dimanche 6 janvier 2008














On peut trouver un réel plaisir à écouter Xavier Rudd quand on finit par s’ennuyer de la monotonie d’un disque de Ben Harper ou de Jack Johnson par exemple. Le style bluesy légèrement soul est aussi la base de la musique de Xavier Rudd, mais son disque à lui, "while moth" est beaucoup plus assaisonné. Le jeu de guitare plus fou, les slides plus rapides, la voix plus puissante, il lâche les fauves . Sa voix justement pourrait prêter à confusion quant à la couleur de sa peau….mais le métissage ne s’arrête pas ici, sa musique est aussi embellie de reggae, et d’une touche afro qui fait de l’ensemble de ce disque, une œuvre folk chamanique transcendantale. Le métissage n’est –il pas la meilleure façon de rendre le classissisme musical moins pompeux ? Les chœurs aborigènes sont à chaque fois invités pour rehausser les balades qui pourraient vite ressembler à celles de son confrère international qui plafonne dans les charts. Un feu de camp sur une plage, une danse de papillons nocturnes, des guitares en transe, des djambés purs comme des prières. Bon si vraiment vous êtes en manque de Ben Harper, vous pouvez toujours vous attarder sur l’harmonica de "whiripool", ou sur le banjot de "come back", "set it up "; "anni kookoo". Mais vous allez finir par tomber sur le chant chamanique du sommet tribal de "Message stick" et partir inévitablement sur les chemins attirants d’une musique assaisonnée.


Toujours le même feu de camp, mais avec un rivage psychédélique, des animaux mythiques, des licornes, des oiseaux au plumage démesuré, la mer est rouge, noire et la lumière crépusculaire. Qui d’autre que Fargo ou Misra peuvent héberger un tel vertige musical, une poésie mystérieuse d’un groupe qui porte un nom d’oiseau nocturne ? Shearwater emmené par Johnatan Meiburg joue avec les silences, comme le faisait Mark Hollis à l’époque de son album solo (1998). De Mark Hollis, Johnatan a aussi le timbre et les tremblements émus dans la voix. Mais Shearwater oscille avec la lumière éclatante et la pénombre murmurée. La rumeur mystique éclate quelquefois comme un éblouissement, plongeant l’auditeur dans un clair-obscur colérique, avant de revenir au cœur de la lumière tamisée.

D’un psychédélisme à un autre, des jeux de lumière, on passe cette fois-ci au jeu temporel, une musique fantomatique qui rappelle l’origine du mouvement acid-folk. Un retour vers le futur qui ramènerait à la vie des groupes avortés de l’époque où, tel un cliché, les filles dansaient pieds nus dans l’herbe, avec des fleurs, des colliers, et des chemises en lin blanc transparent.
La flûte est venimeuse, les accords angoissants des guitares rappellent aussi les heures sombres de Greg Weeks quand il exorcisait sa noirceur poétique chez alice-in-wonder (label dijonnais stoppé en 2002). Meg Baird avec sa fraîcheur hippie vient diluer cette fragilité que pourrait incarner David Tibet. Meg Baird de son côté amorce timidement une carrière solo avec son récent album « dear companion ». Elle vient aussi, le temps d'un mini-album récréatif, de collaborer avec Bonnie « Prince » Billy, autre chantre boisé d’aujourd’hui. ….. C’est dans ce monde atemporel, folk et psychédélique que se promène cette collaboration d’artiste sous le nom de ESPERS.
De "Byss et Abyss", on ne sait plus de Jethro Tull ou de Syd Barett lequel des fantômes nous touche le plus…les larsens et les échos nous percutent et l’ effet de l’acide est à son apogée. Voyage fantastique.

Afin de clore ces quelques heures dominicales d’écoute acidifiée, un dessert acidulé, un ovni qu’il faut mettre sur la platine comme une conclusion, un objet totalement introuvable dans nos contrées (sold out du label, à peine sorti), chopé in extremis chez un bon disquaire parisien, CIRCLE « tower » avec Verde comme invité. Un jam organique, à la limite du free jazz et du répétitif post-rock 70’s. Toujours ce jeu du temps perdu, les percussions sont claires, les cymbales légères et le psychédélisme flottant non sans rappeler les trips hallucinatoires de Can. Prolixe Finlandais hébergé chez Last visible dog , label au catalogue faramineux, inépuisable, une grande famille aux arborescences infinies… à visiter et fouiller pour les affamés de disques rares.
Xavier Rudd 2007 "while moth" label : ANTI-
Shearwater 2007 "palo santo" label: matador
Espers 2003 "espers" label : locust
Circle "tower" featuring Verde 2007 "tower" label : last visible dog

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