samedi 19 janvier 2008

Syd Matters



Il y a des patiences qui nous tiennent éveillés avec rage, l’esgourde aux aguets, le cerveau hagard on guette, comme le pécheur, que la mélodie morde…LA récompense d’une fouille obsessionnelle dans les bacs de disquaires pour pécher La chanson qui granule la peau et irise le poil, humecte l’œil et noue la gorge.
Pour avoir déjà ferré avec succès dans ces eaux claires et limpides il y a quelques années, pour avoir déjà eu la morsure de « black and white eyes » au plus profond de la rétine, je suis resté patient autour de ce plan d’eau à essuyer maintes curiosités bredouilles sans jamais trouver égale émotion, égale brûlure poétique.
Et si Connie avait les yeux noir et blanc. Moi qui, comme Radio Nova (une fois de plus), croyait qu’il n’y avait pas plus haut que le sommet « black & white eyes », "Connie" suivait juste derrière comme pour profiter de l’opportunité de trouver une âme à genou, comme pour saisir la blessure et mieux achever ce qui restait de fierté d’être debout. Le mal était fait et je devais me résigner à passer en boucle ce mini album une année entière avant de voir apparaître le premier LP de Syd Matters en 2003 ; « a whisper and a sigh », en plus de son propre label third side. Bizarrement il faudra attendre la trilogie finale de ce disque « have a nice day ; love & sleep ; tired young man » pour saisir la piqûre venimeuse des balades de Jonathan Morali dont on ne sort pas indemne.
Le troisième album sorti il y a quelques jours, m’a plongé dans une autre partie de pèche en sachant bien que c’est ici qu’une prise miraculeuse était possible. Patient, concentré, fin prêt et exigeant, je laissais les pistes défiler dans un bonheur constant à travers lequel je retrouvais le lyrisme poétique de Syd Matters. Des idées sonores séduisantes, une douceur mielleuse qui apaise et oxygène. Tout est juste, limpide et évident. Syd Matters a toujours eu le loisir de prendre son temps à explorer ses chansons, chaque idée est exploitée jusqu’au bout avec des changements de rythme, d’ambiance, d’instrument, des chansons à plusieurs facettes, des solos organiques comme des nappes expérimentales. On a le temps de déguster, confortablement installé dans chacune des mélodies étirées pour mieux l’apprécier….
Puis elle est tombée à la piste 9, "Louise" est arrivée comme La récompense. Et voilà ça tombe comme ça, elle nage le matin dans la rivière où je pèche et on en prend à perpette, on est amoureux à vie et la mélodie trotte incessamment dans le cerveau comme un manège.
Le violon annonce l’émotion, il tremble, timide et laisse place à une guitare intime et dépouillée qui semble prendre les chemins de Connie. Mais les chœurs et le cuivre lointain qui gronde nous rapprochent des tourmentes de Radiohead. C’est la fuite folle des violons qui se cherchent et défaillent qui précise, c’est de Kid A qu’il s’agit. On croit alors que la balade va se terminer comme « a day in a life », dans un brouhaha sonore paradisiaque, mais le silence éphémère s’efface devant la mélodie qui reprend comme un ultime murmure, un souffle qui achève.
Ce premier album 2008 suit au pas le bilan de l’année précédente, et il est fort à parier que celui-ci restera indétrônable pour celle qui vient de débuter. Il faudrait une deuxième chronique pour parler des autres chansons extraordinaires de l’album sans être pompeux ou prolixe, vous dire que « it’s a nickname » et « my love’s on the pier » sont belles comme des balades de M Ward ; que « after all these years » est étonnante et gaie comme une chanson de John Matthias mais je vais en rester là, attendre de reprendre des forces, que Louise veuille bien me redonner un aspect plus digne.

Syd Matters : 2008 "ghost days"



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