vendredi 22 février 2008

Worrytrain



De la réflexion des arts qui s’entrecroisent autour d’une même inspiration (cf chroniques "vice et versa), j’ai eu, le temps d’une mélodie, la vision éclaire d’un tableau mis en musique. Un classicisme déformé par la vision nocturne des choses. Regarder des portraits d’Arcimboldo avec dans les oreilles la musique fantomatique de WORRY TRAIN semble couler de source. Les morceaux voguent entre plages symphoniques tourmentées, Rachel’s marécageux, Yann Tiersen mystique, bref un néoclassique vaporeux et mystérieusement vampirisé par une mélancolie ténébreuse qui métisse donc une musique classique avec des nuées gothiques qui glacent.
Le principal objectif des compositions lyriques est de rendre léger, happé, sérieux et méditatif, un peu comme devant des tableaux de maîtres des siècles précédents. Des nébuleuses sonores sournoises viennent habiller les instrumentaux de « fog dance, my moth kingdom » de sorcellerie imaginaire, le costume d’orchestre est en lambeau, un homme de paille tient la baguette, épouvante musicale qui étourdit dans une danse de violon répétitif et lancinant. Les cymbales cambodgiennes grondent, tout parait lointain et noyé dans des brumes opaques et mordorées comme dans les nappes filmographiques de Brian Eno. Le voyage cérébral est cinématographique à souhait et les instantanés fleurissent en poésie gore et mortifère. Des joues de pèches et le nez cornichon ; des lèvres cerise et un menton William; le chef d’orchestre a le melon, la décoration artichaut et l’esgourde maïs ; la dentition attend d’être écossée et la gorge épluchée. Quelle autre musique mieux que celle-là pourrait hanter de telles allégories estivales. Nos oreilles épousent nos yeux, les deux inspirations se touchent du doigt, les fruits sont autant d’instruments philharmoniques et les couleurs de sonorités fantastiques. Coincées entre le fleuri et le putride, les fantasmagories intrinsèques des deux œuvres semblent s’épanouir au milieu d’un hiver révolu et d’un automne que la cueillette tardive de l’iris burlat foncé annonce inéluctablement. Les saisons, les éléments, le végétal et l’animal, le clair-obscur au service de la métamorphose, celle des visages qui de tout temps ont intrigué les regards jusqu’à la stupeur, celle de la musique devenue cauchemardesque a force de la regarder. Le morphisme pour plus de fantastique nous éloigne du monde réel, change de perspective pour un bluffe qui trouble le classicisme et frise la caricature, la dénaturation monstrueuse. Ces pièces pour les yeux et les oreilles sont en équilibre constant entre maniérisme et innovation….
Dans la liste de titres de Joshua Neil Geissler, Il est question de Malaria, de cataclysme, de police céleste, de camp de concentration, de brouillard, d’ange phosphorescent, les fantômes pullulent jusque sur la pochette, la métamorphose de l’homme-papillon semble nous fixer du regard qu’il n’a plus, la musique nous nargue et nous attire dans ce paysage fantastique. Mais quelque chose semble nous maintenir dans la contemplation et la raison, la beauté universelle de l’art.

WORRYTRAIN 2007 « fog dance, my moth kingdom » label : own records
www.ownrecords.com www.myspace.com/worrytrain

Quand on aime: YANN TIERSEN; RACHEL’S; BRIAN ENO; BOXHEAD ENSEMBLE ; ANDREW LILES .

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