jeudi 6 décembre 2012

Hacienda


Allez, tirons-nous de ce vague à larmes avec un album de rock crade tubesque mené de mains du maître en la matière Dan Auderbach.
Inutile de préciser qu'il est le chef de fil des Black Keys, et vient de laisser trainer sur la planète un « Camino » brûlant et une des plus belle chansons rock de tous les temps « Sister ».
Auderbach écrit, gére, et s'empare de l'enregistrement du dernier opus d'Hacienda, groupe très peu connu pas ici. Et bim, « Shakedown » s'ouvre sur un autre tube, une autre frangine « Veronica ». Tube en puissance guitare/basse/batterie jouées live. « Let me go » embraye sous un speed rock boogie qui avale du bitume. Hit de la côte Est, ou Ouest, peu importe, c'est la côte avec un ciel radieux et un soleil pas merdeux. Pas le temps de se reposer, directe la pop de « Don't turn out the light » hyper-américaine aux saveurs Nada Surf ou Weezer.
C'est pas un album qui va rester comme un moment rock géantissime, juste une récréation Lo-Fi à mettre dans son auto-radio, à condition que les celsius dépassent les 30 et que le ciel rende obligatoire les Ray-ban et la visière pare-soleil. A moins que ce disque ne pulse dans une cabriolet décapotable. Dan Auberbach s'est déjà investi dans le dernier opus de Dr John, c'est avec ses quatre potes texans (dont trois frangins Villanueva) qu'il vient incorporer des claps et des choeurs dans le ride-rock pur et décontracté du sixième album des Hacienda.

Hacienda 2012 « Shakedown » label : collectif sound.
Www.haciendaonline.net






mercredi 5 décembre 2012

Claude Léveillée 76


La grêle a rempli les flaques de polystyrène, ces petits œufs asexués flottant sur les miroirs du ciel. Cette pluie de munitions cinglantes envoie les bonnes âmes sous un abri. Jamais une pluie n'a été aussi punitive. Cette masse nuageuse se pointe au dessus de nos tètes en pleine automne hivernale et se donne des allures de frigo américain à distribuer de la glace à la pelle. A la tienne. Petite musique djembé de pluie glaciale sur quelques feuilles rebelles, décidées à rester accrochées malgré le carotène dans les veines.
On s'enfonce dans les seventies, et la lente plongée vers le fond de Claude.
Les amours deviennent usées, et craquent comme une peinture qui s'écaille. « Combien de couche sur nos amours ?? ». Album rare, méconnu, pas trop reconnu, « La peinture » qui se détache, « Les filles de l'Acadie » beaucoup repris en concert. Un objet profond et douloureux, une autre étape, une nouvelle fatigue, un auteur qui va sombrer. Un très bel album qui colle à la météo du jour... flaques à grumeaux de grêles grises, on grelotte dans la grisaille gorgée de larmes. Pas de documents disponibles.. juste la box pour ceux qui veulent.


Claude Léveillée 1976 « On remonte en amour » label : kebec-disc


Claude Léveillée (concert 76)


« Plus de 20 hivers ont passé depuis les débuts feutrés de l'étudiant en lettres de l'Université de Montreal. La jeunesse québécoise adopta ce garçon timide et un peu triste qui chantait dans des boîtes parfumées au café-mégots. Des années utilisées à écrire de la musique pour les téléthéatres, des disques, des spectacles, des tournées, des comédies musicales, des films. Et un long séjour en France. Et des chansons composées pour Edith Piaf qui disait : « j'ai eu quatre chocs dans ma vie dont la découverte de Claude Léveillée ».
Claude Léveillée est le premier artiste à avoir joué sur La place des arts.

Claude Léveillée 1976 "Place des arts" label : kebec-disc (texte tiré du fascicule à l'intérieur du vinyle)

mardi 4 décembre 2012

Claude Léveillée 63



Un genou en vrac, je profite de cet isolement mécanique pour m'accrocher goulument à mes étagères discographiques, l'occasion de plonger dans l'alignement vertical des vinyles qui sentent bon la vieille pochette. Et Claude Léveillée tourne et tourne au son des crépitements du saphir et l'autre genou va bientot plier à son tour. Ou bien peut être est-ce le bruit des buches mourantes, ou le clapotis des averses glaciales sur le toit automnal de la verrière ?
Et j'entends à nouveau mon disquaire de la rue des écoles me parler de ces auteurs, cette bande de poètes dont on ignore la substance par flémme et qui prennent la parole. Je l'entends encore, ému, me dire que ce vinyle là est dans le noir, au fond du placard en dessous des bacs disponibles depuis des années. Columbia, Gilles Vigneault en binôme, ces gueulards guidés par l'amour des proches, des sentiments, des choses simples, de l'amour tout simplement.
Il est un peu usé le 33T, certes, mais authentique et la photo d'André Lecoz, la garantie en haute-fidélité et le monorale en FL 303.
Très peu d'autres indications sur la pochette d'époque, noir et blanc. Claude est beau dessus, fier et léger, Vigneault se devine à travers, « tiens je te le donne » finit par lâcher mon disquaire. Quelques galettes dans le sac, j'ajoute celle-là pour laquelle j'aurai pu laisser quelques kopecks. Et je pense à Gérard, mon oncle peintre qui aimait tant Léveillée, avec qui j'aurais pu pleurer de revenir au port ainsi heureux comme un marin après une pèche miraculeuse. Mon disquaire me l'a tendu, et je veux le partager. Allez, plongez avec moi, laissez-vous embarquer vers ces poètes meurtris, vers ce 33T rare que j'ai cueilli, comme on part toucher du bout des doigts cette pierre ultime d'un pèlerinage poétique nimbé de mélodies .. « comme rivière à source défendue, ou guitare à la corde cassée .. un cœur à l'amour s'est pendu ».

Plus que jamais les chansons prennent aux tripes. Les cascades de piano nous dégoulinent sur le vague à l'âme comme une symphonie de chansons francophones terriblement humaines. « Ne dis rien » pourrait inviter Brel, mais aussi Maurice Fanon. Et sans jamais tendre vers un auteur ou un autre, Léveillée est un artiste unique, comme sa voix et son humilité.
J'aimerai bien aller chez François comme Henri Tachan, ou chez Frédéric pour me foutre du monde entier à parler de nos 20 ans, comme j'aimais aller chez Gérard.



« Claude Léveillée » 1963, son deuxième 33T, en collaboration direct avec Gilles Vigneault engagé au « Chat noir », la boîte à chansons dont Claude est directeur artistique.



Claude Léveillée 1963 « Claude Léveillée » label : columbia









dimanche 2 décembre 2012

Pierre Akendengue


Pour le bien-être du corps, il est recommandé de passer du sona au bain glacé, puis de retourner au sona etc. Après une immersion glaciale dans les sons polaires, je me jette sur ce chef d'œuvre rare étouffant d'esprit franco-africain, cette parfaite transition entre nord et sud.
Pierre Akendengue est gabonnais, il est venu faire ses études en France à 22 ans. Il obtient un doctorat en psychologie, mais aussi un prix au concours « la fine fleur » du petit conservatoire de Mireille. C'est Pierre Barouh qui le remarque alors. « Nandipo », le premier album de Pierre Akendengue sort en 1974 c'est Saravah.
Pierre n'a jamais cessé, allant d'interdiction de diffusion dans son pays natal, en envolée solitaire sur son propre label.. 19 albums, un retour au pays en 85, un engagement, un grand poète. Son dernier album date de 2008, il est ici toujours aussi mésestimé. Quand je l'écoute, je pense très fortement au Dylan nigérian Ismaël Lo.
« Nandipo », c'est un doux mélange exotique entre l'esprit africain et la chanson française. Métissage parfait.
C'est exactement à cet endroit précis que viennent se poser quelques chimères au goût de myrobalan, la bouche encore sucrée des reine-claude des jardins d'Orléans. Je veux un tulipier du Gabon dans mon petit jardin, et voir l'abeille danser, curieuse de ce pollen qui va embellir son miel. La prune au Gabon est ovale, la chanson une fable. Mon rouge-gorge sautille rêveur et se prend pour un Apalis à gorge rousse. Tout est chambardement, un chamboultou dépoussiérant d'âmes poétiques. La contemplation n'est plus la même, elle nous réchauffe la peau et brûle les yeux et les poumons, la voix tremble, la guitare embrase la liberté et embrasse la terre.. des flûtes, un synthé, des chœurs chair de poule, des percussions sorcières, des peaux tendues, des apothéose de carnaval où les pierres de chaque mur de prison virtuelle volent en éclat.
Saravah.. quelle foi, quelle amour de la culture, des textes, des poètes, de doux tangages tribaux.
Et merci à Echiré pour la confirmation humaine et la transmission passionnée d'un paternel virtuel.
Merci mille fois les p'tits gars, je suis plus riche de ce disque.

Pierre Akendengue 1974 « Nandipo / Afrika obota » label : saravah
http://www.akendengue.com/
http://www.saravah.fr/pierre-akendengue/nandipo-africa-obota,1067


Dominique A 2026

  Tranquillement l'évidence. Un sentiment de grande facilité, la maîtrise travaillée et plein de doutes chassés. C'est surtout cet...