dimanche 25 juillet 2010

Land of Kush


De l 'autre côté du Tage, là où la morsure du soleil est une passion et où l'emprunte de l'occupation séculaire arabe a marqué l'histoire, une musique berce ma sieste abritée, le deuxième album de LAND OF KUSH. Deux labels jumeaux se percutent et deux douzaines de musiciens viennent partager les ondes torrides arabisantes d'un disque monumental. Aussi Constellation s'unit à Alien8recording et l'on retrouve Sam Shalabi et Elizabeth Anka Vagajic sur des morceaux expérimentaux envoutant. « Scars » est écrit et chanté par Elizabeth sur des flutes et des synthés que Ian Anderson explorait déjà sur « Roots to branches » il y a qq années. La voix est d'ailleurs assez proche. Des cuivres graves viennent étendre ce morceaux de bravoure en se mariant aux percussions entêtantes, laissant les vocalisent s'évader vers Marianne Faithfull ou Patti Smith. Violon et contrebasse achèvent ce quart d'heure de trans pop maghrébine. Ne restent que le grave des cuivres pour achever en expérimentation (« Boo ») le travail colossale de Scars. Puis, sur « Tunnels visions » viennent l'Oud de Shalabi en nappe répétitive et les oiseaux synthétiques, les mêmes qui venaient troubler les mondes psychédéliques d'Ummagumma et d'Acid Mother Temples. Et la voix Joni Mitchell de Katie Moore vient s'immiscer au milieu de cette vision hallucinée. A nouveau un saxo free jazz vient clore cet autre morceau progressif. Le rock progressif est sans nul doute l'art musico-social qui convient le mieux au label constellation: variations, contrastes, structures évolutives, sophistiqué, populaire, collégiale, égalitaire....utopique.
Les cordes sont familières de l'Hotel2tango et une pincée d'électronique vient discrètement accompagner cette marée acoustique.
Ce disque conceptuel est une prodigieuse montée vers des sommets musicaux extrêmement aboutis, puissants, beaux et extravagants.
LAND OF KUSH'S EGYPTIAN LIGHT ORCHESTRA : "Monogamy" 2010 label : constellation
quand on aime : acid mother temples; elizabeth anka vagajic; sam shalabi; ummagumma; roots to branches

Fourth Quartet ....Klang.....7 Year Rabbit Cycle






Un autre thème triangulaire avec trois albums sur la même longueur d’onde éparpillés dans le temps, et complètement disparus des bacs. Trois albums récurrents bien installés dans mes écoutes abrasives viennent proposer un free-rock minimal déconcertant de simplicité. Une onde jazzy apporte un petit côté arty à ce new-wave Lo-Fi-punk. Un Guitare/basse/batterie vient percuter les fantômes de Wire à Joy Division en passant par Young marble giants, ou plus récemment Xiu Xiu, Deerhoof, Electrelane
Un exercice de style pour poncer les anicroches.

Fourth Quartet : 2000 "How the swiss wrestle" ; label : words and rejected
Klang : 2004 "No sound is heard"; label : black first petite
Years Rabbit Cycle 2006 : "Ache hornes"; label : free porcupine society.

Si Klang parait être le plus modéré, le plus délicatement soft, 7 years rabbit cycle nage dans une turbidité brutale, surement alimenté par la présence toujours torturée de Jamie Stewart (Xiu Xiu). Au milieu flotte le minimalisme rugueux et maîtrisé de Fourth Quartet, avec peut être les plus belles mélodies de leur côté. C'est aussi celui qui revient le plus fréquemment sur ma platine, un espèce de coup de coeur, une fidélité pour un parfait équilibre musical.


http://m.billboard.com/album/fourth-quartet/how-the-swiss-wrestle/441300#/album/fourth-quartet/how-the-swiss-wrestle/441300

jeudi 24 juin 2010

Nick Drake / Six Organs of Admittance


Une petite promenade triangulaire pour des songes qui font leur chemin dans un dédale artistique tout azimut. Nick Drake au milieu qui amène à « la belle personne » ou plutôt « la belle personne » qui me fait replonger dans « Five leaves left » de 1969, cette première pierre bouleversante, cette cassure discographique mélodramatique folk qui incarne la beauté musicale pure, un songwriting dénudé et épouse à merveille le visage mutin de Léa Seydoux, cette belle personne, avec des balades pures, douces et pourtant torturées. Des violons que l’on ne retrouvera plus sur les deux albums suivants donnent une autre dimension aux compositions du troubadour anglo-saxon évaporé net. « way to blue » en thème récurent pour mettre en musique le psychodrame de Christophe Honoré, toujours attaché à la bande son de ses films. Puis de Nick Drake et plus proche de nous, les disques de Ben Chasny tellement enracinés dans cette page romantique. Et si « Shelter from the ash » puise sa fibre dans le terreaux de « Five leaves left », c’est avec une vision psychédélique de plein soleil vaporeux que Six Organs of Admittance, étire et bouscule son folk en acidité hippie déguisé en drone acoustique.
Difficile de trouver les termes exacts pour ces artistes récurrents, prolixes en paysages et en émotions. De larges palettes s’ouvrent en équinoxe derrière ces blues éthérés et lacrymaux. Des arpèges lancinants sur des cordes sèches en cascades d’intimités sombres résonnent comme au temps de John Fahey ou Robbie Basho. Un film, des branches, un monde artistique qu’il faut gérer pour ne pas partir trop loin.



jeudi 17 juin 2010

Erik Enocksson



J’écoute Erik Enocksson comme je peins les églises, sans trop y croire. L’illusion est la seule chose qui nous appartienne vraiment, et je préfère avoir des doutes que d’être dupe. Ceci dit, les églises sont les plus beaux édifices jamais érigés par l’homme, et « Man Tanker Sitt » est un miracle pop sacerdotal. Les chanson nues, a capella ou avec un clavier, orgue ou piano, sont des ondes raphaéliques en illusion optiques. Et si la foi religieuse n’a pas lieu d’être dans ce monde ici bas , il reste des ondes culturelles ancestrales qui méritent à elles seules quelques instants de recueillement.

"Man Tanker Sitt" est un disque atypique, uchronique, absolument rafraichissant, édité en 399 exemplaires par un label expérimental renommé, Kning disk. Ce magnifique opéra minimal pop religieux peut se révéler d'une acidité psychédélique, à certains moments agnostiques de la journée.


Erik Enocksson , 2009 "man tanker sitt" label : kning disk

www.myspace.com/erikenocksson
http://www.kningdisk.com/

mercredi 9 juin 2010

Milena Jesenska / Dominique A



Puisque nous sommes posés à comparer une fois de plus les arts entre eux, peaufinons l’exercice avec une lecture musicale d’un texte de Milena Jesenska intimement mis en musique par Dominique A, le précurseur hexagonal des inspirations croisées. Cet extrait de la nouvelle "mystérieuses rédemptions" raconte la transposition physique comme remède à la souffrance psychique, une punition. On se heurte et on meurt d’amour. Notre vie dépend des autres. Nous voulons être aimer ..quand même.
Ce bout de texte est mis en musique par Dominique A sur « L’attirance », un ep 4 titres rare parut en 1998 chez acuarela discos.


"Je crois fermement que le monde vient à notre secours. On ne sait ni quand, ni comment, ni par quoi. Il survient inopinément, simplement, avec compassion. Parfois, être sauvé est presque aussi douloureux que la douleur elle-même. Je connais un homme qui a les poumons malades. Il est grand, maigre, son visage est aigu, anguleux, méchant et incroyablement bon. Voici ce qu’il m’a dit de sa maladie : « lorsque le cœur et le cerveau en ont eu assez de supporter la souffrance, ils se sont mis en quête de quelque chose qui puisse les sauver _ et c’est alors que les poumons, se sont proposés. Je sais que ma maladie m’a sauvé. Mais cette transition entre le cœur et les poumons, qui s’est faite à mon insu, a dû être terrible. « On dirait un conte de fées. Un conte de fées étrange, venu d’un autre monde, et pourtant, c’est la vérité de l’existence et de la souffrance. Ici, les poumons malades ont fait office de rédempteurs. Non, ne vous étonnez pas. Il ne faut pas s’étonner. Peut-être faut-il en pleurer. Il faut serrer sa tête dans ses mains et aimer la vie avec ardeur, avec tant d’ardeur que tout cet amour finira par l’attendrir et par racheter sa malédiction…. "
Dominique A qui reprends aussi Barbara pour d'autres peines de coeur, est un des rares à pouvoir rendre de tels hommages littéraires à des écrivaines totalement méconnues. On pourrait aussi accoler à ce texte un tableau, une photo.. mais Mme Pastel le ferait mieux que moi.

lundi 7 juin 2010

Damien Jurado


Un clap hands dès la première note comme pour éclabousser d’un hymne, des backing vocals en écho, un piano qui chante, des nappes de synthé chipées à BJH, le nouveau Damien Jurado démarre sur des plaines amoureuses noires de monde. Une claustrophobie poisseuse marquait se disques précédents, et n’avait rien pour me déplaire, cette fois-ci, un décloisonnement semble s’amorcer sur un début d’album lumineux frôlant les balades bancales de Frank Black. Si les 4 premiers morceaux soufflent un air chaud et entraînant, le reste de l’album, juste après un clin d’œil nerveux à Neil Young (wallingford), revient sur ses textures minimales de country-folk qui ont fait la gloire de ses premiers disques.
« Saint Bartlett » est le nouvel opus de Damien Jurado, fidèlement hébergé par secretly canadian depuis 2002, et qui déborde sur un superbe 5 titres bonus, sombrant dans les rêves encore chauds de « golden rush » ressuscité dans sa chair la plus apaisée.
quand on aime : neil young; frank black; bonnie " prince" billy

mercredi 2 juin 2010


Radio nova il y a quelques années a ensoleillé mon mur musical. Avec un certains systématisme, je vais fouiller dorénavant au rayon soul, jazz, funk, world dans l’unique but de métisser mes écoutes. Comme un arc-en-ciel dans mes ciels anthracites, un épice dans mes plats champêtres, un volcan islandais dans le ciel européen, une canicule dans mon vin … Motown, Stax, blue note... je fouille et je pèche, jamais bredouille dans les rééditions seventies.
C’est au rangement nouveautés cette fois-ci qu’il faut aller chercher pour assouvir l’hédonisme brûlant de la musique soul. Sharon Jones and the dap-kings propose en appellation d’origine contrôlée un album soul-jazz éblouissant dans la plus pure tradition, comme l’a fait Raphaël Saadiq il y a quelques mois. Plus besoin de travelling arrière pour trouver la perle rare : « I learned the hard way » est intemporel et donne l’impression à lui seul de condenser toute l’histoire du genre.


Sharon Jones and the Dap-Kings 2010 'i learned the hard way"
label : daptone records

Thalia Zedek - Carla Bozulich - Elizabeth Anka Vjagic

  L'effet Wagner a opéré. Les longues barbes sont restées au pied de la cascade pour chanter à l'unisson de la gorge et du poitrail...