique, de l'easy trépané.
Ne pas bougé, c'est beau, c'est bon, ça va passer. Le pas est lent, faut juste attendre. Rester figé, contorsionné, la douleur va passer.
Industriel dark ambiant sur l'étiquette. je suis cloitré dans mon huit clos et j'attends..peut être est-ce l'urbanisme qui gronde dehors ?



Raime 2012 « Quarters turns over a living line» label : blackest ever black
 
 

dimanche 3 février 2013

Jasper TX


 
Ça s'arrange pas là haut, des flots de gris épais qui défilent à la vitesse de Silver Mt Zion, menaçant, visqueux. Avoir dans les enceintes cette complainte de vent épais qui transperce la carotide et une sensation de vertige, une envie de respirer. C'est un doux vrombissement anthracite en ciel couvert. Un sablier lourd, du grain glisse de la tète au tronc, chacun est une cellule qui meurt.
Dag Rosenqvist s'était donné 10 ans pour bâtir son projet Jasper TX. Le compte à rebours vient de butter et c'est sur cette compilation de morceaux rares que vient s'achever sa décennie d'expérimentation sonore. La rugosité des souffles, le ciel en point de fuite, l'air planant en haute montée post-rock.
La beauté naturelle de « An index of failure » donne le vertige. Un dimanche après midi de pluie qui arrive, à regarder les nuages passer... « Abandon », un impression de solitude. Le cou cassé, les yeux transpercent le toit vitré de ma verrière, je suis figé. Les brosses et les spatules sont près de moi engourdis, comme après une longue embâcle. L'hiver est rude et malgré leur poils racoleurs, je reste frileux devant ce dégel. Je regarde juste les nuages et la pluie punir dans sa plus rude beauté. La pochette est une image qui a giflé ma curiosité est un clin d'oeil au groupe The human quena orchestra, avec, au sein du même label, son « A natural history of failure » 2010, pour un drone beaucoup plus abrasif.


Jasper TX en sublime cérémonie de fermeture, je clos le jeu avec ce disque directement collé à la météo du moment.


Japser TX 2013 « An index of failure » label : Hand made birds
https://soundcloud.com/#dag-rosenqvist/abandon
http://www.sleepsoundagency.com/jasper-tx.html
ttp://www.handmadebirds.com/store/HB-032.php

samedi 2 février 2013

Django



Samedi 2 février : Weather time
Grand jeu sans frontière des bloggers mangeurs de disques
5eme édition
C'est samedi, avant de choisir son planning de liberté de fin de semaine, on regarde le ciel, on consulte les bulletins. Il s'agit là de s'adapter la veille, le matin, immédiatement ou prendre le risque de faire confiance aux prévisions quelques jours avant... (Un album en fonction de la météo du jour, pour qu'on soit tous ensemble à improviser, comme un séminaire de blogueurs accrocs qui doivent faire en fonction du temps.)
 
Les morceaux qui passent en boucle dans mes obsessions sont assez rares. « Django » est de celle ci, depuis plusieurs jours.



Le vent du nord descend droit sur mes plaines, comme le froid sur les plateaux du Mississippi. Deux semaines exactement que j'ai vu Django au cinéma. Je ne suis pas un ravagé des salles obscures, je ne tiens pas en place. Mais un Blier, ou un Tarantino, c'est la messe.

Il pleut aujourd'hui, des averses intermittentes... « After the showers is the sun will be shinning »... ça m'obnubile ce truc. Tarantino, le grand et surtout les bandes son. Celle-ci est imparable, plus que les autres. Luis Bacalov est le Ennio Morricone argentin méconnu. Et pourtant la liste de ses musiques de film est interminable. Tarantino l’a déjà utilisé dans Kill Bill. 31 Django dans l’histoire du cinéma, cette chanson pour la version spaghetti de 1966 prend toute son ampleur ici, avec des sensations surdimensionnées.

Quelle chanson.

Sortir du wagon et mettre un pied sur le quai avec « Django » dans le casque, c’est comme marcher au ralenti, la larme à l'œil, transpercé par la mélodie morriconienne, la voix Elvis et les drames alentours. Prendre le trafic de plein fouet et avancer comme un cow-boy des temps modernes. La musique au milieu du brouhaha rend la vie cinématographique, on s’invente des situations et des souffrances (« Ancora qui » d’Elisa Toffoli.. bordel cette chanson), on s’injecte des forces et des faiblesses.

Le temps s'arrête.

Celui d'aujourd'hui, du tempéré, des giboulées qui empêchent de construire un planning extérieur fiable. Après la pluie, l'éclaircie et ses rayons qui réchauffent, comme un air printanier et luxuriant de Jerry Goldsmith (écrite à l’origine pour « Nicaragua »). Nous avons quand même pris une heure de soleil en plus. Je retourne voir Django, mon fils ne l'a pas encore vu.





« … After the showers is the sun will be shinning ».

Django” pour le soleil, “Ancora qui” pour la pluie. Un temps pour le cinoche, l'album que je vais réécouter plusieurs fois aujourd'hui, Morricone, Bccalov, Jamesd Brown, Riziero Ortolani, Brother Dege... je ne m'en sors pas avec cette bande son.

 
Un générique de fin :C... bande de tueurs.



Quentin Trantino 2012 “Django